Jean-Hugues Ratenon
LFI-NFP · France
“Dans certains départements, la pauvreté est quinze fois plus élevée que dans l’Hexagone – quinze fois plus, vous avez bien entendu, mes chers collègues ! C’est une forme d’apartheid social assumé par le gouvernement. Est-ce cela, l’égalité républicaine ?”
“Nous comprenons que, dans le cadre de cette niche, il n’ait pu aller plus loin, car il aurait été bloqué par la droite et par la Macronie. Il va cependant dans le bon sens et constitue une avancée réelle. C’est pourquoi nous le soutiendrons.”
“L’Aspa est une aide différentielle qui s’adresse aux personnes âgées de plus de 65 ans percevant des revenus inférieurs à certains plafonds. Elle ne suffit pour autant pas à sortir de la pauvreté, notamment parce qu’elle reste conjugalisée.”
“Je souhaitais même aller encore plus loin puisque je proposais la déconjugalisation et l’abaissement à 62 ans de l’âge d’octroi de l’Aspa, afin d’offrir à nos aînés la dignité qu’ils méritent. Nous, nous avons été clairs.”
“C’est pourquoi nous ne voterons pas l’amendement du gouvernement déposé à la dernière minute. Mais il y a pire. Selon la Drees, plus d’un bénéficiaire potentiel sur deux ne demande pas l’Aspa – un non-recours massif. Pourquoi ? D’une part, parce qu’il faut la quémander !”
“Notre groupe souhaite insister sur la nécessité pour l’État d’accompagner et de développer les filières agricoles dans les territoires ultramarins. La souveraineté alimentaire ne doit pas uniquement être appréhendée au travers du prisme de l’Hexagone.”
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“Cet amendement de repli vise à encourager la réhabilitation de l’habitat informel afin de lutter efficacement contre la grande misère qui gagne Mayotte. Je reprends l’exemple de mon quartier : la RHI, la résorption de l’habitat insalubre – qui n’est malheureusement pas appliquée partout –, consistait certes à raser les maisons, mais après avoir mené une opération de reconstruction ; soit les gens partaient dans d’autres logements en attendant que leur quartier soit réhabilité, soit ils déménageaient, partaient. On ne peut pas dire aux gens « vous devez dégager » sans leur proposer de solution de relogement. Il faut améliorer leur situation en attendant un avenir meilleur. Je demande à tous nos collègues de voter cet amendement de bon sens, très humain. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP ainsi que sur plusieurs bancs du groupe EcoS. – Mme Elsa Faucillon applaudit également.)”
“(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Sinon, je ne serais pas là ; mes amis, ma famille ne seraient pas là. Avec l’aide de la puissance publique, nous avons évolué, construit au fur et à mesure. Nous nous sommes protégés entre nous ; il y avait de l’entraide. À aucun moment nous n’avons dû dégager – dehors, sous la pluie, sous le soleil, c’est pire que sous deux feuilles de tôle. Il ne faut pas oublier, mesdames, messieurs, mes chers collègues, que nous parlons d’êtres humains. Réfléchissez un peu ! Personne ne veut voir des gens sous des bangas, dans des bidonvilles, mais il faut trouver des solutions ! Si l’on rase tout, les enfants abandonnés, qu’en fait-on ? C’est là que l’on crée la délinquance ; où il n’y a pas de justice, la violence naît automatiquement.”
“Pour répondre à l’exemple de M. le ministre, il y a aussi à La Réunion des bâtiments où l’on trouve dans deux pièces jusqu’à six ou sept personnes. On ne les balance pas dehors, on ne rase pas l’immeuble : on essaie de trouver des solutions. Très souvent, d’ailleurs, il y a là des familles mahoraises ! D’autres familles mahoraises, à La Réunion, construisent des bangas, des bidonvilles : on ne rase pas tout, on essaie de trouver des solutions ! Je suis né en 1967 dans un quartier de Saint-Benoît qui s’appelait et s’appelle toujours Camp Jacquot ; dans leur grande majorité, les familles qui y habitaient à l’époque sont toujours là. C’étaient des bidonvilles : moi-même, je vivais dans un bidonville, j’ai passé des nuits sous deux feuilles de tôle. Heureusement que l’on n’est pas venu tout raser – heureusement !”
