Aurélien Pradié
NI · France
“Le chiffre d’affaires – si l’on peut s’exprimer ainsi – du trafic de drogue est bien supérieur au budget de nombre de nos ministères, par exemple à celui du Quai d’Orsay. Il ne faut pas sous-estimer la force de frappe corruptive que les trafiquants de drogue ont désormais acquise dans notre pays, au sein même de l’appareil d’État.”
“Le second fléau dont nous parlons trop peu, alors qu’il est, lui aussi, essentiel, c’est celui du trafic d’armes. Notre pays en est quasiment inondé ; l’accès aux armes de guerre y est devenu d’une facilité préoccupante. En 2022, plus 8 000 armes ont été saisies, dont une majorité d’armes de guerre.”
“Le narcotrafic en bande organisée est perçu comme l’un des fléaux majeurs qui menacent notre pays. La lutte contre ce fléau est vitale pour la subsistance même de la nation, de l’État de droit, de l’organisation démocratique et républicaine. Lorsque je parle d’une lutte vitale pour la subsistance de la nation, je pèse mes mots.”
“C’est sur ces deux problèmes que je voulais interroger le ministre de l’intérieur : que faisons-nous d’absolument radical pour lutter contre la corruption au sein de l’appareil d’État et contre le trafic d’armes – deux phénomènes qui, pris ensemble, sont les signes d’une guerre que nous risquons de perdre ?”
“Pouvez-vous affirmer, devant cette assemblée, que toutes les générations éligibles à une retraite anticipée pour carrière longue bénéficieront de trois mois de moins de cotisations, quels que soient leur trimestre et leur année de naissance ? Vous avez dit qu’une majorité d’entre eux bénéficieraient de ces trois mois.”
“Nous savons tous que ce qui nous a conduits à rediscuter n’est pas la question de la pérennité du système mais celle de la survie du gouvernement. Tout est là : la survie politique, les négociations, les pactes, les deals peuvent-ils effacer les grands débats que nous devons avoir, notamment au sujet de cette réforme ?”
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“Pour imposer leur domination territoriale, les groupes criminels ne reculent devant rien, y compris le recrutement de tueurs à gages de 14 ans. Enfin, le dernier fléau est peut-être le plus important et le plus sournois : c’est la corruption morale du pays. Car le combat contre le narcotrafic est un combat identitaire, un combat culturel, peut-être même le combat d’une civilisation. Les narcotrafiquants ne menacent plus seulement l’ordre public : ils menacent désormais notre modèle de société. Autour du narcotrafic s’est progressivement installée une société alternative, dotée de ses codes et de sa culture.”
“En 2022, 8 027 armes ont été saisies par les autorités françaises, contre 7 330 en 2021 ; parmi ces 8 027 armes, 297 étaient des armes de catégorie A, c’est-à-dire des armes de guerre, en l’occurrence des fusils d’assaut AK-47, des pistolets-mitrailleurs et des armes de poing, qui proviennent de pays instables tels que la Libye ou la Syrie, mais aussi désormais du front ukrainien, qui alimente les marchés noirs français. Aux frontières, notamment avec l’est de l’Europe, les contrôles sont quasi inexistants. Et les conséquences du trafic d’armes sont catastrophiques : les actes de violence à l’arme de guerre se banalisent, avec des règlements de compte en pleine journée à Avignon, à Montpellier, à Marseille, à Dijon ou encore à Nîmes.”
“Cette énorme masse d’argent de la drogue ne connaît ni frontière territoriale ni limite hiérarchique ou sociale ; il peut acheter et vassaliser des dockers, des bagagistes, des forces de l’ordre, des magistrats, des préfets et des élus de la République. Le deuxième fléau est celui de la circulation et du trafic d’armes. En 2024, 110 personnes sont mortes et 341 ont été blessées dans des violences en lien direct avec le narcotrafic. Le temps où l’accès aux armes de guerre était réservé au grand banditisme est révolu et le trafic d’armes connaît une croissance alarmante.”
