Arthur Delaporte
SOC · France
“Quid, par exemple, des jeux vidéo en ligne qui présentent des fonctionnalités de réseaux sociaux ? Quid de WhatsApp, qui est en partie considéré par la Commission européenne comme une plateforme de réseau social et qui devrait donc être concerné par la vérification d’âge ?”
“À quoi sert une motion de rejet ? À dire qu’on veut renvoyer le texte en commission, qu’on considère qu’il est inabouti ou, autrefois, à signaler un problème de constitutionnalité. Tous ces motifs débouchent désormais sur la même procédure.”
“Ce chemin d’équilibre est par exemple celui que cherche l’Espagne. L’enjeu est d’abord de protéger des fonctionnalités dangereuses en inscrivant sur une liste blanche les réseaux sociaux plus protecteurs, autorisés par exemple pour les 13-15 ans lorsqu’ils remplissent certaines conditions en matière de contenu, de conception de services,…”
“La réponse est également non : c’est un travail imparfait. J’entends que le gouvernement veut avancer. Il y a surtout un calendrier européen et des enjeux de conventionnalité : ces sujets ne dépendent pas que de nous, mais de ce qui sera fait à l’échelle européenne.”
“Certes, mais vous avez fait le choix de couper aux plus jeunes l’accès aux réseaux sociaux, même ceux qui pourraient être protecteurs, et nous connaissons tous la force de la tentation de l’ailleurs à l’adolescence.”
“Nous partageons l’ambition de limiter l’accès aux réseaux sociaux, car cette direction est la meilleure pour protéger les mineurs. Toutefois, à l’échelle européenne comme à l’échelle nationale, les socialistes privilégient une vision équilibrée, comme celle du groupe d’experts européens qui a remis son rapport la semaine dernière.”
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“Monsieur le ministre, pour clarifier votre propos, le manquement aux obligations est distinct des manquements aux obligations contractuelles du demandeur d’emploi, tels que l’absence à un rendez-vous ou le non-respect du contrat. Ce type de manquements ne sera pas géré par les agents spécialisés en matière de fraude et ne pourra pas donner lieu à des sanctions – cela reviendrait à créer un double système. Il s’agira bien de manquements à d’autres types d’obligations, par exemple des obligations déclaratives. Est-ce bien clair ? Je pose la question car le texte est un peu flou.”
“S’agit-il d’une procédure parallèle qui s’ajouterait aux procédures habituelles de sanction des demandeurs d’emploi en cas de manquement à leurs obligations, et qui contournerait le droit existant ?”
“Il vise à assurer la possibilité de recours gracieux et contentieux. Il faut maintenir des garanties procédurales. C’est l’un des combats des socialistes depuis les différentes lois relatives aux réformes de l’assurance chômage et au RSA. Il serait temps d’ajouter cette précision. Il faudra aussi l’indiquer aux personnes lorsque la sanction leur sera notifiée, en précisant bien – je le dis pour la clarté des débats – le tribunal ou l’autorité compétente à laquelle ils devront adresser leur recours – bien souvent, les allocataires sanctionnés ne disposent pas de cette information. Pourriez-vous s’il vous plaît préciser, devant la représentation nationale, le sens que vous donnez à la notion de manquement délibéré à ses obligations, à l’alinéa 9 ? Cela a été évoqué tout à l’heure et vous n’avez pas répondu.”
“C’est un fantasme que l’extrême droite passe son temps à relayer. Chers collègues du Rassemblement national, nous tenons à votre disposition une excellente note de l’OFCE à ce sujet ; nous pouvons même vous l’imprimer. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes SOC et LFI-NFP.)”
“Permettez-moi, par ailleurs, de revenir un instant sur une idée reçue entendue à l’instant – le Rassemblement national passe son temps à évoquer Nicolas Sarkozy… Rappelons les données de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) : personne, absolument personne ne gagne mieux sa vie grâce aux allocations, y compris l’allocation chômage, qu’en travaillant.”
