Boris Vallaud
SOC · France
“L’urgence agricole est là, dans la canicule qui s’abat sur les cultures et les élevages, dans l’effondrement des rendements, dans les pénuries d’eau. Chez moi, dans les Landes, des milliers d’hectares n’ont pas été remis en culture, jamais le revenu agricole n’a été si bas et les récoltes s’annoncent catastrophiques.”
“…et en refusant d’écarter la question des pesticides ; en interdisant le débat parlementaire sur ce sujet, contrairement à vos propos du matin, et en semant le doute jusque dans vos propres rangs ; en mettant dos à dos l’agriculture et l’environnement, les agriculteurs et le reste de la société, et en prenant ainsi le risque d’ouvrir une…”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe EcoS.) Vous passez à côté des urgences car la crise agricole est d’abord, et doublement, une crise environnementale, du fait du réchauffement climatique et de la perte de biodiversité.”
“Voilà aussi pourquoi nous sommes clairement attachés à l’autorité de la science libérée de toute pression politique et nous n’avons jamais souhaité la réintroduction de molécules (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Mme Dominique Voynet applaudit également) – tout le reste est mensonge.”
“Depuis des années, les faits s’accumulent, vous répondez par des mesures à court terme ou des sanctions individuelles. Tout cela n’est pas à la hauteur des enjeux : c’est une réforme d’ampleur dont nous avons besoin.”
“(Mêmes mouvements.) Le prérapport reprend des préconisations de cette proposition de loi, tout comme les dizaines de rapports de nos commissions d’enquête ou de la Ciivise. Nous voulons son inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, non à une vague échéance lointaine, mais à une date précise et proche.”
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“Non, madame la présidente, je souhaitais juste prendre la parole.”
“Ma réponse sera rapide : rétablissement de la flat tax , de l’ISF (Vives exclamations sur les bancs des groupes RN, EPR, DR, Dem, HOR et UDR) ,…”
“L’article 70, alinéa 3, qui prévoit le cas d’une mise en cause personnelle.”
“Madame la présidente, je souhaite faire un rappel au règlement.”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC, ainsi que sur quelques bancs du groupe EcoS.) Nous demandons un effort aux passagers clandestins de la solidarité nationale. Le taux d’effort fiscal d’un milliardaire est inférieur à celui de la première tranche de l’impôt sur le revenu ; tandis que les multinationales consolident dans les paradis fiscaux 40 % de leurs résultats, les PME paient à leur place. À tous les pays de l’Union européenne, il manque 20 % du produit de l’impôt sur les sociétés ! Ce que les hyper-riches ne paient pas, je le répète, les PME, les classes moyennes l’acquittent pour eux. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) Nous appelons à la solidarité nationale, au juste effort contributif de ceux qui peuvent en fournir un dans cette situation compliquée.”
“Vous cassez, nous réparons ; vous salissez, nous nettoyons. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC, ainsi que sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.) Les efforts que vous réclamerez dans la seconde partie du texte, vous les demandez d’abord à ceux que, pendant le moment de grâce que fut l’épidémie de covid-19, nous applaudissions tous les soirs à vingt heures. La valeur avait changé de camp : nous prenions conscience de ce qui était important et de ce qui ne l’était pas, nous établissions une nouvelle hiérarchie des priorités, nous avions besoin des caissières, des aides-soignantes, des ouvrières de l’industrie agroalimentaire, et nous nous passions fort bien des publicitaires ou des cabinets de conseil, c’est-à-dire de ceux que vous souhaitez protéger !”
“Je souhaitais dire à M. Lefèvre que les effets de manche, l’enflure verbale, les formules alambiquées et prétendument savantes ne nous impressionnent pas. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC, ainsi que sur quelques bancs du groupe EcoS.) Nous sommes en train d’examiner un projet de budget de la nation qui se révèle absolument calamiteux.”
“Si nous choisissons, en conscience et en responsabilité, de provoquer dans quelques jours un vote de défiance à votre encontre et à celle de votre gouvernement, c’est au nom de cette responsabilité, oubliée par beaucoup qui vous soutiennent, même s’ils le font du bout des doigts et dans le silence de leurs applaudissements. Parce que c’est notre devoir démocratique le plus élémentaire, nous vous censurerons. (Les députés du groupe SOC se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)”
“(Mêmes mouvements.) Mais pour ce qui vous concerne, la leçon semble avoir été bien apprise, qui se récite dans votre gouvernement même. Quelle est donc, monsieur le Premier ministre, cette majorité de revers dont vous espérez la bienveillance ? En vérité, une sinistre majorité de connivence à laquelle, monsieur Attal, aucun socialiste ne saurait se rallier sans se trahir. Quel qu’en soit le prix, il est à tout républicain authentique trop cher payé. (Mêmes mouvements.) Monsieur le Premier ministre, nous contestons votre gouvernement comme votre projet politique car nous considérons que la volonté des Françaises et des Français telle qu’ils l’ont exprimée au suffrage universel direct n’est pas respectée.”
