Jérémie Patrier-Leitus
HOR · France
“À Thèbes, Créon avait décrété que le corps de Polynice resterait sans sépulture, exposé aux chiens et aux oiseaux : il était, jugeait-il, des morts que l’on peut priver de terre. Antigone est passée outre et a recouvert son frère d’une simple poignée de poussière, pour qu’il ait droit, comme tout être humain, au repos.”
“Une grande nation n’est pas dépourvue de parts d’ombre ; elle est assez sûre d’elle-même pour les mettre en lumière et les réparer sans trembler. C’est ce que fait la France avec cette loi qui la grandit. Voilà pourquoi ce texte nous paraît si juste dans sa mesure. Certes, nous légiférons à cause d’un vide juridique.”
“Entre les deux, il a manqué le seul geste qui distingue une dépouille d’un objet : celui de la terre qui se referme. Cent trente ans durant, il leur a été refusé. Nous le leur restituons. Je voudrais vous dire quelques mots sur l’état d’esprit dans lequel le groupe Horizons & indépendants aborde ce texte.”
“Sans doute convient-il de réfléchir à établir un cadre général de sortie des collections publiques pour répondre aux demandes en provenance de notre sol. En attendant, faisons ce qui est possible. La commission a adopté ce texte la semaine dernière, sans en changer une virgule ; le Sénat l’avait voté à l’unanimité.”
“C’est le sens du grand plan de transmission et de modernisation de l’agriculture française annoncé par Édouard Philippe pour aider le modèle de l’entreprise familiale française à se moderniser, grâce à des aides à la robotisation et à la numérisation, à un superbe pacte Dutreil agricole portant à 90 % les exonérations de droits de mutatio…”
“« Je ne t’ai jamais vu sous ce rayon, mon père / Pauvre vieux qui t’en vient, là-bas, au bout du champ / Avec tes pauvres vêtements / Couleur des choses, couleur du temps / Avec ton humble tête grise / Semant, semant le blé, dans l’automne et le soir / Mon vieux père de septante ans / Je te découvre enfin, dans la plénitude / Je vois ton…”
The complete record
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“D’accord, mais cet amendement porte article additionnel après l’article 8, qui vient d’être supprimé. Il y a quelques semaines, M. Bardella est intervenu devant le Medef. Il a aussi adressé un courrier aux entreprises et aux entrepreneurs… (Protestations sur les bancs du groupe RN.)”
“Je voudrais revenir sur la suppression du dispositif Madelin et interpeller, à ce sujet, Mme Le Pen et M. Tanguy. (Protestations sur quelques bancs du groupe RN.)”
“Quels que soient notre bord politique et notre position dans cette assemblée, nous nous devons collectivement de répondre à ce désir d’enfant dont font preuve les couples. Le groupe Horizons votera donc toutes les mesures qui permettront de faciliter la parentalité et d’accompagner la natalité dans notre pays. Je le redis solennellement : quelle que soit notre position, nous ne pouvons pas accepter cette baisse de natalité sans précédent. Un pays sans enfants est un pays sans avenir ! (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR. – Murmures sur les bancs du groupe EcoS.)”
“Chers collègues, vous venez de suspendre la réforme des retraites parce que vous refusez de regarder la réalité en face – une réalité nette et implacable qui s’impose à nous : la baisse sans précédent de la natalité. Le nombre des naissances est au plus bas depuis la seconde guerre mondiale ; depuis mai dernier, le nombre de morts est supérieur au nombre de naissances. Au sein du groupe Horizons, nous pensons que la baisse de la natalité, ce vertige démographique, est le défi le plus important auquel notre pays fait face. J’entends déjà les critiques ; il ne s’agit pas de dire aux parents ou aux femmes de faire les enfants qu’ils ne souhaitent pas. Mais il existe, dans notre pays, un désir d’enfant important, de l’ordre de deux enfants par femme, qui tranche avec la réalité d’un indice de fécondité à 1,6.”
“J’y suis défavorable, mais j’encourage la ministre à défendre la cause du patrimoine.”
“Dernier élément : il faudra travailler sur le crédit Malraux, qui permet de financer les travaux de restauration, mais pas les opérations de valorisation du patrimoine ni l’ouverture au public.”
