Olivier Faure
SOC · France
“Nous pouvons avoir un débat qui permette à chacune et à chacun de se situer, mais il ne faut pas le bâcler et procéder comme vous le faites. Nous devons avoir un débat démocratique au lieu que, le jour où Marine Le Pen peut de nouveau être candidate, vous lui donniez une victoire dans l’hémicycle, alors que la revendication au principe de…”
“Sur le fondement de l’article 100. Monsieur le ministre, j’ai du respect pour ce que vous êtes, pour ce que vous avez fait dans votre carrière politique. (« Oh !”
“Vous ne pouvez pas utiliser le vote bloqué et empêcher ainsi le débat. Vous ne pouvez pas empêcher ici celles et ceux qui veulent défendre ce que nous avons toujours défendu ensemble de le faire.”
“Monsieur le ministre, je souhaite aussi vous interroger après la lecture de Mediapart . L’État de droit ne se divise pas : nul ne se situe au-dessus ou en dessous des lois.”
“D’abord, je me félicite à mon tour du retrait de l’ordre du jour de la proposition de loi Yadan : cela paraissait une évidence et une nécessité, bien au-delà des bancs de la gauche. Vous pouvez toujours faire semblant, vous le savez.”
“Samedi, nous sommes entrés dans un monde nouveau. L’enlèvement d’un président sur son propre territoire est une rupture sans précédent avec les règles du droit international nées au lendemain de la seconde guerre mondiale.”
The complete record
Every one of 129 lines we hold for Olivier Faure, in date order, each linked to its source. Free to read, in full, without an account. Page 2 of 3.
“Je tenais à vous remercier : nous pouvons avancer et rendre justice, ce soir, à ces femmes et à ces hommes qui, non seulement, ont vécu ce que chacun a rappelé ici, mais qui ont également perdu, en 1961, le statut de rapatrié, au moment où arrivaient ceux d’Algérie. Ils furent alors considérés non plus comme des rapatriés mais comme des Français d’Indochine : double humiliation, pour eux qui avaient quitté leur pays d’origine et qui avaient été accueillis dans les conditions que l’on sait. Merci du fond du cœur. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe GDR.)”
“Il ne faut donc pas séparer les histoires migratoires, en distinguant les gens qui auraient été parfaitement assimilables et les autres – utilisant les premiers pour taper sur les seconds. Ce propos est celui de l’extrême droite, et ce n’est absolument pas le mien.”
“Non, ils ne sont pas dociles. Ils ont simplement cherché – et beaucoup étaient des femmes allophones – à donner un avenir à leurs enfants, dans les conditions qu’on leur avait faites. Ils ont souvent travaillé au noir, à la cueillette des haricots verts, et mis leurs propres enfants à contribution, dans les travaux saisonniers, non par esprit de docilité, mais par esprit de résilience et pour donner un avenir à celles et ceux qui viendraient après eux. (Mêmes mouvements.)”
“La guerre d’Indochine prendra fin, en effet, après la bataille de Diên Biên Phu. Elle fut la première guerre remportée par une armée de décolonisation contre une armée coloniale – cela explique sans doute pourquoi la mémoire de cet événement majeur de notre histoire a été enfouie. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) Le malheur de cette histoire, c’est qu’elle réveille nos mauvais souvenirs. Voilà pourquoi je n’accepte pas qu’on dise que ces gens-là se sont intégrés, assimilés, que ce sont des gens formidables – parce que les Asiatiques seraient toujours « formidables », parce qu’ils seraient « dociles ».”
“De toute évidence, quand je dis que l’armée française « finit par lever, la main tremblante, le drapeau blanc », c’est que, après cinquante-sept jours de combat, après les épreuves traversées par les soldats commandés par le général de la Croix de Castries, la fatigue, l’épuisement et les réalités militaires rendaient impossible la poursuite des combats. C’est la raison pour laquelle, à 18 heures, ce jour-là, le général a accepté de donner la reddition de l’armée française. Il n’y avait là, de ma part, aucune marque de mépris. Après des combats douloureux – de chaque côté, reconnaissons-le si nous tenons à réconcilier les mémoires –, une telle décision était inévitable. Les soldats français comprennent également, à ce moment-là, qu’ils n’ont pas simplement perdu une bataille, mais vraisemblablement la guerre.”