“L’objectif de cet amendement de repli est de garantir qu’on ne traverse pas les habitations durant la nuit. Nous proposons d’inscrire dans la loi que les opérations de contrôle ne peuvent pas commencer avant 6 heures, ni après 21 heures.”
“Si l’article 7 devait être rétabli, nous demandons au moins que la possibilité de prolonger la rétention soit supprimée. Un enfant n’est pas fait pour être enfermé. Or aux termes de l’article, le placement d’un étranger accompagné d’un mineur ne pourrait excéder quarante-huit heures, mais cette durée pourrait être prorogée de vingt-quatre heures « en cas d’impossibilité matérielle de procéder à l’éloignement pour une raison étrangère à l’administration ». Le dispositif de rétention aménagée permet de doubler la durée de rétention, voire de la tripler pour atteindre soixante-douze heures.”
“Cette centralisation risque également d’accroître la charge de travail de la mairie de Mamoudzou et de retarder l’établissement du lien de filiation pour des enfants. Je rappelle que, dans les outre-mer, en particulier à Mayotte, les collectivités se trouvent en grande difficulté du fait d’un manque d’effectifs et de moyens ; c’est d’autant plus vrai à Mamoudzou. Il ne faut surtout pas alourdir leur charge de travail. Nous demandons donc la suppression de l’article. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Selon l’étude d’impact, les reconnaissances frauduleuses détectées en 2023 ne représentaient que 7 % du total des reconnaissances enregistrées à Mayotte. La préfecture de Mayotte n’a effectué que huit signalements au procureur de la République en 2023. S’agissant du tribunal judiciaire de Mayotte, selon les chiffres disponibles, sur vingt-sept saisines du parquet par un officier d’état civil pour une suspicion de reconnaissance frauduleuse, on comptait seulement trois oppositions du parquet au premier semestre 2023 ; il n’y avait eu qu’une seule opposition en 2022 pour vingt-six saisines. Ces chiffres ne justifient en rien la création d’une nouvelle exception légale ; les Mahorais subiront une inégalité d’accès de plus à un service public par rapport à l’Hexagone.”
“Comme mon collègue Naillet, nous sommes opposés à l’article 3 et nous tenons à rappeler le principe selon lequel tout officier d’état civil est compétent pour enregistrer une reconnaissance de paternité ou de maternité, quel que soit le lieu de naissance. Cet article constitue un acte de défiance généralisée et de stigmatisation à l’égard des Mahorais, alors même que des dispositifs ont déjà été introduits dans la loi, tels que la nécessité pour l’auteur de la reconnaissance de produire des justificatifs et la possibilité pour le procureur de la République de surseoir ou de s’opposer à l’enregistrement d’une reconnaissance lorsqu’il existe des indices sérieux laissant présumer son caractère frauduleux.”
“Je souhaite que les débats à venir dans notre hémicycle permettent d’améliorer ce texte, afin de le rapprocher d’un vrai programme de refondation et de sortir enfin du mépris. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe SOC.)”
