Jean-Victor Castor
GDR · France
“Ses propres rapports reconnaissent en effet l’inefficacité des dispositifs actuels et l’existence du plafond de verre auquel se heurte la lutte contre l’orpaillage illégal.”
“Monsieur le ministre de l’intérieur, dans une lettre ouverte rendue publique à l’occasion du déplacement du préfet dans le Haut-Maroni en Guyane, les chefs coutumiers, les Gran Man et les responsables de village, connus pour leur sagesse, ont adressé un ultimatum à l’État.”
“Ma question est simple : que répondez-vous à cet ultimatum ? Pourquoi, malgré des décennies marquées par des constats et des rapports accablants, l’État se contente-t-il d’essayer de contenir l’orpaillage illégal sans y parvenir, plutôt que de revenir à la doctrine suivant laquelle il convient de l’éradiquer ?”
“Ce jour est particulier : c’est un jour que beaucoup pensaient ne jamais voir arriver ; c’est un jour où l’histoire, la mémoire et la justice se rencontrent enfin. Je crois profondément que nous ne sommes pas seuls dans cet hémicycle ; je crois que Miacapo, Emo Marital, Pékapé, Ibipio, Couani, Mayaré, Malé, Gaseï sont présents avec nous.”
“Elle est celle d’une époque où l’on considérait que certains peuples pouvaient être arrachés à leur terre, déplacés, montrés au public et étudiés, parce qu’ils étaient supposés appartenir à des civilisations inférieures.”
“Alors même que l’accord de Guyane prévoit la restitution de près de 400 000 hectares aux peuples autochtones, aucune restitution n’a été menée à bien à ce jour. Ce constat nous rappelle que la reconnaissance des peuples autochtones ne peut se limiter aux discours : elle doit aussi se traduire par des actes.”
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“Il faut également rappeler que l’État ne détient aucune participation dans le capital de TotalEnergies et n’exerce donc aucun contrôle direct sur les choix stratégiques du groupe. Enfin, les performances de Total reposent largement sur d’autres activités que l’exploration pétrolière – vous le savez tous ici. En résumé, un seul forage réalisé en s’appuyant sur des données anciennes ne permet en aucun cas de conclure à l’absence de ressources exploitables en Guyane. Le postulat de départ – s’il y avait du pétrole, M. Pouyanné l’aurait annoncé – est donc faux. Je veux appeler votre attention sur un autre point. Nous avons débattu dans cet hémicycle à propos de la Nouvelle-Calédonie Kanaky. Les collègues qui parlent de façon péremptoire et paternaliste…”
“Je ne répondrai pas à toutes les interventions. Monsieur le ministre, je souhaite d’abord vous parler de Total. L’entreprise n’a jamais véritablement exploré le potentiel pétrolier de la Guyane. Pour l’unique forage qu’elle a réalisé, en 2018, elle s’est appuyée sur des données sismiques datant de 2011 qu’elle avait rachetées, sans campagne d’exploration, c’est-à-dire avec une connaissance extrêmement limitée du sous-sol. Par ailleurs, le titulaire principal du permis Guyane maritime n’était pas Total, mais Tullow Oil et Shell, qui ont mené l’essentiel des travaux d’exploration. Il est donc faux de prétendre que le potentiel pétrolier guyanais a été pleinement évalué.”
“Au moment où je vous parle, les Guyanais, mais aussi les habitants des autres territoires, en particulier Mayotte, suivent nos discussions et s’y intéressent. Toutes les promesses qui ont été faites pour la reconstruction de Mayotte m’ont fait penser à l’île de Saint-Martin, qui comporte une partie hollandaise et une partie française. Dans la partie hollandaise, tout a été reconstruit en un an ou un an et demi. Dans la partie française, la reconstruction n’est toujours pas terminée. La France n’est pas à la hauteur. Pendant près d’un siècle, les promesses qui ont été faites n’ont jamais été tenues. J’évoquerai les autres sujets lorsque je m’exprimerai en tant que rapporteur sur les amendements. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR.)”