“Cette majorité de députés n’était tenue que par une seule promesse, une seule fidélité, un seul engagement : ne rien céder à l’extrême droite. Cet engagement est ébranlé du seul fait que vous-même, comme le parti Les Républicains, avez récusé le front républicain. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Cet engagement est ébranlé par le seul fait que beaucoup de celles et de ceux, ici même, qui ont bénéficié de ce front républicain l’ont oublié sitôt leur élection acquise. Cet engagement est ébranlé du seul fait que votre avenir dépend du Rassemblement national qui vous accorde d’ores et déjà sa confiance a priori. Pour ce qui nous concerne, nous n’avons aucune leçon à recevoir de ces maquignons du patriotisme occupés à mettre en pièces leur propre patrie.”
“…et nous avons bien l’intention de continuer à le faire, envers et contre tout, peut-être même contre vous. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) C’est cela que nous voulons faire comprendre aux Françaises et aux Français : nous ne sommes pas seulement fidèles et loyaux envers les engagements que nous avons pris en nous présentant unis devant eux avec toute la gauche faisant front populaire, nous sommes fidèles et loyaux à la démocratie, au suffrage universel, à l’esprit de responsabilité qui est le nôtre depuis toujours. Monsieur le Premier ministre, une majorité des députés devant vous a été élue par l’élan démocratique du front républicain. Partout dans la société, des femmes et des hommes ont refusé la fatalité de la défaite, ont refusé la fatalité de l’accession au pouvoir de l’extrême droite.”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Nous respectons les institutions, les règles et, en toutes circonstances, la lettre et l’esprit des lois de la République et d’abord de la Constitution. Nous respectons le débat d’idées, la liberté d’opinion, les convictions qui ne sont pas les nôtres. Nous avons même la faiblesse de penser que ce respect est la condition de toute démocratie, nous qui avons toujours été des partisans de la raison, de la modération et du dialogue, autant que d’un réformisme radical. (Mêmes mouvements.) Nous avons toujours choisi l’intérêt supérieur de la nation au détriment de toutes les autres considérations,…”
“Nous serons ici de tous les combats qui amélioreront la vie des Françaises et des Français. Nous sommes à leur service quand vous êtes encore à celui du Président de la République. En deux mots, nous légiférerons et vous exécuterez. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Monsieur le Premier ministre, vous avez parlé de respect et nous avons montré tout au long de notre histoire que nous étions des opposants respectueux des institutions, des démocrates adultes capables de construire des compromis à chaque fois que nous avions un mandat pour le faire, et que les circonstances le permettaient. En tant que socialistes et républicains, nous respectons nos adversaires, nous respectons leurs électeurs, tous les électeurs, sans exception et sans distinction. Nous respectons le peuple français, en bloc.”
“…des mesures de justice fiscale, une loi pour mettre fin à la vie chère en outre-mer, des mesures fortes contre les violences faites aux femmes. (Applaudissements continus sur les bancs du groupe SOC.)”
“…nous proposerons, débattrons et voterons la régulation de l’installation des médecins, le statut des mamans solo, une loi relative au grand âge,…”
“Monsieur le Premier ministre, c’est donc ici que nous nous opposerons à toute régression sociale, à toute atteinte aux droits fondamentaux, à la suppression de l’aide médicale de l’État, à l’application de la réforme des retraites. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Mais c’est surtout ici que nous, socialistes, avec le Nouveau Front populaire et avec les majorités républicaines les plus larges possible,…”
“La majorité absolue de celles et ceux qui se désespèrent de leurs conditions de travail, de leur salaire, de leurs factures, de leur santé, de leur sécurité, de leur retraite, de leurs enfants, comme de l’avenir de la planète. Vous ne la voyez pas, cette majorité, parce que vous ne voulez pas la voir, la comprendre et lui proposer un autre chemin. Nous serons donc à son service. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Héritiers d’une vieille famille, le socialisme, notre rôle d’opposition est de convertir l’alerte en perspective et la critique en action. En me retournant sur notre histoire longue, je constate que certaines de nos plus grandes conquêtes ont été l’œuvre de majorités très relatives.”
“Monsieur le Premier ministre, si le pouvoir a quitté l’Élysée, il n’est pas à Matignon désormais. Il est ici, au Palais-Bourbon. C’est ici qu’est le cœur battant de la démocratie. Vous avez il y a quelques jours déclaré ne pas être en cohabitation avec le Président de la République. Nous en faisons le constat sans céder à la résignation. J’ignore combien de temps durera votre ministère, mais considérez dès à présent que vous êtes ici en cohabitation avec le Parlement, avec la représentation nationale, avec la souveraineté populaire. Monsieur le Premier ministre, en dépit des apparences, il y a bien une majorité absolue. C’est celle des vies difficiles. La majorité absolue des Françaises et des Français qui ont dit leur colère et leur refus d’une politique qui ne se préoccupe pas d’eux, de leurs angoisses, de leurs souffrances.”
