Jean-Victor Castor
GDR · France
“Ses propres rapports reconnaissent en effet l’inefficacité des dispositifs actuels et l’existence du plafond de verre auquel se heurte la lutte contre l’orpaillage illégal.”
“Monsieur le ministre de l’intérieur, dans une lettre ouverte rendue publique à l’occasion du déplacement du préfet dans le Haut-Maroni en Guyane, les chefs coutumiers, les Gran Man et les responsables de village, connus pour leur sagesse, ont adressé un ultimatum à l’État.”
“Ma question est simple : que répondez-vous à cet ultimatum ? Pourquoi, malgré des décennies marquées par des constats et des rapports accablants, l’État se contente-t-il d’essayer de contenir l’orpaillage illégal sans y parvenir, plutôt que de revenir à la doctrine suivant laquelle il convient de l’éradiquer ?”
“Ce jour est particulier : c’est un jour que beaucoup pensaient ne jamais voir arriver ; c’est un jour où l’histoire, la mémoire et la justice se rencontrent enfin. Je crois profondément que nous ne sommes pas seuls dans cet hémicycle ; je crois que Miacapo, Emo Marital, Pékapé, Ibipio, Couani, Mayaré, Malé, Gaseï sont présents avec nous.”
“Elle est celle d’une époque où l’on considérait que certains peuples pouvaient être arrachés à leur terre, déplacés, montrés au public et étudiés, parce qu’ils étaient supposés appartenir à des civilisations inférieures.”
“Alors même que l’accord de Guyane prévoit la restitution de près de 400 000 hectares aux peuples autochtones, aucune restitution n’a été menée à bien à ce jour. Ce constat nous rappelle que la reconnaissance des peuples autochtones ne peut se limiter aux discours : elle doit aussi se traduire par des actes.”
The complete record
Every one of 242 lines we hold for Jean-Victor Castor, in date order, each linked to its source. Free to read, in full, without an account. Page 4 of 5.
“Résultat, on observe la présence de flottes coréennes de quarante, cinquante, soixante chalutiers. Le milieu halieutique guyanais est pillé par des personnes qui viennent du monde entier. Quand vous n’occupez plus le territoire, d’autres viennent l’occuper. Mieux vaut une activité légale, régulée. Mieux vaut faire des logements plutôt que de laisser des squats se multiplier. La Guyane a véritablement besoin d’un plan pluriannuel d’investissement pour aménager le territoire. Tant qu’on ne l’aménagera pas, il sera occupé, pillé, spolié par d’autres.”
“C’est une lubie de croire que l’on protègera la forêt en la laissant comme ça, sans intervenir sur l’aménagement du territoire. Ce n’est pas vrai. Toutes les forêts du monde sont traversées par des routes. Les états-majors des armées disent eux-mêmes que cela faciliterait leurs missions de police de la forêt. Je rappelle que sept communes sur vingt-deux sont totalement enclavées. Ce n’est pas acceptable. On parle de protection de la nature, mais bon sang, laissez aux Guyanais le soin de décider où ils veulent placer le curseur ! S’il y a autant de forêt en Guyane, c’est bien parce que ses habitants l’ont toujours protégée. C’est le cas pour l’orpaillage illégal, mais aussi pour la mer. La Guyane avait le troisième port de pêche de France. C’était une véritable industrie. Par deux décisions politiques, on a tout cassé.”
“Je voudrais apporter quelques corrections. Il faut faire très attention à ne pas confondre orpaillage légal et orpaillage illégal – même si l’orpaillage légal n’est pas sans effets sur l’état des cours d’eau, comme on a pu le lire dans le rapport d’information des collègues Ozenne et Sertin. Nous nous battons depuis quelques années pour remplacer l’activité illégale par des sites légaux. Avec la collègue Clémence Guetté, le collègue Leseul et l’ancien président de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire Jean-Marc Zulesi, nous nous sommes rendus sur place. Quand nous avons survolé la Guyane, ils se sont étonnés de ne voir que de la forêt ; 97 % du territoire est couvert de forêt et, du ciel, on ne voit pas toujours les sites d’orpaillage illégaux. C’est un pays immense, et la nature a horreur du vide.”