“Monsieur le ministre, vous avez cité quelques indicateurs économiques et sociaux. Savez-vous à combien s’élève le taux de suicide chez les peuples autochtones, à l’intérieur de la forêt guyanaise ? Il atteint parfois des niveaux huit à douze fois supérieurs à ceux observés en France métropolitaine. Vous n’avez pas parlé de la précarité et du nombre de personnes sous le seuil de pauvreté. En 2017, 30 % de la population guyanaise vivait sous le seuil de pauvreté – vous trichez sur ce seuil, qui est plus bas que celui de la métropole, pour que les chiffres ne gonflent pas. Cinq ans après, en 2022, ce chiffre s’élevait à 53 %. Imaginez une hausse de 23 % du nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en l’espace de cinq ans en France ! S’il vous plaît, arrêtez les discours, arrêtez les promesses.”
“S’agissant du risque majeur de fuite, vous voyez bien où se situe la Guyane : une fois que les plateformes pétrolières seront implantées au Brésil, à quarante-cinq minutes de la frontière à vol d’oiseau, la Guyane sera immanquablement affectée en cas de fuite dans ce pays. Il en sera de même en cas de fuite au Suriname ou au Guyana. Collègues, revenez sur terre ! Ne soyez pas déconnectés des réalités que nous vivons ! Il y a trois ou quatre jours, j’étais à Oiapoque, à la frontière. Trois ministres de Lula étaient présents. Oiapoque était une ville d’à peine 500 habitants il y a quelques dizaines d’années. Elle en compte déjà 40 000, et elle en comptera 150 000 d’ici cinq ans. Et en France, que se passe-t-il ? Quel est le regard de l’État ? Rien ne se passe. L’immobilisme est total, alors que la population s’appauvrit !”
“Nous vivons dans des territoires – en Guyane, à Mayotte et à Saint-Pierre-et-Miquelon – où les choses se passent au moment où nous débattons. Au moment où je vous parle, de jeunes Guyanais quittent d’ores et déjà notre pays pour aller travailler au Guyana. Je l’ai dit en commission, quel que soit le président de la République qui sera élu en 2027, quel que soit le nouveau gouvernement, la situation en Guyane et dans le canal du Mozambique sera intenable. Face aux dynamiques à l’œuvre et à leurs conséquences économiques, commerciales, financières, diplomatiques et environnementales, nous ne pouvons pas laisser la Guyane hors du champ.”
“Vous n’avez pas à avoir peur : s’il n’y a rien, aucune compagnie pétrolière ne viendra explorer et faire de la recherche. Votre postulat de départ consiste à dire que c’est un mirage. Levez l’interdiction : la collectivité territoriale de Guyane aura toute la compétence pour donner les autorisations, et on verra ce que l’on verra. Vous voulez interdire de savoir. Le Guyana a mis le temps qu’il fallait, parce que cet État avait la volonté et qu’il savait que cela pouvait être une manne importante. Passer de 4 à 5 milliards de dollars de PIB à 26 milliards, c’est énorme pour des pays qui ont de très faibles populations. Mon collègue Davy Rimane, la totalité des élus de Guyane, le monde socio-économique guyanais et moi-même ne sommes pas des climatosceptiques. Nous sommes des personnes très réalistes.”
“Que M. Lescure utilise la parole de M. Pouyanné, soit, mais il est un peu gênant que des collègues de gauche prennent M. Pouyanné comme référence. Alors qu’il a obtenu des permis de recherche sur des surfaces maritimes de 26 000 kilomètres carrés, il n’a eu que quatre mois pour réaliser des forages en 2018-2019. C’est totalement impossible ! Sur quels éléments vous fondez-vous pour dire que c’est un mirage et qu’il n’y a pas de pétrole ? Chiche, monsieur le ministre : si vous considérez qu’il n’y a rien, qu’est-ce qu’on interdit ?”
“J’ai rencontré tous les experts, ceux du Brésil, ceux du Suriname et ceux du Guyana ; tous disent que la Guyane présente les mêmes caractéristiques géologiques et pédologiques et que nous avons affaire à la même nappe de pétrole et de gaz. (M. le ministre fait un signe de dénégation.)”
