Sarah Legrain
LFI-NFP · France
“…un élément fondamental : l’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui dispose que toute personne a droit au respect de sa vie privée. C’est au cœur du sujet, et j’en donnerai un exemple très clair en évoquant un couple de ma connaissance.”
“Aujourd’hui, je me retrouve dans une situation administrative particulièrement délicate, et je me tourne vers vous avec l’espoir que vous pourriez m’apporter votre soutien. Titulaire d’une autorisation provisoire de séjour recherche d’emploi-création d’entreprise, celle-ci est expirée depuis le 17 mars 2026.”
“Vous aurez donc passé toute cette journée à nous faire débattre du mariage, comme s’il représentait un danger pour la nation, et à laisser penser que les maires de ce pays – alors qu’ils sont en train d’affronter les conséquences d’une canicule jamais anticipée par le gouvernement et d’un déni climatique qui est le vôtre, messieurs-dames…”
“La discussion de cette proposition de loi est l’occasion de rappeler ce que nous dénonçons depuis longtemps : le gouvernement fabrique de façon délibérée des sans-papiers et des chômeurs. Désormais, vous voulez empêcher les étrangers sans papiers d’épouser la personne aimée.”
“J’avais prévu d’expliquer comment votre texte sur la natalité, qui est une nouvelle façon de faire alliance avec la Macronie, puisque vous appuyez ainsi le « réarmement démographique » voulu par Macron, était encore une fois une façon non pas d’aimer les femmes, les familles et les enfants, mais bien une façon de contrôler et d’exploiter…”
“Mes collègues l’ont montré, nous assistons à une nouvelle démonstration de la sinistre alliance entre la Macronie et l’extrême droite autour de ce texte censé empêcher les mariages blancs, les faux mariages, mais dont tout le monde comprend ici qu’il vise à rendre toujours plus difficile à des étrangers d’épouser des Français et des Franç…”
The complete record
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“Le 13 mai dernier, j’ai adressé un courrier cosigné par tous les députés Insoumis de Paris au ministre de l’économie et des finances, mais il est resté sans réponse à ce jour. Je vous le demande donc solennellement : comptez-vous mettre un terme à la dégradation de l’accueil du public et des conditions de travail des agents en renonçant aux fermetures annoncées, afin de garantir un accès effectif aux services publics aux habitants du 19 e arrondissement et du nord-est de Paris ?”
“Cette fermeture est l’aboutissement d’une politique de réduction des horaires d’ouverture et de dématérialisation, qui mène à une maltraitance double : non seulement l’accueil correct du public est rendu impossible, mais s’ensuit aussi une perte de sens pour les agents engagés au quotidien, au service de la population et du recouvrement de l’impôt, indispensable au bon fonctionnement des politiques publiques. Plus largement, la fermeture du centre de l’Argonne met en lumière un démantèlement des services publics qui va à rebours des besoins et des aspirations de la population, à rebours de ce qui avait été décidé ici même, dans l’hémicycle, en novembre 2023, avec l’adoption de la proposition de loi de ma collègue Danièle Obono, tendant à la réouverture des accueils physiques dans les services publics.”
“En effet, le centre de l’Argonne n’est pas fréquenté par les gens qui paient des fiscalistes ou des comptables pour s’occuper de leurs affaires ! Il l’est par une population fragile, par des personnes qui ont besoin d’un accompagnement personnel parce que le système fiscal leur est étranger ou complexe, parce que les documents ne sont pas rédigés dans leur langue natale, parce qu’elles ne maîtrisent pas bien l’informatique et subissent cette fameuse « fracture numérique » dont parle la Défenseure des droits, ou parce que leurs questions et leur situation ne rentrent pas dans les cases toutes faites d’un formulaire en ligne. C’est cette population que vous voulez priver d’un accueil de proximité pourtant essentiel.”
“Le 19 e arrondissement compte plus de 180 000 habitants, soit plus que Reims, Le Havre ou Dijon ; imagineriez-vous priver ces villes de centres des finances publiques ? Quelle est la justification de ces fermetures ? Il fallait « désintoxiquer les usagers de l’accueil », selon les mots d’un ancien directeur régional des finances publiques. Depuis 2010, les effectifs parisiens de la DGFIP – direction générale des finances publiques – ont été réduits de près de 40 %. Les postes supprimés sont principalement ceux de fonctionnaires des catégories C et B, c’est-à-dire celles et ceux qui sont en contact direct avec le public. Or ce public du nord-est parisien est précisément celui qui a le plus besoin de services publics.”