“Qu’il faille faire cette demande de foncier au préfet est d’ailleurs vrai pour le maire de Camopi comme pour d’autres, qui souhaiteraient, par exemple, construire une crèche. En ce qui concerne Camopi, il y a eu une petite évolution, mais celle-ci a dû être arrachée par la lutte. Il a en effet fallu que près de 40 000 personnes occupent le centre spatial guyanais pour que l’accord de Guyane soit passé et publié au Journal officiel . Ma prise de parole n’est donc pas vraiment une question, mais vise à rappeler ces éléments qui suscitent l’indignation. En 2025, il est temps de prendre conscience que le problème du foncier en Guyane est colonial et politique, et qu’il faut donc le régler politiquement.”
“Vous venez d’entendre les exposés du président de la chambre d’agriculture, d’un aménageur qui travaille avec les bailleurs sociaux et d’une experte des peuples autochtones – ces peuples originels et cette civilisation millénaire pour lesquels, comme le disait mon collègue Tematai Le Gayic, la colonisation est une parenthèse de l’histoire. Malgré cela, je rappellerai quand même que la commune de Camopi dans ma circonscription n’avait quasiment pas de foncier jusqu’à récemment. Oui, il y a encore peu de temps, elle possédait moins de 100 hectares ! C’est cela, la réalité de la Guyane. Il a fallu que nous nous battions et que nous allions voir le préfet – qui, nommé pour trois ans par le gouvernement, a le pouvoir de décider s’il octroie ou non une parcelle de foncier à un maire autochtone.”
“Il m’est difficile de poser une question, puisqu’en tant que Guyanais, je connais très bien le sujet évoqué en cette fin d’après-midi. Je tiens d’abord à remercier l’Assemblée nationale d’avoir accepté l’organisation de ce débat, le groupe GDR et les experts ici présents. La problématique du foncier est politique, et elle est coloniale. Il n’existe aucun autre contexte dans lequel un État peut considérer qu’il arrive sur un territoire où il n’y a personne et où les terres sont en friche, ce qui le conduit à se déclarer propriétaire de plus de 95 % des terres. Cela pose de très nombreux problèmes.”
“Enfin, quand déciderez-vous de doter la Guyane d’un statut dérogatoire au droit commun, plus adapté à ses réalités, en donnant la priorité aux entreprises locales et en les protégeant et en sortant de l’absurdité du principe de l’identité législative ? Monsieur le ministre, les Guyanais n’attendent pas des discours mais un sursaut, une rupture, un engagement fort et immédiat. Il est temps que l’État joue pleinement son rôle et mette fin à des années d’insuffisance et d’échecs – qui seraient jugés intolérables dans n’importe quelle région de la métropole.”
“D’abord, quand établirez-vous une cellule de crise réunissant les partenaires institutionnels des entreprises – État, collectivités territoriales, caisses sociales, banques, assurances – afin de prendre en urgence des mesures fortes et immédiates pour enrayer l’effondrement du tissu économique, particulièrement des entreprises locales ? C’est, monsieur le ministre, une urgence absolue. Quand romprez-vous avec les doctrines et les logiques mortifères d’économie de comptoir dont la Guyane souffre depuis des années, en engageant un véritable plan de réindustrialisation et la mise à disposition des entreprises de foncier aménagé ?”
“Monsieur le ministre, ce tableau n’est pas celui d’une région périphérique que l’on accompagne gentiment mais celui d’un pays qui, par manque de réponses adaptées à ses réalités, voit son faible tissu économique s’asphyxier et les activités illicites se substituer aux activités légales. Malgré nos multiples interpellations, l’État ne répond qu’avec des dispositifs génériques, des financements trop complexes, inaccessibles, étalés dans le temps, ou par des annonces non suivies d’effets. Face à cette situation, j’attends trois réponses de votre part.”