“En juin 2023, une greffière du tribunal de Saint-Nazaire est arrêtée pour avoir transmis des informations à un trafiquant ; en janvier 2024, neuf personnes, dont un fonctionnaire de police aux frontières à l’aéroport d’Orly, ont été mises en examen dans une affaire de trafic de cocaïne et de cannabis ; la même année, une magistrate est mise en examen sous onze chefs d’inculpation pour ses liens avec le grand banditisme. Et il en est de même pour plusieurs élus. Considérer que notre pays et notre État sont en proie à un sabotage corruptif peut sembler excessif. C’est pourtant la réalité. Un véritable proto-État alternatif à notre démocratie et à l’État français se structure et s’organise chaque jour un peu plus. Le trafic de drogue pèse aujourd’hui entre 3 et 6 milliards d’euros ; c’est colossal !”
“Depuis plus d’une décennie, la France est en proie à une guerre nouvelle dont la montée en puissance a déjà dépassé tous les seuils d’alerte. Face à cette crise, la parole politique semble se déployer chaque jour ou presque, mais sommes-nous vraiment à la hauteur de la menace mortelle qui s’étend sous nos yeux ? Trois fléaux ont pris racine dans les profondeurs du pays. La corruption est le premier d’entre eux : elle devient, année après année, un mal systémique qui ronge une part de nos institutions et de notre administration. La corruption au sein des institutions judiciaire, policière et politique est un fléau dont on peine, en France, à prendre pleinement conscience.”
“À Grenoble, le trafic de drogue se poursuivait à quelques centaines de mètres de l’endroit où vous vous trouviez lors de votre déplacement. En vérité, la corruption et le trafic d’armes sont en train de gangrener notre nation. Pour gagner cette guerre, une loi ne suffira pas : il faudra une mobilisation générale. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et LIOT. – M. Raphaël Schellenberger applaudit également.)”
“Nous connaissons désormais les slogans – nous les entendons souvent –, mais quel est votre plan de guerre concret contre la corruption et le trafic d’armes ? (Applaudissements parmi les députés non inscrits et sur quelques bancs des groupes DR et LIOT.)”
“Les opérations Place nette sont dérisoires face à la gangrène que représentent les milliards d’euros du trafic de drogue. Sans une opération Mains propres, tous les plans de bataille sont voués à l’impuissance. Les fléaux sont sous nos yeux et rien ne les freine. Nous sommes dans une situation d’État failli.”
“Cette force corruptive est en passe de devenir plus puissante que l’organisation de notre État et de notre démocratie. Les narcotrafiquants incarnent un contre-modèle de société devenu puissant et attractif, celui du crime glorieux et de l’argent facile.”
“Monsieur le ministre de l’intérieur, vous avez déclaré vouloir faire la guerre aux consommateurs de drogue ; vous avez raison. Mais pour mener la guerre, dans les actes, et pas uniquement avec les mots, il faut s’attaquer aux fléaux profonds. Le premier fléau, c’est le trafic d’armes. Contrairement à ce que vous avez déclaré, les événements de Grenoble n’étaient pas inédits. Déjà, en mai dernier, Aubervilliers a connu une attaque à la grenade. À Nîmes, le 8 février, une crèche a été confinée pour se protéger d’une fusillade à l’arme de guerre en pleine rue. L’Europe et la France sont inondées d’armes provenant de Libye ou, désormais, du front ukrainien. La corruption est le second fléau : un agent des douanes, un surveillant de prison, un notaire, un préfet, un sous-préfet, une magistrate, un maire, l’argent de la drogue corrompt.”
“Quand la censure deviendra la seule solution pour sortir de l’immobilisme, qui constituera bientôt une faute nationale, il faudra l’utiliser et je n’hésiterai pas – sauf si vous fixez un cap d’ici là. Encore faut-il le vouloir ; encore faut-il en prendre le risque et espérer bâtir plutôt que durer. Je suis certain que notre pays est encore capable de grandes choses. Tout ce à quoi nous assistons n’est pas sérieux – vous le savez. Notre pays a besoin de révolutionnaires. Oui, il a besoin de révolutionnaires républicains, pour notre démocratie, pour notre économie, pour notre patrie. Monsieur le premier ministre, n’oubliez pas cette phrase du général de Gaulle, devenue devise du porte-avions à son nom : « Être inerte, c’est être battu. » (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LIOT.)”