“Il faut cesser cette hypocrisie française qui consiste à dire « nous protégeons, nous protégeons, nous protégeons », alors que, par ailleurs, vous bénéficiez de l’exploration et de l’exploitation pétrolières qui se font partout dans le monde. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR.) Je suis ici debout, face à vous, pour vous dire que je suis un Sud-Américain, un Amazonien, et que je sais ce qui se passe dans ma région. Davy Rimane et moi-même nous sommes rendus au Guyana à la demande de l’ambassadeur de France, qui nous a priés d’aller voir ce qui s’y passait. Le Guyana a foré plus de trente fois avant de trouver des puits rentables.”
“» Monsieur Lescure, vous nous promettez qu’enfin, la France métropolitaine s’intéressera aux territoires d’outre-mer. Soyez sérieux : cela fait des dizaines et des dizaines d’années que l’on promet l’égalité sociale, le développement économique endogène, et cetera, et cetera, et cetera. Vous n’avez aucune connaissance de la réalité de nos pays. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR.) Aucune ! Dans votre intervention, vous n’avez à aucun moment parlé de la région à laquelle nous appartenons – le canal du Mozambique pour Mayotte et le plateau des Guyanes pour la Guyane. Chers collègues, savez-vous qu’il y a de l’exploration et de l’exploitation pétrolières sur l’ensemble du plateau des Guyanes et que toutes les compagnies pétrolières sont présentes sur le canal du Mozambique ?”
“En tant que Guyanais, j’interdis à quiconque de parler et de se sentir plus expert que moi. Ici même, lors du débat relatif au zéro artificialisation nette (ZAN), nous avons eu des échanges tendus avec le ministre Béchu, qui nous a dit que de toutes les façons, il fallait que le ZAN soit appliqué en Guyane. Le territoire guyanais est constitué à 97 % de forêts. Le collègue Zulesi, la présidente Clémence Guetté, ici présente, le collègue Leseul et moi-même avons mené une mission d’information sur l’aménagement et le développement durables du territoire en Guyane. Quand ces collègues sont venus en Guyane, la première chose que j’ai voulu faire, c’était de leur faire survoler le territoire. Ils ont tous eu la même réaction : « Mais il n’y a que de la forêt !”
“Le sénateur Georges Patient, la sénatrice Marie-Laure Phinera-Horth et des représentants de la collectivité territoriale de Guyane sont présents dans les tribunes. Je ne parle pas en mon nom, ni en celui du groupe GDR, mais au nom des Guyanais. Tous les élus de Guyane – les cinquante et un élus de la collectivité territoriale, les quatre parlementaires, à savoir les deux sénateurs et les deux députés, et les vingt-deux maires – ainsi que l’ensemble des organisations et des chambres consulaires ont pris position sur le texte proposé par le sénateur Patient. On ne peut pas faire mieux. S’opposer à ce que le débat ait lieu en proposant des amendements de suppression constitue une atteinte absolue à la démocratie représentative et à la possibilité d’entendre ce que dit le territoire.”
“Il suffit de laisser se tenir les élections et de redonner ainsi, après tant de reports des élections provinciales, une légitimité démocratique aux représentants des différents mouvements. Vous pourrez ainsi mettre autour de la table des personnes tenant leur légitimité de la population de la Nouvelle-Calédonie. Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera contre le texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)”
“À la surprise générale, il est apparu que les Kanaks n’étaient pas les seuls à soutenir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Lors du deuxième référendum, la part du « oui » a encore augmenté. C’est parce qu’on savait que le troisième référendum risquait de donner satisfaction aux indépendantistes que, monsieur le premier ministre – vous étiez, à l’époque, ministre des outre-mer –, vous êtes passé en force pour l’organiser rapidement, sans aucune légitimité puisque le peuple premier a refusé d’y participer. Le péché originel est là. C’est depuis cette date et en raison de ce péché originel que les gouvernements successifs, non, le président de la République lui-même, tente de passer en force. Tenter maintenant de toucher au corps électoral, c’est encore attiser le feu.”
“Vous avez dit qu’il aurait fallu tirer les conclusions du premier référendum, pour lequel tous les pronostics annonçaient 70 % de votes contre l’indépendance et 30 % de votes pour. Vrai ou faux ?”