“Les entreprises du BTP sont confrontées aux retards interminables des marchés publics : toutes témoignent du même épuisement et du même sentiment d’être freinées par un système qui n’est pas conçu pour les réalités guyanaises. Nombre d’entre elles ne font que survivre, entre surcoûts logistiques, délais de paiement trop longs, difficultés d’accéder aux prêts bancaires et aux dispositifs nationaux comme de rembourser des PGE – prêts garantis par l’État –, harcèlements administratifs des services déconcentrés et absence de perspective. Pour le préfet de Guyane, ces fermetures d’entreprises ont un effet domino dramatique.”
“Selon les données de 2022, les prix à la consommation y sont en moyenne 14 % plus élevés ; quant aux produits alimentaires, 39 % plus chers, ils atteignent des prix inacceptables. Le chômage massif des jeunes est incontestable. Des milliers de jeunes guyanais, diplômés ou non, n’ont aucune perspective d’emploi durable dans un pays où l’inflation structurelle aggrave encore la précarité. Certaines fragilités s’accentuent : plus d’un tiers des jeunes âgés de 15 à 29 ans ne sont ni en situation d’emploi, ni en études, ni en formation – un niveau trois fois supérieur à celui de la métropole. Le nombre d’entreprises en difficulté financière a augmenté de 120 % et le nombre de mises en redressement et en liquidation n’a jamais été aussi élevé.”
“Si je prends la parole aujourd’hui, c’est pour clamer avec force ce que chacun en Guyane sait depuis des années : notre pays traverse une crise économique et sociale qui n’a plus rien d’une difficulté passagère. C’est une crise structurelle, profonde, qui engendre chaque jour davantage de précarité et de colère et un sentiment d’abandon. Si les chiffres le prouvent, ce sont surtout les réalités locales qui en témoignent. En Guyane, plus d’un habitant sur deux vit sous le seuil de pauvreté et 38 % de la population guyanaise est en situation de privation sévère – contre 7 % en métropole. Les familles survivent avec presque rien, alors que le coût de la vie est objectivement plus élevé en Guyane qu’en métropole.”
“Les communes de notre territoire, qui accuse déjà un retard et qui connaît une croissance démographique incontestable, se retrouvent de surcroît avec des moyens réduits pour cause d’austérité budgétaire. J’invite le gouvernement à organiser une réunion avec le directeur de l’Insee, des responsables des collectivités et des parlementaires pour évoquer ce problème.”
“Plutôt que de défendre l’amendement lui-même, je profite de l’occasion pour évoquer la Guyane. Notre territoire fait face à un problème par ricochet : les recensements organisés par l’Insee sont contestés par tous les maires et responsables de collectivités. J’ai même dû dire au directeur de l’Insee que cet organisme mentait : les procédures appliquées en Guyane ne correspondent pas du tout à la dynamique démographique, ce qui fait croire que la population du territoire n’est plus en croissance. Tous les indicateurs techniques – volume de déchets, nombre d’enfants entrant à l’école, téléphonie – démontrent pourtant le contraire. Or le nombre d’habitants a une incidence directe sur le niveau des dotations accordées aux collectivités territoriales.”
“Elles assurent la gestion de crèches, de structures médico-sociales, de dispositifs d’insertion et de santé communautaire. Ces associations, souvent petites – moins de 50 salariés –, fonctionnent dans des conditions particulièrement difficiles, marquées par le coût de la vie élevé, le sous-aménagement du territoire, l’isolement géographique et le manque de personnel qualifié. Pour nos territoires dits d’outre-mer, en particulier pour la Guyane, vous devriez être voter cet amendement.”