“Je tenais d’abord à vous remercier, toutes et tous, pour l’unanimité qui a déjà été la nôtre en commission. La réparation commence par les mots. Elle ne peut commencer que si nous sommes capables de reconnaître que la France, parfois, n’a pas été exemplaire – que la colonisation n’a pas été exemplaire. Ce que l’on a pu entendre dans vos mots, c’est que, dans cette période pourtant postcoloniale, la France a continué de se comporter, dans ces centres d’hébergement, comme si elle avait affaire à des colonisés – et non pas à des Français. Permettez-moi de revenir, monsieur le président de la commission, sur les paroles que j’ai prononcées et que vous avez rapportées.”
“Plus de soixante-dix ans après la fin de la guerre d’Indochine, il importait d’y mettre fin. Pour toutes ces générations de rapatriés qui ont eu le sentiment que leur pays les avait abandonnés, pour Daniel, Julien, Nina, Alix, Albert, Martial et tous les autres, pour toutes les grands-mères qui ont tenu debout ce Vietnam-sur-Lot ou sur-Allier, la France, par ses représentants, rouvre aujourd’hui cette page maudite de son histoire et – je l’espère – rendra justice dans quelques instants à ceux qui, pendant tant d’années, ont attendu cette reconnaissance. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs des groupes EPR, LFI-NFP, HOR et GDR. – M. Nicolas Ray applaudit aussi.)”
“L’article 2 propose ainsi d’instituer une journée nationale d’hommage aux rapatriés d’Indochine et d’instaurer plusieurs lieux de mémoire, notamment à Noyant-d’Allier et à Sainte-Livrade-sur-Lot. Compte tenu des obligations qu’emporte pour l’État la création d’une nouvelle journée nationale d’hommage, il a été décidé en commission d’élargir la portée du 8 juin, jusqu’ici dédié aux seuls morts pour la France en Indochine, afin d’y associer tous les combattants et rapatriés. Je remercie à cet égard la ministre Mirallès pour son écoute et sa compréhension. Pour conclure, il s’agit donc de reconnaître une faute historique. L’État, qui aurait dû proposer un accueil digne à ses ressortissants, a été acteur d’une triple relégation : par la contrainte, par la précarité et par l’isolement. L’oubli de la nation a ajouté au traumatisme.”
“Conscient de la nécessité de garantir la fluidité de l’application de la loi par les services de l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONACVG) et la cohérence avec le dispositif d’indemnisation des harkis, j’ai présenté en commission un amendement ramenant la fin de la période ouvrant droit aux indemnisations à 1975 – date qui correspond également au desserrement progressif des contraintes imposées aux rapatriés. J’aimerais enfin insister sur le volet reconnaissance de la proposition de loi. Il s’agit de répondre au sentiment d’abandon et de trahison exprimé par les rapatriés. À la perte de leur vie en Indochine se sont ajoutés l’isolement et le rejet dans leur propre pays.”
“Tout d’abord, s’agissant du volet réparation, la proposition de loi étend le dispositif prévu par la loi du 23 février 2022, afin d’indemniser les personnes concernées pour l’indignité de leur séjour, en fonction de leur durée de résidence dans les camps. Un des sujets qui a le plus occupé nos auditions a été de déterminer la fin de la période ouvrant droit à réparation pour les rapatriés d’Indochine. Si les fermetures des camps se sont échelonnées entre 1962 et 1966, celui de Sainte-Livrade a connu une évolution différente et une fermeture beaucoup plus tardive ; certains rapatriés y vivaient encore en 2014.”
“Pourtant, les rapatriés d’Indochine ne sont pas concernés par le dispositif, eux qui, déjà, perdirent le statut de rapatrié à la fin de la guerre d’Algérie pour être rebaptisés « Français d’Indochine » – ils se virent ainsi privés des droits associés, comme s’ils étaient de simples expatriés économiques et n’avaient pas été contraints à l’exil. Aussi la présente proposition de loi vise-t-elle deux objectifs : la réparation et la reconnaissance de cette injustice. Ainsi, l’article 1 er distingue d’une part la reconnaissance de la nation aux rapatriés d’Indochine militaires, supplétifs et agents publics ayant servi la France, d’autre part la reconnaissance de la responsabilité de la nation du fait de l’indignité des conditions d’accueil et de vie pour l’ensemble des rapatriés ayant séjourné dans les centres d’accueil.”
