Steevy Gustave
ECOS · France
“Je veux saluer l’engagement constant de notre collègue Jean-Victor Castor. Par son travail et sa détermination, il a fait en sorte que cette histoire trouve aujourd’hui une traduction législative.”
“Elle est un facteur de cohésion sociale et d’égalité républicaine. Le renouvellement de l’habilitation constitue donc un outil utile. Toutefois, là encore, aucune ambition ne sera crédible sans moyens. La nature même du texte véhicule un message politique fort.”
“C’est pourquoi la création d’une autorité unique de l’eau et de l’assainissement constitue une avancée importante. Je dis toutefois avec gravité que créer une nouvelle structure sans lui donner les moyens d’agir serait une faute. Les Martiniquais n’ont pas besoin d’un logo supplémentaire sur un organigramme.”
“Nous pouvons faire ce que la République n’a jamais fait : appeler ces hommes et ces femmes par leurs noms. Couani, 25 ans. Miacapo, 24 ans. Pékapé. Emo Marital, une adolescente kali’na. Mayaré, 22 ans. Ibipio, 18 ans. Gaseï. Malé. Pendant plus d’un siècle, ils furent enfermés dans des registres et des inventaires.”
“Avant d’être des restes humains conservés dans une collection, ils étaient des femmes et des hommes. Ils vivaient en Guyane, au sein de communautés kali’nas et arawaks riches de leurs traditions, de leurs croyances et de la mémoire de leurs ancêtres. Ils avaient une terre, une langue, des traditions et une histoire à transmettre.”
“Près d’un habitant sur deux dispose de moins de 1 000 euros par mois pour vivre. Ce sont pourtant leurs familles qui doivent subir les coupures d’eau, les réseaux défaillants, les pertes massives sur les canalisations et, parfois, les factures plus lourdes.”
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“Là où ce droit recule, la République vacille. Pourtant, bien que l’égalité soit le deuxième principe de notre devise nationale, les populations ultramarines continuent de faire face à des inégalités criantes dans l’accès au droit et à la justice. Ces inégalités sont documentées, analysées depuis des années. La commission nationale consultative des droits de l’homme nous alerte, année après année, depuis 2017. Rapport après rapport, le refrain ne varie guère : manque de moyens humains et matériels, pas assez de magistrats, de greffiers, d’avocats, d’interprètes. La situation est aggravée par des structures judiciaires inadaptées, l’éloignement géographique, l’isolement de certaines populations et des délais de traitement deux à trois fois plus long qu’en métropole. Ces carences n’ont rien d’accessoire, elles sont systémiques.”
“On dit souvent que l’outre-mer c’est la carte postale qu’on envoie, mais jamais la lettre qu’on lit. Cette formule résume tristement une réalité que de nombreux acteurs du droit dénoncent depuis des années. Parmi eux, maître Patrick Lingibé, avocat guyanais et spécialiste reconnu des droits fondamentaux dans les outre-mer, n’a eu de cesse d’alerter sur ces inégalités structurelles et sur cette justice à deux vitesses, sur cette République qui oublie trop souvent ses propres principes lorsqu’il s’agit de ses territoires ultramarins. En effet, derrière les images de lagons, de plages ou de volcans, il y a une autre réalité, moins photogénique : celle d’un accès à la justice profondément inégal. L’accès à la justice n’est pas un privilège. C’est un droit fondamental, le socle même de l’État de droit.”
“La République n’est pas un champ de bataille identitaire ; elle est un refuge, un rempart, un idéal. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et SOC.) Il est plus que temps qu’elle protège tous ses enfants, sans hiérarchie, sans exception, sans condition. Aujourd’hui, ce ne sont plus des alertes, ce sont des morts. Monsieur Retailleau, vous qui parlez de « barbares » et d’identité nationale, dites-nous jusqu’à quand vous ferez de la peur un projet politique, alors que des citoyens meurent simplement pour ce qu’ils sont. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et SOC.)”