“Pourtant, les jeunes sont quelque peu oubliés dans ce projet de loi. En ce qui concerne la liberté de circulation, la fin du titre de séjour territorialisé constitue toutefois une mesure de justice en faveur des jeunes en situation régulière, car ce titre empêchait nombre d’entre eux de poursuivre leurs études. Plus globalement, elle ne freinera pas les flux migratoires, mais permettra de donner plus d’oxygène à Mayotte et aux personnes en situation régulière. Cependant, l’Hexagone devra pleinement respecter son devoir de solidarité nationale et non privilégier celle du territoire le plus proche, La Réunion, déjà en grande difficulté du fait de l’abandon par l’État français des territoires dits d’outre-mer. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Enfin, pour « développer une solution de restauration durable et de qualité accessible à chaque élève », c’est-à-dire pour leur permettre de bien manger, dans un département français, il faudra attendre encore longtemps. Les débats en commission ont tout de même permis quelques avancées : la création d’un observatoire sismo-volcanique, un plan de rénovation et de redimensionnement des infrastructures de distribution d’eau potable, la réaffirmation de la priorité que constitue la construction du second hôpital, la revalorisation des retraites, le transfert des compétences départementales et régionales et la priorité donnée à l’orientation des jeunes. D’ailleurs, rappelons que 60 % de la population de Mayotte a moins de 25 ans et que l’âge moyen y est de 23 ans contre 41 ans en France hexagonale.”
“Il ne prévoit l’égalité du smic qu’à partir de 2031, alors que rien n’empêche son application dès 2026. Concernant les minima sociaux, il faudra attendre encore six ans, alors que la moitié des gens vivent dans la grande pauvreté. Pourquoi ce long délai quand tant de familles meurent de faim ? Est-ce un choix calculé pour continuer à encourager le désordre dans l’océan Indien ? Les Français de l’Hexagone qui partent travailler à Mayotte perçoivent des primes et une indexation de leurs revenus qui peut aller jusqu’à 40 % afin de faire face à la vie chère. C’est juste, mais pourquoi les smicards et les allocataires des minima sociaux de Mayotte doivent-ils, eux, attendre non pas une indexation, mais seulement l’égalité ?”
“Non : la source de déstabilisation majeure, comme vous dites, c’est votre politique et rien d’autre. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) La preuve, Mayotte est toujours abandonnée. Le texte ne promet la fin de la rotation scolaire qu’en 2031, alors qu’il manque plus de 1 000 classes et que selon la Défenseure des droits, plus de 15 000 enfants n’ont pas accès à une scolarité classique.”
“Pendant tout ce temps, ce fut une île abandonnée. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Cette « source de déstabilisation majeure » est-elle la raison de cet abandon ? Le déficit des politiques de santé, l’absence d’application de l’aide médicale de l’État (AME) : la faute à l’immigration ? Le niveau inférieur du smic et des minima sociaux : encore l’immigration ? Le manque de construction de logements : là aussi, la faute à l’immigration ? Les promesses non tenues, le déficit de postes de fonctionnaires : toujours l’immigration ? Le manque d’eau potable, de planification écologique, le coût de la vie deux fois plus élevé qu’en métropole : encore l’immigration ? Le président Macron qui nous vole la victoire aux dernières élections législatives : là, c’est sûr, c’est à cause de l’immigration à Mayotte ?”
“Ce projet de loi de programmation pour la refondation de Mayotte est encore timide au vu des enjeux. La situation de l’île est en effet très grave. Les Mahorais, et plus généralement les Français de l’océan Indien, souhaitent que l’on parle des problèmes quotidiens, non en littérature, comme c’est le cas depuis des décennies, mais en actes concrets – autrement dit, il faut agir maintenant. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Mais voilà que revient toujours et encore cette obsession de l’immigration, décrite comme une source de déstabilisation majeure. Est-ce vraiment ce facteur qui empêche le développement de Mayotte ? Je ne le pense pas. Mayotte est française depuis 1841. Elle l’a réaffirmé à l’occasion du référendum d’autodétermination de 1974 et n’est devenue un département français qu’en 2011.”
