François Ruffin
ECOS · France
“Nous voterons bien sûr pour la nationalisation. Monsieur le ministre, vous parlez de batailles menées au niveau européen, mais Arcelor délocalise en Inde ses fonctions support, c’est-à-dire les ressources humaines, le marketing, la gestion de l’approvisionnement, la comptabilité et l’informatique.”
“Cela veut dire que le capital européen, allié à la Commission européenne, a décidé de prolonger dans l’hinterland indien la logique qui a prévalu pendant des décennies dans les relations avec la Chine : exportation d’aéronautique et de voitures, au prix de la recherche d’un moindre coût du travail et de plus faibles normes environnemental…”
“C’est vous qui avez baissé la part de l’industrie dans le PIB : elle est seulement de 10 % aujourd’hui, c’est-à-dire au niveau de la Grèce. Voilà où en est notre pays à cause de vous ! Nous ne prétendons pas que la nationalisation est la panacée, nous disons qu’elle est un outil.”
“Le président de la République avait alors déclaré que déléguer à d’autres notre santé et notre protection était une folie. Pourtant, en janvier, la Commission européenne a signé avec l’Inde un accord de libre-échange, qui prévoit de supprimer 90 % des droits de douane et même de les supprimer entièrement pour la chimie, les médicaments et…”
“Nous sommes pourtant supposés nous rassembler cette année autour de la grande cause nationale de la santé mentale ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, SOC et GDR.) La bipolarité n’est pas une insulte, mais une maladie dont souffrent 1 % des Français, une maladie qui pèse sur les familles, sur le travail, sur la relati…”
“S’agissant du conflit que vous avez évoqué, le dialogue social annuel est obligatoire et l’État n’intervient pas dans ce cadre. Une proposition a été mise sur la table et l’État a fait le nécessaire en permettant que les résultats soient réinvestis dans l’appareil productif et l’intéressement des salariés.”
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“Où sont les AESH dans votre texte ? C’est presque un exploit : cette proposition de loi vise à renforcer le parcours inclusif des élèves en situation de handicap sans même mentionner les accompagnantes, elles qui sont les ouvrières de l’inclusion et qui sont en première ligne face au handicap à l’école. Elles sont absentes de votre texte alors qu’elles sont sous-payées – environ 900 euros par mois, c’est-à-dire sous le seuil de pauvreté – et trop peu formées, bien qu’elles soient confrontées à des troubles « dys » ou de l’autisme et à des cas de trisomie. Surtout, il faut parler de la catastrophe de la mutualisation. Qui donc a déclaré : « On a mutualisé les accompagnantes d’enfants en situation de handicap et les associations viennent me dire que cela ne marche pas » ?”
“La proposition de loi rapportée par Béatrice Bellay, députée de la Martinique, vise à ce que l’observatoire des prix, des marges et des revenus (OPMR) soit présent lors de la négociation annuelle et à ce qu’en cas d’échec, au terme d’un mois de discussions, l’État intervienne et fixe les prix sans laisser faire le marché.”
“Je me fais ici l’écho de l’insatisfaction que j’ai entendue en Guadeloupe et en Martinique. Le problème provient des marges de la grande distribution. Pourtant, ainsi que le souligne Aude Goussard, cofondatrice du Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens (RPPRAC), c’est l’État et les collectivités qui vont se priver de recettes, non les profiteurs ! Sur qui et sur quoi agit-on ? Michel Branchi, ancien directeur de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) en Martinique, nous alerte : on a cassé l’outil qui nous fournissait des données sur les marges et sur la formation des prix, autrement dit l’outil qui nous permettrait d’agir.”
“La solution est beaucoup plus simple : que l’État mène des enquêtes sur la formation des prix de l’eau, des pâtes, du sucre, des couches et qu’il fixe les prix en accordant à chacun une marge raisonnable. C’est ainsi que l’on pratiquait jusqu’en 1986, jusqu’à la libération des prix qui fut la liberté du renard dans le poulailler, aujourd’hui pillé.”
“Ses mots sont forts mais, jusqu’à présent, ses actes et ceux du gouvernement sont faibles ! Pire, vos décisions pourraient en réalité constituer des quasi-cadeaux pour la famille Hayot et leurs collègues. En effet, qu’avez-vous dans vos cartons ? Votre projet de loi contre la vie chère dans les outre-mer prévoit, premièrement, une baisse de la TVA sur les produits essentiels et, deuxièmement, une diminution de l’octroi de mer, voire sa suppression. Alors que les marges de la grande distribution sont en cause, vous n’y touchez pas ! J’ai un doute, ou plutôt une quasi-certitude : la baisse de la fiscalité ne sera pas répercutée sur les prix dans les magasins. Vous n’avez en effet aucune garantie en la matière ! D’ailleurs, même une promesse des Hayot et compagnie ne vaudrait rien.”