“Les distributions, les concessions, les aménagements permettront d’éviter la censure. Mais après ? Mais demain ? Alors que le monde entier gronde autour de nous, nous n’avons pas besoin d’ébouillanteurs de grenouilles. Nous avons besoin de bâtisseurs, d’aventuriers, de patriotes issus de la droite et de la gauche pour refonder le pays. Tout le reste n’est que vacuité et irresponsabilité.”
“« On cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé », écrivait Molière dans Les Femmes savantes . La stabilité au prix de la confusion ; voilà la belle affaire qui devrait étouffer tout débat et toute contestation. Mais quelle stabilité ? La stabilité dans une perte totale de contrôle budgétaire ? Dans l’affaissement de notre économie ? Dans l’abandon progressif de notre souveraineté alimentaire ? Dans le matraquage fiscal de ceux qui produisent et qui travaillent ? Dans l’explosion des travailleurs pauvres ? Dans l’immigration qui, quelles que soient les déclarations, n’est toujours pas sous contrôle ? Dans l’effacement généralisé de la parole de la France dans le monde ? Ce n’est pas la stabilité, mais l’étouffement, la suffocation.”
“Nous habituer, parce que c’est tactiquement habile, à ce que l’avenir de notre régime de retraite soit débattu loin du regard des députés, sans que cela ne dérange presque personne. Pendant ce temps, nous sommes occupés à délibérer des ascenseurs, du vapotage ou encore des titres-restaurant. De l’essentiel ? Non, de l’accessoire. Ce qui domine, c’est la tactique – la tactique pour durer. Mais pour quoi faire ? Au fond, peu importe. Ce qui compte, c’est d’être assez rusé pour se maintenir. Les fantômes des derniers jours de la IV e République semblent hanter les couloirs de notre V e République. Tout se confond, tout se mélange, tout se brouille si bien que l’on ne sait plus où chacun habite. Pire encore, on ne sait plus ce que chacun veut faire pour le pays. Quel est le projet ? Quel est le cap ? Quelle est l’ambition ? Quel est l’idéal ?”
“Tout affairés à savoir quelle sera la durée de vie de tel ou tel gouvernement, nous perdons de vue l’essentiel : l’avenir du pays et les défis auxquels nous faisons face. Le camp des raisonnables, des responsables et des pragmatiques nous explique que nous devrions nous habituer à voir se succéder des gouvernements qui ont en commun de rassembler ceux qui n’ont pas gagné les élections – comme si de rien n’était. Nous devrions nous habituer à un usage de la démocratie qui n’a jamais été aussi dégradé. Nous habituer à ce qu’un budget, si difficile et si déterminant pour l’avenir de notre pays, soit bouclé discrètement, dans le confort d’une commission mixte paritaire ; à ce que l’Assemblée nationale, la seule représentante du peuple, n’ait pas à en débattre.”
“Serions-nous devenus des grenouilles ? Oui, des grenouilles. La fable urbaine dit qu’en plongeant la grenouille directement dans l’eau bouillante, il n’y a aucune chance de la tuer car, consciente du danger, elle s’échappera immédiatement. La meilleure manière de venir à bout de la grenouille est de la plonger dans l’eau tiède, paisiblement, puis, jour après jour, dans l’anesthésie, d’augmenter la température de l’eau. De degré en degré, sans même s’apercevoir du danger fatal, elle finira, consentante, ébouillantée. Le moment où notre pays, nos concitoyens et peut-être même notre démocratie finiront ébouillantés n’est plus très loin. Chaque jour qui passe, d’entorses démocratiques en crises politiques, nous nous habituons. L’accoutumance au pire, tel est l’immense danger qui nous guette.”
“Je pose une nouvelle fois ma question : une sanction a-t-elle été prononcée contre cet agent ou est-il toujours, sereinement, en poste ? Si la deuxième proposition se vérifie, c’est un bras d’honneur à tous nos agriculteurs.”