“Il s’inscrit dans le prolongement de la loi du 29 novembre 2023 relative au partage de la valeur au sein de l’entreprise. Le PLFSS pour 2026 poursuit la logique d’incitation à l’emploi et à la fidélisation des salariés. Aujourd’hui, ce dispositif de partage collectif du résultat ou de la performance est réservé de fait aux entreprises à but lucratif. Les associations, fondations et autres structures de l’économie sociale et solidaire, qui ne sont pas soumises à l’impôt sur les sociétés (IS), ne bénéficient d’aucune incitation équivalente. Pourtant, ces structures représentent près de 10 % de l’emploi en France ; cette part est encore plus importante dans les territoires dits d’outre-mer, régis par l’article 73 de la Constitution. En Guyane, elles constituent un pilier de l’emploi local.”
“On parle de la Guyane, madame la ministre !”
“(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Il n’est pas question de laisser ce risque peser sur notre population. Madame la ministre de la santé, l’eau potable est un droit, pas un privilège. Pourquoi la population n’a-t-elle pas été informée dès les premiers dépassements des seuils ? Quel plan d’action le gouvernement entend-il mettre en œuvre à court et moyen terme ? Les Guyanais n’ont pas besoin d’explications techniques, ils ont besoin d’eau non polluée. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et LFI-NFP, les députés de ce groupe se levant pour applaudir, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes SOC et EcoS.)”
“Depuis des années, les habitants de Guyane boivent une eau multicontaminée, souvent sans le savoir, et sans solution alternative. Pourtant, l’agence régionale de santé a l’obligation d’alerte et d’injonction aux différents acteurs. Pire, on apprend que l’ARS justifie son silence en expliquant que ces substances ne présenteraient pas de danger à long terme. Une telle déclaration est moralement inacceptable et scientifiquement contestable. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR.) Elle autorise la banalisation du risque sanitaire. Ce silence, c’est celui d’un État qui tolère le laxisme, qui déroge régulièrement quand il s’agit de nos pays ; le scandale du chlordécone en est le meilleur exemple.”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR, sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS ainsi que sur quelques bancs du groupe SOC.)”
“Trihalométhanes, aluminium, mercure, voilà la liste des poisons que les Guyanais ingèrent quotidiennement. Des trihalométhanes, substances chimiques potentiellement cancérigènes, et de l’aluminium ont été détectés à des taux dépassant les seuils fixés par l’OMS dans l’eau distribuée en Guyane. Par ailleurs, vous savez tous que, depuis des années, le mercure issu de l’orpaillage clandestin dans les fleuves de Guyane continue d’intoxiquer notre population. J’ai déjà interpellé Mme Pannier-Runacher, alors ministre de la transition écologique, au sujet de la pollution grave au mercure détectée à quelques kilomètres seulement de la station de captage d’eau potable de la rivière de La Comté. Comment est-il possible qu’en 2025, dans un territoire dit français, l’eau du robinet soit devenue un facteur de risque permanent pour la santé publique ?”
“Vous êtes responsables de cette situation !”
“Marion n’était pas censé déposer une proposition de loi : le premier ministre Barnier avait donné son aval à un projet de loi, et avec un projet de loi, nous n’en serions pas là. Tout est bloqué ! C’est pourquoi je vous invite à choisir au plus vite le bon véhicule législatif : en Guyane, on ne peut plus attendre. Il faut cesser ce double langage. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP, SOC et EcoS.)”
“Lorsque les nazis ont envahi la France, ils ont récupéré des dizaines de milliers d’œuvres d’art ; à juste titre, la nation française a réclamé qu’elles lui reviennent. Au nom de quoi ? Tout simplement parce que c’étaient ses biens à elle. Dans cette assemblée, je suis en difficulté : en 2025, j’y entends encore s’exprimer des réticences. De surcroît, entre les discours et les actes, il y a un écart énorme. Depuis cent trente-deux ans qu’ils sont ici, dans un musée, que faisons-nous de ces six Kali’na ? Que faisons-nous de tous ces restes humains, pas même reconnus, appartenant aux communautés autochtones de chacun de nos pays ? Madame Dati, je vous ai écrit à plusieurs reprises ; je vous invite à prendre la main, afin que les choses aillent très vite. M.”