“L’écart moyen des prix des produits alimentaires entre l’Hexagone et les outre-mer est de 30 % à 40 %, mais il peut être bien supérieur : 70 % à Saint-Pierre-et-Miquelon ; 78 % en Nouvelle-Calédonie. À la Martinique, un paquet de pâtes coûte à peu près deux fois plus cher qu’ici. C’est la même chose pour le sucre, les couches pour enfants ou le papier toilette ; même le pack d’eau y dépasse les 10 euros ! Un rapport du Sénat le souligne : voilà qui suscite des interrogations sur le nombre et le rôle des intermédiaires et, surtout, sur les oligopoles tels que le groupe Bernard Hayot, qui contrôle beaucoup et se gave, en réalisant une marge de 34 % ! Le ministre Manuel Valls a accusé ce groupe d’« étouffer l’économie locale et le pouvoir d’achat » et n’a pas hésité à évoquer des « pratiques économiques aux relents de colonialisme ».”
“En effet, je l’ai dit, les taux de pauvreté des jeunes sont toujours deux fois plus élevés que ceux des autres tranches d’âge, les taux de chômage deux fois supérieurs, 75 % des jeunes jugent l’avenir effrayant et chez les moins de 45 ans, la part des propriétaires a été divisée par deux alors que vous savez l’importance de l’immobilier.”
“Le programme du CNR a permis de la battre en brèche parce qu’on est passé d’une solidarité familiale à une solidarité nationale et à une solidarité sociale. Aujourd’hui les choses se sont inversées : c’est presque une fatalité, quand on est jeune, de vivre dans la pauvreté. Je pense qu’ici aussi, nous devrions passer d’une solidarité familiale à une solidarité sociale et nationale. Au moment de la crise du covid, Emmanuel Macron avait dit : « Nous travaillons pour qu’en avril 2025 puisse paraître une Une sur notre jeunesse qui aurait tourné la page de la pandémie. » Quatre années se sont écoulées et la date fatidique approche : c’est la semaine prochaine. Alors, d’ici quelques jours, quelle Une comptez-vous publier ? Avec quels chiffres ?”
“Actuellement, la jeunesse subit un écrasement social, avec un taux de pauvreté deux fois supérieur à celui du reste de la population, un écrasement professionnel, avec un taux de chômage également deux fois supérieur à celui des Français en général, un écrasement moral puisqu’un tiers des jeunes souffrent de dépression, et un écrasement politique, avec quatre fois moins de votants parmi les jeunes que dans les autres tranches d’âge. Que faire pour sortir la jeunesse de cet écrasement ? Pendant la crise du covid, j’avais proposé une espèce de contrat intergénérationnel à l’image de ce que nous avons fait pour les personnes âgées. Autrefois, dans les classes populaires, on vieillissait dans la misère, c’était une sorte de fatalité.”
“Lors d’un déplacement à Amiens, Emmanuel Macron a déclaré : « [N]ous n’avons pas de politique à avoir pour la jeunesse. » De fait, la promesse fut tenue : il n’y a pas eu et il n’y a pas de politique pour la jeunesse. Or, si on veut des bébés, si on veut encourager la natalité, il faut une politique pour la jeunesse, les jeunes couples, les jeunes adultes, pour tous ceux qui sont en âge de procréer. Nous assistons aujourd’hui à un écrasement de la jeunesse. Vous connaissez la loi du marché : ce qui est rare est cher. En matière démographique, tous les démographes le disent, c’est quasiment l’inverse : ce qui est rare est écrasé.”
“Or le rôle du politique est selon moi d’aider et de soutenir dans les moments de risque tels que la séparation, d’amortir les chocs et les chutes, voire de les prévenir. La vie de couple n’est jamais facile. Des villes comme Viroflay proposent dans leur mairie du conseil conjugal, afin que les hommes et les femmes se parlent, disent leurs difficultés, envisagent des options et des solutions, et que, s’ils se séparent, ils le fassent dans la compréhension et la discussion, non dans les cris et les coups. Dès lors, pourquoi ne pas créer une « maison des cœurs brisés », un « France séparation », qui offrirait un accompagnement à ce moment-là ?”