“Pourtant, on continue ; on veut passer en force. Je rappelle que le peuple kanak a obtenu le droit de vote en 1946, un siècle et demi après la Révolution française qui a déclaré les droits du citoyen. On a refusé le droit de vote à un peuple, sur ses propres terres, pendant plus d’un siècle et demi ; et là, on nous explique qu’il serait urgent d’instaurer la démocratie alors que l’on tente, en réalité, de modifier les équilibres électoraux pour favoriser un groupe, celui des non-indépendantistes. L’État ne s’est pas montré neutre. Monsieur le premier ministre, vous avez dit au Sénat quelque chose que je ne vous avais jamais entendu dire. Vous avez dit que le problème ne venait pas du troisième référendum, mais du deuxième.”
“Sur ce point, le gouvernement doit constater son échec : le texte constitutionnel visant à concrétiser Bougival a été rejeté par notre assemblée et l’idée de consulter les Calédoniens sur ce projet a été écartée, faute d’avoir obtenu l’approbation des parties. Pourtant, on veut encore une fois toucher à la question la plus sensible de toutes : celle du corps électoral. Pour ce faire, on martèle sans cesse les mêmes arguments, en tentant d’opposer démocratie et légitimité. Oui, je le répète, le peuple kanak est légitime sur son territoire. Comme le disait mon collègue Tematai Le Gayic, la colonisation est une parenthèse dans l’histoire des peuples colonisés. Vous ne voulez pas l’entendre ! Ce sont des peuples millénaires, multimillénaires, et jamais, au grand jamais, vous ne leur enlèverez cela.”
“Vous ne serez pas étonné que le groupe de la Gauche démocrate et républicaine vote contre la proposition de loi, pour une raison simple. Comme notre collègue Serva l’a rappelé et comme je l’ai moi-même souligné à plusieurs reprises lors des groupes de contact, où est la sincérité du gouvernement dans le processus, en particulier depuis les derniers événements ? L’ambiance est la même qu’il y a environ deux ans, lorsqu’on a voulu forcer la main au Parlement alors que tout le monde ici savait que l’on prenait un risque. Aujourd’hui, le gouvernement transfère de nouveau sa responsabilité au Parlement. La responsabilité du gouvernement consiste à mettre tout le monde autour de la table.”
“Les faits sont têtus. La Guyane est totalement exclue des décisions prises à Paris ou à Bruxelles. Voilà la réalité !”
“…en 2026 ramène la Guyane à des situations que l’on pensait ne jamais revoir. Les populations sont laissées à elles-mêmes, elles doivent faire face à l’incurie de l’État. Je le disais à la ministre hier encore : la Guyane a besoin d’un plan de développement endogène qui lui permette d’accéder à ses ressources, de les maîtriser et de les mettre en valeur. C’est la seule solution, car les décisions prises à Paris ou à Bruxelles mènent la Guyane à la catastrophe. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR et EcoS ainsi que sur quelques bancs du groupe SOC.)”
“Or un point d’étape a eu lieu il y a quelques semaines, et qu’avons-nous observé ? Qu’aucune structure guyanaise, aucune structure locale n’est représentée dans le comité de pilotage ! Cette façon coloniale de procéder (Protestations sur quelques bancs du groupe EPR, auxquelles répondent des exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP) …”
“Monsieur le premier ministre, vous n’êtes pas sans savoir qu’en Guyane, la situation est chaotique. Dans la commune de Camopi, il risque d’y avoir des affrontements entre les autochtones et les orpailleurs illégaux, fortement armés. Les cartels s’installent partout. Le système s’effondre. L’économie, les entreprises, par centaines, ferment. Et vous décidez de réduire de 60 % la ligne budgétaire unique, alors que vous savez que des squats s’installent partout en Guyane. C’est de la folie ! Et vous persistez ! Je vais vous donner un exemple de décision absurde, idiote, qui ne tient pas compte de la réalité de la Guyane. Le président de la République a décidé de faire procéder à un nouvel inventaire des ressources minérales, lancé il y a un an. J’ai alors sonné l’alerte : les Guyanais ne devaient pas en être exclus.”