“Il s’agit d’appliquer un principe que nous évoquions à l’instant : une suspension d’allocation ne doit pas priver un bénéficiaire des ressources nécessaires aux dépenses courantes de son ménage, conformément à l’article L. 731-2 du code de la consommation. Selon la jurisprudence du Conseil constitutionnel, aucune sanction ne peut avoir pour effet de priver un individu, et par extension sa famille, de toutes ses ressources. Or si vous supprimez une allocation sur la base de critères flous, vous jetez des personnes dans une précarité extrême, avec le risque de les voir perdre leur logement et se retrouver à la rue, parfois avec des enfants à charge. Cet amendement de réécriture de l’alinéa 9 nous paraît donc impératif pour sécuriser le texte, notamment du point de vue constitutionnel.”
“Permettez-moi de vous renvoyer à la décision du Conseil constitutionnel de décembre 2023 : on ne peut priver une personne de toutes ressources pour subvenir à ses besoins essentiels sans fondement légitime, notamment en vertu du préambule de la Constitution de 1946. Vous sanctionnez des personnes qui n’ont pas fraudé, mais qui ont pu, par exemple, manquer un rendez-vous. Une absence n’est pas une fraude, mais c’est bien un manquement à une obligation. La rédaction actuelle de l’alinéa 9 pose donc un vrai problème : il instaure une procédure dérogatoire aux procédures en vigueur de sanction des allocataires du chômage. Aussi, je m’interroge sur sa constitutionnalité.”
“Monsieur le ministre, l’alinéa 9 soulève un autre point qui n’a pas été suffisamment abordé. Nous pouvons convenir qu’un individu qui perçoit des revenus issus du travail dissimulé ne doit pas percevoir d’allocation chômage. Mais le texte va plus loin : il autorise la suspension des allocations d’un demandeur d’emploi sur la base de simples indices sérieux de manquement à ses obligations. Ce faisant, vous créez une voie de contournement des procédures actuelles qui garantissent pourtant le respect des obligations. Vous confiez à un individu seul, hors de tout cadre collégial, le pouvoir de décider d’une suspension conservatoire des paiements de l’allocation chômage.”
“C’est un juste retour des choses contre des personnes qui ont cherché à échapper à leur devoir de citoyen, et non pas un impôt confiscatoire. (M. Pierre Pribetich applaudit.)”
“J’ai bien compris les explications du ministre, d’autant plus que nous avons déjà eu, il y a une dizaine d’années, un débat autour du caractère confiscatoire de l’impôt. En revanche, il s’agit, en l’espèce, non pas d’un taux appliqué à des revenus licites, mais illicites : il faut donc le comprendre comme une sorte de pénalité infligée à une personne qui aurait fraudé. Dès lors que le droit français, comme le droit européen, autorise qu’une pénalité représente 5 % du chiffre d’affaires d’une entreprise mondiale, je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas en aller de même d’un impôt appliqué à des revenus illicites, indépendamment du caractère confiscatoire ou non de la mesure. Prenez donc ce taux de CSG de 35 % ou 45 % appliqué à des revenus illicites comme une pénalité qui permettrait de récupérer de ce qui était dû.”
“Il se fonde sur l’article 100. Monsieur le président, vous donnez tout le temps la parole à La France insoumise. Peut-être avez-vous une accointance personnelle avec M. Léaument, mais j’ai demandé trois fois la parole pour réagir à des amendements et ne l’ai jamais eue.”
“Et puisque nous évoquons la fraude au compte personnel de formation à l’échelle individuelle, à hauteur de quelques centaines ou de quelques milliers d’euros, j’aimerais bien, monsieur le ministre, que vous nous fassiez le point sur la situation de Closer Group. Ils vendent des formations CPF pour un montant d’environ 2 000 euros chacune, pour un chiffre d’affaires de 20 millions l’an dernier, et c’est une pyramide de Ponzi – j’ai reçu des témoignages en ce sens. Le problème, ce ne sont pas les individus qui se sont fait embarquer là-dedans du fait de leur précarité, mais la société qui a mis en place ce mécanisme et capté plusieurs dizaines de millions d’euros qui devraient être dans les caisses de l’État. Qu’en est-il des investigations sur Closer Group ? (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC et GDR.)”