“Ensuite, il laisse s’installer l’idée selon laquelle ceux qui représentent l’autorité ne seraient pas exemplaires. Je le répète : cet agent doit être sanctionné. Il est absolument insupportable de découvrir qu’au-delà des mots, il ne fait l’objet d’aucune procédure de sanction – ce que nous soupçonnions. Notre main ne doit pas trembler. Si nous voulons rétablir l’autorité dans notre pays, ceux qui la représentent doivent commencer par donner l’exemple. Lorsqu’un agriculteur commet une faute, il n’a pas droit à une deuxième chance, on n’évoque pas un besoin de pédagogie, il est sanctionné. Lorsqu’un agent outrepasse son rôle et insulte les agriculteurs comme cela vient de se produire, il ne doit pas non plus rester impuni.”
“Je vous remercie, madame la ministre déléguée, mais je n’ai pas obtenu de réponse à ma question. Je regrette l’absence de la ministre de l’agriculture ; je vous sais gré de la suppléer, mais elle aurait pu vous transmettre une réponse satisfaisante. Que les choses soient bien claires : ce n’est pas un problème de pédagogie. Lorsqu’un agent de l’OFB compare nos agriculteurs à des dealers, il emploie des mots très simples, les agriculteurs n’ont pas besoin qu’on les leur explique. Par ailleurs, il n’est pas possible de l’excuser. Je comprends votre réponse car, en réalité, aucune sanction n’a été prononcée contre cet agent, qui est toujours en poste, dans une totale impunité. Cela entraîne deux conséquences. D’abord, il abîme l’image de tous ses collègues – or certains d’entre eux font bien leur travail.”
“Cependant, quelles sanctions ont été engagées ? Cet agent a-t-il été mis à pied ? Une procédure a-t-elle été lancée à son encontre ? Qu’en est-il aujourd’hui ? Si j’insiste, c’est parce qu’on ne peut laisser quiconque salir l’ensemble de nos fonctionnaires et de nos agriculteurs. On ne peut laisser l’impunité s’installer pour des personnes qui, alors qu’elles portent une parole publique, outrepassent leur rôle et s’essuient les pieds sur ceux qui, au quotidien, souffrent et travaillent dur pour nourrir nos compatriotes.”
“Le 15 janvier, un agent de l’Office français de la biodiversité (OFB), fonctionnaire de notre pays, a déclaré à la radio, lors d’une matinale, qu’il était possible, à ses yeux, de comparer nos agriculteurs à des dealers. Ces mots ont légitimement créé une onde de choc auprès de nos agriculteurs mais aussi de nombre de responsables publics. Ils sont totalement indignes, tout d’abord parce qu’il est impossible de comparer nos agriculteurs, eux qui produisent et nourrissent nos concitoyens, à des dealers, ensuite parce qu’il est absolument inacceptable qu’un agent de l’Office français de la biodiversité, un fonctionnaire, tienne de tels propos. Ma question est simple : depuis le 15 janvier, nous avons entendu de nombreuses déclarations ; le gouvernement, en particulier, s’est désolidarisé de cette comparaison.”
“On peut espérer, sans certitude, disposer de 3 000 places à l’horizon 2027. Rendez-vous compte : 1 869 places pour 65 000 OQTF au premier semestre 2024 ! Qui peut croire que les CRA pourraient tout régler ? C’est une illusion. J’ajoute que les CRA ne sont pas des prisons mais des lieux où les individus retenus sont libres de circuler et ont accès à leurs téléphones portables.”
“Le ministère de la justice en contrôle de nombreux aspects et le ministère des affaires étrangères a en main l’essentiel des outils lui permettant d’espérer reprendre le contrôle et d’engager les bras de fer nécessaires avec les pays concernés. Le besoin de disposer d’un ministère entièrement consacré à l’immigration n’a jamais été aussi pressant, non pour mener des batailles sémantiques et idéologiques ou faire de l’agitation mais pour agir, pour construire les rapports de force diplomatiques requis, pour s’assurer que chaque personne qui doit être expulsée le soit véritablement. Si personne n’est capable d’appliquer les OQTF, rien ne changera. Enfin, il faut sortir d’une dernière illusion : celle de la rétention administrative. Seules 1 869 places sont disponibles dans nos CRA.”