“L’école, qui aurait dû constituer un facteur d’émancipation, est parfois située au sein des camps eux-mêmes, comme ce fut le cas à Sainte-Livrade, favorisant un peu plus l’exclusion. Les relations avec les populations locales sont marquées par l’indifférence, le mépris et une forme d’exploitation économique, à l’image de l’emploi au noir des femmes pour la cueillette des haricots, ou d’exploitation politique avec la diffusion de consignes de vote pour les élections. Ce sont des conditions similaires de vie et d’accueil qui ont été jugées indignes par le législateur lorsqu’un droit à réparation a été ouvert par la loi du 23 février 2022 portant reconnaissance de la nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées d’Algérie.”
“Cet arrêté ne sera formellement abrogé qu’en 2009. Ensuite, la précarité. L’anthropologue Dominique Rolland parle de « baraquements […] infestés de rats et de cafards, des cloisons et plafonds de carton suinte une humidité continuelle, l’absence de sanitaires entretient un manque d’hygiène préoccupant ». Il y fait une chaleur étouffante l’été et froid l’hiver. Enfin, l’isolement. Il est d’abord spatial, les camps étant souvent à l’écart des bourgs. Cette séparation est renforcée par la barrière culturelle et linguistique ainsi que par l’administration des camps, dirigés par d’anciens administrateurs coloniaux qui imposent une discipline de fer qui va jusqu’au contrôle des déplacements.”
“La moitié des hommes du camp sont eurasiens. S’y ajoutent des Français issus des comptoirs de l’Inde, des Antilles et de La Réunion. Le caractère indigne des conditions de vie et d’accueil, constitutif du préjudice qu’il convient aujourd’hui de réparer, s’incarne dans trois dimensions : l’exercice de la contrainte, le caractère précaire des conditions de vie et l’isolement dont ont souffert les rapatriés d’Indochine. D’abord, la contrainte. Les camps sont dirigés par d’anciens cadres coloniaux, la discipline est stricte : barrières et barbelés, couvre-feu, salut au drapeau, autorisation pour les visites, les entrées et les sorties. L’arrêté Morlot de 1959 formalise la règle selon laquelle il est interdit de posséder un téléviseur, une voiture ou un réfrigérateur, considérés – tenez-vous bien – comme des signes extérieurs de richesse.”
“À Sainte-Livrade, derrière les fils de fer barbelés qui entourent le centre, ce sont des baraquements, faits de murs en briques creuses, de toits en éverite – mélange de ciment et de fibres d’amiante – et de plafonds en carton, privés de salle d’eau et de sanitaires, équipés d’un poêle dont le charbon est rationné. Si je suis aujourd’hui devant vous, c’est pour ne pas laisser dans l’oubli ces pages de notre histoire. Qui sont les rapatriés d’Indochine ayant vécu dans les camps ? D’abord des femmes et des enfants. Les femmes sont essentiellement les compagnes vietnamiennes de Français installés en Indochine, de militaires et de fonctionnaires, marginalisées par la société vietnamienne et la société française en raison de la violente hostilité de l’époque à l’égard des unions mixtes. Les enfants sont pour les deux tiers issus de ces unions.”
“La colonisation est dans son essence même un projet raciste, puisqu’il pose comme principe une hiérarchie entre les êtres humains, leurs religions ou leurs civilisations. Même à l’égard de ceux qui l’avaient choisie comme patrie, la France s’est comportée en puissance coloniale, jetant dans l’oubli ceux qui l’avaient servie jusqu’au sacrifice d’un exil forcé loin de la terre de leurs aïeux. Les voilà donc, ces Français d’Indochine, harassés de fatigue, accostant dans le port de Marseille et bientôt acheminés en bus vers des centres d’accueil présentés comme provisoires, mais dans lesquels certains d’entre eux resteront jusqu’en 2014. On compte quatre camps principaux : Le Vigeant, ancien lieu de détention ; Bias, ancienne base militaire ; Noyant-d’Allier et ses anciens corons ; Sainte-Livrade-sur-Lot, ancienne poudrerie.”