“Je suis élue dans le 19 e arrondissement de Paris, le plus populaire de la capitale. Il est à cette heure doté d’un seul centre des finances publiques, celui de la place de l’Argonne. Ses agentes et agents sont actuellement mobilisés en intersyndicale pour refuser la fermeture annoncée de ce centre, sacrifié comme tant d’autres sur l’autel du bien mal nommé « nouveau réseau de proximité » des finances publiques. Cette réforme n’a de proximité que son intitulé puisque, depuis son lancement, tout ce que l’on constate, ce sont des fermetures. Sur les vingt-cinq centres existants dans tout Paris en 2021, il ne devrait en rester que douze en 2028, soit même pas un par arrondissement.”
“…comme, pour commencer, arrêter d’exonérer les grandes entreprises de cotisations. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.)”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Ce n’est pas nous qui décidons que certaines cotisations ne seront pas payées ; c’est vous qui faites et imposez au Parlement par 49.3 les cadeaux fiscaux que vous nous demandez maintenant de financer. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Emmanuel Duplessy applaudit également.) Nous avons quelques idées sur le sujet…”
“Marcellin Nadeau applaudit également.) Nous ne pensons pas qu’elles soient une forme de charité faite à certaines familles, qui justifie un contrôle des ressources par la CAF. Nous estimons au contraire que leur universalité est la garantie de l’égalité entre tous les enfants et d’une solidarité nationale avec toutes les familles. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Cyrielle Chatelain applaudit également.) Enfin, il est assez désagréable, chers collègues de la Macronie, d’entendre vos questions sur le financement de la mesure. En effet, 49.3 après 49.3, c’est vous qui imposez des budgets de la sécurité sociale dont vous creusez le trou à coups d’exonérations de cotisations sociales.”
“Non parce que cette mesure suffirait magiquement à convaincre les parents de concrétiser leur désir d’enfant – bien d’autres facteurs interviennent, de la crainte de l’avenir au coût du logement en passant par la précarité ou la faiblesse des salaires, que l’allocation ne suffira pas à compenser –, mais parce que nous croyons au principe de l’égalité entre les enfants et à leur droit de voir couverts leurs besoins minimaux. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe GDR. – Mme Cyrielle Chatelain applaudit également.) Or toutes les familles n’ont pas un égal accès à ce droit. Contrairement à nos collègues socialistes et à ce qu’avait fait François Hollande, nous sommes attachés à l’universalité des allocations familiales. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M.”
“Je vais essayer d’être plus brève que notre collègue. Il est important de répéter, même brièvement, que si le groupe La France insoumise sera très heureux de voir adoptée la proposition de loi, pour laquelle il votera, ce n’est en aucun cas parce qu’il pense qu’il faut enjoindre aux femmes de faire des enfants. Ses membres sont fondamentalement attachés au droit des femmes de disposer de leur corps. Certaines femmes ne font pas d’enfants parce qu’elles n’en veulent pas et elles en ont bien le droit. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs des groupes SOC, EcoS et GDR.) Pourquoi sommes-nous favorables aux allocations dès le premier enfant ?”
“Par votre inaction, vous avez trahi autrefois votre responsabilité de ministre de l’éducation et laissé des pédocriminels continuer à sévir pendant des décennies. Par vos mensonges, vous déshonorez à présent la fonction de premier ministre face aux représentants du peuple français. Monsieur Bayrou, quand allez-vous démissionner ? (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Mme Elsa Faucillon applaudit également.)”
“Non, le surveillant condamné en 1996 pour des violences sur un élève n’a pas été licencié ; il a été promu !”