“Et ce sont les femmes qui souffrent le plus de cette fragilité économique. Dans 80 % des cas, elles héritent des enfants, ce qui représente un coût non seulement pour elles, mais aussi et surtout pour les enfants. Ainsi, près d’un enfant sur deux élevés par une maman solo vit sous le seuil de pauvreté. C’est le double de la proportion constatée pour l’ensemble des enfants, qui est déjà trop élevée. Le pire, c’est que l’État renforce cette inégalité par sa fiscalité : côté père, la pension alimentaire est défiscalisée ; côté mère, les revenus sont fiscalisés. Entendez-vous peser pour réformer ces règles ? Cette fiscalité, c’est comme si la société ne s’était pas adaptée à ces nouvelles normes et au nouveau mode de fonctionnement des familles.”
“Madame la ministre, vous avez cité Ambroise Croizat et le général de Gaulle. La sécurité sociale a été créée après guerre pour nous protéger contre trois grands risques : la maladie, les accidents et la vieillesse – celle-ci étant non pas un risque, mais une chance. En revanche, ses fondateurs n’avaient pas prévu un quatrième risque, bien réel, qui frappe des millions de nos concitoyens : la séparation. Celle-ci fait désormais partie de la vie conjugale et familiale, le nombre de séparations s’établissant à 400 000 chaque année. Aujourd’hui, une famille sur quatre est une maman solo ; une famille sur dix est recomposée. Or la séparation est un moment de fragilité, non seulement psychologique, mais aussi économique et sociale : les revenus sont divisés, voire chutent, alors même qu’il faut trouver un deuxième logement.”
“Pour que l’enfant soit accueilli comme il se doit, non comme un motif d’angoisse, mais comme une source de joie. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Mme Karine Lebon, rapporteure, applaudit également.)”
“Or le nombre de demandeurs de logements sociaux a battu un record historique cette année. On a construit 50 % de logements sociaux en moins que sous le mandat précédent ; et c’est 50 % de ménages modestes en moins qui accèdent à la propriété. Pourquoi ? Parce que vous laissez faire le marché, celui de l’immobilier comme celui du travail. Or, pour satisfaire les besoins des Français, il nous faut un État stratège, un État chef d’orchestre, un État qui investit, qui planifie, qui fixe des règles, en matière de logement comme au sujet du travail, qui encadre ou qui fait sortir du marché. Voilà notre conviction : ce qu’il nous faut, ce n’est pas un réarmement démographique, mais la sécurité économique, en matière de travail, de logement et de revenus.”
“Au fil des interventions, j’ai vu un consensus se dégager autour de l’idée que la politique familiale doit être aussi une politique du logement et du travail, car il faut assurer de la stabilité aux jeunes et faire en sorte que les futurs parents se sentent protégés. Or on fait l’inverse. Il faudrait des métiers qui assurent statut et revenu ; horaires, salaire et carrière. Au lieu de cela, on a transformé les métiers en bouts de boulots : CDD, intérim, temps partiel, et surtout désormais, autoentrepreneurs ! Avec 3 millions d’autoentrepreneurs, la France d’Emmanuel Macron est, derrière la Hongrie, le recordman en Europe des emplois non salariés, et nous sommes à la traîne sur les emplois salariés. C’est la même chose pour le logement : étymologiquement, dans « protéger », il y a « toit ».”
“Le rôle d’une politique familiale, c’est de permettre aux hommes et aux femmes qui veulent des enfants d’en avoir ; c’est de lever les obstacles à leur parentalité ; c’est de faire en sorte que leur désir d’enfant se réalise. Quels sont les obstacles ? Pour 26 % des Français, ce qui manque, c’est un emploi stable ; pour 37 %, c’est un logement adapté ; pour 45 %, c’est d’avoir assez d’argent, parce que l’enfant a un coût. Il s’élèverait à près de 500 euros par mois – 490 pour être précis –, selon une enquête d’Ipsos : 252 euros pour la garde du bébé ; 83 euros pour l’alimentation ; 54 euros pour l’équipement, notamment la poussette ; 51 euros pour l’habillement ; 51 euros pour les produits d’hygiène.”