“Il est proposé de supprimer l’obligation de verser les allocations chômage sur un compte domicilié en France ou dans la zone euro. Si des personnes ont droit à des allocations chômage, c’est qu’elles ont travaillé en France de façon régulière et touché des revenus sur leur compte bancaire avant de se retrouver au chômage – donc dans une situation de précarité : et on veut leur imposer des contraintes supplémentaires ? Comme l’a très bien relevé le Rassemblement national – cela me fait mal de le reconnaître : c’est une mesure de préférence nationale qui n’a pas lieu d’être, monsieur le ministre, une discrimination qui va renforcer la précarité de personnes déjà en difficulté. C’est pourquoi nous déposons cet amendement de suppression.”
“C’est de la mauvaise foi ! Vous omettez 2015 !”
“Nous le savons fort bien, tout comme nous savons ce qui se passe dans certains départements de droite, où l’on assiste à une augmentation des radiations, qui traduit une chasse aux allocataires les plus précaires. (M. Jacques Oberti applaudit.)”
“Je vous invite à revoir légèrement vos chiffres avant de faire des annonces ! Les socialistes, qui ont fait du combat contre la fraude fiscale l’un des marqueurs de leur législature, soutiennent toujours ce combat. C’est pourquoi nous regrettons le manque d’ambition de votre texte en la matière. Quant à l’article 13, il évoque le recentrement des contrôles sur les allocations chômage. Vous le voyez : en l’espace de trois minutes, nous avons évoqué la formation professionnelle, les allocations chômage et la fraude des multinationales ! C’est une bouillie à laquelle plus personne ne comprend rien ! Ce que je sais, c’est que le gouvernement qui vous a précédé et partageait votre tendance politique, avait pris pour cibles les bénéficiaires de ces allocations chômage afin de réaliser des économies budgétaires.”
“Monsieur le ministre, ce n’est pas sérieux. Vous êtes ministre du budget. À ce titre, vous êtes censé savoir que 2015 a été la meilleure année pour le recouvrement des fraudes fiscales. Je travaillais à l’époque avec un député du nom de Yann Galut, rapporteur en 2013 d’un texte qui a fait date, puisqu’il a notamment fixé le cadre qui a permis d’améliorer la lutte contre la fraude fiscale. Il s’est opéré dans les recouvrements un décrochage, en particulier à partir de 2017. Je ne sais pas qui est arrivé au pouvoir en 2017, mais je ne crois pas que ce soit François Hollande !”
“Vous voulez revenir sur cet article relatif aux obligations déclaratives des multinationales. Nous en prenons acte. Mais nous prenons également acte, avec beaucoup de regret – et je m’adresse plutôt ici à M. le président –, que vingt-huit de nos amendements ont été qualifiés de cavaliers législatifs alors qu’ils proposaient de lutter contre la fraude à la TVA et à la résidence principale. C’est à n’y rien comprendre : le seul objet de ce texte est-il la fraude sociale ? Ne voulez-vous pas aller récupérer beaucoup d’argent ? (M. Peio Dufau applaudit.)”
“Voilà l’un des rares articles qui abordent la fraude fiscale, et la droite veut s’empresser de le supprimer ! Ce texte ne compte pas un article sur la fraude à la TVA, à l’impôt sur les sociétés ou à l’impôt sur le revenu, rien sur les prix de transfert et les paradis fiscaux, à peine un petit article sur la fraude aux droits d’enregistrement. L’objet de ce texte est pourtant la lutte contre les fraudes sociales et fiscales ! Ne trouvez-vous pas, monsieur le ministre, qu’il y a un petit déséquilibre quand on sait que c’est sur la fraude fiscale qu’il y a énormément à recouvrer ?”
“…à laquelle il n’a peut-être pas assisté tout à l’heure. Ce dernier a explicitement qualifié de wokistes des termes dont il jugeait la présence inopportune dans cette résolution. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.) De tels propos font écho à ceux que l’on a pu entendre aux États-Unis et qui ont motivé la suspension du PEPFAR en conditionnant le financement des associations au bannissement de certains termes, au risque de causer des millions de morts. Voilà la réalité ! Il faut maintenant assumer vos propos, chers collègues.”
“J’invite le collègue du Rassemblement national qui vient de s’exprimer à écouter ou à lire l’intervention de M. Fayssat,…”
“Par conséquent, en développant cet argumentaire antiwokiste, celui de Donald Trump, vous ne participez pas seulement à la victoire de l’obscurantisme, vous soutenez aussi des politiques contraires aux principes fondamentaux de la santé publique. Voilà ce que je voulais dire à l’extrême droite, soutien de Donald Trump. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, EcoS et LIOT.)”