“Ces crimes s’accumulent et le silence persiste. Certes, personne ici n’a tenu l’arme ; mais à force d’agiter la peur, de stigmatiser les musulmans, de faire de l’immigration une obsession, certains préparent le terrain quand d’autres passent à l’acte. Derrière les mots, il y a des morts. Derrière les postures, il y a des familles. Derrière le buzz, il y a des mères qui pleurent leurs fils. Ça suffit ; assez joué avec le feu ! Assez de ceux qui bâtissent leur carrière politique sur la peur et sur le dos de nos compatriotes !”
“Samedi soir, à Puget-sur-Argens, Hichem a été assassiné. Assassiné par son voisin, en raison de ses origines ; assassiné parce qu’il était perçu comme un étranger, parce qu’il était musulman, parce qu’il était tunisien. Ce n’est pas un fait divers ; c’est un attentat. Un attentat raciste, revendiqué sur les réseaux sociaux. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Un acte nourri de haine et prémédité, comme en témoigne l’arsenal retrouvé dans sa voiture. Un acte terroriste, qui visait à faire peur, à diviser, à insinuer la haine. Ce drame n’est pas isolé. Il y a quelques semaines, Aboubakar Cissé était tué dans une mosquée du Gard. Quelques mois plus tôt, Djamel Bendjaballah était écrasé par un militant néonazi à Dunkerque, sous les yeux de sa fille.”
“En 2023, les antennes ultramarines de la Fédération syndicale unitaire (FSU) lançaient la campagne « École en sous-France », dénonçant avec force les inégalités structurelles qui affectent l’éducation outre-mer. Elles ont raison ; nous devons les entendre. Afin de tresser un lien entre le combat républicain en faveur de l’égalité et les voix poétiques de l’archipel, je conclurai cette intervention par une citation de Virginie Hoifua Te Matagi Tafilagi : « Mes yeux-paroles / Sont des vagues / Qui caressent les rivages / De nos mémoires / Insulaires ». À nous de faire de ces vagues une force pour bâtir une République qui reconnaît chacun de ses enfants, sur chaque île, au-delà de chaque océan. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS ainsi que sur les bancs des commissions.)”
“Nous débattons sous contrainte, à la veille de la fin de la convention, prévue pour le 5 juin, alors même qu’un protocole de fin de conflit existe depuis juillet 2023. C’est regrettable. Malgré tout, le groupe Écologiste et social votera pour ce texte, car il incarne une mesure de justice, une avancée républicaine et un alignement nécessaire des droits. Mais cette avancée ne doit pas masquer les défis qui persistent ailleurs. Ce que nous faisons pour Wallis-et-Futuna, nous devons aussi le faire pour l’ensemble des outre-mer. Les difficultés systémiques sont bien connues : moyens insuffisants, taux de décrochage et d’illettrisme élevés, absence d’infrastructures adaptées, environnement social souvent précaire.”
“Un droit à l’égalité de traitement pour des agents publics qui exercent la même mission de service public que leurs collègues de métropole ou des autres territoires d’outre-mer. Mais je veux élargir le propos aux agents techniques, au personnel ouvrier, aux agents d’entretien, à tous ceux qui font vivre l’école au quotidien et qui, eux aussi, restent sur le bas-côté. Leur intégration doit être la prochaine étape. J’ai aussi des réserves sur la méthode employée. Le recours aux ordonnances prive le Parlement de son rôle. Sur un sujet aussi fondamental que l’éducation républicaine dans nos territoires, un vrai débat parlementaire aurait été non seulement légitime, mais salutaire. Je regrette aussi l’urgence dans laquelle nous sommes contraints de légiférer. Le texte, déposé mi-avril, arrive bien tard.”