“Une statistique le montre, que plusieurs collègues ont rappelée – avec de légers écarts : les Français, en moyenne, désirent avoir 2,3 enfants par foyer et ils n’en ont que 1,6 : cela fait 0,7 de différence. Et c’est dans cet écart que l’on peut situer le rôle d’une politique familiale. Le rôle d’une politique familiale, ce n’est pas de forcer la main, ce n’est pas d’enjoindre aux femmes, aux hommes, de faire des enfants, dans une logique paternaliste, ou maternaliste. Si certains, certaines, ne veulent pas d’enfant, ou un seulement, c’est leur droit. C’est leur choix. Un choix de vie devenu plus libre, la marque d’une émancipation.”
“Je suis sérieux ! Vous avez vu comme le moral de nos concitoyens a baissé, celui des jeunes en particulier ? C’est la déprime. Quand on leur demande pourquoi ils ne font pas d’enfants, la première réponse qui arrive, la première cause, c’est la peur de l’avenir. On ne comprend rien à notre pays si on ne prend pas cette peur en considération. Et le rôle des dirigeants, c’est de rassurer, de protéger, c’est d’ouvrir un chemin de lumière et d’espoir. Pas de jouer sur les peurs, sur toutes les peurs, en trouvant tous les jours, toutes les semaines, une nouvelle peur. Et pourtant, nous l’avons tous dit ici, il demeure dans notre pays un grand désir d’enfants.”
“Même ça, même les enfants, même donner naissance à un enfant, lui faire des guilis sur la table à langer, le porter sur ses épaules pour aller à l’école, jouer avec lui au football ou à la console, faire avec lui un gâteau au chocolat et le cramer, même ça, le chef de l’État n’en parle pas comme d’une immense joie, comme d’un gros gâteau – pas cramé, celui-là –, qui ferait saliver de désir, de plaisir. Non, lui, il apparaît à la télé comme il apparaît toujours à la télé, avec son ton martial de chef des armées, avec son air réjoui pour nous annoncer des nouvelles sinistres – « Nous sommes en guerre ! » –, pour nous faire la leçon, comme quoi on ne produit pas assez de petites filles et de petits garçons. Et ça fait huit ans que ça dure ! C’est l’usure. Ce monde-là, vous m’étonnez que les Français se retiennent d’y amener des bébés !”
“Depuis des décennies, les dirigeants ne veulent pas la stabilité, mais organisent au contraire l’instabilité sous prétexte de fluidité, de mobilité et de flexibilité. C’est évidemment la jeunesse qui pâtit au premier chef de cette intranquillité sociale. Ambroise Croizat, lorsqu’il fonda la sécurité sociale, affirmait qu’il voulait faire des lois de tranquillité sociale pour que les gens puissent dormir la nuit. Aujourd’hui, des lois d’intranquillité sociale empêchent les gens de dormir la nuit. C’est pourquoi il faut redonner à la jeunesse de notre pays de la sécurité économique, de la stabilité du travail et du logement, non seulement pour qu’elle désire faire des enfants, mais surtout pour qu’elle les fasse.”
“Il nous faut un grand plan pour la construction de logements étudiants, de foyers pour les jeunes travailleurs, d’appartements HLM pour les jeunes ménages – eux qui, pour leurs études ou leur travail, doivent se loger dans les villes et les métropoles, là où le prix du mètre carré est le plus élevé et où s’opère un immense transfert d’argent de la jeunesse modeste vers les riches rentiers. À Grigny, j’ai rencontré Mohammed, qui pose de la fibre optique. Il me disait : « Je veux un CDI mais on ne me le donne pas ; je veux la stabilité mais on ne me la donne pas. » La vingtaine largement entamée, il habite encore chez ses parents : comment peut-il imaginer fonder un foyer et avoir des bébés ?”
“C’est une politique du travail pour la jeunesse qu’il nous faut, avec des emplois stables, des carrières et des salaires, des statuts et des revenus, pour assurer aux jeunes Françaises et aux jeunes Français une stabilité. C’est avant tout une politique du logement pour la jeunesse qu’il nous faut : le nid vient avant les œufs. Or dans ce domaine, c’est le parcours du combattant et un défilé sans fin dans ma permanence, pour évoquer les charges et loyers qu’on ne parvient plus à payer car ils avalent le tiers, voire la moitié du salaire.”