“Monsieur le ministre, soyez digne et regardez en face tous ces nourrissons en urgence absolue ! (« La honte ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) N’est-ce pas criminel et malsain ? Acceptez-vous de rencontrer rapidement l’ensemble des députés et des sénateurs de La Réunion ? Répondez-moi, soyez honnêtes ! (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)”
“Dans son avis du 27 février 2025, la Haute Autorité de santé a indiqué qu’il n’y avait pas eu d’évaluation de l’efficacité vaccinale du produit (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP) , « déduite à partir d’un seuil prédictif de protection […] déterminé chez le primate non humain ». On apprend aussi que « le laboratoire Valneva s’est engagé à mettre en place deux études d’efficacité en vie réelle » : après les singes, ce sont donc les Réunionnais les cobayes… Conséquence du manque de moyens : des morts, des dizaines de milliers de malades, l’hôpital à bout, des déprogrammations de soins, un climat anxiogène, une grande défiance de l’opinion publique et une économie en difficulté. Oui, je vous accuse de favoriser l’affaiblissement des populations d’outre-mer et du service public au détriment de la vie humaine !”
“J’accuse. J’accuse, donc ma question s’adresse à qui veut bien répondre, car vous êtes tous responsables. Le chikungunya frappe durement car vous avez laissé faire. Nous l’avons subi en 2006, nous connaissons la bête, qui a fait plus de 250 morts et meurtri des milliers de personnes, porteuses de séquelles vingt ans après. Nous connaissons la bête et nous savons comment l’éliminer. Vous devriez le savoir plus que nous. La bête a repointé son nez en 2024 à Saint-Gilles. Elle était dans la ligne de mire et pouvait être éliminée, mais vous avez laissé l’épidémie se développer. Il y a donc un vaccin, mais vous saviez qu’il n’avait pas prouvé son efficacité.”
“Alors que ces femmes et ces hommes ont investi toutes leurs économies dans leur activité, s’ils se retrouvent dans l’obligation d’y renoncer, ils percevront seulement 4 800 euros au terme des six mois d’indemnisation, et seulement 3 600 euros à Mayotte. Le gouvernement compte-t-il revaloriser ce montant pour qu’il soit digne, en le portant au minimum à hauteur du seuil de pauvreté, qui se situe légèrement au-dessus de 1 200 euros ? Rappelons-le : ces travailleurs ont pris des risques.”
“Plus généralement, compte tenu des spécificités des territoires ultramarins, pourquoi ne pas instaurer des conditions particulières d’accès à l’ATI pour les travailleurs indépendants d’outre-mer ? Par ailleurs, j’ai rencontré de nombreux chefs d’entreprise. Ces derniers jugent le dispositif lourd et compliqué, avec des délais d’indemnisation trop longs – trois à cinq mois avant de percevoir l’allocation. C’est pourquoi ils renoncent à leur droit, quand ils ne voient pas leur demande refusée presque systématiquement. Comment le gouvernement entend-il simplifier les démarches afin de réduire les durées de traitement des dossiers ? Avez-vous l’intention de réviser les critères d’éligibilité ? Le montant de l’allocation pose également problème.”
“Leur société essuie alors directement les pertes qu’entraînent ces accidents en empêchant de réaliser les travaux commandés ou de respecter les délais prescrits. Le rêve d’une vie, celui de vivre de son travail, vire alors au cauchemar et se trouve réduit à néant. Jusqu’en février 2022, les travailleurs indépendants n’avaient droit à rien en cas de perte d’activité ; ils ne bénéficiaient d’aucune protection. D’où la création de l’ATI, une bonne idée de départ qui s’est révélée mal ficelée. Le montant de cette allocation atteint 800 euros par mois, pour une durée de six mois, sauf à Mayotte où il se limite à 600 euros. Madame la ministre, pourquoi cette différence de montant dans le département le plus pauvre de France, où sévit le chômage de masse ?”
“Une fois franchie la jungle administrative pour parvenir à créer leur entreprise, ils doivent encore convaincre les banquiers de les accompagner, ce qui est loin d’être gagné d’avance, tant ces derniers se montrent frileux, pour ne pas dire décourageants. C’est pourquoi ces femmes et ces hommes n’hésitent pas à mettre toutes leurs économies dans leur projet d’entreprise, prenant ainsi des risques personnels. En effet, ils ne sont pas à l’abri d’une baisse des commandes, d’un contexte économique défavorable ou d’une crise sanitaire comme la covid – ou le chikungunya, qui sévit actuellement à La Réunion –, sans oublier les bouleversements de la vie économique liés aux catastrophes naturelles. Du jour au lendemain, ces chefs d’entreprise se retrouvent sans salarié et, parfois, eux-mêmes paralysés par la maladie.”
