Sabrina Sebaihi
ECOS · France
“Pas celle prononcée par un juge, mais celle qui s’exécute sans procès, qui frappe dans la rue et prive du droit le plus fondamental, celui d’être vivant pour pouvoir être jugé.”
“Ces dernières années, des dizaines de personnes meurent des interventions policières : quarante-neuf en 2025 et déjà vingt en 2026. Nahel Merzouk, Adama Traoré, Aboubacar Fofana, Maïcky Loerch, Souheil El Khalfaoui et tant d’autres vies volées et de familles brisées… (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du…”
“Les jeunes ont peur et ils ont raison d’avoir peur, car au lieu de réparer la relation entre la police et la population et de restaurer la confiance, votre texte fait l’inverse. J’invite chacun à signer la pétition contre la présomption de légitime défense, lancée par le père de Souheil El Khalfaoui.”
“Une Journée nationale en hommage aux victimes de l’esclavage colonial a été créée, une loi tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité a été votée, des discours ont été prononcés, des commémorations et des cérémonies ont été organisées, mais le Code noir, lui, est resté intact, en vigueur…”
“Les descendants de celles et ceux qui ont survécu au Code noir sont dans nos territoires ultramarins, dans nos circonscriptions, dans nos villes, dans nos écoles, et même dans cet hémicycle – je remercie mon collègue Steevy Gustave pour son témoignage.”
“Je voudrais d’abord remercier le groupe LIOT, qui a mis cette proposition de loi à l’ordre du jour de sa niche pour que nous puissions abroger le Code noir.”
The complete record
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“Au lieu d’accompagner ces temps festifs en vue de prévenir les VSS – puisque cela semble être une préoccupation très largement partagée dans cet hémicycle –, vous préférez interdire, sanctionner et faire en sorte que ça se passe mal ! Nous vous proposons autre chose. Ce que démontre ce texte, c’est aussi que vous ne comprenez pas le point de vue d’une partie de la jeunesse sur ces festivités. Madame la rapporteure, nous souhaiterions vivement disposer d’éléments et de chiffres issus de l’audition des acteurs que vous avez consultés. Vous ne nous avez pas livré, par exemple, les raisons pour lesquelles certains d’entre eux s’opposent à votre proposition de loi. Pourriez-vous nous en dire davantage afin que nous sachions exactement ce qu’il en a été ?”
“L’alinéa 3 de l’article 1 er vise à retirer au juge sa faculté d’appréciation souveraine. Vous entendez transformer la confiscation de matériel en sanction obligatoire, alors que le principe d’individualisation des peines impose d’adapter la sanction à la gravité des faits punis, au rôle des personnes impliquées et aux circonstances. Cet alinéa, s’il était voté, priverait les magistrats de la possibilité de juger de l’opportunité d’une sanction. C’est pourquoi, comme notre collègue Andy Kerbrat, nous proposons de le supprimer. Madame la ministre, vous avez évoqué environ 330 événements par an. J’aimerais qu’ici, tout le monde se rende compte que nous sommes en train de nous asseoir sur le principe d’individualisation des peines pour un si faible nombre d’événements, car c’est bien de cela qu’on parle !”
“Mais vous voulez des pesticides partout !”
“Vous avez quelque chose à dire sur le texte, finalement ?”
“J’entends l’argument du rapporteur : la possibilité existe déjà. Cependant, nous ne pouvons pas nous contenter du volontariat des entreprises et des agro-industries en matière de santé publique : tant qu’elles ne sont pas soumises à une obligation, cela ne fonctionne pas. Lorsqu’une entreprise ne respecte pas la loi – qu’elle dépasse le taux de sucre réglementaire et ajoute du sucre dans l’alimentation de nos enfants, alors que nous connaissons les ravages qu’il produit sur leur santé –, elle ne doit pas pouvoir passer entre les mailles du filet.”
“Non, je ne fais pas obstruction au débat, j’explique les raisons de notre soutien au texte ! Le groupe Écologiste et social votera en sa faveur, car l’intérêt supérieur doit toujours l’emporter sur l’ego des uns et des autres. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.)”
“Respecter le travail des parlementaires, c’est aussi respecter les textes qu’ils déposent. Lorsqu’il est question de nos enfants et de santé publique, l’intérêt supérieur doit toujours prévaloir sur les postures et l’obstruction. (M. Pierre Pribetich applaudit.)”