“Je l’affirme nettement : abandonner la perspective d’une réforme constitutionnelle, c’est se condamner à communiquer beaucoup mais à agir peu. Sans moyens importants pour lutter contre l’immigration illégale et les drames humains qu’elle occasionne, nous ne réussirons pas. À cet égard, la baisse des crédits alloués à la mission Immigration, asile et intégration dans le projet de loi de finances pour 2025 est une erreur. Ces 103 millions d’euros manqueront. Revenons aux expulsions. Qu’est-ce qu’une OQTF si le pays d’origine refuse de rapatrier son ressortissant ? Au risque de vous perturber, monsieur le ministre, sans vous ôter a priori ma confiance, je ne suis pas certain que le ministère de l’intérieur soit le mieux à même de maîtriser la politique migratoire.”
“Il ne s’agit plus d’intégration, d’assimilation ou d’humanité mais bien de préserver la sécurité nationale. Si la France a toujours donné une chance à ceux qui l’aiment, quelle chance peut-elle donner à ceux qui l’attaquent et la détestent ? Est-ce là un propos extrémiste ? Non. C’est un propos patriote qui, hier encore, aurait uni sur ces bancs une certaine droite et une certaine gauche qui croyaient en la nation et en la République. Durant les six premiers mois de l’année 2022, seules 7 % des OQTF ont été exécutées. Combien d’expulsions seront encore prononcées demain et resteront lettre morte ? Disons les choses clairement : inutile de promouvoir des lois d’affichage et de communication politique si nous ne réglons pas l’essentiel. L’essentiel, d’abord, c’est la réforme constitutionnelle. Sans elle, rien n’est possible.”
“Mais il y en a une seconde : celle qu’on commet lorsqu’on prononce des paroles fortes tandis qu’on pose des actes faibles. S’il y a bien un sujet s’agissant duquel l’essentiel n’est pas de beaucoup parler mais de beaucoup agir, c’est la politique migratoire. Les seuls engagements que l’on doit prendre sont ceux que l’on tiendra. La proposition de loi que nous nous apprêtons à examiner prévoit de lever l’essentiel des freins juridiques à l’expulsion d’individus étrangers qui constituent une menace grave pour notre nation ou ont déjà commis des actes graves. Qui pourrait y être défavorable ? Chacun peut voir la politique migratoire à travers le prisme idéologique de son choix mais lorsqu’il s’agit de la sûreté de la nation, face à des actes criminels, qui peut fermer les yeux ?”
“C’est l’un des drames de notre politique migratoire : l’impuissance. Les règles sont assez claires, les OQTF sont délivrées, en nombre plus important chaque année. Mais voilà : la France apparaît incapable de les faire respecter. Cet échec est non seulement l’échec de notre politique migratoire non maîtrisée mais c’est aussi, peut-être surtout, l’échec de notre État de droit. Que reste-t-il d’un grand pays, d’une nation, d’une démocratie si les règles fixées par la loi nationale sont négligées, contournées, fictives ? Nous devons reprendre le contrôle. Laisser faire, abdiquer, s’accoutumer à ne pas maîtriser l’immigration, c’est choisir le naufrage de notre pacte national. L’impuissance à laquelle certains voudraient que nous nous habituions est la première faute nationale.”
“Pour un pays, il y a plus grave que d’être doté de règles laxistes : c’est d’être incapable de faire appliquer et respecter ses propres règles.”
“Même si la réforme vous pousse à travailler une année de plus, si votre métier est physiquement difficile, vous ne le pouvez pas. À défaut de pouvoir faire mieux, la demande de rapport vise à mettre fin le plus rapidement possible à ces injustices. (Mmes Stella Dupont et Constance de Pélichy, ainsi que M. Raphaël Schellenberger applaudissent.)”
“La sociologie de ces travailleurs montre qu’ils ont les métiers les plus difficiles, avec des horaires décalés et une faible rémunération. D’un point de vue intellectuel, il est injustifiable que quelqu’un qui a commencé à 16 ans cotise une année de plus que quelqu’un qui a commencé à 17 ans. Cela n’a pas été corrigé par la réforme des retraites, même si nous étions un certain nombre à appeler à le faire. Le Premier ministre a annoncé qu’il voulait avancer sur la question, mais je ne vois pas pourquoi nous y réfléchissons encore. En plus, cela nous coûte de l’argent. Depuis la dernière réforme des retraites, les études du COR pointent une explosion des dépenses liées aux pensions d’invalidité et aux arrêts maladie, notamment pour ceux qui ont commencé à travailler avant 21 ans.”