“Il n’y a pas de procès politique dont vous seriez la victime ; il y a une certaine idée de la fonction que vous occupez. Un premier ministre ne peut mentir à la représentation nationale sans gravement porter atteinte à notre démocratie. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Vous avez menti ici même, face à nous, le 11 février, lorsque vous avez affirmé : « Je n’ai jamais été informé de quoi que ce soit de violences, ou de violences a fortiori sexuelles. Jamais. » Lors de votre audition, vous avez pourtant reconnu sous serment disposer d’informations parues dans la presse dès 1995 au sujet de violences physiques. (Mêmes mouvements.) Hier, document à l’appui, les victimes de Bétharram ont mis en cause vos déclarations devant la commission d’enquête.”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP ainsi que sur quelques bancs des groupes SOC, EcoS et GDR.) Vous avez sidéré en justifiant la violence physique dans l’éducation ou encore en présentant les pédocriminels comme des adultes choisissant des enfants pour partenaires. Il n’y a guère plus que l’extrême droite pour vous applaudir sur un tel sujet. (Exclamations sur quelques bancs des groupes RN et UDR.) Nous n’oublions pas, d’ailleurs, qu’elle est en croisade contre l’éducation à la vie sexuelle et affective qui donne aux enfants les outils nécessaires pour nommer les crimes des adultes. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Lors de votre audition, vous n’avez cessé de crier à l’acharnement et de discréditer le travail de la commission pour protéger les enfants.”
“Monsieur le premier ministre, vous faites honte à votre fonction. (Murmures sur les bancs du groupe RN.) Devant la commission d’enquête sur les violences en milieu scolaire, vos propos ont sidéré et écœuré. Vous avez écœuré par le mépris et les attaques systématiques envers celles et ceux qui ont osé parler, alerter, combattre l’omerta. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Non, l’enseignante qui donnait aux élèves battus et violés de Bétharram le numéro d’urgence pour les enfants maltraités n’était pas « dérangée » : elle était la seule à avoir gardé raison et humanité dans cet océan de silence et de violence.”
“Vous êtes allé les soutenir ! Vous avez refusé le cessez-le-feu !”
“Ce texte va y contribuer, mais j’ai également déposé une proposition de loi – que je vous invite toutes et tous à signer – qui pourrait être très consensuelle (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS) , puisqu’elle vise à garantir qu’en aucun cas la communauté de vie ne puisse être interprétée comme un devoir conjugal dans le code civil. (Mêmes mouvements.)”
“Le juge avait considéré qu’une femme était en tort parce qu’elle avait refusé d’avoir des relations sexuelles avec son mari, et donc d’honorer le devoir conjugal. Nous sommes, en France, dans une situation où le code pénal reconnaît le viol conjugal, mais où le code civil peut encore interpréter l’obligation de communauté de vie comme une obligation d’avoir des relations sexuelles avec son conjoint, autrement dit comme un devoir conjugal. Nous devons absolument avancer sur la question du viol conjugal.”
“Nous demandons que, dans un délai d’un an à compter de la promulgation de la présente loi – qui, je l’espère, va être adoptée –, le gouvernement remette au parlement un rapport évaluant ses effets sur le traitement des violences commises dans le cadre conjugal. Cela me paraît essentiel, car l’un des objectifs de cette loi est aussi de mettre fin à certains préjugés et stéréotypes relatifs aux violences sexuelles, notamment à l’idée qu’elles seraient commises par des inconnus, alors que dans neuf cas sur dix, les victimes connaissent leur agresseur, et que dans la moitié des cas, il s’agit de leur conjoint ou de leur ancien conjoint. Je rappelle que la France a récemment été condamnée par la CEDH au sujet d’une décision prise dans le cadre d’un divorce.”
“Cependant, en sens inverse, si on avait montré une situation de vulnérabilité qui met clairement en doute le fait qu’il puisse y avoir eu consentement et qui peut donner l’impression qu’il y a eu une forme de contrainte, il faut considérer que cela ne permet pas de caractériser le viol ou l’agression sexuelle. Ce qui est demandé par le mouvement féministe, et qui est contradictoire avec ce que fait souvent le gouvernement, ce n’est pas d’aggraver les peines des auteurs des agressions sexuelles, mais de faire en sorte qu’il y ait moins de classements sans suite, pour qu’il y ait moins d’impunité et plus de décisions de justice. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Sandrine Rousseau applaudit aussi.)”
“Nous, nous ne cherchons pas à aggraver les peines. Nous considérons que le principal problème concernant les violences sexuelles, ce sont les classements sans suite, c’est-à-dire que de très nombreuses victimes n’ont jamais de réponse ; parfois, elles n’ont même pas le droit à une enquête conséquente. Nous ne cherchons donc pas à aggraver les peines, mais à permettre de caractériser la situation. Nous remarquons que certains éléments qui relèvent des circonstances aggravantes peuvent servir dans les faits à empêcher de caractériser la situation d’agression sexuelle ou de viol. On nous dit que si on prouve le viol ou l’agression sexuelle, on pourra aggraver la peine en raison de la vulnérabilité de la victime.”