“Je suis député de Guyane et nous n’avons pas encore beaucoup parlé de l’outre-mer. La Guyane présente la singularité de compter une frontière de 700 kilomètres avec le Brésil. Le Mercosur a été longuement évoqué mais je vous dirai que j’ai 64 ans et que j’ai connu la période où il était possible de coopérer sans problème avec le Brésil et le Suriname. Hélas, loi après loi, normes après normes, nous ne pouvons plus rien faire. Nous en sommes arrivés à ce que la production bovine du Brésil passe par Paris avant de revenir sur les étals des centres commerciaux en Guyane. Ce n’est pas forcément une bonne chose si l’on se préoccupe du réchauffement climatique. Quand les éleveurs guyanais rencontrent de façon cyclique des difficultés pour nourrir leur bétail, ils ne peuvent pas coopérer avec leurs voisins, en particulier ceux du Brésil.”
“Dès la fin de cette réunion, je vais donc vous attraper pour prendre rendez-vous avec vous et la déléguée à la collectivité territoriale chargée de la formation professionnelle.”
“Par conséquent, la transition professionnelle en Guyane ne peut financer la formation des salariés en reconversion ou en transition, car l’essentiel des cotisations échappe à la Guyane. Il faut y remédier. Par ailleurs, le pacte régional d’investissement dans les compétences, cofinancé par l’État, est abondé uniquement à hauteur de 3 millions d’euros pour la Guyane. Le montant total est de 6 millions en ajoutant la contribution des collectivités territoriales, mais cela reste très peu au regard des besoins. La transition professionnelle et la proportionnalité du financement sont d’autres sujets essentiels. La situation des territoires ne peut pas être comparée, d’autres territoires français reçoivent un financement par habitant dix fois supérieur.”
“J’interviens particulièrement pour la Guyane, mais de manière générale, le financement de l’apprentissage est drastiquement réduit, alors que c’est une voie qui devrait être encouragée. Les régions de France ont interpellé le gouvernement à ce sujet. Le financement des opérateurs de compétences est en chute libre, particulièrement en Guyane. La collectivité territoriale de Guyane, qui s’étend sur un vaste territoire, n’a qu’un budget de 850 millions d’euros. L’effort de l’État doit être proportionné à la réalité des territoires et au niveau de chômage. En Guyane, 53 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté et la précarité est bien plus importante qu’ailleurs. Une question majeure tient au fait que les entreprises cotisent pour la formation en fonction de l’adresse de leur siège social.”
“Il importe de faire les choses avec sincérité. Malheureusement, dans cette assemblée, j’ai l’impression que ce n’est pas votre cas. S’il s’agissait d’objets ou de restes humains français détenus par d’autres pays, vous vous battriez tous ensemble en faveur de leur restitution ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe SOC. – Mme Sophie Taillé-Polian applaudit également.)”
“Vous vous honoreriez à avoir la capacité de vous mettre à la place des membres de cette communauté et de mesurer la souffrance qu’elle ressent. Ce texte n’est pas parfait et, dans l’absolu, je ne l’aurais pas voté, mais, dans la pratique, pour avancer, il faut faire des pas. Madame la ministre, je vous demande de nouveau de faire un pas concernant les restes des Kali’na. J’espère que nous avancerons sur ce dossier très important dans les plus brefs délais. J’ai sollicité un entretien avec vous pour obtenir des précisions sur l’agenda. Je me mets à la place des personnes dont les pays ont souffert des agressions coloniales. Elles demandent simplement la transparence et l’identification des biens qui se trouvent dans les musées français afin d’être en mesure de formuler des demandes de restitution que la France traitera comme elle le doit.”
“Ce soir, j’ai envie de vous dire : encore un effort ! Moi qui ne suis pas autochtone, je défends les autochtones de Guyane (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et LFI-NFP) parce que je comprends leur souffrance. Parce qu’ils appartiennent à une communauté humaine, ils n’acceptent pas qu’après cent-trente-trois ans on ne leur ait pas restitué les restes humains de personnes de leur communauté qu’on a exposées sans qu’elles puissent dire quoi que ce soit. Je salue le combat acharné de Mme Corinne Toka-Devilliers, qui se bat aux côtés d’une association depuis plus de quatre ans, avec une détermination sans faille, soutenue par l’ensemble de la communauté guyanaise, laquelle n’est pas autochtone dans sa majorité. En tant que parlementaires, vous devez faire le même effort !”