“Madame la ministre, vous nous avez indiqué que s’il fallait choisir entre plusieurs sites patrimoniaux, vous souhaiteriez privilégier le château de Chambord. Je tenais cependant à vous dire que le patrimoine rural et local irrigue nos territoires, façonne nos paysages et notre identité. Après le vol spectaculaire qu’a connu le Louvre, il faut faire du patrimoine une grande cause nationale. Bien sûr qu’il faudra soutenir Chambord, mais il faut aussi soutenir le patrimoine rural et local : c’est ce que veulent les Français qui vivent dans les territoires ruraux.”
“Pillages dans les églises rurales, vols dans les musées régionaux comme à Limoges ou à Sarran : plus aucun lieu patrimonial culturel ou cultuel n’est épargné. Par ailleurs, la France s’enorgueillit de projets culturels et architecturaux ambitieux. Ils contribuent à son rayonnement international, mais sont-ils bien raisonnables alors que nos finances publiques sont dégradées et que l’entretien de notre patrimoine n’est pas satisfaisant ? Quels moyens pouvez-vous mobiliser pour que la sécurité, la sûreté et la protection de notre patrimoine deviennent des priorités de notre politique patrimoniale, pour que nos églises, nos châteaux, nos musées et nos monuments, qui façonnent l’identité et l’âme de notre pays, puissent devenir des sanctuaires inviolables ? (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs du groupe DR.)”
“Si une profonde émotion nous étreint face à la perte de ces trésors inestimables, de nombreuses questions émergent. L’enquête administrative, que vous avez demandée et que je veux saluer, fera la lumière sur les responsabilités des uns et des autres, les dysfonctionnements, les manquements qui ont fait que la France a failli à protéger son plus grand musée. Mais au-delà du Louvre, vous le savez, notre patrimoine le plus emblématique comme le plus vernaculaire est devenu la cible de délinquants, de trafics internationaux, de filières de plus en plus organisées et mondialisées, avec des motivations et des modes opératoires nouveaux. Avons-nous pris la mesure de ces nouvelles formes de criminalité ?”
“Madame la ministre de la culture, il y a des lieux qui disent. Des lieux qui disent le génie français, la grandeur de la France, l’âme de notre pays. Des lieux qui disent ce que nous sommes, notre identité et notre héritage. Des lieux qui rassemblent les Français dès qu’ils sentent le besoin de retrouver ce qui fait leur unité, leur destin commun. Des lieux, enfin, qui nous permettent de faire nation. Façonné au fil des siècles par le génie des hommes, le musée du Louvre en est un. Plus grand musée du monde, chef-d’œuvre architectural, le musée du Louvre est le témoin de la riche histoire de la France, le creuset des arts et de notre culture. Et pourtant, dimanche, il a été touché en son cœur avec le vol spectaculaire des joyaux de la couronne, qui a sidéré la représentation nationale comme l’ensemble des Français.”
“Votre attelage à vous ne vaut pas mieux !”
“Puisque le débat est vif et engagé, nous souhaitons qu’il ait lieu. Nous voulons débattre comme nous l’avons fait en commission : argument contre argument, idée contre idée, projet contre projet, vision de l’audiovisuel public contre vision de l’audiovisuel public. C’est pour cela que nous regrettons le dépôt de cette motion de rejet et que nous appelons l’ensemble de nos collègues à la rejeter pour que le débat ait lieu et pour que nous puissions adopter ce texte important. Il y va de l’avenir de l’audiovisuel public et de notre démocratie. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – M. Jean Moulliere applaudit également.)”
“Je ne suis pas troublé, j’aimerais pouvoir parler dans un climat un peu plus apaisé. (Les exclamations ne cessent pas.)”
“Nous voulons vous expliquer pourquoi nous pensons que la création de cette holding... (Mme Julie Laernoes s’exclame.) Madame Laernoes, laissez le rapporteur terminer.”
“Ce que nous vous demandons, c’est de pouvoir débattre, idée contre idée, argument contre argument.”
“C’est lamentable ! Ce que nous vous demandons… (Exclamations prolongées sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)”
“Ce n’est pas vrai, le texte a été adopté en commission non pas avec les voix de l’extrême droite, mais avec celles du bloc central ! Et comme vous constatez qu’il y a un risque qu’il soit adopté ici aussi, vous déposez une motion de rejet et plus de 800 amendements.”
“Ce que je regrette – et j’en terminerai là –, c’est qu’avec cette motion de rejet, vous refusiez le débat. Vous le refusez parce que vous savez qu’il existe une majorité pour adopter le texte. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Il y a eu une majorité en commission…”
“Nous vous répondons qu’il appartient à tous les Français et à tous les députés, de tous les bords politiques.”