“Nous aurions aimé, chers collègues du centre, que vous fassiez de même pour le texte que nous avions proposé (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP) et que vous vous gardiez de cette obstruction parlementaire qui a empêché sa discussion en séance lors de notre journée de niche. (Protestations sur les bancs du groupe Dem.)”
“Pourtant, comme nous l’avons fait en commission, nous choisissons d’avancer, car jeter ce texte au motif qu’il n’est pas parfait serait tout aussi inélégant que de nier l’urgence sanitaire à laquelle nous faisons face. Ce texte est un timide premier pas et ne doit certainement pas être le dernier. Notre responsabilité est claire : nous devons construire un environnement alimentaire qui protège réellement les enfants, qui rompe avec la banalisation du sucre et qui mette enfin la puissance publique du côté de la santé plutôt que des intérêts économiques. C’est avec cette hauteur de vue et dans un esprit d’exigence et de responsabilité que le groupe Écologiste et social votera la proposition de loi.”
“Nous le regrettons d’autant plus que nous avons déposé une proposition de loi – pour une génération sans sucre – beaucoup plus ambitieuse, qui traitait non seulement de l’interdiction des sucres ajoutés pour les enfants de moins de 3 ans, mais également du problème du marketing à destination des mineurs ; elle allait beaucoup plus loin sur le plan de la prévention et de la protection de ces derniers. Alors même que le texte avait réuni toutes les conditions pour être mis à l’ordre du jour d’une semaine transpartisane, certains groupes, représentés ici, l’ont bloqué au profit de la présente proposition de loi, moins-disante puisqu’elle laisse aussi de côté, outre, je l’ai dit, le marketing et le lait infantile – facteur d’habituation très important du palais au sucre –, les aliments ultra-transformés.”
“Interdire les sucres ajoutés dans l’alimentation des nourrissons est une première mesure, un acte de responsabilité nécessaire. Il aurait toutefois été plus juste d’aller au bout de la logique. Exclure du texte les laits infantiles et faire l’impasse sur le marketing alimentaire – tandis que le Royaume-Uni vient d’interdire la publicité ciblée sur les mineurs pour les produits sucrés, gras et salés –, c’est laisser subsister des failles que les industriels ne manqueront pas d’exploiter. Face à un enjeu de santé publique d’une telle ampleur, on ne peut pas se satisfaire d’un cadre minimal.”
“La santé de nos enfants mérite mieux que des demi-mesures et surtout mieux que l’indifférence qui a trop longtemps régné, car la réalité est là : 17 % des enfants sont en surpoids, 6 % souffrent d’obésité et les trois quarts dépassent déjà les apports journaliers en sucre recommandés. Certains médecins soulignent même qu’un enfant de 8 ans aurait ingéré la totalité du sucre consommé par son grand-père durant toute sa vie. Nous ne sommes pas ici pour élaborer une nouvelle norme sanitaire, mais pour garantir aux enfants une protection en traçant une frontière entre leur intérêt et les stratégies commerciales qui capturent leur santé dès le berceau, en créant une habituation au sucre pouvant aller jusqu’à l’addiction – le terme est utilisé par des chercheurs.”
“La France, qui devrait être en première ligne pour défendre le droit international, reste spectatrice. Monsieur le ministre, à quel moment la France décidera-t-elle enfin de tirer les conséquences de ces violations répétées ? À quel moment passerez-vous des déclarations aux actes ? Car enfin, que faut-il de plus ? Des milliers de morts, c’est déjà le cas ; des crimes de guerre, aussi ; l’utilisation d’armes prohibées est désormais documentée ; une déstabilisation régionale majeure est en cours. Ma question est simple : quand la France prendra-t-elle ses responsabilités et prononcera-t-elle des sanctions concrètes contre le gouvernement israélien pour faire respecter le droit international ?”
“À cet égard, je souhaite rendre hommage à l’adjudant-chef Arnaud Frion, mort pour la France sur le sol irakien. La France refuse par ailleurs de s’engager dans l’offensive auprès des Américains et des Israéliens, et je m’en réjouis. Le premier ministre a indiqué qu’il refusait d’entrer dans le commentaire. Mais que fait concrètement le gouvernement pour stopper les violations du droit international ? Pas de sanction, pas de suspension de coopération, pas même une parole à la hauteur de la gravité des faits. Pire encore, nous assistons à une offensive inédite contre les institutions de la justice internationale. Des pressions sont exercées contre la Cour pénale internationale ; des tentatives de blocage, y compris technologique et financier, visent à empêcher l’action des juges.”