“Le groupe GDR votera naturellement ce texte, mais je veux vous interpeller en tant que parlementaires : mettez-vous à la place des communautés et des groupes sociaux dont nous parlons, imaginez que la France perde la majorité de ses objets et de ses restes humains au profit, par exemple, des musées américains. L’accepteriez-vous ? Je crois que non. Tous ici, vous vous battriez en rangs serrés pour obtenir la restitution des restes et des objets volés. Le sujet de fond est là ! Ce n’est pas un simple problème technique, comme certains le prétendent. La France, en tant qu’empire, a colonisé des territoires, pillé, violé, maltraité, abîmé des peuples : c’est un fait historique. Parmi les conséquences de cette histoire, il y a l’accaparement d’objets et de restes humains, avec tout ce qu’il revêt de dramatique pour les peuples.”
“Je n’interviens pas souvent mais cette liste me semble, effectivement, un préalable indispensable. Il faut se mettre à la place des États qui ignorent totalement ce que contiennent nos musées. Or un certain nombre d’objets concernés sont déjà identifiés par les musées français – il en va de même que pour les restes humains. La France s’honorerait à publier la liste de tous les biens déjà identifiés – même si beaucoup ne le sont pas encore ; en tout cas, je ne comprendrais pas qu’elle s’y refuse. Il faut de la transparence ; sinon, notre démarche serait déloyale et – j’ose le dire – insincère. (M. Sébastien Peytavie applaudit.)”
“Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une réparation partielle. La mémoire ne se découpe pas. L’histoire ne se choisit pas. Le groupe GDR votera ce texte par solidarité avec l’ensemble des peuples qui ont subi la colonisation, mais nous le disons avec responsabilité : la France doit aller plus loin en assumant toute son histoire, sans distinction ni oubli, y compris envers les peuples qui, comme en Guyane, vivent encore aujourd’hui les conséquences directes de cette histoire. Parce que restituer, ce n’est pas seulement rendre les objets : c’est reconnaître une humanité qui a été niée ; c’est réparer une mémoire qui a été brisée ; c’est rendre leur place aux vivants comme aux morts. Et aujourd’hui, nous avons une responsabilité : celle d’aller jusqu’au bout. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EcoS.)”
“Car si nous examinons un projet de loi sur la restitution des biens culturels spoliés aux peuples colonisés, il faut dire clairement que cette restitution concerne des biens qui n’auraient jamais dû être pris, des objets arrachés dans un contexte de domination, de violence, de pillage organisé. À cet égard, ce texte constitue une avancée en ce qu’il met fin à la logique de restitution au cas par cas, mais il reste encore incomplet parce qu’il fixe des limites, y compris des bornes temporelles qui excluent une partie essentielle de l’histoire coloniale, à savoir les premières phases de la colonisation, les violences des XVII e et XVIII e siècle dans les Amériques et dans la Caraïbe. On continue de sélectionner ce que l’on reconnaît restituable, et donc ce qui peut donner lieu à réparation.”
“Je précise que le ministère de la culture, celui des outre-mer ainsi que l’ensemble des élus locaux de Guyane ont exprimé leur soutien. Tout cela montre qu’il existe aujourd’hui une volonté commune. Nous la saluons. Mais nous resterons attentifs à sa traduction concrète parce que nous attendons maintenant un agenda parlementaire précis : que ces femmes et ces hommes puissent enfin revenir, que leurs familles puissent faire leur deuil, que notre peuple puisse se réconcilier avec une part de son histoire. Madame la ministre, les annonces que vous venez de faire ouvrent une voie. Et nous la soutenons. Elle doit aboutir. Mais, au-delà du cas que j’ai évoqué, c’est toute la logique de ce texte que nous devons interroger.”
“Je veux ici saluer le combat exemplaire de Corinne Toka Devilliers, présidente de l’association Moliko Alet+po, qui, depuis près de cinq ans, défend ce dossier avec une détermination remarquable. Elle a su rassembler, au-delà des familles et même des communautés, toute la Guyane au point d’obtenir la construction d’un site mémoriel à Iracoubo. Elle a frappé à toutes les portes, interpellé tous les responsables, président de la République, ministres et groupes parlementaires. Ce travail de fond, patient, déterminé, a été décisif. En effet, aujourd’hui, nous voyons enfin une ouverture – et je souligne que cette avancée pour la Guyane n’est pas isolée. L’Élysée, par la voix de son conseiller outre-mer, s’est engagé à ce que ce dossier soit traité en lien avec Matignon.”