“Mais ce mode de gestion a figé la condition des enseignants dans un autre temps. Tandis que leurs collègues du droit commun ont gagné, au fil des années, de nouveaux droits sociaux, ceux du premier degré à Wallis-et-Futuna sont restés bloqués dans un système dépassé depuis cinquante-six ans. Cette injustice structurelle a été à l’origine de nombreuses grèves, notamment celle de 2023, la plus longue de l’histoire des îles. Ce conflit a mis à nu les limites d’un système en total décalage avec l’esprit républicain et avec le statut même de citoyen français. Le texte que nous examinons aujourd’hui tend à répondre à cette situation, en proposant l’intégration des enseignants du premier degré à la fonction publique. Ce n’est pas une faveur : c’est un droit.”
“Je veux d’abord saluer le travail du rapporteur, dont l’engagement constant sur ce sujet a permis de le faire émerger au niveau national. Dès janvier 2025, dans une question au gouvernement, il rappelait les engagements pris par l’État envers l’archipel. Il a su éclairer notre assemblée sur l’héritage historique et le fonctionnement si singulier du système éducatif à Wallis-et-Futuna. Ce morceau de France, à plus de 16 000 kilomètres de l’Hexagone, à équidistance des îles Fidji et des Samoa, ne ressemble à aucune autre collectivité. Depuis 1969, l’État y a concédé sa compétence en matière d’enseignement du premier degré à la mission catholique. Cette concession, encadrée par une convention renouvelée tous les cinq ans, permettait de préserver un équilibre entre l’autorité de l’État, les chefferies coutumières et l’Église.”
“– Mme la rapporteure applaudit également.)”
“Au nom de mon groupe, je remercie les rapporteurs pour leur écoute. Le groupe Écologiste et social a décidé de voter en faveur de cette proposition de loi car, bien qu’imparfaite, elle apporte une réponse à un fléau qui sévit dans notre société : l’antisémitisme. Nous sommes défavorables à l’article 3 ; cependant, sa réécriture en séance, rassurante, limite son champ d’action pour protéger la démocratie universitaire et motive notre vote. Je le répète : lutter contre l’antisémitisme, ce n’est pas choisir un camp contre un autre ; c’est comprendre que tous les racismes, sans exception, gangrènent notre vivre-ensemble. Nous devons être unis, fraternels et nous battre avec la même vigueur dans le combat contre toutes les formes de haine et de discrimination. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et SOC.”
“Il vise à supprimer la possibilité de sanctionner un étudiant pour des faits susceptibles de porter atteinte « au bon déroulement des activités » organisées dans l’établissement. Cette nouvelle qualification juridique semble un motif trop large, qui pourrait brider la liberté d’expression et de manifestation universitaire.”
“Il s’agit d’un sous-amendement de repli, qui vise à restreindre le motif de sanction 5 o , dont la formulation retenue est floue et large, ce qui peut donner lieu à des dérives et à des usages discrétionnaires et abusifs. Nous devons protéger les libertés académiques d’expression, de réunion et de manifestation.”
“Il vise à supprimer le motif de sanction 5 o . Formulé de manière beaucoup trop large, il peut donner lieu à toutes sortes de dérives liberticides et autoritaires, ainsi qu’à une instrumentalisation pouvant restreindre la liberté d’expression universitaire et le droit de manifester.”
“Il vise à confier la présidence des sections disciplinaires académiques à une personne issue de la communauté universitaire. Nous sommes opposés à la professionnalisation de la procédure disciplinaire, qui va à l’encontre de la volonté des présidents d’université et met en péril le fonctionnement de l’enseignement supérieur.”
“Il vise à confier au référent la mission de médiateur entre les usagers. La médiation contribue à régler un litige, à ouvrir un dialogue souvent rompu entre les usagers, dans des situations de grande tension. La médiation permet ainsi de lutter contre les ressentis négatifs ou le mal-être des étudiants.”
“Il vise à octroyer aux référents chargés de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme une formation, notamment juridique, pour les aider à mener à bien leur mission, à apporter des réponses aux victimes, tant dans leur parcours, que pour faire valoir leurs droits. Un rapport du Défenseur des droits – « La dénonciation des discriminations vécues à l’université, entre silence, révélations et signalement », daté d’avril 2024 – a démontré que le non-signalement de faits était souvent lié à la méconnaissance des droits des étudiants sur le campus, ainsi qu’au manque de connaissances des dispositifs institutionnels. Ce type de connaissance varie grandement en fonction des ressources socioculturelles des référents ; il est donc primordial d’harmoniser leurs connaissances.”