“Rendre même des corps aux communautés concernées, la France n’y arrive pas ; à croire que ces corps, en 2025, restent considérés comme des objets. Il faut des conditions à la restitution – nous entendons encore certains collègues le soutenir –, il faut que des scientifiques y réfléchissent. « Collections publiques », au nom de quoi ? Qui décide de ce principe d’imprescriptibilité ? Dites-vous que ce sont des biens, des corps, qui ont été volés ! Au nom de quoi, de la puissance administrante, de la puissance coloniale ? Les peuples colonisés ne savent même pas ce qui se trouve dans vos musées ; les inventaires sont sans transparence, opaques ! Si l’on ne sait pas ce qu’il y a, que demanderait-on ?”
“Le cas est prévu par la proposition de loi de Christophe Marion relative aux demandes de restitution de restes humains originaires du territoire national ; ce texte-cadre ayant trait à nos pays encore colonisés – Martinique, Guadeloupe, La Réunion, Polynésie, Nouvelle-Calédonie – traîne dans les coulisses et ne parvient pas à obtenir l’aval des groupes parlementaires en vue de son inscription à l’ordre du jour d’une semaine transpartisane au sein de notre assemblée. Nous reportons sur le texte issu de l’initiative au Sénat de Mme Morin-Desailly, la loi du 26 décembre 2023 relative à la restitution de restes humains appartenant aux collections publiques, nos espoirs de ne pas avoir à passer par une loi d’espèce, spécifique à la Guyane. Il s’agit de centaines de restes humains – des restes humains !”
“Je profite de cette occasion pour rappeler que nous, en Guyane, connaissons la violence de la colonisation : je sens ce lien avec les peuples d’Afrique, d’Asie, tous ces peuples qui ont été colonisés par l’Occident. La violence dont nous parlons a par exemple résidé dans la doctrine de la terra nullius , en vertu de laquelle les colons, les jésuites ont considéré qu’à leur arrivée, il n’y avait là personne et les terres étaient en friche. Le résultat, c’est qu’aujourd’hui, chez nous, en Guyane, le préfet décide à qui il attribue les terres, y compris dans le cas des peuples autochtones ! Vous le savez, madame Dati, ces autochtones, massacrés par centaines de milliers dans le cadre d’un génocide, réclament désormais la restitution de six corps.”
“Si nous attendons encore, cela fera bientôt dix ans ! La parole de l’État doit être respectée. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR et LFI-NFP. – Mme Danielle Simonnet applaudit également.) Nous avons connu tous les premiers ministres, et les réponses sont toujours les mêmes : elles sont dilatoires. Je rappelle pour finir que nous avions commencé des négociations avec M. Darmanin, mais qu’il a décidé unilatéralement, depuis Paris, de tout arrêter. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS ainsi que sur quelques bancs du groupe SOC.)”
“Le ministre ne nous a pas communiqué de dates. Pour sortir la Guyane du marasme administratif, économique, écologique, sanitaire et éducatif dans lequel une gestion normative inadaptée et trop souvent absurde l’a plongée, la question de l’autonomie est vitale. Que l’ensemble de la représentation nationale le sache : le congrès des élus de Guyane réunit les cinquante-cinq élus territoriaux, les quatre parlementaires, les vingt-deux maires des communes et les présidents des quatre établissements publics de coopération intercommunale. À deux reprises, en 2020 et en 2022, le congrès a voté unanimement. Quoi de plus démocratique qu’une telle demande ? C’est en 2017, à la suite d’un mouvement social qui a réuni plus de 40 000 personnes, que le protocole a été enclenché et publié au Journal officiel .”
“Lors du déplacement de M. Manuel Valls en Guyane, il a fallu que la société civile et les élus, lassés du tourisme ministériel de tous les gouvernements, arrachent une réunion consacrée au projet unanime d’autonomie de la Guyane. Le 16 juin dernier, devant l’ensemble des élus réunis en congrès, le ministre a annoncé la reprise du processus d’évolution statutaire, avec une première rencontre au ministère des outre-mer dans la première quinzaine de juillet, suivie dans la foulée d’une seconde entrevue avec le président Macron. Nous sommes le 1 er juillet et aucun élu de Guyane n’a reçu la moindre convocation pour ces réunions de travail. Ma question est donc simple : quand comptez-vous recevoir les élus de Guyane afin de poursuivre les discussions sur l’autonomie ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS. – M.”