“Depuis des mois, la communauté internationale assiste impuissante ou silencieuse à une escalade militaire et à une remise en cause systématique du droit international au Proche et au Moyen-Orient. À Gaza, des dizaines de milliers de civils ont été tués. En Cisjordanie, la colonisation et les violences se poursuivent. Au Liban, des enquêtes indépendantes documentent l’usage de phosphore blanc, une arme dont l’utilisation contre les populations civiles est interdite par le droit international humanitaire. Nous assistons au déplacement forcé de près de 1 million de personnes et, bientôt, à l’occupation durable du sud du Liban. Désormais, les frappes croisées s’étendent au mépris de toute stabilité régionale. Face à ce constat, que fait la France ? Vous nous l’avez rappelé : elle agit en défense de ses partenaires.”
“Plus encore, vous privez l’État de la possibilité de réexaminer à intervalle régulier la légalité, la légitimité et la bonne utilisation de cette technologie. Cette durée d’autorisation est bien trop longue. Nous comprenons que l’amendement suivant vise à la réduire ; mais quand bien même il serait adopté, elle nous paraîtrait toujours incompatible avec le principe de proportionnalité.”
“Le texte autorise le recours au traitement algorithmique jusqu’à cinq ans. Vous prévoyez donc d’installer, dans la durée, un dispositif de surveillance algorithmique dans des lieux de vie ordinaire, bien que le droit constitutionnel et le droit européen aient un principe constant : plus l’atteinte aux droits est grave, plus elle doit être limitée strictement dans le temps. Dans la loi relative aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024, le recours à cette technologie a été limité à un mois. En l’occurrence, l’expérimentation ne porte pas sur un événement exceptionnel tel que les JOP. Bien qu’elle soit destinée à des commerces ordinaires, fréquentés quotidiennement par des millions de personnes, vous n’en proposez pas moins une autorisation très longue, en contradiction totale avec le principe de proportionnalité.”
“Pourtant, de telles solutions existent, qui reposent sur une intervention humaine : la présence d’agents de sécurité, l’aménagement des espaces commerciaux, l’utilisation de miroirs, une meilleure organisation des rayons – autant d’outils qui permettent de prévenir les atteintes aux biens sans analyser en permanence les faits et gestes des clients. Du reste, nous l’avons rappelé à plusieurs reprises, l’efficacité de la vidéosurveillance algorithmique reste à ce jour insuffisamment démontrée. Cet amendement est bien le minimum exigible dans un État de droit.”
“J’espère que l’un des trois amendements que je défends sera adopté. Nous entendons, par celui-ci, rappeler que la vidéosurveillance algorithmique ne doit pas être une solution de confort – rappel que j’infère des principes de nécessité, de subsidiarité et de minimisation des données qu’impose le cadre européen. On ne peut accepter de recourir à des dispositifs aussi intrusifs qu’en dernier recours, lorsque tous les autres moyens ont été essayés et se sont révélés insuffisants. En l’état, le texte ne contient aucune exigence de ce type : il autorise le recours à la vidéosurveillance algorithmique sans avoir à démontrer que des solutions moins intrusives ont été déployées au préalable.”
“Nous demandons donc que le bénéfice exposé dans l’analyse d’impact soit « réel, démontré et documenté, au vu d’éléments objectifs, quantifiés et vérifiables » – autant d’éléments que le rapporteur n’a pas su présenter en commission. La Cnil a indiqué ne pas disposer d’éléments suffisamment probants pour considérer que l’avantage procuré au commerçant excède les inconvénients résultant du grand nombre de fausses alertes. Dans ces conditions, fonder l’autorisation de tels dispositifs sur un bénéfice qui ne serait qu’« escompté » revient à accepter que l’on porte atteinte aux libertés publiques sur la base de simples hypothèses.”