“Il s’agit d’un amendement commun, déposé avec huit collègues issus de trois groupes politiques différents ou non inscrits. L’amendement porte sur les carrières longues, qui ont fait l’objet d’une bataille collective, il y a plusieurs mois. Permettez-moi de présenter la situation actuelle, après la dernière réforme des retraites : si vous avez commencé à travailler à 16 ans, vous cotiserez quarante-quatre annuités et si vous avez commencé à travailler à 17, 18, 19 ou 20 ans, quarante-trois annuités. J’imagine que, comme moi, vous n’y comprenez pas grand-chose. Parmi les grands perdants de la dernière réforme des retraites figurent ceux qui ont eu une carrière longue, en commençant à 16 ou plus généralement avant 21 ans.”
“Enfin, ce que nous oublions de préciser concernant les carrières longues, c’est que vous pouvez bien, théoriquement, reporter l’âge du départ à la retraite, mais lorsqu’un travailleur a commencé à 16 ans et que la dernière réforme le condamne à faire une année de plus que celui qui a commencé à 30 ans – souvent dans des métiers plus faciles, Mme Le Pen a raison de le préciser –, vous le poussez vers une voie de garage. C’est pourquoi, depuis plusieurs mois, le nombre d’arrêts maladie et celui de pensions d’invalidité explosent parmi ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans. Vous pensez régler un problème d’un côté mais vous en créez un autre par ailleurs. C’est tout le système qu’il nous faut repenser. (M. Paul Molac applaudit.)”
“Il était donc nécessaire de procéder à la réforme pour ne pas être contraints de désindexer les retraites. Nous en sommes pourtant là ! Je ne souhaite accabler personne ; je laisse chacun contempler avec lucidité ce qu’il a cru naïvement. Le système actuel est totalement à bout de souffle : vous pourrez décaler autant que vous le voudrez l’âge de départ à la retraite, vous ne réglerez pas le problème structurel d’un système qui n’est plus adapté à la manière dont on travaille aujourd’hui dans notre pays.”
“…et toutes les projections du COR que Mme la ministre évoquait concluent que le système est devenu insoutenable, malgré la réforme. Lors de la réforme Borne-Ciotti – car elle fut menée par ce couple infernal –, vous avez répété partout que, sans cette réforme, les pensions baisseraient, notamment du fait de la désindexation – plusieurs d’entre nous y ont cru de bonne foi.”
“Peut-être faut-il dissiper quelques illusions. À ceux qui défendent la récente réforme des retraites en la présentant comme la solution à tous nos problèmes, je rappellerai qu’elle n’a rien réglé : le déficit du système de retraite s’élèvera en 2024 à 5,8 milliards d’euros…”
“Malheureusement, nous ne l’aurons pas aujourd’hui, alors qu’il serait la clé de voûte de la reconstruction de notre pacte social. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT. – MM. Julien Dive et Guillaume Lepers applaudissent également.)”
“Nous voulons ouvrir le chantier d’une autre réforme des retraites privilégiant la durée de cotisation sur l’âge légal, dans un système se rapprochant sûrement du régime par points. Nous poursuivons notamment la bataille, que nous avons été nombreux à mener, sur la reconnaissance des carrières longues. Chacun doit avoir à l’esprit que, dans le système actuel, un travailleur qui a commencé sa carrière à 16 ans devra cotiser une année de plus que celui qui a commencé la sienne à 30 ans. Cela est insupportable pour qui croit à l’effort et au travail. Enfin, discuter des retraites sans aborder les sujets fondamentaux du travail, de sa rémunération et du partage de la valeur serait passer à côté de l’essentiel. Entre les pantalonnades des uns et des autres, entre les postures, la place existe pour un débat sur la valeur du travail.”