“Nous sommes déjà dans une situation chaotique ; si vous ne votez pas ces amendements, elle s’amplifiera. La Guyane, ce n’est pas l’Hexagone : il faut vraiment savoir ce qui s’y passe.”
“Monsieur le rapporteur, madame la ministre, je pense que vous n’avez pas compris ce qui se passe en Guyane. Il y a 60 % de constructions illégales sur le littoral. Dans des villes comme Saint-Laurent-du-Maroni, Cayenne, Matoury ou Rémire-Montjoly, il y a des constructions illégales partout. Ces constructions illégales, qui se comptent par dizaines de milliers, ne sont pas prises en compte dans le recensement de l’Insee. Il en résulte que les dotations globales de fonctionnement ne correspondent pas au nombre réel d’habitants. Je m’adresse à vous tous : si vous ne votez pas cet amendement, vous empêcherez d’agir les acteurs publics qui pourraient réguler le phénomène et vous laisserez s’étendre les constructions illégales. La Guyane ne doit pas se retrouver dans une situation aussi tendue que Mayotte, mais c’est ce qui va se passer !”
“Nous avons donc besoin de libérer du foncier, d’avoir des financements pour mieux l’aménager et de simplifier les procédures administratives.”
“Il vise à simplifier les démarches : la procédure classique d’instruction des demandes d’autorisation d’urbanisme serait remplacée par une simple déclaration de projet en mairie. Il faut savoir qu’il y a environ 60 % de constructions illicites en Guyane. L’amendement n o 74 tend à créer un document unique d’autorisation d’urbanisme pour toutes les autorisations relatives aux constructions, aménagements et démolitions. J’appelle votre attention sur le fait que la construction illégale dans mon pays, en Guyane, installe le chaos. Je comprends qu’ici, nous soyons relativement stricts, compte tenu notamment des enjeux climatiques, mais je rappelle que le territoire guyanais est couvert à 97 % de forêts et que l’essentiel de la déforestation tient à l’orpaillage illégal et aux constructions illégales.”
“Je vous parlerai à nouveau de la Guyane – vous savez que distinguer la Guyane du reste du territoire dit national est un sujet essentiel pour moi. Il est très important d’y simplifier les procédures. En Guyane, des squats s’installent partout et par milliers. Des dizaines de milliers de demandes de logement sont en attente. Alors qu’il serait nécessaire de construire 4 000 logements par an, nous ne sommes actuellement capables d’en construire qu’à peine 1 200. Nous avons un retard à rattraper et nous devons anticiper les besoins liés à une croissance démographique hors normes. L’amendement n o 80 tend à accélérer à titre expérimental pour cinq ans la réalisation des projets menés par les acteurs investis d’une mission d’intérêt général, essentiellement les bailleurs sociaux.”
“Qui en profite ? Et les Guyanais dans tout cela ? Collègues, le plateau des Guyanes est en mutation profonde. Je vous invite à observer ce qu’il s’y passe, que ce soit au Guyana, au Suriname ou dans le Nordeste brésilien. Je conçois que la situation soit inconfortable pour vous, car elle vous force à un grand écart difficile. D’un côté, nous devons répondre à de très hautes exigences en matière de transition énergétique ; de l’autre, nous éprouvons des besoins toujours plus grands en énergie et maintenant en terres rares pour réaliser la transition énergétique. C’est un avertissement que je vous adresse, plutôt qu’une question. Bien que la Guyane soit dotée de multiples ressources, la France condamne les Guyanais au sous-développement. Ils n’attendront pas sagement que vous décidiez pour eux.”