“On peut étendre au premier bébé le bénéfice des allocations familiales, on peut créer un véritable service public de la petite enfance, reposant sur les crèches mais aussi sur les assistantes maternelles, on peut instaurer un congé de paternité obligatoire, on peut soutenir les familles monoparentales – on peut et même on doit faire tout cela. Mais je veux vous dire ma conviction, qui s’est établie et affermie au fil de nos brèves auditions et qui rejoint celle de Perrine Goulet : la politique familiale ne se mène pas, pour l’essentiel, par la politique familiale mais en dehors de celle-ci. C’est une politique pour la jeunesse qu’il nous faut, une politique susceptible de lui offrir un avenir, alors qu’un tiers des jeunes se disent anxieux ou dépressifs et que les trois quarts jugent l’avenir effrayant.”
“Longtemps, en France, des politiques familiales et sociales volontaristes ont été menées : allocation parentale au deuxième enfant, création de places en crèche, droit au congé parental pour tous les salariés, 35 heures, entre autres. Depuis une décennie, c’est l’inverse. Notre politique familiale est démantelée : modulation des allocations familiales, réduction de l’indemnisation du congé parental, baisses du plafond du quotient familial, détricotage de la prestation d’accueil du jeune enfant (Paje), et j’en passe. Que faire, alors ?”
“Comment expliquer ce fossé ? Le témoignage de Sandrine, agente administrative, l’éclaire sans doute et vaut sûrement pour beaucoup d’hommes et de femmes : « Avec Bertrand, on a mis du temps à avoir notre fille. Cela faisait huit ans qu’on était ensemble, on était fiancé, on venait de faire construire, mais il avait peur qu’on ne soit pas assez installé dans la vie. Puis finalement, je suis tombée enceinte et on a eu notre fille ; j’avais 34 ans. Mais aujourd’hui, cela me semble impossible d’avoir un deuxième enfant : on est à peine au-dessus du smic tous les deux. » Pour avoir un enfant, les couples qui n’en ont pas encore posent, dans l’ordre d’importance, ces conditions : avoir assez d’argent ; être un couple stable ; avoir un logement adapté.”
“…en quinze ans, moins 20 % de bébés. Nous avons longtemps, en Europe, fait figure d’exception : les générations étaient remplacées et la fécondité se maintenait, plus haute que chez nos voisins. Mais voilà qu’ici aussi, elle a chuté, et la baisse s’accélère encore depuis 2022. De 2,1 enfants par femme, nous voilà à 1,6 : du jamais-vu depuis la fin de la première guerre mondiale, un temps où les femmes peinaient à trouver des hommes, des hommes valides et en bonne santé. D’une part, la natalité touche à son plus bas et d’après les démographes, ce n’est pas fini. D’autre part, la population vieillit. Cette baisse de la natalité est le résultat de choix – émancipation et liberté pour les femmes – mais aussi de contraintes. En effet, un grand désir d’enfant demeure dans notre pays : 2,3 enfants désirés, contre 1,6 qui naît.”
“Mes chers collègues venus nombreux (Sourires) ,…”
“Mais Macron a jeté à l’eau le plan Borloo et les crédits de politique de la ville baissent de 5 % cette année ! La bataille contre la drogue ne peut pas se mener seulement avec des forces de l’extérieur : il faut aussi aider les forces positives de l’intérieur afin que, pour la jeunesse des quartiers, il y ait un autre avenir qu’entre dealer et Uber ! (Mme Sandra Regol applaudit.)”
“Or même des experts de la criminalité organisée, même des magistrats spécialisés s’inquiètent aujourd’hui « des mesures très intrusives » et « des dispositifs très offensifs » du texte. Il faut nous y aider en prévoyant des moyens : les budgets nécessaires pour les inspecteurs des douanes, pour les inspecteurs des impôts, pour les inspecteurs de police et les officiers de police judiciaire, afin qu’ils puissent mener de longues enquêtes, dans la durée. Il faut nous y aider et surtout aider les habitants, les parents et les associations. Or, de votre texte, ils sont absents. La guerre contre la drogue ne peut pourtant pas être menée seulement de l’extérieur : elle doit être menée aussi de l’intérieur, avec les forces d’appui existantes, prêtes à participer à des actions de prévention, en lien avec les associations.”
“Monsieur le ministre, je voudrais voter cette loi sur le narcotrafic. Je voudrais la voter parce que la drogue pourrit la vie dans les quartiers populaires, au point que des parents disent à leurs enfants quel chemin emprunter pour aller au collège et, le soir, demandent à être appelés sur leur lieu de travail pour être rassurés. Ils ne s’inquiètent pas uniquement du risque que leurs enfants se prennent des balles, ils s’inquiètent aussi du sens dans lequel va basculer le destin de leurs gamins. Je veux la voter parce que la commission d’enquête au Sénat a posé un principe simple : Follow the money , suivre l’argent, taper les gros bonnets au porte-monnaie. Je veux voter ce texte, mais il faut m’y aider ! Il faut nous convaincre en trouvant un équilibre entre l’efficacité, la sécurité et nos libertés.”