“Je voulais rappeler ce fait car nous venons de recevoir dix minutes de leçon de notre collègue. Maintenant, je vais vous répondre sur le fond. (« Ah ! » sur les bancs des groupes LFI-NFP.) Vous nous expliquez que l’audiovisuel public vous appartiendrait à vous, députés de gauche, à ses salariés, à ses syndicalistes.”
“Est-ce anodin d’être condamné pour injure envers des journalistes de France Info ? Est-ce que c’est anodin ? (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)”
“Apparemment, ce n’est pas important pour vous… Lorsque cela vient de Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas grave ! (Mêmes mouvements.)”
“Vous avez passé toute votre intervention à nous accuser de vouloir mettre au pas les journalistes. C’est pourquoi je me permets de rappeler votre alliance avec une personnalité politique condamnée pour injure envers des salariés de Radio France, après les avoir, je le répète, qualifiés d’abrutis et de menteurs. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)”
“(Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Jamais, chers collègues de gauche, jamais un dirigeant du bloc central n’a traité les journalistes du service public d’abrutis ou de menteurs ni été condamné à 500 euros d’amende et 3 000 euros de dommages et intérêts au profit de Radio France. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs du groupe RN. – Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)”
“Chers collègues écologistes, merci pour cette motion de rejet, tout en nuances et en modération. J’entends que nous voudrions tuer le service public de l’audiovisuel, que nous voudrions détruire le service public de l’audiovisuel – rien que ça ! Vous nous expliquez que nous multiplierons les procédures-bâillons, que nous voulons mettre au pas les salariés de l’aide publique. Savez-vous à quel homme politique français cela me fait penser – c’est « Le jeu des 1 000 euros », comme sur Radio France ?”
“Ce sont des mots ! Il ne s’agit pas d’une fusion !”
“Nous affirmons simplement qu’un audiovisuel public rassemblé est à la fois nécessaire et urgent pour bâtir un grand média public de l’information, un grand média public de proximité, et pour porter des programmes ambitieux pour l’éducation aux médias et la lutte contre la désinformation. Nos maisons de l’audiovisuel public sont pleines de talents. Je tiens à saluer leurs 16 000 salariés qui font un travail remarquable et que nous souhaitons accompagner. (M. Jean Moulliere applaudit.) Isolées, nos maisons de l’audiovisuel public courent le risque de l’effacement. Rassemblées, elles pourront continuer d’être un acteur majeur de l’information et de la culture ; elles seront un pilier indépendant de notre démocratie garantissant une information libre, fiable, plurielle et de qualité.”
“Nous ne vous parlons pas ici d’économies, de mutualisation, de synergies ou de tutelle politique ; nous vous parlons de rassembler les forces de l’audiovisuel public pour garantir sa puissance, sa souveraineté et sa capacité de résistance. Depuis trop longtemps, notre audiovisuel public est morcelé. Nos grands médias travaillent côte à côte, mais trop rarement ensemble. Nous avons hérité d’un système du XX e siècle alors que nous devons affronter les défis du XXI e siècle. Il en résulte une dispersion des forces, une perte de lisibilité pour les Français et une fragilisation de cet édifice face aux géants du numérique. Avec cette réforme, nous ne supprimons aucune entité ni aucune identité. Nous ne diluons aucun savoir-faire ni aucun métier.”
“Disons-le sans ambages : il mènerait au déclin assuré de notre audiovisuel public. J’ai entendu les oppositions et les arguments contre cette loi ; ils ne m’ont pas convaincu. Les jeunes délaissent la télévision et la radio pour s’informer sur les réseaux sociaux, et nous devrions l’accepter sans rien faire ? Les géants du numérique imposent leurs algorithmes et leurs règles, et nous devrions nous résigner ? Google cherche à dominer la télévision, YouTube a désormais la plus forte part de marché de la consommation télévisuelle outre-Atlantique, et nous devrions regarder ces menaces sans réagir ? La guerre de l’information fait rage, les ingérences étrangères se multiplient, les fausses informations prolifèrent, et nous devrions nous contenter de coopérations par le bas qui avancent péniblement ?”
“C’est parce que nous sommes attachés à l’audiovisuel public que nous portons devant vous cette proposition de loi adoptée au Sénat à l’initiative du président Lafon, que je veux saluer pour son engagement et pour sa présence cet après-midi. Ce texte s’inscrit dans la continuité des travaux de l’ancien ministre de la culture, Franck Riester, que je veux également saluer. Plus de dix ans après le premier rapport parlementaire à ce sujet, nous voici réunis pour un débat crucial. Chers collègues de gauche, la création d’une holding n’est pas une réforme technique. Elle porte une véritable ambition : celle de rassembler les forces de l’audiovisuel public pour lui permettre de relever les nombreux défis auxquels il fait face. Que vous le vouliez ou non, le monde de l’information a changé. Le statu quo serait mortifère.”