“Je fais allusion à des interrogations qui existent sur des faits d’ordre politique. Je crois que cet hémicycle est aussi un lieu où l’on peut interroger l’impunité de certaines personnes et le fait qu’elles restent toujours en fonction (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Sandrine Rousseau applaudit également) et se retrouvent au banc à discuter de consentement alors qu’on peut légitimement s’interroger, au vu de leurs propos (Exclamations sur quelques bancs du groupe EPR) , sur leur conception du consentement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Sandrine Rousseau applaudit aussi.) J’en viens aux arguments de fond. Le Conseil d’État estime que les circonstances aggravantes permettent de prendre en considération la vulnérabilité. Il y a là un débat sur ce que nous voulons, chers collègues.”
“C’est le cœur du sujet : quand on veut parler de consentement et définir celui-ci, il faut parler de relations de domination, de ce qui rend vulnérable, des abus d’autorité et de pouvoir. Je regrette donc qu’après l’avis consultatif du Conseil d’État, cette dimension de la vulnérabilité n’apparaisse plus explicitement dans le texte. Cette mention permettrait que davantage d’affaires donnent lieu à des jugements, si ce n’est peut-être à des condamnations, au lieu d’être rapidement classées sans suite parce qu’on considère qu’il n’y a pas d’atteinte au consentement ou de violence, contrainte, menace ou surprise. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Sandrine Rousseau applaudit aussi.)”
“Si un élu exige des relations sexuelles d’une femme ou de plusieurs femmes qui sont en situation de grande vulnérabilité et lui demandent de l’aide pour sortir d’un mauvais pas ou pour trouver un logement social, par exemple, si cet élu reconnaît que des relations sexuelles ont eu lieu, et qu’elles ont eu lieu avant une intervention de sa part, si des SMS attestent du sentiment de contrainte de ces femmes vulnérables et que l’homme lui-même reconnaît avoir pu profiter de la situation, alors je crois que la justice doit pouvoir évaluer s’il n’y a pas là l’exploitation d’une situation de vulnérabilité, de dépendance, et des circonstances dans lesquelles le caractère libre et éclairé du consentement peut être mis en cause.”
“Il vise à affirmer qu’il ne peut pas y avoir de consentement si l’acte à caractère sexuel « résulte de l’exploitation par l’auteur d’un état ou d’une situation de vulnérabilité ou de dépendance apparente, connue ou organisée par lui. » Le Conseil d’État l’a lui-même souligné dans son avis consultatif, tout en retirant ce passage qui était initialement prévu par les rapporteures : la contrainte peut être « directe ou indirecte, matérielle ou psychologique, reposant sur des abus divers d’autorité, de domination ». Je pense qu’il faut l’expliciter pour permettre aux magistrats d’investiguer. Je prendrai un exemple qui, je pense, parlera à tout le monde.”
“Si l’amendement était adopté, il nous deviendrait très difficile de continuer à défendre l’inscription de la notion de consentement dans la loi car elle pourrait alors concrétiser les inquiétudes de nombreuses personnes, celles-là mêmes qui insistent pour que le texte serve à protéger les victimes plutôt qu’à accroître leur insécurité. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)”
“C’est ainsi que, sans définir trop précisément les situations visées, nous inviterons le magistrat à examiner les circonstances pour y trouver les éléments permettant d’apprécier le caractère libre et éclairé du consentement. Par ces dispositions, nous indiquons que les signes du consentement ne sont pas à chercher dans le comportement de la victime, mais dans l’environnement qui permet ou non la libre expression de la volonté, qui permet ou non une décision éclairée, et ainsi de suite. Ce point est absolument décisif.”
“Vous touchez au cœur du sujet : vous nous demandez pourquoi il faudrait définir le consentement. Pour moi et, je crois, pour toutes les féministes, qu’elles soient favorables ou non à l’inscription du consentement dans la loi, il n’est absolument pas envisageable d’inscrire dans la loi un consentement non défini. En effet, il arrive d’entendre lors d’un procès que le consentement d’une femme est donné par son mari, qu’une femme est consentante car elle n’a rien dit et qu’elle n’a pas bougé, ou que « qui ne dit mot consent ». C’est précisément pour cela qu’il faut inscrire dans la loi non la simple notion de consentement – ce qui pourrait se retourner contre les victimes –, mais un consentement défini comme libre, révocable, préalable, spécifique et apprécié eu égard aux circonstances.”