“(L’orateur se tourne vers les bancs des groupes RN et UDR.) Or j’ai entendu ici des mots qui sont ceux de l’extrême droite américaine. Quand vous dites que cette résolution comporte des termes « wokistes », est-ce à dire qu’il faudrait écarter la question de la transsexualité, celle des minorités discriminées et toutes celles où figurent des termes dont l’emploi vaut exclusion de l’aide allouée par les États-Unis sous prétexte qu’il s’agirait de termes wokistes ? On sait pourtant qu’ils renvoient aux populations les plus précarisées, qui ont le plus besoin d’être suivies, d’être accompagnées et qui doivent en priorité faire l’objet de la prévention, parce que c’est là que se situe la clé pour enrayer l’épidémie.”
“Nous ne devons pas basculer dans le bilatéralisme égoïste que pratiquent les États-Unis, qui consiste à mettre sous pression des pays ayant besoin de financements et à conditionner leur aide à un accès aux données. La France défend une science ouverte et le partage des données, essentiel pour maîtriser l’épidémie. Je regrette, madame la ministre, que malgré des demandes répétées, vous n’ayez pas pu apporter les précisions nécessaires sur la question des moyens, car la France est attendue sur cette question. Ce débat était prévu et j’ai relancé à plusieurs reprises le cabinet du ministre des affaires étrangères pour avoir des réponses chiffrées. Le multilatéralisme que nous défendons est progressiste. Il s’oppose au bilatéralisme obscurantiste de Donald Trump.”
“L’amendement n o 11 vise à actualiser la rédaction proposée l’année dernière en tenant compte du fait que le PEPFAR n’a pas été totalement arrêté, comme nous l’anticipions alors, mais réduit – il représente désormais 1,4 milliard, contre 6,9 auparavant. Le caractère erratique de la politique américaine a des effets dévastateurs sur l’organisation de l’offre et de l’acheminement des médicaments. L’évolution de PEPFAR est liée à celle de la diplomatie américaine, qui conditionne son aide à la signature d’accords bilatéraux. L’amendement n o 12, auquel j’espère que Mme la ministre adhérera, vise à ce que la France défende un multilatéralisme de projets.”
“On a évoqué l’arrêt du PEPFAR, mais les États-Unis continueront de contribuer au Fonds mondial et, potentiellement, demeureront son premier financeur. La France va-t-elle rester à son niveau, en mettant plus d’argent que l’Allemagne – 1,15 milliard d’euros – ou que le Royaume-Uni – 1,1 milliard d’euros ? La question est aussi simple que cela.”
“Il est rédactionnel. Je vais défendre aussi le n o 10, qui vise à ce que le texte tienne compte de la diminution significative des contributions financières de plusieurs États européens. Cette tendance, qui ne concerne pas les seuls États-Unis, a été évoquée par de nombreux collègues. Si la baisse n’est que de 1 % en Allemagne et de 2 % au Canada, elle est beaucoup plus importante en Suède – 15 % – au Japon – 18 % – et au Royaume-Uni – 69 %. La France était jusqu’ici le deuxième donateur international. Madame la ministre, je ne me souviens pas de vos termes exacts mais, en substance, vous avez dit que la France conserverait une place primordiale ou de premier plan. (Mme la ministre acquiesce.) Est-ce à dire qu’elle va rester le deuxième financeur du Fonds mondial ?”
“Des données fiables, produites notamment par l’Onusida, prouvent l’intérêt d’une politique publique de santé mondiale.”
“Il s’agit d’un amendement rédactionnel, comme le n o 6. Je vais défendre le n o 8, qui vise à tenir compte de l’évolution du nombre de nouveaux diagnostics en Europe, passé de 24 731 à 24 164. Cette baisse très faible – on pourrait presque parler de stabilité – doit nous alerter collectivement sur la nécessité de mener des politiques publiques de santé européennes, n’en déplaise à certains. Pour continuer de répondre au Rassemblement national, je souligne que la baisse de moitié de la mortalité depuis 2010 est une conséquence de cette politique de santé publique, que la baisse de 60 % des nouvelles contaminations entre 1995 et 2023 est une conséquence des politiques ambitieuses menées à l’échelle mondiale. On ne sortira pas du sida avec une politique limitée à la France, car les épidémies ne connaissent pas les frontières.”