“Les travailleurs indépendants représentent une catégorie non négligeable dans notre modèle économique : on en compte 3,3 millions en France, dont 200 000 en outre-mer et près de 50 000 à La Réunion. Dans les outre-mer, la volonté de créer son activité est un moyen de répondre à la pénurie d’emplois. On ne devient donc pas travailleur indépendant par plaisir ; ces personnes prennent un risque. Nous les retrouvons dans plusieurs domaines de la vie quotidienne : artisans, commerçants de proximité, artisans du BTP, agriculteurs, peintres, musiciens, etc. Ces femmes et ces hommes s’investissent dans leur métier avec passion, sans compter leurs heures.”
“Enfin, il convient d’évoquer l’absence de prise en charge des détenus souffrant de problèmes psychiatriques. La santé mentale des détenus constitue un réel sujet de préoccupation. L’unité de soins intensifs en psychiatrie est insuffisante : à quand la création d’une nouvelle unité hospitalière de ce genre ? Les personnes qui travaillent dans les établissements pénitentiaires sont à bout, elles se trouvent à la merci des pressions et des agressions. Les détenus méritent, quant à eux, de meilleures conditions de détention. Comment le ministre compte-t-il agir ?”
“La surpopulation carcérale est d’une gravité sans pareille en outre-mer. Les détenus se retrouvent souvent à quatre ou cinq dans une cellule de 10 mètres carrés. Cette situation favorise les dysfonctionnements, comme les violences entre détenus ou à l’encontre des surveillants. Par ailleurs, nous assistons à une augmentation des projections d’objet depuis l’extérieur et les solutions pour y remédier demeurent très insuffisantes. À La Réunion, les syndicats sont unanimes : il faut construire une nouvelle prison dans le sud de l’île, comme cela a été promis à maintes reprises. Il manque également une cinquantaine de gardiens : allez-vous organiser le retour tant attendu d’agents, étant donné que nombre d’ultramarins exercent comme surveillants dans les prisons de métropole ?”
“L’unité de soins intensifs en psychiatrie ne suffit plus à prendre en charge tous les cas, ce qui est une vraie préoccupation : il faudrait créer une unité hospitalière spécialisée. Les conditions difficiles de détention pouvant affecter gravement la santé psychique, la santé des détenus sortant de prison devrait également être considérée. Les surveillants sont à bout, car ils exercent sous pression et dans la peur d’une agression. Les détenus, quant à eux, ne sont pas des chiens. Ils méritent de meilleures conditions de détention. Compte tenu de tous ces éléments, quelle est votre vision des prisons réunionnaises et, plus généralement, des prisons implantées outre-mer ? Quelles solutions à leurs problèmes envisagez-vous ?”
“Il manque une cinquantaine de surveillants pénitentiaires à La Réunion et ceux qui travaillent dans l’Hexagone attendent de pouvoir rentrer au pays, car nombre d’entre eux sont en souffrance. Seul le centre pénitentiaire de Domenjod accueille des femmes et des mineurs. Le quartier des femmes n’est pas épargné par la surpopulation carcérale, puisque l’on dénombre jusqu’à cinq détenues dans certaines cellules. La situation est critique, non seulement en matière d’hygiène, mais aussi parce que des mineures, pour lesquelles il n’existe pas de quartier spécifique, y sont détenues. Comment ne pas évoquer l’absence de prise en charge de détenus souffrant de troubles psychiatriques ?”