“Dans la version de la commission, la proposition de loi tend seulement à exiger que l’analyse d’impact présentée par le commerçant expose le bénéfice escompté du recours à la vidéosurveillance algorithmique (VSA). Autrement dit, le bénéfice espéré. Au regard de l’atteinte à la vie privée que constitue un tel traitement de données, il semble difficile de n’exiger la présentation que d’un simple espoir, celui, en réalité, de voir le nombre de vols à l’étalage diminuer. Cette exigence nous paraît trop peu élevée. Lorsqu’on envisage des atteintes aussi lourdes à la vie privée, lorsqu’on autorise l’analyse algorithmique des comportements dans des lieux du quotidien, un simple espoir ne devrait pas suffire.”
“Il est temps de choisir entre le sport business ou le sport pour toutes et tous.”
“C’est pourquoi nous, écologistes, défendons un plan national d’urgence pour les équipements sportifs, notamment dans les territoires populaires et ruraux. Il faut des équipements accessibles, adaptés au handicap et pensés pour l’adaptation climatique. Nous défendons le renforcement du pass’sport, le développement des maisons sport-santé et la reconnaissance pleine et entière du sport comme politique publique essentielle. Cette proposition de résolution est utile mais elle ne rompt pas avec la logique du sport marchand. Elle ne dit rien du renoncement budgétaire que vous organisez. Elle ne corrige pas le décalage entre vos discours et vos choix. Certes, nous ne voterons pas contre, mais le sport mérite mieux que des promesses sans moyens. Le sport doit être un bien commun.”
“Nous ne voulons pas non plus enfermer le sport dans une vision réduite à la compétition et aux méga-événements, dont les futurs Jeux olympiques d’hiver de 2030 offrent l’illustration la plus brutale, celle d’un projet climaticide, hors-sol, concentré sur quelques territoires favorisés, pendant que le sport du quotidien est sacrifié. Voilà votre héritage olympique : le sport business d’un côté, l’austérité pour le sport populaire de l’autre ! Le sport est aussi un enjeu majeur de santé publique. La sédentarité progresse, l’obésité a doublé en vingt-cinq ans et l’inactivité physique est à l’origine de 9 % des décès en France. Investir dans le sport, c’est investir dans la santé et dans la prévention.”
“Un chiffre devrait tous nous hanter : un enfant sur sept subit des violences dans le sport. Malgré les soixante-deux recommandations formulées, le sursaut n’a pas eu lieu. Les outils de signalement restent sous-dotés, la formation est insuffisante et les contrôles sont trop faibles. On parle de confiance et de responsabilité partagée, mais permettez-moi de le dire clairement : la confiance se mérite. Quand l’argent public est engagé, il doit l’être sous conditions : lutter contre les violences, favoriser l’égalité entre les femmes et les hommes, garantir l’accès des personnes en situation de handicap, être transparent en matière de gouvernance.”
“J’y ajoute une fracture que vous refusez de traiter avec la fermeté nécessaire mais que de nombreux sportifs vivent au quotidien, celle de la discrimination liée à l’homophobie et aux différentes formes de racisme. Cette fracture abîme et envoie un message désastreux à des milliers de jeunes, celui d’un sport qui trie, qui exclut et qui soupçonne, au lieu de rassembler. Le sport doit être un espace d’égalité réelle, pas un terrain de stigmatisation politique. Plus grave encore, le sport n’est pas exempt de violences diverses. Comme rapporteure de la commission d’enquête sur les défaillances de fonctionnement au sein du mouvement sportif, j’ai vu l’ampleur des dysfonctionnements systémiques : gouvernances opaques, absence de contrôle, culture de l’omerta.”
“Mais ce tissu a été fragilisé par un empilement d’agences, de dispositifs et de guichets qui ont vidé le ministère des sports de ses prérogatives, rendant l’action publique illisible et inefficace. Et surtout, le sport n’est pas naturellement vertueux. Il peut rassembler mais aussi exclure. Il peut émanciper mais aussi reproduire des violences et des inégalités. Les fractures sont déjà là : fracture sociale d’abord, puisque 73 % des cadres ont une pratique sportive régulière, contre seulement 49 % des ouvriers ; fracture territoriale ensuite, sachant que plus d’un tiers des communes rurales ne disposent pas d’infrastructures sportives ; fracture de genre, enfin, les sports collectifs restant massivement masculins. Quant aux personnes en situation de handicap, l’accès au sport reste pour elles un parcours d’obstacles.”