“Ma question s’adresse au gouvernement et aux députés. Le puits de carbone que constitue la forêt amazonienne permet à la France de compenser ses émissions industrielles et de tenir ses engagements internationaux. Par sa forêt, la Guyane offre à la France le droit de polluer. Quelles sont les conséquences pour la Guyane ? Mise sous cloche, enclavement, interdiction de valoriser la moindre ressource – y compris celles issues du bois et de la biodiversité –, appauvrissement inacceptable de la population. La Guyane est le pays de l’interdit où, sous couvert de protection de l’environnement, la France protège hypocritement son droit à polluer. L’Élysée a lancé un inventaire des ressources du sous-sol, avec une attention particulière portée à la Guyane. Or, coltan, gaz, lithium, pétrole, kaolin, bauxite – non, ce n’est pas un fantasme.”
“Sans entrer dans la question de la directive omnibus, je veux parler des objectifs : on ne peut les décider en Europe, en Occident, sans entendre les pays du Sud. Un territoire comme la Guyane est confronté à des politiques contradictoires, voire hypocrites, parfaitement incompréhensibles pour ses habitants : alors que l’exploitation du pétrole nous est interdite, une multinationale française, TotalEnergies, signe des accords d’exploitation avec le Guyana, et la France propose d’y installer une base militaire pour sécuriser cette exploitation ! Je vous le dis au nom des Guyanais : une telle situation n’est ni tenable ni acceptable ! Les élus de ce territoire s’opposent tous à cette doctrine, à ces choix qui sont édictés sans eux et contre eux.”
“L’impact social se fait déjà sentir : nos jeunes commencent à émigrer vers les pays où cette exploitation a lieu. Au même moment, la forêt guyanaise est détruite par des activités illégales – vous le savez, madame Pannier-Runacher – et rien n’est fait. Sept de nos vingt-deux communes sont enclavées, sans routes ni voies ferrées. À cela s’ajoute une démographie hors normes. La situation est la même dans l’Amapá, au Brésil. La COP30, à laquelle vous vous rendrez bientôt, se réunira à Belém. Le président Lula a annoncé qu’il permettrait quant à lui l’exploitation du pétrole dans le Nordeste du Brésil, parce qu’il n’accepte pas que les 30 millions de Brésiliens qui y vivent continuent d’assister en spectateurs à ce qui passe de l’autre côté de la frontière.”
“Je vous propose de considérer la question sous un autre angle : amazonien, guyanais. La Guyane étant un territoire très pauvre, je suis un homme du Sud. Depuis le sommet de Rio, on a fait beaucoup de promesses aux pays du Sud : en Occident, nous continuons à consommer et à développer notre industrie ; au Sud, vous protégez la planète. Un territoire comme la Guyane ou un État brésilien comme l’Amapá sont exactement dans cette situation. Or le plateau des Guyanes recèle des ressources en énergies fossiles, que beaucoup – au Guyana, au Suriname, dans le Nordeste du Brésil – veulent exploiter ; l’exploitation a d’ailleurs commencé à un rythme vertigineux. Cependant, la loi Hulot, décidée à Paris de manière totalement unilatérale, interdit aux Guyanais l’exploitation du pétrole.”
“En Guadeloupe, par exemple, selon l’agence régionale de santé, l’ARS, le nombre de médecins généralistes libéraux pour 100 000 habitants varie de 2 à 84 suivant les communes. Les vingt et une communes les plus touchées sont classées parmi les zones d’intervention prioritaires. Il serait donc d’autant plus pertinent de mener l’expérimentation prévue par l’article dans les territoires dits d’outre-mer, notamment pour mesurer ses effets sur l’accès aux soins de premier recours.”
“Nous souhaitons nous assurer que l’expérimentation de l’accès direct aux infirmiers bénéficiera à l’un au moins des départements des territoires dits d’outre-mer. Nous regrettons d’avoir à le préciser par voie d’amendement mais, sans cette précision, nous craignons que nos concitoyens ultramarins ne soient oubliés. Or les territoires dits d’outre-mer sont grevés par la désertification médicale. Pour mémoire, la Guyane compte 123 médecins généralistes pour 100 000 habitants, la Martinique 152, la Guadeloupe 150 et la Nouvelle-Calédonie 122. Seule La Réunion est mieux dotée et compte 176 généralistes pour 100 000 habitants. En outre, dans la plupart de ces territoires, la répartition territoriale de ces médecins présente de fortes disparités.”