“À La Réunion, la surpopulation carcérale atteint le taux de 150 % – similaire à celui que l’on observe partout en France. Au centre pénitentiaire de Domenjod, il y a 846 détenus pour 560 places ; ils se retrouvent souvent à 4 ou 5 dans 10 mètres carrés. Cette situation favorise les dysfonctionnements et les violences entre détenus ou contre les surveillants. On observe également une augmentation des projections d’objets depuis l’extérieur. Les syndicats sont unanimes : ou bien l’on rénove les prisons, ou bien l’on construit un nouvel établissement dans le sud de l’île, comme cela avait été proposé il y a plusieurs années, si ce n’est plusieurs décennies.”
“Enfin, pour éviter une augmentation des prix, l’État doit procéder rapidement à leur blocage. (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent ce dernier.)”
“(Mêmes mouvements.) Malgré les renforts, des dizaines de milliers de gens n’ont toujours pas d’eau ni d’électricité : il faut absolument trouver une solution, et sans délai. (Mêmes mouvements.) L’épidémie du chikungunya s’accélère, des tonnes de déchets s’accumulent : prévoyez-vous d’augmenter le nombre de contrats parcours emploi compétences et d’adapter leur financement ? Les communes sont en difficulté. L’État doit être véritablement à leurs côtés pour ne pas les laisser seules face à ces dépenses imprévues. Concernant l’hôpital public, le groupe hospitalier Est Réunion, situé dans ma circonscription, a subi des dégâts considérables et a besoin d’argent. L’État va-t-il agir pour que la santé retrouve ses pleines capacités ? (Mêmes mouvements.)”
“(Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS, dont les députés se lèvent, ainsi que sur les bancs des groupes EPR et GDR.) Les Réunionnais sont traumatisés par ce cyclone d’une intensité exceptionnelle. Des centaines de familles ont vu leurs maisons détruites. Rebâtir nécessite des moyens. Les réponses doivent être concrètes et immédiates. Ne faut-il pas réquisitionner les logements vacants existants ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) L’urgence est totale. L’état de catastrophe naturelle et de calamité agricole n’est pas à prouver. Prévoyez-vous un prêt à taux zéro pour la reconstruction ? Pour ceux qui n’ont pas d’assurance, comptez-vous ouvrir un fonds d’aide exceptionnelle ?”
“Devant la représentation nationale, au nom de mon groupe, et avec mon collègue Perceval Gaillard, nous voulons nous aussi rendre hommage aux cinq victimes du cyclone Garance. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe EPR.) Nous témoignons notre soutien à leurs familles et à leurs proches. Je veux féliciter les services publics, les personnels soignants, les pompiers, les employés communaux, les agents de la région et du département pour leur travail acharné mais aussi saluer les gendarmes, les policiers, l’armée, les renforts et la solidarité réunionnaise. Bravo à eux !”
“Je le dis aux deux députées d’extrême droite que sont Estelle Youssouffa et sa collègue du groupe Rassemblement national : battez-vous pour Mayotte et pour l’égalité sociale, et alors seulement nous nous battrons à vos côtés ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“(Mêmes mouvements.) Qui est prêt à ce que dans sa circonscription, le smic, l’allocation logement, la retraite, le RSA et les prestations sociales soient inférieurs à ce qu’ils sont dans le reste du territoire ?”
“Ce débat est un leurre ; il ne résoudra en rien la question migratoire. Ce matin encore, la députée d’extrême droite Estelle Youssouffa a prétendu que les autorités comoriennes orchestraient un grand remplacement pour remettre en cause le statut de Mayotte. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Sont-ce les conditions d’octroi de la nationalité qui posent un problème ou est-ce le grand remplacement ? Il faut cesser de manipuler l’opinion. Malgré la départementalisation en 2011, l’inégalité sociale demeure le principal problème de Mayotte. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Il n’y aura pas de développement sans mesures d’égalité sociale.”