“C’est ici que commence le récit d’un calvaire, celui de ces supplétifs de l’armée française, de ces fonctionnaires de police ou de l’administration pénitentiaire, de ces travailleurs de comptoir que l’on appelait encore indigènes, devenus étrangers dans leur pays d’origine pour avoir servi la France. Il faut les rapatrier et le chemin va être long pour eux, pour leurs femmes et pour leurs enfants. D’abord deux années dans les camps de transit autour de Saïgon, puis le bateau, à fond de cale pour les Asiatiques et les métis quand les rapatriés d’ascendance européenne occupent les cabines. On ne déconstruit pas en une nuit un imaginaire colonial vieux de cinq siècles – cinq siècles marqués par la volonté de dominer justifiée par une idéologie de la supériorité intrinsèque du colon blanc.”
“Le 7 mai 1954, dans un silence de fin du monde, l’armée française finit par lever, la main tremblante, un drapeau blanc. Dans les tranchées, des visages gris, creusés par cinquante-cinq jours d’enfer, ceux de ces hommes enterrés dans des bastions aux noms de femmes – Béatrice, Éliane, Dominique –, des soldats qui comprennent que ce n’est pas simplement une bataille, mais la guerre qu’ils viennent de perdre. Le « piège à Vietminh » s’est transformé en tombe de l’orgueil de la stratégie française. Le 21 juillet, Pierre Mendès France, devenu président du Conseil, signe un accord de cessez-le-feu, la partition du Vietnam le long du 17 e parallèle et le retrait progressif de la troupe. Il met ainsi fin à une guerre de huit années dont il avait dénoncé l’impasse.”
“Je pense tout particulièrement à Daniel Freche, à Nina Sinnouretty et à Julien Cao Van Tuat, qui ont largement œuvré à la reconnaissance de cette situation. C’était l’empire, peut-être même « le plus beau joyau de l’empire », disait-on, cette Indochine française de Marguerite Duras avec cette « lumière plate, aveuglante, cette chaleur gorgée de pluie, ces fleuves lents, le Mékong, les liserés de rizières ». Mais au lendemain de la seconde guerre mondiale, les nationalistes vietminh revendiquent l’indépendance du Vietnam. Pour vaincre cet ennemi, l’armée coloniale construit une forteresse aéroterrestre dans la cuvette de Diên Biên Phu, espérant y trouver le théâtre d’une bataille décisive. Le 13 mars 1954, à 17 heures, les premiers tirs déchirent le silence des collines. Puis, des canons invisibles crachent la mort sans jamais se dévoiler.”
“C’est avec une profonde émotion et un sens aigu de notre responsabilité collective que je prends la parole pour défendre cette proposition de loi transpartisane, dont j’ai l’honneur d’être l’auteur et le rapporteur. Adoptée à l’unanimité en commission de la défense, elle marque une étape importante dans la reconnaissance par la nation des souffrances endurées par les rapatriés d’Indochine et leurs familles. Je tiens à remercier sincèrement l’ensemble de mes collègues qui ont cosigné ce texte, et plus particulièrement Anne Le Hénanff, Yannick Monnet et Nicolas Ray, que je salue. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Ce texte est aussi le résultat d’un long travail mené avec les associations concernées, que je salue également.”
“Les membres de votre groupe ne sont pas très nombreux en séance…”
“Et si le texte n’est pas modifié sur ce point, vous ferez quoi ?”
“J’allais le dire : nous nous réjouissons bien sûr de la libération des otages. ErdoĞan se rêve en nouveau sultan et Xi Jinping en dernier empereur. Il faut une puissance d’équilibre. Cette force, c’est l’Europe et, en Europe, la France ne peut, après l’Autriche, basculer aux mains de l’extrême droite. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Ce qui se joue maintenant est proprement historique et présuppose une certaine hauteur de vue. En ne censurant pas dès ses premiers pas votre gouvernement, monsieur le premier ministre, et comme vous l’aurez compris, nous ne vous accordons pas pour autant notre confiance. Mais nous avons choisi de ne pas pratiquer la politique du pire, parce qu’elle peut conduire à la pire des politiques, c’est-à-dire l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.”