“Or au moment où vous invoquez une programmation pluriannuelle alignée sur le cycle olympique, vous organisez l’austérité. Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit ainsi une division par deux des crédits consacrés à la promotion du sport. Les crédits sont gelés, puis supprimés. Les collectivités sont laissées seules face à des piscines qui ferment, des gymnases vétustes, des clubs à bout de souffle. On ne peut pas proclamer une ambition et, dans le même temps, organiser le démantèlement de la politique qu’elle concerne ! Le sport français repose pourtant sur un tissu considérable : 3 millions de bénévoles, 360 000 associations, 160 000 clubs.”
“Après les Jeux olympiques et paralympiques de 2024, vous aviez promis un héritage. Vous aviez promis que le sport redeviendrait un bien commun, un levier d’émancipation, de santé et de cohésion sociale. Mais, une fois la flamme éteinte, la réalité a repris ses droits. Et cette réalité, c’est que le sport a de nouveau été relégué au second plan. Paris 2024 n’aura été qu’une parenthèse. Alors oui, cette proposition de résolution a un mérite, celui de remettre le sport à l’agenda politique. Elle parle stratégie, cohérence, pilotage. Nous partageons cet objectif, et j’en remercie son auteur, à qui l’on doit également l’amendement ayant permis le rétablissement du pass’sport à partir de 6 ans. Mais une stratégie sans moyens, ce n’est pas une politique publique, c’est un affichage.”
“Je trouve cela vraiment regrettable. Vous ne connaissez absolument rien, vous êtes dans la stigmatisation. J’aimerais, enfin, revenir sur une contrevérité. Le terme « islamophobie » existe bien ; il a été inventé en 1910, au ministère des colonies, par un Français, avec un seul objectif : stigmatiser les musulmans dans les colonies françaises de l’époque. Quand nous parlons d’islamophobie, nous savons parfaitement de quoi nous parlons : nous parlons du racisme qui s’exprime sur vos bancs. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur plusieurs bancs des groupes SOC et GDR.)”
“…et si au contraire il ne s’investit pas, vous l’accusez de séparatisme. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe SOC.) La réalité, c’est que vous ne laissez aucun espace à nos compatriotes. D’ailleurs, quand vous dites viser les musulmans, vous ne visez en réalité que les Maghrébins et les Arabes. Vous devriez réviser vos classiques : le pays du monde où il y a le plus de musulmans, c’est l’Indonésie. Or vous n’en parlez jamais, et on sait bien pourquoi : parce qu’en réalité, ce sont les Arabes que vous visez. (Mêmes mouvements.)”
“Votre texte n’a qu’un objectif et n’a été déposé qu’en vue des élections municipales. Quant au dernier rapport remis par vos collègues du Sénat, il dit tout et n’importe quoi, y compris que l’interdiction du port du voile très jeune permettrait d’éviter la chute des cheveux et la carence en vitamine D. C’est absolument ridicule ! Vous êtes en permanence dans la suspicion vis-à-vis de nos compatriotes musulmans. Pour vous, un Français de confession musulmane qui s’investit dans la vie politique de notre pays fait de l’entrisme…”
“Alors que les victimes du terrorisme, en France, se comptent par centaines, vous nous proposez un texte qui n’aura aucun effet juridique et qui ouvrira la voie à la stigmatisation de nos compatriotes musulmans.”
“Je suis attristée par le débat et le spectacle que nous donnons. Alors que notre pays a été attaqué sur son sol par le terrorisme islamiste, nous devrions travailler tous ensemble, sérieusement, à un texte qui vise à lutter contre le terrorisme. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe SOC.)”
“Merci, monsieur le ministre. Vous l’aurez compris, nombre de nos concitoyens comptent sur vous pour fermer ce site. Il représente un réel danger, car des passages à l’acte sont à craindre. Nous comptons sur vous et sommes à votre disposition pour travailler ensemble, afin d’aller jusqu’à sa fermeture. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur plusieurs bancs du groupe SOC.)”
“Monsieur le ministre, on ne sait malheureusement que trop bien où ont mené, dans notre histoire, l’antisémitisme, la xénophobie, le fichage de personnes, de leurs lieux de vie, de leurs lieux de culte, en raison de leur religion supposée ou réelle. Le fichage religieux ou ethnique n’a jamais été une statistique, mais toujours un choix politique. Quel sera le vôtre, avant qu’il ne soit trop tard ? (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – M. Inaki Echaniz applaudit également.)”