“Nous sommes conscients que Mayotte est confrontée à une pression migratoire intense et incontrôlée, qui rend urgente l’adaptation des politiques publiques. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Mais selon votre texte, le durcissement des conditions d’accès à la nationalité serait la solution. C’est faux. Vous prétendez que cette mesure réduirait l’attractivité de Mayotte pour les migrations irrégulières et restaurerait l’équilibre social et économique de l’île. C’est faux. Si de telles dispositions étaient efficaces, cela se saurait. Vous vous trompez et vous trompez les Mahoraises et les Mahorais. La loi « asile et immigration » de 2018 a durci les règles d’accès à la nationalité française et un décret de 2020 a réduit les délais pour demander l’asile. Malgré cela, l’immigration clandestine n’a pas diminué à Mayotte, au contraire.”
“Nous ajoutons : « Nous avons aussi évoqué les conditions de travail des agents pénitentiaires de La Réunion, déjà en grande difficulté, et nous avons insisté à plusieurs reprises sur l’urgence de la situation pour régler les problèmes dans les mois à venir. » Enfin, nous déclarons : « Si La Réunion est indéniablement solidaire envers ses voisins, notre territoire rencontre lui aussi ses propres limites. C’est pourquoi, au regard des taux de suroccupation insoutenables aussi bien à Mayotte qu’à La Réunion, nous avons appelé à une solidarité de l’Hexagone pour absorber les transferts de détenus. Concernant les anciens ou les détenus mahorais qui sont sur notre territoire, nous avons proposé la mise en place d’un dispositif au retour dans leur département d’origine. » Voilà ce qui figure dans le communiqué, monsieur le ministre.”
“Nous en sommes à la dernière ligne droite. Permettez-moi de revenir sur les propos du ministre Darmanin qui a indiqué, ce matin, que mon collègue Frédéric Maillot et moi-même avions déclaré, dans un communiqué de presse, vouloir que l’ensemble des Mahorais retournent chez eux. Je voudrais donc vous lire plusieurs passages de ce communiqué, qui date du 24 janvier 2025 : « La montée des phénomènes de violences sur notre île est un enjeu majeur pour notre sécurité et notre vivre-ensemble. Étant bien conscients des responsabilités que nous imposent les récents événements et altercations que nous voyons dans nos circonscriptions mais aussi sur les réseaux sociaux, nous avons adressé un courrier […] ».”
“Ne pouvant dégager de marges arrière ou organiser des coopérations commerciales, ils peinent à proposer des prix attractifs, ce qui limite leur compétitivité et compromet leur survie. L’amendement tend à limiter les marges des grossistes, dans le but d’aligner les tarifs des petits commerces sur ceux des grandes surfaces. L’enjeu est de sauvegarder l’emploi dans les petits commerces, créer une véritable concurrence, réduire les déplacements coûteux vers les grandes surfaces, lutter contre les déplacements carbonés et libérer les routes.”
“Le modèle de la grande distribution étouffe financièrement les ultramarins et fragilise les commerces de proximité, incapables de rivaliser avec les prix des grandes enseignes. Les petits commerces jouent pourtant un rôle essentiel en renforçant les liens sociaux dans leurs quartiers d’implantation et en favorisant les circuits courts ; ils épargnent aux consommateurs de longs déplacements pour acheter des produits de première nécessité, dans des territoires où se déplacer coûte aussi cher que se nourrir. Cependant, les petits commerces achètent des produits à des coûts souvent supérieurs aux prix de vente en grande surface. Souvent, ils deviennent même les clients de la grande distribution, dans l’espoir de réaliser de maigres bénéfices.”
“Pour briser ce cercle vicieux, le présent amendement propose de fixer un coefficient multiplicateur maximal entre le prix d’achat et le prix de revient des denrées alimentaires. Cet outil concret permettrait de protéger les consommateurs et de rétablir une certaine justice économique, tout en garantissant l’accessibilité des produits de première nécessité. Nos territoires ne doivent plus servir de terrain de jeux à des acteurs économiques sans scrupule ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)”
“La vie chère n’est pas une fatalité liée à l’éloignement géographique ou au coût de l’approvisionnement, mais la conséquence de pratiques abusives : concentration des acteurs, ententes illicites, bénéfices indécents réalisés sur le dos des plus démunis, et autres vampirisations. Dans nos territoires, même des familles qui travaillent n’arrivent plus à se nourrir correctement. Comment justifier qu’en 2025, un travailleur doive choisir entre remplir son frigo et payer ses factures, alors qu’une poignée de privilégiés qui dominent les marchés de l’alimentation, du transport, de la construction et d’autres services et biens de consommation courante s’enrichissent honteusement ? Des prix étouffants et des profits indécents, voilà le quotidien des habitants des territoires d’outre-mer !”