“…et j’espère que nous réussirons à nous calmer. Arrêtez de bordéliser systématiquement le débat. Il y a des choses plus importantes, comme la lutte contre l’antisémitisme. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, SOC et GDR ainsi que sur quelques bancs du groupe EPR.)”
“La création d’une mission « égalité et diversité » donne un nouveau souffle à la lutte contre le racisme et les discriminations dans les universités. Cependant, il nous semble nécessaire que le message porté soit en accord avec la définition globale et universelle du racisme, telle que retenue par le droit français : une lutte sans forme de hiérarchisation des discriminations. Le racisme est un phénomène qu’il convient d’aborder dans son essence. La manière dont on le nomme constitue un enjeu majeur car le nommer, c’est le faire exister. C’est pourquoi cet amendement de réécriture vise à recentrer le texte sur son objectif fondamental : la lutte contre toutes les formes de racisme, sans distinction ni fragmentation. J’ai honte…”
“…mais bien à décloisonner les luttes contre les discriminations, une opération nécessaire pour renforcer la solidarité entre étudiants, pour éviter que d’autres minorités nourrissent un sentiment de double standard, mais aussi et surtout pour agir efficacement eu égard à la réalité des moyens financiers et humains dont disposent les universités.”
“Il vise à rappeler l’objectif principal de ce texte : la lutte contre toutes les formes de racisme dans l’enseignement supérieur. Nous ne cherchons en rien à invisibiliser ou à diluer le combat contre l’antisémitisme,…”
“J’espère que nous saurons examiner cette proposition de loi avec rigueur, avec courage, mais surtout avec cette fraternité qui seule donne un sens à la République. C’est en refusant de hiérarchiser les formes de racisme et en les combattant toutes avec la même détermination que nous serons à la hauteur de la confiance que la jeunesse nous accorde. Je termine par ces mots de Martin Luther King, souvent cités, trop rarement entendus : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. » (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et SOC. – M. Stéphane Peu et Mme Violette Spillebout applaudissent également.)”
“Né ici. Fils d’un militaire français, mort en service commandé. Fils de la Martinique, de l’histoire coloniale, héritier d’une mémoire d’esclavage. Ma place ici n’est pas une faveur. C’est le fruit de siècles de luttes, de silences brisés, de portes forcées. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et SOC. – Mme Violette Spillebout applaudit aussi.) Le racisme sous toutes ses formes, l’antisémitisme, l’islamophobie, la négrophobie sont les mille visages d’un même monstre : le refus de reconnaître en l’autre un égal. La haine déborde toujours ; et un jour, elle vous atteint. Car la haine de l’autre finit toujours par tuer, et ce sont les enfants de notre République qui tombent les premiers.”
“Pendant que certains souffrent en silence, d’autres sont pointés du doigt, sans même avoir eu le droit de s’exprimer. Je vois des femmes voilées, parfois étudiantes, parfois mères, livrées au pilori du débat public, alors qu’elles vivent, étudient, élèvent leurs enfants dans la République avec la même dignité, la même loyauté, la même fierté que toutes les autres. (Mêmes mouvements.) Je vois des quartiers regardés non comme des lieux de vie, mais comme des zones à surveiller. Je vois des militants antiracistes discrédités d’office, avant même d’avoir parlé. Certains hurlent : « À bas le voile ! ». Mais ce qu’il faudrait crier, c’est : « À bas les murs ! » Les murs de la peur, de l’exclusion, de la défiance. Parce qu’en République, on ne combat pas les symboles, on combat l’injustice. Je suis un élu de la nation. Un homme noir. Français.”