“Nous avons tous ici une histoire, un souvenir qui nous attache à l’audiovisuel public : un documentaire qui, enfants, a éveillé notre curiosité ; une joute politique qui a forgé notre engagement ; une émission qui a transformé notre regard sur la société ou qui nous a donné envie de découvrir un auteur, une œuvre, un territoire. Ce lien, à la fois intime et universel, traverse les générations et les territoires. L’audiovisuel public fait partie de notre patrimoine commun, de notre mémoire collective – vous l’avez dit, madame la ministre. Dans un monde où le bruit de l’instant étouffe parfois la voix, où l’information peut être déformée ou manipulée, nous avons besoin de l’audiovisuel public pour nous donner le temps et les clés pour comprendre, nous informer, apprendre et nous divertir.”
“« Des racines et des ailes » ou « Secrets d’histoire » suscitent l’émerveillement devant la richesse de notre patrimoine.”
“Les journaux d’information, les matinales ou l’émission « Envoyé spécial » nous permettent d’avoir accès à une information fiable, plurielle et indépendante et de ne jamais nous contenter d’un simple tweet ou d’un titre accrocheur. Les émissions comme « Le téléphone sonne » ou « Ma France » font entendre la voix de nos concitoyens des territoires ruraux. « L’heure de vérité » hier, « L’émission politique » aujourd’hui, « C dans l’air » ou encore les grandes soirées électorales font vivre le débat politique et le débat d’idées. « Le masque et la plume », « Les chemins de la philosophie », « La fabrique de l’histoire », « La grande librairie » ou « Thalassa » permettent de s’ouvrir aux arts, à la culture, au cinéma et à la science.”
“L’audiovisuel public n’appartient à aucun député, quelle que soit sa place sur ses bancs. Il n’appartient à aucun responsable politique, aussi engagé à gauche soit-il. Il n’appartient pas à ses salariés, aussi passionnés soient-ils. Il n’appartient pas non plus à ses auditeurs, ses téléspectateurs, aussi fidèles soient-ils. L’audiovisuel public appartient à l’ensemble des Français. Je vous le dis très directement et très simplement : Virginie Duby-Muller et moi-même, rapporteurs de ce texte, y sommes profondément attachés. L’audiovisuel public n’est pas une abstraction, une succession de logos ou d’entités. Pour beaucoup de nos concitoyens, c’est une présence quotidienne, une voix familière, un lien. Pour moi comme pour beaucoup de Français, l’audiovisuel public fut et demeure une fenêtre sur notre pays et sur le monde.”
“Mes collègues du groupe Horizons et moi-même voterons en faveur de la proposition de loi avec la détermination et la conviction qu’exige le combat pour l’honneur d’un homme et pour le triomphe des valeurs républicaines. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR, EPR et UDR.)”
“Je n’ai demandé que la justice », disait Dreyfus. Aujourd’hui, nous n’accordons pas une faveur au capitaine Dreyfus. Nous faisons œuvre de justice ; nous réparons la République là où elle a failli par antisémitisme. À la foule qui criait « Vive Dreyfus ! Vive la France ! » le jour où il fut décoré de la Légion d’honneur, le capitaine répondit : « Vive la vérité ! Vive la République ! » Près de cent vingt ans plus tard, dans cet hémicycle, nous mettons nos pas dans ceux de nos prédécesseurs qui s’indignèrent et combattirent pour l’honneur d’un homme, pour la vérité, pour la République. Je forme donc le vœu que nous adoptions à l’unanimité, et loin des polémiques politiciennes, l’élévation d’Alfred Dreyfus au grade de général de brigade à titre posthume.”
“Cet homme aimait la France mais a été attaqué parce qu’il était juif. « Le juif Dreyfus », dira-t-on, traître par fatalité caricaturé dans les rues de Paris quand les antisémites scandaient : « Mort aux juifs ! À mort le traître ! À mort Judas ! » Alors que la bête immonde de l’antisémitisme renaît dans notre pays, que le nombre d’actes antisémites explose, que les murs du Mémorial de la Shoah ont été souillés ce week-end, la proposition de loi est essentielle. Elle nous rappelle que le combat du capitaine Dreyfus, le combat contre l’antisémitisme, fléau qui pourrit notre société, n’est pas achevé. Elle est essentielle car, comme le soulignait Jacques Chirac, « la réhabilitation de Dreyfus, c’est la victoire de la République. C’est la victoire de l’unité de la France. » « Je n’ai demandé aucune faveur dans ma carrière.”