“Il va revenir à la charge, et il a raison de le faire…”
“Toutefois, madame la ministre, ce qui se passe en ce moment nous inquiète. Comme notre collègue Danielle Simonnet l’a indiqué, des centres de santé sexuelle sont menacés, des associations mettent la clé sous la porte et la direction générale de la santé a réduit de 20 % les financements de certaines structures travaillant dans la prévention. Si on veut que les contaminations continuent de baisser, il y a urgence à renforcer et à soutenir les politiques de santé publique. Au moment des débats budgétaires, nous avons discuté de la prise en compte du Ségur de la santé – autre sujet évoqué par Danielle Simonnet. Vous vous êtes alors engagée à examiner la situation des associations, notamment de santé sexuelle et d’aide aux femmes victimes de violences. (Mme Danielle Simonnet applaudit.)”
“Il est rédactionnel. Je vais également défendre l’amendement n o 5, qui vise à tenir compte de la baisse du nombre de contaminations en France, passé de 3 650 à 3 400. L’évolution est plutôt positive et témoigne que, quand on met les moyens, quand on renforce la prévention, quand on a une politique publique qui marche, ça marche.”
“Ce n’est pas parce qu’on est contaminé qu’on meurt du sida. Et la baisse des taux de contamination montre aussi que les politiques publiques fonctionnent – j’y reviendrai. Tous les arguments consistant à dire qu’il faut une évaluation pour voir si l’aide est efficace sont semblables à ceux utilisés par Donald Trump pour couper le financement de l’aide internationale. Mais évidemment, face aux faits, face à une politique qui marche et qui ne peut pas être le support de vos théories racistes, vous restez bouche bée. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)”
“Il s’agit d’actualiser le nombre de personnes contaminées par le virus du VIH dans le monde – on en compte 900 000 de plus que l’année dernière – ; je précise que « contaminées » ne signifie pas forcément « condamnées », dans la mesure où l’on peut vivre aujourd’hui avec le VIH. Cet amendement me permet de rebondir sur la question de l’efficacité de la politique d’aide à la lutte contre le VIH, qui a été évoquée d’une façon assez abjecte par notre collègue du Rassemblement national dans la discussion générale. Sachez, chers collègues, qu’il n’y a pas d’aide plus efficace que celle relative à la lutte contre le VIH. Il suffit d’ouvrir le rapport et de regarder les chiffres : vous verrez que le taux de mortalité a considérablement diminué. Aujourd’hui, je le redis, on peut vivre avec le VIH.”
“J’ai déposé douze amendements, dont plusieurs sont rédactionnels : cette proposition de résolution ayant été rédigée l’an dernier, il s’agit de mettre à jour les années évoquées ainsi que les chiffres mentionnés. Si vous le permettez, monsieur le président, je défendrai en même temps les amendements n os 1 et 2. Le premier vise à actualiser la référence à la stratégie mondiale de lutte contre le VIH de l’Onusida, en remplaçant 2021-2026 par 2026-2031. Le deuxième vise à actualiser la référence aux objectifs de lutte contre le VIH de l’Onusida afin de l’aligner sur l’échéance internationale actuellement en vigueur, désormais fixée à 2030.”
“Qu’est-ce que vous racontez ? C’est indécent !”
“Mais c’est le sujet, justement ! Vous n’avez rien compris !”
“Je précise enfin que cette proposition de résolution européenne est le fruit d’un travail accompli au sein du groupe d’études VIH et sida, que j’ai l’honneur de coprésider avec mon collègue Pouria Amirshahi – ce groupe est essentiel et doit être préservé, notamment pour qu’un débat comme celui-ci puisse se tenir en France et, je l’espère, partout en Europe. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)”
“C’est l’enjeu de la présente proposition de résolution européenne. À l’image du vote en commission, j’espère que notre vote en séance sera unanime, afin d’indiquer que la volonté souveraine du Parlement de la République française est de perpétuer notre héritage, celui d’une France qui participe à une politique de santé publique mondiale ambitieuse et en avance sur son temps. Votre parole est attendue, madame la ministre. Les associations nous regardent. Un communiqué signé hier par les plus engagées d’entre elles appelait d’ailleurs à proposer ce soir une réponse d’ampleur afin de préserver les acquis obtenus au cours des dernières décennies.”