“Je le dis avec gravité : au nom d’une lutte légitime, on en écarte d’autres, tout aussi vitales. On s’indigne pour les uns, on se tait pour les autres. Et, plus sournoisement, les mémoires se dressent les unes contre les autres, comme s’il fallait choisir entre les douleurs. Mais non. Ces blessures ne s’excluent pas. Elles dialoguent. Elles ne sont pas des armes, mais des cicatrices profondes dans la chair de notre histoire. Et quand une mémoire est niée, c’est l’équilibre de toutes qui se fissure. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) Nier la douleur ou le ressenti de l’autre, c’est nier ce qu’il y a de plus humain en nous. Il n’y a pas de douleur officielle ni d’émotion illégitime. La souffrance ne se mesure pas, elle s’écoute. On ne construit pas la paix en niant ce que l’autre ressent.”
“L’article 3, supprimé en commission mais qui reviendra sous forme d’amendements, brouille un message jusqu’ici clair. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) La volonté de professionnaliser la justice disciplinaire par le recours à un juge administratif rompt avec la tradition d’une université autonome. Créer une nouvelle section disciplinaire sans concertation, c’est méconnaître et mépriser cette tradition, et la promesse d’une justice accélérée semble bien floue au vu des moyens annoncés – on est plus prolixe sur les sanctions que sur les leviers concrets pour faire reculer l’antisémitisme. Car lutter contre l’antisémitisme, ce n’est pas choisir un camp contre un autre, c’est comprendre que tous les racismes, sans exception, gangrènent notre vivre-ensemble.”
“Jérémie Patrier-Leitus applaudit également.) Frantz Fanon disait : « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous. » La haine ne reste jamais confinée. Elle se propage. Nos universités sont des lieux de savoir, de liberté, où se forgent les esprits libres de demain. Elles doivent être des remparts fermes face à la montée des actes antisémites. Aucun étudiant ne devrait redouter d’y entrer, quelle que soit sa religion, sa couleur de peau ou son genre. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et SOC.) Ce texte constitue une première pierre à l’édifice de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, en renforçant les mesures de sensibilisation et de formation. Mais cette lutte ne peut se faire au détriment des libertés académiques.”
“Il y a dans ce pays un frisson que je connais trop bien. Un froid glacial qui traverse les murs, les regards, les silences. Un poison ancien que l’on croyait vaincu, mais qui revient, rampant, violent, insolent : l’antisémitisme. Il rôde. Il frappe. Il empoisonne les cœurs, oppresse les consciences, ronge la confiance. Depuis le 7 octobre 2023, plus de soixante-sept actes antisémites ont été recensés dans nos universités. C’est soixante-sept de trop. Et quand la haine devient routine, quand les insultes deviennent des soupirs, quand les actes antisémites se banalisent, alors c’est la République qui vacille. Car l’antisémitisme ne menace pas seulement les Juifs de France : il menace la France tout entière. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et SOC. – M.”
“Considérez la patience, la douceur, l’énergie que cela exige… Imaginez-vous accomplir tout cela pour un salaire qui ne permet pas de vivre, devant le regard impuissant des enseignants ? Les AESH ne sont pas des variables d’ajustement, des aides que l’on sous-paie pour alléger la conscience de l’État, mais des éducateurs, des piliers de l’inclusion, des professionnels. Elles demandent simplement ce qui devrait être une évidence pour nous : un vrai statut, un salaire digne, des conditions de travail respectueuses. Actuellement, 1 600 enfants de l’Essonne sont sans AESH ; ils attendent et souffrent avec leurs familles. Combien de temps continuera-t-on à leur dire qu’elles comptent moins que des économies budgétaires ?”
“Aujourd’hui, je prends la parole pour celles et ceux qu’on ne voit pas, qu’on entend trop peu, mais sans qui l’école inclusive ne serait qu’un mensonge : les accompagnants des élèves en situation de handicap. Ils – ou plutôt elles – sont essentiels. Peut-on parler de justice sociale quand des femmes – car ce sont très souvent des femmes – doivent cumuler des emplois précaires pour survivre ? Moins de 1 200 euros par mois, des contrats à temps partiel, aucune reconnaissance, aucun avenir professionnel : voilà comment la République traite celles et ceux qui accompagnent nos enfants les plus vulnérables. Madame la ministre, imaginez-vous passer une journée dans une école à Brétigny-sur-Orge à soutenir un enfant en détresse psychologique, un élève polyhandicapé, un adolescent autiste ?”