“C’est ce que demande, à la tribune et sous les applaudissements, Francis de Pressensé, qui souhaite que la Chambre vote des représailles contre les chefs militaires responsables des malheurs de Dreyfus et de Picquart. Finalement, des accusations contre Alfred Dreyfus, il ne restera rien, sinon le courage d’un homme dont on a voulu l’anéantissement et qui resta debout, droit et digne. La proposition de loi qui nous est soumise est essentielle pour achever l’œuvre de justice qu’ont engagée nos prédécesseurs et la réhabilitation d’un homme qui a servi la France sous les drapeaux avec patriotisme, honneur et dévouement.”
“Après la lecture d’un rapport d’un député de la Seine, le président de séance met au vote l’article unique, qui prévoit que le capitaine d’artillerie Dreyfus « est promu chef d’escadron ». Le scrutin est sans appel : la Chambre des députés adopte la réhabilitation de Dreyfus. Alors que, parmi d’autres, Henry Chéron, un de mes prédécesseurs comme député du Calvados, dénonce ce crime comme « le plus odieux de tous ceux qui aient été tentés contre la conscience humaine », à l’extrême droite, des voix s’élèvent contre cette réhabilitation. Des députés « obstinément et volontairement aveugles », sera-t-il dit, exigent que l’affaire Dreyfus reste du domaine judiciaire quand certains, à gauche, avaient appelé à la condamnation à mort du capitaine. À l’inverse, d’autres voix considèrent alors qu’il faut aller plus loin.”
“Quand Zola écrit à Dreyfus, la France est toujours divisée, fracturée en son cœur. La France des dreyfusards, épris de justice, d’égalité et de vérité, s’oppose à la France nationaliste, idéologue et antisémite des antidreyfusards. Chacun choisit son camp, jusque dans les murs de la Chambre des députés. De l’injuste arrestation du capitaine, en octobre 1894, au vote de sa réintégration dans l’armée, en juillet 1906, l’hémicycle résonne des échos de débats violents et d’une intensité inouïe. Ici même, Jean Jaurès, Henri Brisson, Raymond Poincaré ou Pierre Waldeck-Rousseau élèvent leurs voix comme autant de lumières dans l’obscurité et lient leur destin à celui d’un homme injustement accusé. La séance du 13 juillet 1906 marque un tournant.”
“« Capitaine, […] l’œuvre n’est point finie, il faut que votre innocence hautement reconnue sauve la France du désastre moral où elle a failli disparaître. […] Quand l’innocent se lèvera, la France redeviendra la terre de l’équité et de la bonté. » Le 6 juillet 1899, Émile Zola écrit à Alfred Dreyfus. Le capitaine vient de rentrer de sa déportation au Diable, île rugueuse du bout du monde et dépendance du bagne de Cayenne où il fut reclus pendant mille cinq cent dix-sept jours. Zola écrit à Dreyfus, qui est encore le « lépreux de la France », le traître, le coupable haï par une partie du pays, et qui croupit alors dans la prison militaire de Rennes. Émile Zola écrit à Alfred Dreyfus pour continuer le combat qui vise à faire éclater au grand jour l’innocence du capitaine et à sauver la France du désastre moral.”
“Je voudrais enfin alerter certains collègues de gauche – car j’ai compris, monsieur Monnet, que les collègues de gauche ne sont pas unanimes. Il y a dans cet hémicycle – si vous voulez bien avoir la gentillesse de m’écouter ! – des députés, dont certains sont membres de mon groupe, qui sont prêts à voter une aide à mourir s’il s’agit d’un ultime recours. Je le dis aux collègues de gauche : si vous faites sauter tous les verrous, tous les garde-fous, alors nous ne voterons pas ce texte, nous nous y opposerons – je m’y opposerai en tout cas à titre personnel. Alors attention ! Gardons cet équilibre difficile, ténu, restons sur cette ligne de crête qui fait de l’aide à mourir un ultime recours. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes HOR et EPR.)”