“Il le fut par des gaullistes, venus de la droite ou de la gauche, qui ont alors fait le choix du patriotisme plutôt que celui des calculs électoraux. Chacun ici sait que, si nous n’imaginons pas un nouveau système de retraite, nous perdrons tout, y compris les valeurs de solidarité qui fondent le pacte national. Alors, revoyons tout ! Laissons le soin de gérer la fatalité à ceux qui n’ont pas la force de tout reconsidérer ! Et ouvrons le débat en grand ! C’est ce que huit députés et moi, issus de trois groupes politiques différents ou non inscrits, avons voulu faire. Nous avons élaboré, cosigné et déposé plusieurs amendements qui seront examinés dans un instant.”
“La vérité est que le régime conçu pour une économie du XX e siècle est dépassé par le monde que nous connaissons. La vérité est que l’effondrement de la natalité et le défi démographique que nous affrontons rendent impuissant un système conçu il y a plusieurs décennies. Et il y a une autre vérité : les Français ne croient plus aux réformettes ni aux bricolages et rabotages injustes. La confiance ne pourra être retrouvée qu’en revenant à de grandes réformes. Certains voudraient gérer alors qu’il faut tout rebâtir. Tout, dans notre pacte social, dans notre rapport au travail et à sa rémunération, dans notre fiscalité étouffante et illisible, impose une refondation. La dernière fois que ce pacte social, dont le système de retraite est une composante essentielle, fut refondé, c’était au sortir de la guerre.”
“Comment ne pas voir qu’à force de mensonges, nous tuons la possibilité même de réformer ? Non seulement la dernière réforme des retraites n’a rien corrigé mais, en plus, elle aura contribué à rendre nos compatriotes plus rétifs encore à toute idée de réforme. La réforme, c’est le progrès et la correction de ce qui doit être corrigé. Ce n’est pas le mensonge ou la tromperie. L’autruche étouffe à force de plonger la tête dans le sable. La proposition de loi que nous examinons n’est en rien sérieuse mais elle a le mérite de rouvrir le débat. Je ne suis pas de ceux qui pensent que la meilleure manière de régler les défis gigantesques auxquels fait face notre nation serait de détourner le regard. La vérité est qu’il faut tout revoir dans notre système de retraite. La vérité est que les ajustements ne règlent plus rien mais empirent les choses.”
“Je pourrais ne pas remuer le couteau dans la plaie mais il faut le dire : cette réforme n’a rien réformé. Elle n’a rien inversé et, déjà, elle est devenue obsolète. Surtout, elle s’accompagnait d’une promesse sur le maintien du pouvoir d’achat des retraités qui, depuis quelques semaines, est devenue un mensonge. Je n’ai pas oublié ce qui était claironné par les uns et les autres pour mieux faire accepter la réforme. Souvenez-vous qu’on nous disait : « C’est la réforme ou la baisse des pensions ! » Verdict : les Français auront la réforme et la baisse des pensions. La désindexation des retraites n’est pas acceptable en l’état car elle vient rompre la promesse qui avait justifié le report de l’âge légal. Trahir une parole politique donnée revient à truquer le pacte social.”
“Il y a plus grave que l’absence de réforme : le mensonge de la réforme. Oui ! le mensonge est encore plus grave que l’inaction. La dernière réforme des retraites a été un mensonge. Sous des airs de courage réformateur, elle n’a en rien réglé le problème structurel de notre système de retraite. Elle fut une tromperie. La Première ministre annonçait qu’avec la réforme, le système serait à l’équilibre en 2030. Regardons objectivement ce qu’il en est : dès 2024, le système de retraite va replonger dans le déficit avec un gouffre de 5,8 milliards d’euros. Dans son rapport annuel, le Conseil d’orientation des retraites est très clair : le déficit va continuer à se creuser pour atteindre 0,4 % du PIB en 2030 et 0,8 % en 2070. Ce scénario est pire que celui annoncé par le COR l’année dernière.”
“Du handicap jusqu’au respect des travailleurs qui connaissent les carrières les plus longues et les plus rudes, en passant par les violences faites aux femmes et aux enfants, il y a une bataille essentielle : celle pour la dignité. Dans cet hémicycle, nous avons mené beaucoup de ces combats. Certains furent difficiles et je suis heureux de les voir parmi vos priorités. Monsieur le Premier ministre, sortir des illusions est la seule issue possible. Rien n’assure de réussir mais l’amour que vous avez, je crois, et que nous avons en commun pour notre pays peut rendre aux Français ce qui leur manque aujourd’hui : l’espoir. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR. – M. Raphaël Schellenberger applaudit également.)”