“…et déroulera le tapis rouge à l’extrême droite. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je voudrais, pour terminer, m’éloigner du débat franco-français. Dans quatre jours, Trump va entrer à la Maison Blanche. Il promet déjà d’annexer tout le continent américain. Son allié Musk s’ingère dans les affaires internes des Britanniques et des Allemands. Poutine n’a pas revu à la baisse ses prétentions face à nos amis ukrainiens. Le Proche-Orient est encore en feu et Gaza succombe, même si nous nous réjouissons de ce cessez-le-feu, tant attendu, dont nous venons d’apprendre la nouvelle.”
“Nous n’accepterons pas le statu quo . En ouvrant la discussion, monsieur le premier ministre, vous devez prendre la mesure des espoirs qu’elle peut soulever. Après avoir donné une perspective positive, rien ne serait pire pour vous que de prendre la responsabilité d’un retour en arrière. Si tout devait apparaître comme un simple simulacre, vous nourririez une colère qui balayera tous les efforts entrepris…”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Nous allons donc donner toutes ses chances à la négociation, mais que personne ne s’y trompe : si nous avons le sentiment que le débat est verrouillé et ne permet pas d’aller au bout des alternatives, nous déposerons une motion de censure.”
“En annonçant dans un premier temps, avant le courrier que vous venez de nous adresser, qu’en l’absence d’accord général, on en reviendrait purement et simplement à la réforme de 2023, vous avez déjà indiqué à ceux qui n’ont aucune intention de bouger qu’il leur suffisait de bloquer la discussion, de l’enliser, pour obtenir satisfaction. Vous ne pouvez pas accorder un droit de veto aux tenants de l’immobilisme. Au cours des prochains jours, chacun des partenaires sociaux indiquera les voies permettant de consolider notre système de retraite par répartition. Nous n’accepterons pas une condamnation au plus petit dénominateur commun. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est la raison pour laquelle, accord ou pas, nous souhaitons que le Parlement ait le dernier mot.”
“Il est cette fois-ci possible que reviennent le dialogue social et la démocratie sociale dont nous avons, pendant sept ans, demandé le respect. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Les Français se sont exprimés dans la rue, dans les sondages et par les élections. Ils ont été clairs (M. Antoine Léaument s’exclame) : le contrat social français repose, pour partie, sur l’accès à la retraite en bonne santé. Ceux qui aiment leur métier, qui sont reconnus dans leurs missions et ne souffrent pas de l’usure et de la pénibilité, peuvent juger qu’à 64 ans, on est encore jeune ; pour tous les autres, chaque trimestre supplémentaire est une souffrance. Tout doit donc être sur la table, y compris les financements alternatifs permettant de ne pas reculer l’âge légal de départ à 64 ans.”
“Vous avez accepté, à notre demande, de ne pas différer le débat ; vous réunirez donc, dès demain, les partenaires sociaux. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Si vous êtes gênés, chers collègues, prenez la parole après moi ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Si vous pensez que ce que je dis là n’a aucun intérêt pour les Français, si vous pensez qu’ils ne sont pas heureux de voir une gauche qui propose, une gauche qui avance, une gauche qui fait céder le gouvernement, dites-le ! (Les députés du groupe SOC se lèvent pour applaudir.) Les partenaires sociaux, monsieur le premier ministre, auront donc la maîtrise de l’ordre du jour. Tout sera sur la table : âge légal, cotisations, pénibilité, carrières hachées, égalité entre les femmes et les hommes, sources de financement mobilisables.”
“En reconnaissant qu’il était possible, comme vous l’avez dit, de parvenir aux mêmes résultats avec une réforme plus juste, vous avez ouvert la possibilité d’une alternative.”