“Les élargissements à l’Est opérés il y a vingt ans ne sont toujours pas digérés ; ils engendrent encore la délocalisation des usines. Nous ne pouvons pas éternellement commettre les mêmes erreurs. Ce serait la garantie de susciter à terme un rejet de l’Europe dans notre pays. (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.) D’autres chemins de coopération et d’entraide que le libre-échange – une concurrence libre et complètement faussée – sont possibles. Je regrette que la proposition de résolution confonde les deux questions et mélange les enjeux.”
“Les négociations ne doivent pas tourner à la capitulation ; le front ne doit pas être percé ; Odessa ne doit pas tomber. Nous devons faire en sorte que Kiev soit en position de défendre avec fermeté sa souveraineté lors des discussions. C’est plus utile que jamais alors qu’une offre de trêve, de cessez-le-feu, possiblement un plan de paix, sont sur la table, et que les Russes bombardent l’Ukraine et en profitent pour gagner du terrain. Vous y ajoutez l’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne. Aujourd’hui, j’y suis farouchement opposé. L’élargissement est une question sociale et économique et non de solidarité dans un conflit. Compte tenu des salaires dix fois moins élevés et des fermes cent fois plus grandes, la libre circulation des marchandises conduirait notre agriculture et notre industrie au désastre.”
“Même si je ne voterai pas pour l’amendement de nos collègues de La France insoumise (« Ah » sur divers bancs) , je pense qu’il pose une bonne question. La manière de faire ne me convient pas, monsieur le rapporteur. Le texte mélange le court terme et le long terme : il mentionne l’appui à l’Ukraine, les garanties de sécurité, le rappel de l’agression russe, la condamnation des crimes commis, mais aussi l’Europe de la défense et l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, auxquelles nous devrions automatiquement souscrire. Un tel pêle-mêle empêche l’émergence d’un consensus large dans cette assemblée et menace à terme de briser le consensus national. Je suis plus que jamais favorable au maintien de notre appui militaire à l’Ukraine. Des pourparlers débutent.”
“À ce jour, nous devons encore et toujours compter sur l’allié américain, si fragile, si versatile, pour peser en faveur de l’Ukraine et rétablir la balance. Tout se passe comme si nous cherchions à compenser notre éloignement et notre mise à l’écart des négociations en multipliant les déclarations, les résolutions, les condamnations. Nous nous contentons d’agir sur le plan symbolique à défaut de pouvoir agir sur le cours des choses ! Je regrette profondément de devoir me contenter d’un rôle de spectateur et de commentateur à distance, au lieu d’être un acteur qui, loin d’être impuissant, aurait une réelle influence. J’espère que ça changera !”
“Puisqu’un seizième train de sanctions a été pris depuis le passage de la résolution en commission, nous pouvons bien le préciser dans le texte. La question de l’efficacité mérite cependant d’être posée, tout comme celle de la portée des vœux et des souhaits formulés par l’Union européenne. Cela suscite chez moi un certain malaise, dès lors que des négociations sont en cours à 5 000 kilomètres d’ici, à Djedda, en Arabie Saoudite, et qu’elles réunissent les Américains avec les Russes d’un côté et les Ukrainiens de l’autre, sans les Européens. Nous sommes mis au ban d’une guerre qui se déroule sur notre continent ! Il faudra tirer le bilan de ce naufrage diplomatique pour l’Europe comme pour la France.”
“Quel bilan tirez-vous des Pial et de la mutualisation ? C’est ça, ma question !”
“Alliez-vous garantir aux accompagnantes, pour les attirer, un salaire, des horaires, une carrière ? Non, vous avez décidé de leur faire suivre non plus un ou deux enfants, mais quatre, cinq, six, sept, jusqu’à onze enfants ! Vous avez explosé les emplois du temps des AESH. Vous avez rebaptisé ce saucissonnage d’un noble nom : « mutualisation ». Ça faisait solidaire, progressiste, mais c’est bidon. C’est juste une politique du chiffre, une politique d’affichage. Cette mutualisation n’est pas seulement un échec, mais une maltraitance de tout le monde. Alors, quel bilan tirez-vous des Pial et de la mutualisation ? Quand vous déciderez-vous à mettre les milliards indispensables pour sortir du bricolage, du bidouillage, et pour faire des AESH un vrai métier ?”