“À la fin du XIX e siècle, des femmes, des hommes, des enfants kali’na et arawak ont été arrachés à leur terre, emmenés en France et exhibés dans des zoos humains, notamment à Paris, au Jardin d’acclimatation, et dans les grandes expositions coloniales ; exposés comme des curiosités, ils ont été déshumanisés et beaucoup sont morts du froid, de la maladie, de la maltraitance, loin des leurs ; puis leurs corps ont été enterrés… déterrés ensuite, pour alimenter les collections anthropologiques, notamment celles du musée de l’Homme. Voilà la réalité. Ce ne sont pas des objets. Ce ne sont pas des archives. Ce sont nos ancêtres. Et, depuis plus d’un siècle, leurs descendants demandent une chose simple : les ramener chez eux pour leur permettre de reposer sur leur terre natale.”
“« Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir. » Souvenons-nous-en après Aimé Césaire. Madame la ministre, je tiens d’abord à vous remercier pour les annonces que vous venez de faire. Le soutien à la proposition de loi d’espèce de la sénatrice Catherine Morin-Desailly, la décision par le premier ministre d’engager à son égard la procédure accélérée ainsi que l’inscription prochaine de son examen à l’ordre du jour du Sénat, au cours de la présente session ordinaire, constituent des avancées majeures. Après cent trente-trois ans d’attente, c’est un signal que les élus de Guyane accueillent positivement. Et je veux le dire ici avec gravité : pour la Guyane, ce n’est pas un sujet technique mais un sujet intime, une question de dignité. Car derrière les annonces, il y a une histoire que nous endurons encore aujourd’hui.”
“Quand prendrez-vous des mesures d’urgence pour sauver ce qui reste de nos entreprises locales ? Quand lancerez-vous un plan de développement fondé sur l’accès, la maîtrise et la valorisation de nos ressources naturelles ? Dépêcherez-vous enfin une mission ministérielle dotée de moyens réels et d’un mandat clair pour constater la gravité de la situation et engager sans délai des mesures concrètes adaptées aux réalités de notre territoire ? J’attends, s’il vous plaît, que vous me répondiez sans détour.”
“Elle est pourtant centrale. La Guyane reste enfermée dans un cadre juridique inadapté, fondé sur l’identité législative, qui empêche toute politique économique adaptée aux réalités du territoire. Tous les rapports le confirment depuis trente ans. Juste à côté de nous, le Guyana connaît une croissance spectaculaire grâce à l’exploitation de ses ressources naturelles. Les revenus du pétrole y sont réinvestis au bénéfice du pays, permettant l’aménagement du territoire et structurant l’économie. Nous, nous sommes empêchés d’exploiter nos propres ressources et de décider pour nous-mêmes, maintenus sous cloche dans une économie de dépendance favorisant les oligopoles de l’importation. Nous voulons sortir de cette économie de comptoir pour construire un développement endogène, maîtrisé et planifié au service des Guyanais.”
“On enregistre une hausse de 128 % du nombre des entreprises en difficulté et celui des liquidations explose ; le secteur du BTP est asphyxié ; les retards de paiement s’accumulent et l’accès au crédit est bloqué. Les ménages sont à bout de souffle : le nombre des dossiers de surendettement a augmenté de 9,3 % en 2025, après une hausse de près de 25 % en 2024. Face à cela, vous ne proposez aucune réponse structurelle, aucune rupture, aucune décision forte. J’avais demandé la mise en place d’une cellule de crise réunissant l’ensemble des acteurs économiques, l’État, les collectivités, les banques, les assurances, l’Urssaf, les caisses sociales. Cinq mois plus tard : rien. Pourquoi cette inaction ? Pourquoi laisser mourir le tissu économique guyanais, déjà fragile ? Vous avez également esquivé la question du statut d’autonomie.”
“Le PIB par habitant ne représente que 42 % de celui de l’Hexagone et 38 % de nos concitoyens subissent une privation sévère, contre 7 % en métropole. Votre croissance ne ruisselle pas : elle contourne le peuple. Vous présentiez la jeunesse comme une chance. Comment pouvez-vous prétendre une chose pareille quand plus d’un tiers de nos jeunes ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études, quand le chômage progresse pour atteindre plus de 17 % et, surtout, quand près de 41 % des travailleurs guyanais ont exercé au moins une fois une activité informelle ces deux dernières années, preuve que l’économie de survie est devenue la norme ? La réalité est que notre économie a déjà décroché. Le tissu économique s’effondre.”