“La France doit donc défendre à la fois la recherche scientifique, les droits des minorités et les politiques de prévention. L’enjeu de ce débat n’est donc pas simplement de demander davantage de moyens – il en faut, mais nous devons également obtenir une clarification sur les choix politiques : quelles sont – puisque les choix sont contraints – les priorités de la France et de l’Europe en matière d’aide publique au développement ? La santé publique mondiale sera-t-elle la première sacrifiée ou la dernière préservée ? Choisissons-nous ou non de préserver ce qui sauve des vies ? Nous connaissons les conséquences des retraits budgétaires brutaux : ils fragilisent, et parfois ils tuent – par l’interruption de la prévention, du dépistage et des traitements. Les conséquences du désengagement sont connues. Nous réveillerons-nous ?”
“Aucune contribution n’a été annoncée lors de la conférence du 21 novembre 2025, ce qui marque une rupture inédite depuis 2002. Il est l’heure, madame la ministre. Nous vous attendons. Historiquement, nous avons été au rendez-vous, avec un agenda ambitieux. Nous devons l’être encore face aux impérialismes, en particulier face au comportement erratique de Donald Trump, qui a une incidence sur les fonds dont disposent les associations et les organisations. Ces dernières doivent en effet désormais se plier à des mesures restrictives, telles que la Global Gag Rule , qui interdit aux ONG qui reçoivent des aides fédérales de pratiquer des avortements ou même de fournir des informations sur l’IVG. L’offensive de Trump est cependant beaucoup plus large et touche à d’autres droits, notamment ceux des minorités.”
“On peut regretter à cet égard l’absence du ministre des affaires étrangères, probablement retenu ailleurs, même s’il était présent il y a encore quelques secondes. Que compte faire le gouvernement pour enrayer la fragilisation du financement international de la lutte contre le VIH ? Que compte faire le président de la République, lui qui avait joué un rôle si moteur il y a quelques années pour trouver des financements ? Jusqu’où ira l’engagement financier de la France, alors même que nous sortons de la séquence budgétaire et que la vie de millions de personnes est en jeu, mais aussi la santé publique mondiale – donc également, compte tenu de nos interdépendances, notre santé nationale ? La France avait engagé 1,596 milliard d’euros lors de la précédente reconstitution du Fonds mondial.”
“Dans ce contexte, l’enjeu est clair : la France et l’Europe doivent être au rendez-vous ; elles doivent tenir une ligne lisible et cohérente et ne pas laisser leur influence décroître, d’autant plus que nous avons été en pointe de ce combat. Comment ne pas citer l’action de Jacques Chirac, qui avait souhaité qu’une fiscalité affectée finance la solidarité internationale en la matière ? Depuis des amendements du gouvernement Bayrou au budget pour 2025 adopté par 49.3, la « taxe Chirac » n’existe plus. Il faut agir. Il faut se réveiller. Face à des partenaires devenus parfois illisibles, quelle est la stratégie de la France pour être au rendez-vous de l’histoire, madame la ministre ? Notre pays doit rayonner et continuer de défendre cette politique de santé.”
“Une telle évolution constitue un facteur de risque direct pour la continuité des politiques de prévention, de dépistage, de traitement et de recherche. Nous sommes donc face à une crise systémique, conséquence d’un cumul de décisions nationales qui, mises bout à bout, dans un contexte budgétaire que l’on sait compliqué, fragilisent l’ensemble de l’architecture internationale de lutte contre le VIH, au moment même où les besoins sont immenses et les efforts à fournir plus que jamais nécessaires pour tenir les objectifs à l’horizon 2030. À condition de s’en donner les moyens, ces objectifs demeurent atteignables.”