“Cela fait sept ans que vous faites de l’école inclusive low cost, à bas coût, une école qui engendre une grande souffrance pour les enfants, qui ne sont pas suivis ou mal suivis, pour les parents, qui attendent, pour les enseignants, qui se débrouillent comme ils peuvent dans leur classe, et bien sûr pour les AESH elles-mêmes. Évidemment, avec un salaire de 800 euros en moyenne, on est sous le seuil de pauvreté, mais surtout le sens du métier est cassé. « On n’accompagne pas dans la durée », me dit Valérie, « en voyant les élèves progresser ». On fait du « saute-mouton » : « on saute d’un élève à l’autre, d’une classe à l’autre, d’un établissement à l’autre. » Que se passe-t-il ? Il y a trop d’élèves avec des dys – dysgraphies, dyslexies –, troubles de l’autisme, qui affluent dans les écoles. Quelles solutions avez-vous trouvées ?”
“Nous devons donc protéger notre industrie et nos usines à la fois de la Chine et des USA. Nous devons recourir à des taxes aux frontières, à des barrières douanières et à des quotas d’importation. Nous le devons, non, comme je l’entends, par mesure de rétorsion pour mener une guerre commerciale, mais, au contraire, par souci de préservation, par désir de construction. Alors, allez-vous vraiment changer d’époque ? Allez-vous enfin entrer dans le XXI e siècle ? Allez-vous abandonner notre libre-échangisme suicidaire ? (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et GDR.)”
“Ce n’est pas l’excès de normes, de règles qui a tué nos usines ; c’est au contraire un libre-échange sans règles et sans normes, c’est une concurrence libre et complètement faussée. Heureusement, nous avons largement préservé notre industrie de défense. Et comment l’avons-nous sauvée du naufrage ? En nous exemptant des dogmes de la Commission européenne et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en protégeant le capital de nos entreprises, et grâce à une commande publique ciblée, à une planification de l’État. Grâce à tout, sauf à la concurrence libre et non faussée, sauf à la main invisible du marché. Les dirigeants européens veulent une industrie de défense sur notre continent : très bien, mais il nous faut une industrie tout court, de la métallurgie à l’électronique, des télécommunications à la chimie.”
“Monsieur le ministre : 1 500. En dix ans, plus de 1 500 entreprises françaises ont été rachetées par les États-Unis. Il y a bien sûr la branche énergie d’Alstom, bradée à General Electric. Il y a le Doliprane et les médicaments grand public de Sanofi. Il y a le pétrolier Technip. Il y a Latecoere, fleuron de l’aviation militaire. Il y a Exxelia et ses composants essentiels à l’industrie de défense. Tout cela est passé sous pavillon américain, avec le feu vert d’Emmanuel Macron et de Bruno Le Maire. L’industrie française se fait dépouiller par l’Ouest de son capital, par l’Est de son travail : les pneumatiques, le textile, l’ameublement fuient vers la Chine, l’Inde ou la Pologne et la Roumanie.”
“Il nous faudra encore, demain, agrandir l’œuvre d’Ambroise Croizat, le rêve réalisé de nos aînés, et non le racornir, et non le rétrécir. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs des groupes SOC et GDR. – M. le rapporteur applaudit également.)”
“C’est le prix d’une Twingo. La Sécu n’en rembourse que 350. À ce prix-là, ce sont des perruques de carnaval. En synthétique, ça commence pour de vrai à 1 500 euros. » Cindy prend soin d’elle, elle se soigne, parce que, dit-elle, « pour être aimée, il faut d’abord s’aimer soi-même. Si je suis dans la honte, la honte de moi, la honte de mon corps, je serai mal entourée, et je vais m’isoler dans la maladie. » Cher collègue, camarade rapporteur, votre proposition de loi apporte du mieux, du mieux sur les sous-vêtements, du mieux sur les crèmes et, évidemment, on prend. Il n’empêche que demeurent des lacunes, des manques, des insuffisances, des béances, sur les implants capillaires et mammaires, et sur les dépassements d’honoraires.”