“L’outre-mer ne peut plus attendre des réformes à petits pas. Ceux qui vivent ces injustices ne demandent pas l’impossible mais seulement l’égalité des droits, l’égalité des chances, l’égalité des conditions de vie. La devise de notre République ne peut plus être un slogan à géométrie variable. Liberté, égalité, fraternité : ces principes doivent être vécus pleinement, sur chaque terre de France. (Mme Maud Petit applaudit.) Comme le disait Édouard Glissant, l’égalité n’est pas un droit mais un préalable. Je conclurai par une paraphrase en créole de Martin Luther King : si pa ni jistiss la ba a péké ni jistiss nulle part – s’il n’y a pas de justice là-bas, il n’y aura de justice nulle part. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcS, SOC et GDR.)”
“L’accès à l’eau potable, à des hôpitaux dignes, à des écoles bien équipées ne doit plus être une promesse lointaine mais une garantie immédiate. La réponse aux catastrophes naturelles doit être plus rapide, mieux anticipée, mieux financée car nous savons que demain, une nouvelle épreuve frappera un de nos territoires. Notre troisième priorité est de créer un avenir pour la jeunesse ultramarine en investissant massivement dans la formation et l’emploi et en développant des filières adaptées aux enjeux locaux car la réussite de cette jeunesse ne doit pas être subordonnée à un départ forcé vers l’Hexagone. Ce ne sont pas des revendications démesurées. Ce sont des exigences républicaines. L’histoire nous met face à nos responsabilités. Le texte que nous examinons va dans le bon sens mais il doit être un point de départ et non d’aboutissement.”
“Je tiens à saluer le travail de ma collègue qui l’a défendu avec conviction. Merci, Béatrice. Mais nous ne devons pas nous en contenter car l’urgence est là. Chaque jour qui passe sans que l’on y réponde efficacement est un jour d’injustice et de souffrance supplémentaire. Les outre-mer n’ont pas besoin de demi-mesures mais d’un changement structurel, immédiat, concret. Pour avancer, nous devons nous fixer trois priorités. Première priorité : il faut mettre fin à l’injustice économique en brisant les monopoles qui empêchent toute concurrence saine et étranglent la vie des populations ultramarines. Il faut soutenir la production locale pour redonner à ces populations du pouvoir d’achat, de l’emploi et de l’autonomie économique. Notre deuxième priorité est de faire en sorte que les services publics soient à la hauteur.”
“Et que dire de l’accès à l’eau potable, qui requiert encore un combat quotidien pour des milliers de familles ? Des terres empoisonnées au chlordécone, sans réparation à la hauteur du scandale ? Des infrastructures abandonnées, où les coupures d’eau et d’électricité sont devenues la norme ? Ces écarts ne se réduisent pas à de simples chiffres. Ce sont des réalités vécues, des souffrances quotidiennes, des inégalités criantes qui pèsent sur des millions de citoyens. On ne peut plus attendre. Ces inégalités ne sont pas une fatalité. Elles sont le résultat de décisions politiques ; elles procèdent d’un modèle économique qui profite à certains et étrangle les autres ; elles sont le fruit d’un système qui considère encore trop souvent ces territoires comme secondaires. Nous examinons un texte qui prévoit des avancées importantes.”
“Les outre-mer, c’est la France des écarts : écart des prix – les produits essentiels y sont jusqu’à 40 % plus chers qu’en métropole –, écart des services publics – les hôpitaux y sont sous-dotés, les écoles en souffrance, les infrastructures vétustes –, écart des chances – le chômage y atteint des records et la jeunesse y est contrainte à l’exil.”