“…allant jusqu’au meurtre islamophobe d’Aboubakar Cissé, assassiné dans une mosquée, ou aux meurtres racistes d’Hichem Miraoui et de Djamel Bendjaballah, simplement parce qu’ils étaient arabes. Monsieur le ministre, la peur s’installe et il est à craindre que ce site facilite encore les passages à l’acte. Comment peut-on vivre en sécurité en France lorsqu’on est ciblé de la sorte ? Peut-on encore vivre en sécurité en France lorsqu’on est musulman, lorsqu’on est noir ou lorsqu’on est arabe ? L’extrême droite ne se contente plus d’attiser la haine de l’autre ; désormais, elle le fait au moyen d’une cartographie méthodique.”
“Et ce fichage s’inscrit dans un contexte bien précis. Alors que des centres de migrants sont attaqués et que des mosquées sont régulièrement prises pour cible, la parole raciste est devenue passage à l’acte…”
“Monsieur le ministre de l’intérieur, je vous ai alerté il y a plusieurs jours concernant le site Mafrance.app, qui cartographie les mosquées, les quartiers populaires, les populations musulmanes, réelles ou supposées, et les centres pour migrants. Ce site, qui parle de « remigration », de « défrancisation », de « grand remplacement », invite les internautes à chercher « la mosquée la plus proche », le « centre de migrants le plus proche ». Il va même plus loin, puisqu’il cartographie le pourcentage de prénoms musulmans ou arabo-musulmans. Ce n’est ni de l’information ni de la statistique ; c’est du fichage. Ce site superpose délibérément islam, immigration et danger. Il transforme la religion musulmane en facteur de risque, désigne l’autre – noir, arabe, asiatique – comme un danger – celui du grand remplacement.”
“Or l’article 2 de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël dispose que cet accord est fondé sur « le respect des droits humains et des principes démocratiques ». Nous avons déposé une proposition de résolution européenne visant à suspendre cet accord, qui sera de nouveau débattue en commission des affaires européennes. Le gouvernement français soutient-il la suspension de cet accord ? (Mme Cyrielle Chatelain applaudit.)”
“Vu l’importance du calendrier, les exécutions se poursuivant malheureusement chaque jour et chaque nuit, depuis bien trop longtemps, j’aimerais savoir où vous en êtes. Je vous ai entendu au sujet de la convocation de l’ambassadeur d’Iran. Quelle initiative la France soutient-elle afin que les responsables de la répression répondent de leurs crimes devant la justice internationale ? Où en est-on du déploiement satellitaire ? Par ailleurs, Jacques Paris et Cécile Kohler sont toujours privés de leur liberté, bien qu’ils se trouvent désormais à l’ambassade de France à Téhéran. Qu’en est-il de leur libération pleine et entière ? Enfin, à Gaza, les crimes continuent et l’on observe de nombreuses violations du cessez-le-feu depuis son instauration.”
“Depuis plusieurs semaines, le peuple iranien se soulève massivement contre un régime qui ne répond que par la répression, la peur et le silence – silence des corps, silence des voix, jusqu’au silence numérique, après une coupure quasi totale d’internet et des réseaux destinée à masquer les crimes en cours. En coupant les communications, le régime iranien ne cherche pas seulement à contrôler l’information, mais à empêcher le monde de voir, les familles de témoigner, les victimes d’exister et leurs bourreaux d’être identifiés. En réponse à une question de ma collègue Christine Arrighi, vous avez pris des engagements, évoquant des solutions d’urgence pour garantir l’accès à l’information, notamment par des moyens satellitaires, évoquant également des sanctions, des démarches diplomatiques et la nécessité de lutter contre l’impunité.”
“Dans ce moment de bascule, personne ne sera jugé sur ses discours ; il le sera sur ses choix et sur sa capacité à défendre le droit contre la force et les peuples contre les puissances. Lorsque le droit recule, la guerre avance. Aussi la France doit-elle faire le choix de la clarté. La paix n’est pas l’absence de guerre ; c’est une décision politique, qui engage aujourd’hui l’avenir du monde. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et SOC.)”