“Notre vocation n’est pas de toujours nous limiter à prendre date, en attendant la prochaine élection ; elle est d’arracher, jour après jour, toutes les victoires possibles. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Paul Vannier s’exclame.) Mais, vous le savez, monsieur le premier ministre, la clé de voûte de cette négociation portait sur la réforme des retraites de 2023, qui demeure une blessure sociale et démocratique. En ouvrant le débat, monsieur le premier ministre, vous avez fait un premier pas. Je ne minimise pas ce geste. Les précédents gouvernements s’étaient, jusqu’ici, refusés à toute remise en cause de ce qui, progressivement, est apparu comme le totem de la Macronie.”
“(« Mais… » sur les mêmes bancs.) Mais c’est notre honneur – oui, notre honneur (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC) – d’avoir évité aux Françaises et aux Français ces mesures qui ont un effet direct sur leur pouvoir d’achat, leur capacité à se soigner, à offrir une éducation de qualité à leurs enfants, et d’avoir permis de rétablir un minimum de justice fiscale dans un pays où le CAC40 sable le champagne tandis que 9 millions de nos concitoyens vivent sous le seuil de pauvreté. Je le dis à mes collègues, de droite comme de gauche : souvent, nous nous sommes interrogés sur notre utilité, celle de ces heures et de ces nuits passées sur ces bancs, sans conséquences sur la vie des Français.”
“Pourquoi n’assumez-vous pas, je vous le dis comme un conseil presque amical, ces 21 milliards de recettes nouvelles ? Comprenons-nous bien : le résultat de cette négociation n’a pas miraculeusement transformé le futur budget en budget de gauche. (« Ah ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Les lois de finances ne sont pas celles que nous adopterions si nous étions au pouvoir.”
“…il n’y aura pas de baisse du budget des outre-mer comme le proposait le budget Barnier. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Le prêt à taux zéro sera étendu aux logements neufs et à tout le territoire, et les maires seront financièrement incités à construire davantage de logements sociaux. Nous avons également obtenu le minimum de justice fiscale : la spéculation financière et les dividendes seront mieux taxés ; le crédit d’impôt recherche (CIR), la niche fiscale la plus coûteuse, sera limité, et les patrimoines les plus insolents seront à nouveau taxés (Mêmes mouvements) , ce que nous demandions avec Gabriel Zucman depuis des années et que vous refusiez obstinément depuis la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF).”
“…pas de déremboursement des consultations chez le médecin et pas d’aggravation du déremboursement des médicaments. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) De plus, 12 000 postes de personnel soignant hospitalier seront créés ou maintenus ; il n’y aura pas de passage d’un à trois jours de carence dans la fonction publique, pas de suppression de 4 000 postes d’enseignants ; quelque 2 000 postes d’accompagnants d’élèves en situation de handicap seront créés ;…”
“(Mêmes mouvements.) Grâce à la négociation, il n’y aura pas de nouveau gel des pensions de retraite en 2025, pas d’augmentation des taxes sur l’électricité,…”
“Depuis dix jours, nous sommes entrés en négociation avec vous et vos ministres. Nous avons fait ce choix, non pour négocier une place, obtenir un ministère ou un avantage quelconque, mais pour vous arracher des concessions qui n’auraient pas vu le jour sans cette discussion. Nous n’avons pas la négociation honteuse (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC) et vous ne devriez pas davantage en avoir honte. Je vous ai écouté lors du discours de politique générale. Vous auriez dû dire, par simple respect pour le dialogue engagé, que vous aviez prévu nombre de coupes claires qui auraient directement porté atteinte au quotidien des Français les plus vulnérables, et reconnaître que nos échanges, notre dialogue, notre négociation ont permis de faire bouger les lignes.”
“…qui reposait sur trois conditions : le non-usage du 49.3, un changement de cap et le respect du front républicain en vous refusant à faire dépendre votre survie de l’extrême droite comme l’a fait votre prédécesseur. Vous n’y avez pas donné suite. Il n’est donc plus question de pacte de non-censure, comme cela peut exister dans d’autres pays qui connaissent des gouvernements minoritaires. Un vote de censure est donc possible à tout moment.”