“Améliorer l’accès aux services publics et leur fonctionnement, promettez-vous encore, mais quelle est votre conception du service public ? Notre conviction de socialistes est claire : quand l’État social recule, les inégalités avancent et les injustices prospèrent. Ce sont les Français les plus modestes, aux prises avec des services sociaux chamboulés par l’austérité, fragilisés par des réformes toujours suspicieuses, qui en sont les premières victimes. La République sociale reste pour nous la meilleure façon de faire durablement front républicain. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)”
“Sans nourrir l’ambition que l’urgence climatique commande en matière de rénovation thermique des logements ? (Mêmes mouvements.)”
“Vous ne parlez pour ceux-là que d’impôts exceptionnels, mais la justice fiscale ne s’accommode pas d’arrangements exceptionnels. Le niveau de vie des Français est une priorité, dites-vous ? Comment vous croire alors que vous ne parlez jamais d’augmenter les salaires et si peu, en vérité, le Smic ? Nous défendons pour notre part la valeur du travail. Nous voulons parler de travail, de conditions de travail, de santé au travail, de temps de travail et de temps libéré, d’organisation du travail. Comment parler de niveau de vie des Français, encore, sans prendre à bras-le-corps la situation de cette jeunesse qui, par milliers, grossit les rangs des banques alimentaires ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) S ans engager aussi la grande bataille du logement, en particulier du logement social, exsangue après sept ans de macronisme ?”
“Vous dites que la situation des finances publiques est alarmante et vous promettez un budget de vérité et d’efforts. Quelle vérité ? Celle que l’on demande depuis des mois, celle qui révèle les mensonges coupables de M. Le Maire et de ceux qui, au Gouvernement désormais, l’ont soutenu ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Allez-vous à votre tour proposer aux Français d’insoutenables et trompeuses trajectoires des finances publiques, et une austérité qui leur coûtera cher ? Quels efforts, quelles économies, et surtout pour qui ? Pour celles et ceux que nous avons applaudis à 20 heures et qui paieront, du fait de la réforme des retraites, un impôt sur la vie ? Ou pour les passagers clandestins de la solidarité nationale, multinationales et ultrariches ?”
“Les urgences de l’école sont ailleurs que dans la poursuite coûte que coûte du choc des savoirs. Nous ne cesserons jamais de dénoncer le malthusianisme de la politique éducative de la droite guidée, non par l’ambition d’offrir une place à chacun, mais par le souci que chacun reste à sa place. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)”
“L’école serait la mère des batailles mais de quelle école parle-t-on ? Que dire d’une ministre de l’éducation nationale qui promet de maintenir le cap quand le cap est mauvais ? Que dire d’un ministre délégué qui n’a jamais caché son attachement à l’école privée quand c’est l’école publique qui doit être la priorité et la mixité sociale, l’impératif ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)”
“Pour nous, socialistes, ce n’est pas l’ordre qui renforce la justice, monsieur le Premier ministre, c’est la justice qui donne sa certitude à l’ordre.”
“De quel ordre parle-t-il quand il parle d’immigration ? De l’ordre sanglant qui laisse mourir en Méditerranée ? De l’ordre qui prend ses pouvoirs dans la haine ? De ce fameux « ordre des choses » que dénonçait Léon Blum, toujours en contradiction flagrante avec la volonté de justice et d’égalité ? (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)”
“Je dis « nous » pour mettre dans votre bouche l’encombrant président de la République, sèchement battu dans les urnes. Rien. Nous ne voyons dans vos propos aucun changement de cap, ni alternance, ni cohabitation. Vous symbolisez la continuation du macronisme dans sa part la plus à droite, la plus réactionnaire et désormais la plus exaltée. (Mêmes mouvements.) Que penser, en effet, des rodomontades d’un ministre de l’intérieur gouverné par les préjugés de l’extrême droite, entre poncifs éculés et fausses vérités ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.) « L’ordre, l’ordre, l’ordre », dit-il. Mais de quel ordre parle-t-il ? De celui qui règne à Budapest ? De l’ordre qui se défie de la Constitution et remet en cause l’État de droit ? Il y a l’ordre qui cache le désordre et celui qui s’oppose à la justice.”
“Nous sommes au rendez-vous d’une crise morale et politique. Votre gouvernement, monsieur le Premier ministre, en est l’expression la plus manifeste et à tout dire la plus inquiétante. Le Président de la République avait, nul ne le conteste, le droit constitutionnel de vous désigner, mais il n’en demeure pas moins que votre nomination est le fruit d’une grave faute politique et institutionnelle dont les conséquences seront profondes et durables. On ne tourne pas impunément en son contraire le résultat du suffrage universel. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – MM. André Chassaigne et Benjamin Lucas-Lundy applaudissent également.) J’ai cherché dans votre intervention ce moment de lucidité par lequel vous diriez aux Français : « Nous avons perdu », « Nous nous sommes trompés ».”