“On parle de « soins de support », de « soins oncologiques de support » : la kiné, le sport, la psychologue, le diététicien… Est-ce que ce sont des soins, ou non ? Ou des soins à moitié ? Ils sont recommandés par le médecin ? Alors, ce sont des soins. Point. Nausées, vomissement, rougeurs, démangeaisons, diarrhées, constipation, épuisement, perte de goût, d’odorat, maux de tête : voilà les effets secondaires de la chimio. Contre tous ces maux, les femmes recherchent des remèdes, pour leur réconfort, pour se soulager. Comment oser les nommer encore des soins de confort ? Et puis, il y a l’implant capillaire, la perruque, comme on dit. « La chimio va me faire perdre les cheveux durant des années, témoigne Cindy. Alors, je me suis acheté une belle perruque, en cheveux naturels, mais qui coûte plusieurs milliers d’euros.”
“Parce qu’il y a le reste : la peau qui brûle, les mains asséchées, les pieds abîmés, contre quoi il faut des lotions ; les bras qui gonflent, avec comme secours des manchons ; l’acupuncture et la pédicure, la réflexologie ou la sophrologie, pour apaiser l’esprit ; les sourcils qui ne repoussent pas et qu’on se fait tatouer ; le dessin, aussi, sur les seins implantés ; le soutien-gorge et le maillot de bain. Bien souvent, ce sont des soins prescrits, recommandés par le médecin, et on les dit pourtant « de confort ». C’est une bataille budgétaire et financière qu’il nous faut mener aujourd’hui, mais aussi de vocabulaire. Pourquoi ces remboursements sont-ils atténués ? Pourquoi ces traitements ne sont-ils pas couverts, ou mal, ou si peu ? Parce que les mots sont, eux aussi, atténués et la réalité, euphémisée.”
“Je vais dénoncer les lacunes, les manques, les insuffisances. Mais d’abord, je veux dire mon salut à la sécu. Merci à Ambroise Croizat et à ses amis ! Merci à nos aïeux, qui n’ont pas seulement repoussé l’occupant nazi, mais qui ont aussi bâti cette formidable utopie, cette utopie concrète, ce rêve devenu réalité : la sécurité sociale. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs des groupes GDR et SOC.). Sans la sécu, Cindy, les 60 000 Cindy qui, chaque année, souffrent d’un cancer du sein, ne seraient pas seulement ruinées : elles ne se soigneraient pas, elles ne survivraient pas. La sécu offre au moins une égalité devant ça ; mais pas au-delà.”
“Une épreuve pour la santé, bien sûr, mais pour le moral également. Elle ne devrait pas se doubler d’une autre épreuve, de nature financière. Or, aujourd’hui, c’est le cas. Médicaments, consultations, transport, vêtements adaptés, sous-vêtements, crèmes dermatologiques, prothèse capillaire : le cancer du sein serait, d’après la Ligue contre le cancer, l’un des plus coûteux pour les patientes. Le reste à charge se chiffre en milliers d’euros : 1 391 euros, au minimum, pour une prothèse mammaire, et 4 000 euros avec les dépassements d’honoraires. Cindy me dit encore : « Il faut avoir de l’argent quand on est malade. Enfin, je tempère : si les opérations, les médicaments n’étaient pas remboursés, on serait endettés pour des siècles ! La boîte que je prends, là, pour vingt jours, c’est 9 000 euros. » Je vais râler. Oui, après, je vais râler.”
“« J’ai horreur qu’on me regarde comme une malade. La pire phrase, pour moi, c’est : Ma pauvre !. Donc je fais tout pour maintenir une vie normale, mais ça veut dire, malgré ma demi-solde, mettre la main au porte-monnaie. » Cindy souffre d’un cancer du sein, devenu métastatique. Et, chaque mois, ce sont des centaines d’euros, parfois plusieurs milliers, qu’elle débourse. « Dans les couloirs de l’hôpital, je discute avec des jeunes femmes. C’est leur corps qui est diminué, la vie de couple qui est touchée, souvent le divorce à la clé. Elles arrivent, leur tête pleine des soucis avec le banquier. Moi, j’ai cette chance, grâce à mon mari : je peux payer. Pour couvrir ma maladie, pour régler les crédits, il a changé d’emploi, il a trouvé un poste mieux rémunéré. » La maladie est une épreuve, une terrible épreuve.”
“Ou mieux, c’est aux actionnaires et aux milliardaires de les donner aux saintes, d’eux-mêmes, pour leur rédemption et leur absolution. Amen. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, SOC et GDR.)”