“Cependant, pour permettre au pays d’être gouverné au cours des vingt-huit prochains mois, nous vous avions d’abord proposé un pacte de non-censure…”
“Nous sommes dans l’opposition et nous y resterons. (« Ah ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Nous ne croyons pas au « en même temps » qui entretient la confusion et qui a pour seul effet de faire de l’extrême droite une solution alternative. Nous sommes dans l’opposition mais nous avons signifié notre ouverture au compromis. La situation politique actuelle est inédite puisqu’aucune coalition ne dispose d’une majorité absolue. Vous êtes vous-même, monsieur le premier ministre, à la tête d’un « socle commun » dont on peine à voir le socle et qui n’a de commun que la volonté de siéger au conseil des ministres. Nous avons tous entendu, il y a deux jours, M. Wauquiez expliquer à cette tribune que son parti, alors qu’il participe au gouvernement, ne voterait les projets de loi qu’au cas par cas.”
“…il reviendra à la démocratie parlementaire de s’exprimer. Dans ce cas, le Parlement doit avoir le dernier mot. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Voilà notre position. Elle est claire. Elle est publique. À ce stade, le compte n’y est pas. Vous le savez : votre réponse à cette question conditionnera notre vote sur la motion de censure demain. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)”
“Vous avez annoncé une conférence sociale ; c’est un premier pas. Cette conférence devra, en toute sincérité et transparence, tout mettre sur la table : l’âge légal de départ à la retraite, la durée de cotisation, la pénibilité du travail, les carrières des femmes, les sources de financement. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Je vous le dis : elle ne pourra pas se clore par un retour à la réforme de 2023. (Mêmes mouvements.) Pour les socialistes, le statu quo n’est pas possible. (M. Antoine Léaument s’esclaffe.) Dans l’hypothèse où syndicats et patronat ne trouveraient pas d’accord,…”
“Vous avez déclaré hier que cette réforme pouvait être « plus juste ». Voilà un point d’accord entre nous car la réforme est selon nous terriblement injuste.”
“Au cours de la semaine passée, nous avons beaucoup discuté avec vos ministres et avec vous-même et cherché à avancer sur nombre de questions qui touchent à la vie quotidienne des Français : la santé, le service public, les jours de carence… Autant de sujets qui les inquiètent et sur lesquels vous êtes en partie revenu hier, lors de votre déclaration de politique générale. Vous le savez : la clé de voûte de cette discussion est la réforme des retraites, cette réforme restée comme une blessure à la fois sociale et démocratique. Le départ à la retraite des Françaises et des Français va être progressivement reporté, jusqu’à l’âge de 64 ans. Ce sont les classes populaires, les femmes, les personnes avec des carrières longues, hachées, pénibles, qui seront les premières pénalisées.”
“Monsieur le premier ministre, nous sommes dans l’opposition mais nous avons fait un choix : celui de néanmoins rechercher un compromis. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.)”
“…car tout ce que nous faisons est public. Je vous avertis donc : à chaque fois que l’on n’écoute pas le peuple français, il répète plus fort ce qu’il veut faire entendre. Le prochain vote sera un vote terrible pour vous : vous serez balayés. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe EcoS.)”
“Mais chaque jour, chacun d’entre nous est menacé, à travers sa famille ou ses enfants. Nous connaissons tous cette contrainte,…”
“Mais aujourd’hui n’était pas l’occasion d’un débat sur les retraites – nous l’avons eu pendant des semaines et des semaines : c’était l’occasion d’avoir, enfin, ce vote dont vous nous avez privés il y a un an, vote qui aurait pu solder ce débat et permettre de savoir si la représentation nationale est pour ou contre la retraite à 64 ans. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe EcoS. – M. Nicolas Sansu applaudit également.) Je vous lance donc cet avertissement – qui n’est pas une menace, car je vous ai entendus expliquer que vous étiez menacés…”
“Nous avons tous compris que par votre obstruction, vos cris et vos manières, votre comportement, quand vous êtes dans l’opposition, n’est pas très différent de celui que vous avez dénoncé jusqu’ici. Vous êtes les mêmes, et toutes les leçons que vous avez données pendant toutes ces années sont tombées en une seule journée. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Je suis d’accord avec vous sur un point : on ne réforme pas les retraites en une seule journée.”
“Nous avons toutes et tous compris, à minuit moins cinq, que nous ne voterons pas, ce soir, sur la réforme des retraites.”