“En novembre dernier, je donnais déjà l’alerte sur la situation économique dramatique de la Guyane. Cinq mois plus tard, rien n’a changé ; pire, la situation s’aggrave. La réponse du gouvernement reposait alors sur ce que j’appellerais une anesthésie par les chiffres. Vous évoquiez une croissance du PIB de 27 % sur dix ans. Mais de qui parle-t-on ? Certainement pas des Guyanais, car cette croissance est largement portée par le secteur spatial, dont les retombées restent très limitées pour l’économie locale et dont le modèle fiscal et économique – compte tenu notamment de sa contribution réelle aux ressources du territoire – interroge. Pendant ce temps, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.”
“Ce sont les mêmes réalités ! On ne peut pas laisser les États-Unis faire ce qu’ils veulent (Mêmes mouvements) à l’échelle de la planète, de la Caraïbe et des Amériques. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP, SOC et EcoS.)”
“Apporter de l’aide à Cuba, c’est leur apporter rapidement des panneaux photovoltaïques et aider leur installation, ou exiger qu’Air France réinstalle les lignes aériennes reliant Cuba à l’Europe. J’ai envie de dire qu’assister à ce qu’il se passe à Cuba, c’est la même problématique que d’assister au génocide palestinien.”
“…alors qu’un problème d’hygiène s’est généralisé dans tout le pays. Récemment, les Américains ont bombardé des pêcheurs de Sainte-Lucie. Toute la région de la Caraïbe, où se trouvent la Guyane, la Martinique et la Guadeloupe, est concernée par la situation. Aucune condamnation n’est venue de votre part et le silence pesant du gouvernement français, voire sa complicité, est inacceptable. ( M. Louis Boyard applaudit.) La France a pourtant les moyens de saisir l’ONU rapidement sur la situation à Cuba (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR) , d’intervenir et de participer à la solidarité internationale organisée par des associations et des syndicats. Il faudrait que cela se fasse au niveau du gouvernement.”
“Ma question s’adresse au ministre des affaires étrangères. Au moment où nous parlons, un peuple se meurt depuis plusieurs mois. Le gouvernement américain a pris la décision d’asphyxier 9 millions de Cubains – 9 millions de personnes qui ne peuvent pas avoir de pétrole, des enfants en couveuses dans des hôpitaux qui ne fonctionnent plus…”
“Monsieur le ministre chargé du commerce extérieur et, surtout, monsieur le premier ministre, je tiens à vous dire au nom du groupe GDR que ce que vous venez de faire est un scandale. Ce n’est pas une simple indélicatesse, c’est inadmissible ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, EcoS et SOC.)”
“En tant que député de la Guyane, je tiens à vous le dire : cette situation n’est plus acceptable, elle n’est pas tenable ! Il faut mener une vraie réflexion sur la participation, pas simplement du point de vue de l’emploi, mais en prenant pour point de départ le fait que la parole publique a assuré, dès l’implantation de l’activité spatiale, que les expropriés auraient dû être indemnisés. Or cette indemnisation n’a jamais eu lieu et cette parole n’a jamais été tenue ! C’est un péché originel qui se perpétue.”
“La population de la Guyane augmente et malheureusement, ce territoire, ce pays, s’appauvrit : en 2017, 20 % des Guyanais vivaient sous le seuil de pauvreté – en prenant pour base de calcul un seuil fixé à un niveau bien plus bas que le seuil national –, contre 53 % en 2022, cinq ans après ! On ne peut donc pas continuer ainsi. Vous dites, s’agissant par exemple de l’octroi de mer, que cela poserait un problème. J’entends bien mais j’ai envie d’adopter le point de vue inverse : ce qui pose un problème, c’est de considérer qu’on peut continuer à lancer des fusées même si le territoire s’appauvrit ! Une partie des budgets prévus pour le secteur spatial devrait donc très clairement être consacrée au développement de la Guyane. Or il n’en a jamais été ainsi et ce besoin a toujours été relégué à la marge.”