“(Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)”
“Signalons clairement que la France veut passer de la culture du viol à la culture du consentement ! Collègues, vous qui avez fait évoluer votre position depuis notre journée d’initiative parlementaire, je ne vous accuserai pas de sectarisme : je porterai à votre crédit la maturation de votre réflexion et saluerai le travail de conviction des rapporteures, des victimes, des juristes et des associations féministes. L’ensemble du mouvement féministe sera intransigeant avec ceux qui ont voté cette loi. Nous scruterons vos votes, lors des discussions budgétaires et des débats au sujet de la formation et des investigations de la police et de la justice, comme de la prise en charge des victimes, et vos actions pour défendre l’éducation à la sexualité et au consentement – un droit pour les enfants !”
“(Mêmes mouvements.) Voter ce texte, c’est écouter 81 % des Français qui s’y disent favorables. Voter ce texte, c’est aussi sortir un peu la France de la honte. La honte que constitue le taux de condamnation des viols – 0,06 %. La honte d’être visée par huit plaintes de victimes auprès de la CEDH pour des procédures judiciaires ne respectant pas le droit international, et d’être condamnée sur la question du devoir conjugal. La honte d’avoir vu Emmanuel Macron s’allier à Viktor Orbán pour priver des millions de femmes d’une directive européenne protectrice sur le viol, sans le moindre mandat de cette assemblée, au motif qu’elle incluait la notion de consentement. (Mêmes mouvements.) Donnons donc un mandat clair aux magistrats comme aux chantres de la diplomatie féministe !”
“(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Dans cet hémicycle, les membres du Rassemblement national ont pour habitude de crier au laxisme de la justice, mais leurs bafouillements au sujet de leur propre condamnation comme sur ce texte révèlent leur logiciel : peines planchers et fermeté pour les étrangers, mais pour les puissants, garantie d’impunité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Sandrine Rousseau applaudit également.) Ce texte ne se livre pas à la surenchère pénale et ne touche pas à la présomption d’innocence, mais refuse une justice de classe et patriarcale, qui condamne plus facilement l’étranger ou le vagabond armé que le mari qui viole son épouse derrière les murs de sa maison, que le patron qui viole sa secrétaire au bureau ou que l’élu qui viole une femme dépendante de son aide.”
“Envoyons aux oubliettes le stéréotype selon lequel le violeur, c’est l’individu armé dans une rue sombre et que la bonne victime, c’est celle qui a pu dire non et se débattre. Nous le savons : neuf fois sur dix, les violences sexuelles sont commises par un proche – le conjoint ou l’ex-conjoint dans près de la moitié des cas. (Mme Anne Stambach-Terrenoir applaudit.) Elles provoquent la sidération, la dissociation et l’amnésie traumatique. Ce texte prend en compte cette réalité et s’attaque aux biais sexistes. Certains ici n’ont pourtant que faire des violences patriarcales systémiques. Eux, ce qu’ils veulent, c’est pouvoir continuer à dénoncer le violeur étranger et laisser dormir sur leurs deux oreilles les autres.”
“Il s’agit de mettre fin à une sorte de présomption de consentement : la loi doit faire comprendre que nos corps de femmes ne sont pas à la libre disposition d’autrui. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Certaines féministes craignent que ce changement porte l’attention sur le comportement, voire le passé des victimes, mais c’est déjà le cas ! Il s’agit plutôt de clarifier le fait que les investigations doivent porter sur ce que l’auteur a fait pour s’assurer du consentement de la victime, un consentement qui doit être libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable, ce qui s’apprécie au regard des circonstances. Celles-ci devraient selon moi inclure l’exploitation d’une situation de vulnérabilité et j’ai déposé un amendement à cette fin.”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Certes, tous les accusés dans l’affaire de Mazan ont été jugés coupables, mais dans combien d’affaires de viol dispose-t-on d’autant de preuves et réalise-t-on des enquêtes si méticuleuses ? Combien de plaintes pour rapports sexuels non consentis ou viols conjugaux ont été classées sans suite car il a été estimé, avant même l’enquête, qu’aucune preuve de violence, de contrainte, de menace ou de surprise ne serait trouvée ? Ajouter aux quatre critères la notion de non-consentement, c’est d’abord pallier leurs insuffisances et imprécisions de manière plus sûre que ne le fait la seule jurisprudence. Il faut aussi, et c’est essentiel, définir le consentement, pour que nul ne puisse plus le présumer ou s’en prévaloir abusivement.”