“Le caractère brutal et imprévisible de la politique américaine n’est cependant pas le seul élément en cause dans la désorganisation à l’œuvre. En 2024, l’évolution du financement international de la lutte contre le VIH révélait déjà une fragilisation plus large et plus structurelle. L’année 2025, qui a vu la reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, l’a confirmé : plusieurs États donateurs majeurs, notamment européens, ont procédé à des réductions de leurs contributions financières, traduisant un désengagement préoccupant à l’échelle globale, avec des baisses limitées dans le cas de l’Allemagne ou du Canada, des réductions bien plus significatives au Japon ou en Suède, voire une chute particulièrement marquée au Royaume-Uni.”
“Ne nous racontons pas d’histoires : la conséquence de ces choix budgétaires, ce sont des traitements interrompus et des équipes contraintes de travailler gratuitement. J’ai pu le constater lors d’un déplacement en Papouasie-Nouvelle-Guinée où, depuis un an, des médecins travaillent gratuitement dans un centre pour maintenir l’accès aux soins, mais c’est valable partout dans le monde, dans tous les pays qui bénéficiaient jusqu’alors du PEPFAR. Cela dit, le stop and go en la matière complique l’analyse des conséquences de cette politique. Le retrait des États-Unis marque une rupture sans précédent avec le multilatéralisme sanitaire et affaiblit profondément la coordination internationale, au moment même où les crises sanitaires, climatiques et géopolitiques se multiplient.”
“Il peut permettre d’atteindre les objectifs de santé mondiale. Cependant, depuis un an, les décisions américaines ont provoqué une onde de choc. Elles ont entraîné sur le terrain une désorganisation profonde et un détricotage brutal de dispositifs qui fonctionnaient, notamment grâce à des associations communautaires. Ce sont souvent les structures locales, celles qui sont les plus proches des populations vulnérables, qui s’effondrent en premier. Or ce sont précisément celles qui distribuent, orientent, réalisent le travail indispensable de prévention, facilitent l’accès aux traitements, distribuent des préservatifs et des lubrifiants, assurent le suivi des publics les plus éloignés du soin. Lorsqu’elles disparaissent, des territoires entiers se retrouvent privés de dispositifs de prévention et des foyers de transmission réapparaissent.”
“Il intervient deux semaines après la sortie des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il intervient à un moment où la France est attendue au tournant, où elle doit être à la hauteur de sa mission historique : la poursuite de la lutte contre le VIH/sida, alors que l’objectif d’une fin de l’épidémie à l’horizon 2030 semble atteignable et possible si l’on s’en donne les moyens. Il y va de notre capacité collective à prévenir les crises, à sauver des vies et à tenir un cap politique cohérent. Nous sommes également dans un moment médical et scientifique d’importance puisque depuis quelques mois ont pu être injectées, de manière prophylactique, les premières doses de Lénacapavir, ce nouveau traitement antirétroviral préventif qui permet de se protéger durant six mois du VIH. Ce médicament représente un espoir pour le monde.”
“Cette désorganisation profonde de la santé mondiale a des conséquences – des conséquences sur les vies. Selon les estimations, la décision de Donald Trump a entraîné environ 565 000 nouvelles infections en un an, probablement 17 000 morts supplémentaires. Que dire de l’impact probable de la fin du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida), un thermomètre précieux pour mesurer l’évolution de l’épidémie ? Le débat d’aujourd’hui intervient à un moment critique, un an après l’annonce par Donald Trump, le 24 janvier 2025, de la suspension du plan d’urgence du président des États-Unis pour la lutte contre le VIH/sida – President’s Emergency Plan for AIDS Relief –, le PEPFAR, qui finançait une grande partie de l’aide américaine.”
“La perte de milliers d’agents de santé spécialisés dans le VIH au Kenya, au Malawi, en Afrique du Sud et au Mozambique ; un enfant de 8 ans de Kisumu, au Kenya encore, face aux portes fermées d’un centre de santé qui n’avait plus les moyens de payer le loyer ; une jeune fille du Burundi qui n’a plus accès à sa trithérapie ; des perturbations dans les services de diagnostic et de traitement pour les femmes enceintes et les enfants au Zimbabwe ; l’arrêt partiel ou total des services de proximité en Angola ; la perte de personnels dédiés à la lutte contre le VIH/sida en Ukraine. Tout cela est dû aux coupes sévères et brutales appliquées à la suite de l’élection de Donald Trump, conséquence de décisions insensées en matière de santé publique.”