“Selon moi, l’amendement n o 56 affaiblit la portée de l’article 4, en ceci qu’il donne plus de prérogatives au pouvoir central et au préfet. Or nous devrions plutôt aller plus loin dans l’affaiblissement du pouvoir des sociétés de distribution. À La Réunion, nous constatons des monopoles et des duopoles ; GBH y détient plus de 30 % de parts de marché, ce qui renchérit le coût de la vie et accroît la pression qui pèse sur les producteurs. Je vous invite donc à rejeter cet amendement.”
“Je défendrai bientôt l’amendement n o 7 par lequel nous entendons répondre aux besoins des commerces de proximité dans nos quartiers et dans nos villes. Nous refusons de laisser prospérer un modèle qui écrase nos petits commerçants au bénéfice de quelques profiteurs qui concentrent les richesses entre leurs mains. Le présent amendement n’est pas un frein au développement mais une invitation à repenser nos priorités, à préserver nos terres, à soutenir nos commerces de proximité, à combattre les pratiques abusives qui entretiennent la vie chère, à désengorger nos routes et à protéger la planète. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Le présent amendement se fonde sur une réalité bien connue : créer des grandes surfaces ne favorise pas forcément la concurrence dans les territoires ultramarins. Bien au contraire, cela perpétue un système où les ententes illicites restent impunies. Tant que ces pratiques ne seront pas combattues avec fermeté, multiplier les grandes surfaces ne fera pas baisser les prix. Or ces implantations ont un coût bien plus lourd qu’on ne l’imagine, en particulier du fait de l’accaparement des terres, ce foncier dont nous avons besoin, que ce soit pour le logement ou pour développer notre autonomie alimentaire. En outre, ces grandes surfaces détruisent les commerces de proximité – structures qui incarnent la solidarité dans nos quartiers ainsi que l’entraide.”
“Ce faisant, nous augmenterons aussi la légitimité et la visibilité des OPMR, ce qui justifiera par la suite une augmentation de leurs moyens. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)”
“L’entreprise dissimule des marges dans le secteur automobile quatre fois supérieures à celles pratiquées dans l’Hexagone grâce à un système opaque d’entreprises intermédiaires. Ces pratiques permettent d’accumuler les profits tout en masquant leur réelle ampleur. Cette situation, dénoncée dans plusieurs rapports officiels, est héritée d’une tradition d’économie de comptoir, soutenue par des connivences politiques et un intense lobbying. Ce capitalisme sauvage détruit nos territoires et dépasse les bornes. Par le présent amendement, nous proposons donc de renforcer les OPMR pour garantir plus de transparence et de contrôle économique. Nous pourrons ainsi rétablir une concurrence équitable et permettre aux populations ultramarines de bénéficier de prix plus justes.”
“L’efficacité des observatoires des marges, des prix et des revenus est limitée car ils manquent de moyens financiers et d’action. Les concentrations économiques extrêmes, comme le monopole de certains grands groupes, étouffent les petits producteurs, détruisent les commerces de proximité et sont la cause directe de l’augmentation des prix. Le rachat de Vindémia par le groupe Bernard Hayot à La Réunion illustre bien ce phénomène. Malgré les efforts et les alertes de l’OPMR, l’Autorité de la concurrence a validé cette opération dont les effets sont maintenant clairs : concurrence affaiblie, hausse des prix et fragilisation de la production locale. Le journal Libération a récemment mis en lumière les pratiques suspectes de GBH.”