“C’était sa traduction personnelle du mot d’un avocat de la défense : « Il y a viol et viol. […] En France, il ne faut pas avoir recueilli le consentement de la victime pour faire en sorte nécessairement qu’il n’y ait pas viol ». De fait, du point de vue de la loi, pour qu’il y ait viol, il faut prouver la violence, la contrainte, la menace ou la surprise. Ce procès a mis en lumière un paradoxe : le consentement est partout – dans les questions des magistrats et des avocats, dans la défense des accusés –, mais il n’est pas dans la loi. Au point que dans son réquisitoire, l’avocate générale a déclaré : « qui ne dit mot consent est un adage d’un autre temps », avant de laisser le soin au législateur de penser l’après-Mazan, comme il y a eu un après-procès d’Aix-en-Provence, sous l’impulsion de Gisèle Halimi. Nous y sommes !”
“J’ai cinq minutes pour vous convaincre de la pertinence d’ajouter le non-consentement à la définition des agressions sexuelles et du viol, ce que nous aurions déjà pu faire en novembre dernier, lors de la journée d’initiative parlementaire du groupe LFI-NFP – vous l’aviez refusé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Parlons statistiques : quand ces cinq minutes seront écoulées, trois femmes auront été agressées sexuellement en France ; sur ces femmes, seules 10 % porteront plainte ; 86 % de ces plaintes seront classées sans suite. Voilà le sujet : ce décompte terrible qui continue tant que nous n’agissons pas. Or nous pouvons agir. « On est des violeurs parce qu’on n’a pas recueilli le consentement, mais on n’est pas des violeurs dans l’âme », disait un des accusés du procès des viols de Mazan.”
“Calmez-vous, ça va bien se passer ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Marie-Charlotte Garin, rapporteure, applaudit également.)”
“Quand il est question des familles dans cet hémicycle, c’est souvent pour les pointer du doigt et proposer de leur retirer les allocations familiales, rarement pour proposer des mesures en faveur de la jeunesse et de l’égalité réelle de genre. Or, ne vous en déplaise, les jeunes générations qui se lèvent, tout particulièrement les jeunes femmes, ne sont pas prêtes à en rabattre s’agissant de la liberté et de l’égalité. Si vous voulez que les jeunes filles d’aujourd’hui aient envie d’avoir des enfants, il faut donc garantir, d’une part, l’absolue liberté de choix d’en avoir ou pas, et, d’autre part, l’égalité absolue dans la parentalité et dans toute la société. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Karine Lebon, rapporteure, applaudit aussi.)”
“Pire, être une mère isolée, c’est être suspectée d’aliénation parentale ou même condamnée pour non-présentation d’enfant quand on a voulu protéger celui-ci des violences de son père. C’est entendre dire, après une séparation parfois violente, que le lien de l’enfant avec le père est sacré, alors même que la société n’a rien fait pour favoriser ce lien dès la naissance. Enfin, être mère isolée, mère précaire ou mère des quartiers populaires, c’est être taxée de mère défaillante, lorsque son enfant rencontre des difficultés scolaires, connaît des déboires judiciaires, ou se révolte légitimement contre les violences policières.”
“Et, sans surprise, quand le foyer devient monoparental, c’est à 87 % la mère qui en est chargée. Le travail gratuit qu’elle a toujours fait, elle le continue. Une bonne partie des mères n’ont pourtant pas, à côté, d’emploi suffisamment rémunéré pour se loger et vivre dignement avec leur enfant. Elles sont donc particulièrement exposées à la précarité, comme l’ont montré de récents rapports, mais aussi aux discours stigmatisants : suspectées de frauder, elles perdent l’ASF dès qu’elles se remettent en couple, comme s’il fallait toujours maintenir cette dépendance économique. La France insoumise a défendu la déconjugalisation de l’ASF, préconisée par les rapporteurs, mais les macronistes et la droite l’ont refusée. Nous pouvons reprendre ce combat.”