“Je veux dire à la collègue Battistel que, comme de nombreux députés de mon groupe, je trouve son amendement effrayant, glaçant. Nous sommes ici pour essayer de faire de cette aide à mourir l’ultime recours, dans des cas exceptionnels, pour des malades dont le pronostic vital est engagé, qui sont en fin de vie. Je vais vous le dire assez brutalement, assez crûment, madame Battistel : votre amendement peut laisser penser à tous les Français qui souffrent et veulent se suicider que l’État va les aider. C’est à la fois vertigineux, glaçant et inacceptable, et ce n’est pas l’esprit de ce texte. (Exclamations prolongées sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Pourtant, deux ans plus tard, rien n’a changé. Aucun décret d’application, aucune mesure concrète n’a été pris. La loi dort dans un tiroir et nos enfants continuent d’être livrés à eux-mêmes. C’est inacceptable. Au-delà de la santé de nos enfants, c’est aussi l’avenir de notre société qui se joue : que deviendront les jeunes si leur seul horizon est celui d’un écran ? Quels citoyens formerons-nous demain si nous abandonnons à des algorithmes et à des plateformes étrangères le soin d’éduquer et d’informer nos enfants ? Quand publierez-vous enfin les décrets nécessaires pour que la majorité numérique à 15 ans devienne une réalité ? Quand décréterez-vous l’état d’urgence contre les réseaux sociaux et contre l’addiction aux écrans ? (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR, DR et Dem.)”
“Pour répondre à cette urgence, le groupe Horizons & indépendants a défendu en mars 2023, grâce à l’engagement et à la ténacité de Laurent Marcangeli, que je veux ici saluer et remercier, une proposition de loi simple et de bon sens visant à instaurer la majorité numérique, c’est-à-dire l’interdiction pure et simple des réseaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans. Ce texte, voté à l’unanimité à l’Assemblée nationale et au Sénat, puis promulgué, devait enfin donner aux familles le pouvoir de dire non et aux plateformes l’obligation de contrôler l’âge de leurs utilisateurs.”
“Nos enfants sont menacés par un fléau qui les enferme et les isole, un fléau qui les expose à la violence, au harcèlement et à la haine, un fléau qui met en danger leur santé mentale et leur équilibre psychique. Ce fléau porte un nom : les réseaux sociaux. Il sévit et prospère grâce à un clic, un petit clic de quelques secondes qui permet à un enfant de 10 ans d’ouvrir un compte sur un réseau social. Ce geste simple et anodin, plus de la moitié des enfants de moins de 13 ans en France l’ont fait. Dès lors, ils se trouvent livrés dès le plus jeune âge à la brutalité du monde et aux fausses informations. Des familles entières se trouvent démunies face à la toute-puissance des géants du numérique : 80 % des parents déclarent ne pas savoir ce que leurs enfants font sur les réseaux sociaux.”
“Quatre-vingt-dix pour cent des étudiants juifs déclarent avoir été victimes d’une attaque antisémite !”
“Je terminerai de manière assez solennelle : il y a des votes qui disent beaucoup du positionnement politique et du clientélisme électoral de certains groupes de cette assemblée. Les Français nous regardent ; le groupe Horizons votera cette loi avec la détermination et la fermeté qu’appelle la lutte contre l’antisémitisme. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs des groupes RN, EPR et DR.)”
“Nous avons assisté à des circonvolutions et à des contorsions de l’extrême gauche, prête à tout pour se justifier de l’inacceptable, celui de ne pas voter ce texte. Vous avez parlé du code pénal, vous qui voulez en abroger l’apologie du terrorisme. Vous avez parlé de budget pour lutter contre l’antisémitisme, vous qui, à longueur de journée, occupez les amphithéâtres de nos universités et hystérisez l’antisionisme. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Cette proposition de loi est une première étape dans le combat résolu et déterminé qui doit nous réunir pour lutter contre l’antisémitisme, le racisme et les discriminations. Il nous faudra aller plus loin.”
“Au nom du groupe Horizons & indépendants, je vous remercie, madame et monsieur les rapporteurs, monsieur le ministre, pour votre engagement dans ce combat essentiel contre un fléau grave : l’antisémitisme. Notre assemblée aurait dû être unanime. Aujourd’hui, chers collègues d’extrême gauche, nous aurions dû faire bloc et parler d’une seule voix pour dénoncer ce chiffre inacceptable : 90 % des étudiants juifs de France déclarent avoir été victimes d’une attaque antisémite ; pour dire notre refus qu’au pays des Lumières et de Zola, des étudiants de confession juive soient attaqués, voire interdits d’accès à un amphithéâtre ; pour réaffirmer que tous les étudiants juifs de France ont leur place dans nos campus, dans nos amphithéâtres, dans nos universités.”