“L’équilibre ne peut pas être l’équilibrisme. Une illusion de plus consisterait à vouloir faire les choses à moitié ou à réagir aux défis d’un monde qui change avec de vieilles recettes. Je le dis sans ambages : le levier fiscal, l’augmentation des impôts et des taxes, est une vieille recette. C’est à l’État de produire d’abord les efforts. Ce n’est pas aux Français qui travaillent dur d’être à nouveau sanctionnés. La dernière illusion est une tentation : la prudence. L’heure n’est pas à la prudence. L’heure est à l’audace et aux révolutions : révolution pour stopper la course folle de l’endettement ; révolution pour assurer – non pas dans les slogans polémiques mais dans les actes – la sécurité des Français et la maîtrise de nos frontières ; révolution dans le combat pour que le mérite redevienne le socle de notre nation.”
“Pour rebâtir la France de l’après-guerre, des femmes et des hommes issus d’horizons politiques différents s’étaient rassemblés dans un gouvernement de reconstruction. Ce qui les réunissait alors n’était pas le bonheur passager de devenir ministre. Ils avaient d’abord en commun ce que n’a aucun d’entre nous, l’acte immense de résistance, mais aussi, ne l’oublions pas, un projet commun et une feuille de route préalablement définie. C’est l’autre illusion : imaginer que des tractations entre partis politiques, entre écuries, entre chapelles pourraient faire naître une majorité. Seul un projet politique partagé donne une ambition et un horizon. Les tractations sont tôt ou tard des impasses. Le moment exceptionnellement grave que nous connaissons appelle des pratiques gaullistes plutôt que les habitudes de la IV e République.”
“Je le dis avec une ardente conviction : la seule voie possible sera le rassemblement de tous les bâtisseurs et patriotes allant de la droite républicaine jusqu’à la gauche républicaine. Partielles, toutes les autres configurations seraient fragiles, décevantes et sûrement passagères.”
“Par confort partisan, par choix tactique ou par stratégie individuelle, je pourrais faire comme si de rien n’était, mais la lucidité et le respect des électeurs impliquent de dire clairement les choses. Vous nous avez invités, monsieur le Premier ministre, à prendre soin de la République, parce qu’elle est fragile. Vous avez raison. À mon tour de nous inviter collectivement à prendre soin de la démocratie, parce qu’à force d’illusions, de fausses histoires racontées par les uns et par les autres, celle-ci se fragilise également. Vous et vos ministres apparaissez à cette assemblée comme un immeuble sans fondations. Cette situation inédite peut aussi bien être source d’échec que donner naissance à un espoir et à une méthode nouvelle.”
“Cette même volonté de ne pas raconter d’histoires, que vous avez mentionnée dans votre discours, je veux me l’appliquer – par respect pour votre fonction, pour mon mandat et pour les Français. De grands dangers guettent notre pays et si vous n’y prenez pas garde, ces mêmes dangers guetteront aussi l’existence politique de votre gouvernement. Le principal danger, c’est l’illusion. D’abord, l’illusion démocratique. Pour la première fois sous la V e République, le Gouvernement ne s’appuie pas sur une légitimité électorale. Personne n’a gagné les élections : ni ceux qui ont, bruyamment, fait valoir leur légitimité hypothétique durant des semaines ni ceux qui, aujourd’hui, forment le gouvernement de la République.”
“Le tirage au sort m’a désigné pour m’exprimer à titre de député non inscrit : parfois, l’indépendance a du bon ! (Sourires.) Avons-nous confiance ? C’est la question qui, ce soir, est posée aux représentants du peuple que sont les députés. Si l’homme qui est entré à Matignon il y a quelques semaines n’a rien oublié des valeurs humaines et politiques qui furent par le passé celles de Michel Barnier, alors oui, à titre personnel, j’ai confiance – si, et seulement si, le Premier ministre d’aujourd’hui n’a rien perdu de sa liberté et de sa conscience d’hier. Mais une confiance a priori ne saurait suffire. L’intervention d’un député à cette tribune, dans la suite du discours de politique générale du Premier ministre, exige d’abord de la lucidité.”