“C’est une tour qui ne contrôle pas grand-chose !”
“Quels changements radicaux de politique publique opérerez-vous sachant que le ministère des outre-mer n’a pas du tout les moyens financiers de tels changements ?”
“Au moment où je vous parle, les garimpeiros opèrent dans un affluent qui aboutit directement dans l’aire de captage de la plus grande station de production d’eau potable de Guyane, qui alimente l’ensemble de l’agglomération de l’île de Cayenne. Aucune mesure n’a été prise – aucune. Ensuite, en Guyane, depuis très longtemps, d’après l’agence régionale de santé, 48 % de la population desservie était alimentée par une eau présentant des concentrations en aluminium supérieures à la limite réglementaire – il s’agit d’eau potable ayant fait l’objet d’un traitement par la Société guyanaise des eaux. Il y a donc deux problèmes en matière d’eau potable, outre le fait que de nombreux habitants n’y ont tout simplement pas accès.”
“Je parlerai de la Guyane. Vous avez évoqué tout à l’heure la salinisation, mais le vrai problème en Guyane, c’est l’accès à l’eau potable et l’orpaillage illégal. Après le scandale du chlordécone aux Antilles, la Guyane vit celui de l’intoxication au mercure. Nous en avons déjà parlé en commission du développement durable. J’espère que vous ne me renverrez pas à M. Valls comme vient de le faire le ministre Rebsamen.”
“Il est possible de faire autrement, mais comme vous préférez passer en force, nous assumons de vous censurer. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et LFI-NFP, ainsi que sur quelques bancs du groupe EcoS.)”
“S’il faut bien voter rapidement un budget, cela ne doit pas occulter d’autres urgences tout aussi impérieuses : le financement des besoins sociaux et sanitaires, ainsi que l’organisation d’un débat réel sur les enjeux de santé publique et d’accès aux soins, au lieu de traquer la moindre réduction de dépenses, sans souci de ce que sera à long terme le système de soins. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, ainsi que sur quelques bancs du groupe GDR. – Mme Dominique Voynet applaudit également.) Monsieur le premier ministre, tous ces éléments confirment que vous vous inscrivez dans les pas de vos prédécesseurs. Ce PLFSS relève d’une idéologie irresponsable, selon laquelle la protection de ceux qui détiennent les finances compte plus que la vie humaine.”
“Vous préférez vous entêter à rafistoler et à mettre des cache-misères – c’est irresponsable de votre part. En Guyane, l’enclavement et l’absence de plateau technique ne laissent d’autre choix que les évacuations sanitaires, qui coûtent environ 6 millions d’euros par an. Or non seulement vous ne prévoyez pas de construire un nouvel hôpital, mais vous souhaitez limiter ces évacuations, condamnant ainsi, faute de soins, au nom d’un prétendu sérieux budgétaire, de nombreux Guyanais à la mort – car il s’agit bien de la mise en danger de la vie d’hommes, de femmes et d’enfants.”
“La Guyane est le plus grand désert médical de France : elle compte à peine 150 médecins de ville – dont la moitié est proche de la retraite – pour une population qui devrait passer de 329 000 personnes en 2023 à 442 000 en 2030, selon l’Insee. Le marasme sanitaire est particulièrement visible dans la dégradation et l’obsolescence de l’hôpital de Cayenne, où les personnels doivent se débrouiller pour pallier, dans la mesure du possible, le manque de moyens humains et matériels. On entre dans cet hôpital avec la crainte d’y contracter une maladie plus grave que celle pour laquelle on a été hospitalisé. Alors que vous savez que le site est irrécupérable, aucune ligne du budget ne prévoit le moindre début d’étude pour la construction d’un centre hospitalier régional universitaire.”