“Aimé Césaire écrivait : « Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. » Je prends la parole avec gravité et exigence. Le cyclone Chido a frappé Mayotte, laissant derrière lui des habitations détruites, des familles démunies, des infrastructures ravagées. Face à cette épreuve, notre responsabilité est de répondre avec solidarité et efficacité. Mais ce que vit Mayotte aujourd’hui, d’autres territoires ultramarins le subissent chaque jour, sous d’autres formes, car les outre-mer souffrent d’inégalités systémiques, profondément enracinées dans notre organisation économique et sociale. Des crises différentes ; une même injustice.”
“Instrumentaliser une tragédie pour faire de la politique est indigne de nos valeurs républicaines. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et GDR, ainsi que sur quelques bancs du groupe SOC.) Monsieur le premier ministre, les Mahoraises et les Mahorais, ainsi que tout le peuple français, attendent que vous vous hissiez à la hauteur de ce drame. Quand comptez-vous vous rendre à Mayotte ? Quelles mesures allez-vous prendre pour prévenir les épidémies ? Quelles actions concrètes… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Les députés des groupes EcoS et SOC se lèvent et applaudissent ce dernier. – Mmes Farida Amrani et Élisa Martin se lèvent également pour applaudir.)”
“Pendant que Mayotte pleure ses morts, cherche ses disparus, et que tant de citoyens se mobilisent, il nous apparaît incompréhensible que vous privilégiiez un conseil municipal au lieu de vous rendre sur place. Ce choix vous engage. Que doit penser le peuple mahorais d’un gouvernement qui regarde ailleurs pendant qu’il souffre ? Quant à Bruno Retailleau, ses propos sont choquants.”
“(Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, EPR, LFI-NFP, SOC, DR, Dem, HOR, LIOT et GDR.) Ce drame frappe le département le plus pauvre de la République. À Mayotte, il manquait déjà tout avant le cyclone : pas d’eau potable, un seul hôpital, saturé, des conditions de vie et d’habitation souvent indignes. Le risque d’épidémie est bien réel. Sans eau, sans soins et sans abris, comment assurer la survie des sinistrés ? Ce cyclone n’est pas une exception, il est l’incarnation de la crise climatique. Les catastrophes se reproduiront encore et encore, et comme toujours, ce sont les plus vulnérables qui paieront le plus lourd tribut.”
“La situation à Mayotte est tragique et insoutenable. Le cyclone Chido a laissé ce territoire de la République en ruines. La crise humanitaire est sans précédent et bouleverse la nation. Des habitations éventrées, des corps retrouvés sous les décombres, des vies brisées. Le bilan humain partiel est d’ores et déjà dramatique, le bilan définitif s’annonce encore pire. Ce sont potentiellement des milliers de vies, sans papiers ou non, qui s’éteignent. Que ces corps restent enterrés sous la boue ou qu’ils deviennent des fantômes administratifs à jamais, ils continueront de hanter notre histoire nationale. Je tiens à saluer le courage et le dévouement des secours mobilisés sur place. Pompiers, soignants, forces de l’ordre et tous les bénévoles incarnent la solidarité et l’engagement de la République dans cette épreuve.”
“Il est vrai que le CNC propose des aides sélectives pour les œuvres cinématographiques intéressant les cultures d’outre-mer, mais ni les œuvres destinées à une première diffusion télévisuelle, ni les œuvres non encore agréées ne sont éligibles. Cet amendement comblerait ce manque. Il serait temps d’agir pour l’outre-mer !”
“Il vise à porter à 40 %, au lieu de 20 %, le taux de crédit d’impôt pour les productions cinématographiques et audiovisuelles qui sont réalisées dans les outre-mer. D’après le rapport d’information sur la production audiovisuelle dans les outre-mer rédigé par les députés Stéphane Claireaux et Maina Sage en 2019, ces productions font face à des surcoûts de l’ordre de 20 % pour les territoires des océans Atlantique et Indien et de 30 % pour les collectivités du Pacifique. Il convient d’atténuer ces surcoûts.”