“Même en équivalent temps plein, pour trois enfants et plus, le salaire moyen d’une femme est près de 30 % moins élevé que celui d’un homme : c’est dire si le monde du travail reste pensé par et pour des hommes. Devenir père, c’est faire deux heures de moins de travail domestique, plus d’heures de travail rémunéré et, donc, voir augmenter son salaire. Devenir mère, c’est récupérer cinq heures de tâches domestiques supplémentaires par semaine, le tout pour de modiques allocations familiales – et encore, seulement si on a plus d’un enfant. Avoir un enfant, pour une femme, c’est donc à la fois devenir le travailleur parental principal et le travailleur salarié secondaire, économiquement dépendant, au risque de tomber dans la précarité en cas de séparation. Or celle-ci concerne une famille sur quatre.”
“Malgré les scandales de maltraitance, le secteur privé lucratif a explosé, avec la bienveillante complicité de la parjure Aurore Bergé. Rien n’a été proposé pour mettre fin à la spirale de la pénurie de personnel et de la perte de qualification. Il faudrait revaloriser ces métiers, qui souffrent de la dépréciation du travail maternel – notre proposition de loi est toujours sur la table. Être mère, selon l’Institut national d’études démographiques (Ined), c’est voir, après l’arrivée du premier enfant, sa rémunération baisser de 30 % sur le long terme. L’écart de salaire entre les femmes et les hommes ayant des enfants se creuse dès l’arrivée du premier enfant, pour atteindre 43 % au troisième enfant.”
“Si nous ignorons toujours à combien s’élèvera la hausse de l’indemnisation, nous savons déjà que ce congé sera considérablement raccourci, au détriment des mères sans emploi et des plus précaires. En revanche, il n’y a aucune trace d’un allongement de la part obligatoire du congé paternité. La mère assume seule les premiers mois et apprend seule le métier de parent, mais on veut nous faire croire qu’ensuite, le père prendra magiquement son congé parental. Qu’en est-il des places en crèche ? Le Haut Conseil de l’enfance, de la famille et de l’âge estime qu’au moins 230 000 places supplémentaires sont nécessaires d’ici cinq ans pour répondre aux besoins immédiats. Pendant le précédent quinquennat, sur les 30 000 places en crèche promises, seule la moitié a été créée.”
“Pour une mère sur six, c’est faire une dépression post-partum, qui peut mener au suicide, première cause de mortalité maternelle en France. C’est aussi, quand l’enfant a tout juste deux mois et demi, devoir reprendre le travail – si on a la chance, non seulement d’en avoir un, mais aussi d’avoir trouvé un mode d’accueil. Parlons franchement : cela revient à confier son enfant aux soins d’autres femmes. Les 160 000 mères qui ne trouvent pas de mode d’accueil à l’issue du congé maternité sont la variable d’ajustement de cette carence de service public : 94 % des congés parentaux sont pris par des femmes, qui touchent une somme ridicule. Face à cela, que fait le gouvernement ? Il annonce une réforme du congé parental.”
“C’est d’elles, en particulier, que je veux parler, parce que la natalité les concerne avant tout. Ce sont les mères qui payent le coût de la parentalité. En effet, comme le souligne la note de Lucile Peytavin et de Lucile Quillet pour l’Observatoire de l’émancipation économique des femmes, être mère a un coût. L’arrivée d’un enfant est certainement une grande source de joie et d’amour, mais c’est aussi un travail qui use et qui coûte d’autant plus qu’il est invisible, gratuit et non partagé. Devenir mère, en France, aujourd’hui, c’est se retrouver seule avec son enfant, au mieux, vingt-huit jours après sa naissance, et, le plus souvent, onze jours – c’est le délai auquel est réduit le congé paternité obligatoire.”
“II y a un an, le président de la République nous enjoignait au réarmement démographique. Que s’est-il passé depuis ? D’un côté, le réarmement a pris un sens bien concret, puisqu’Emmanuel Macron parle maintenant d’entrer en économie de guerre. De l’autre, la natalité continue de plonger et la France dégringole au vingt-troisième rang de l’Union européenne en matière de mortalité infantile. La honte ! Il faut croire que comparer nos utérus à des armes, au moment même où nous inscrivions le droit à l’IVG dans la Constitution, ou donner comme perspective à nos enfants le remplacement des maternités par des missiles, la mort sur un champ de bataille ou l’existence sur une planète devenue invivable, voilà qui n’est pas de nature à donner aux femmes l’envie d’avoir des enfants.”
“Ne stigmatisez pas les femmes qui portent le voile !”
“Ce n’est pas parce que vous êtes l’extrême droite que nous sommes l’extrême gauche !”
“Eh bien censurez, alors ! Sinon, vous ne servez à rien !”