“Il revient aux deux côtés de la Méditerranée de renouer un dialogue qui ne pourra avoir lieu sans regarder l’histoire en face. Si, pour prévenir les crises, il faut une diplomatie forte, cohérente, dotée de moyens, capable d’anticiper plutôt que de réagir, de dialoguer avant que les armes parlent, de défendre le droit même lorsqu’il dérange, une réforme lucide de la gouvernance mondiale est elle aussi nécessaire. Le Conseil de sécurité des Nations unies ne peut plus continuer à refléter le monde d’hier et à ignorer des continents entiers. Il doit être réformé pour faire place à l’Afrique ou à l’Amérique du Sud. Un monde où les deux tiers de la planète n’y sont pas pleinement représentés est un monde condamné à l’instabilité.”
“Dans le même temps, la parole présidentielle s’est trop souvent réduite à de petites phrases, à des annonces solitaires et à une diplomatie de l’événementiel plus soucieuse de communication que de cohérence stratégique. La diplomatie n’est pas un exercice de style. Elle exige de la constance, de la lisibilité et du respect de la parole donnée. Cette incohérence se lit avec une acuité particulière dans notre relation avec l’Algérie. C’est une relation essentielle, stratégique, humaine et historique, qui concerne des millions de femmes et d’hommes sur les deux rives de la Méditerranée. La France ne bâtira aucune relation stable avec l’Algérie ou avec l’Afrique sans respect mutuel, sans reconnaissance de nos histoires croisées, sans une diplomatie patiente, sincère et exigeante, à la hauteur des responsabilités qui nous lient.”
“Aucun mur, aucune alliance, aucune puissance ne protège durablement dans un monde privé de règles communes. La France devrait être une voix claire dans ce désordre mondial – mais comment pourrions-nous prétendre défendre le multilatéralisme quand, année après année, nous avons affaibli notre propre diplomatie ? Depuis des années, les crédits du ministère des affaires étrangères ont été réduits, les réseaux diplomatiques fragilisés et les moyens humains et financiers rognés, au point de désarmer notre capacité d’anticipation et de médiation, et de faire reculer notre présence dans le monde. On ne défend pas une diplomatie exigeante en réduisant ses budgets ; on ne pèse pas sur les crises internationales en affaiblissant celles et ceux qui sont en première ligne pour les prévenir.”
“Du Sahel à la Somalie, en passant par la République démocratique du Congo, l’abandon international, la multiplication des conflits, le dérèglement climatique et l’effondrement des États nourrissent une spirale de violences, de famines et de déplacements massifs. Ces crises, qui frappent d’abord les peuples, déstabilisent durablement des régions entières ; elles engagent elles aussi notre responsabilité, notre sécurité et notre avenir commun. Ces drames ne sont pas inévitables. Ils ne sont pas naturels, ils sont le résultat de choix politiques – ou, plutôt, de renoncements. En effet, lorsque le droit est appliqué à géométrie variable, lorsque certaines de ses violations sont condamnées quand d’autres sont tolérées, lorsque la souveraineté est défendue ici et relativisée ailleurs, l’ordre international perd toute crédibilité.”
“La loi du plus fort s’annonce aussi au Groenland, territoire au cœur des bouleversements climatiques, alors que certains y projettent leurs logiques d’appropriation et de domination. Comme si la planète pouvait être morcelée, comme si les peuples pouvaient être instrumentalisés au gré d’intérêts stratégiques, par l’utilisation assumée et inacceptable des droits de douane comme outil de pression politique et de sanction économique ! En Afrique, la loi du plus fort s’exprime par le silence. Au Soudan, une guerre civile ravage un pays entier dans une indifférence presque totale, laissant des millions de civils déplacés et privés de toute protection, et des millions d’enfants au bord de la famine.”
“Sans crédibilité stratégique européenne, le droit recule et, avec lui, la paix sur notre continent. En Amérique latine, la loi du plus fort, c’est quand une puissance s’arroge le droit d’intervenir unilatéralement et de capturer un chef d’État étranger, comme au Venezuela, en violation manifeste des principes fondateurs de l’Organisation des Nations unies. La loi du plus fort, c’est la diplomatie de la contrainte revendiquée par Donald Trump. La force y devient doctrine, à l’image des interventions américaines en Iran, qui ne répondent en rien aux aspirations de liberté et de souveraineté du peuple iranien mais ressemblent à une prise de pouvoir par la force. On ne remplace pas un dictateur par un tyran.”
“Elle s’exprime dans la stratégie de pression permanente menée par la Chine à l’encontre de Taïwan ; la menace militaire devient un instrument politique assumé, au mépris de la stabilité régionale et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Elle s’exerce aussi à l’intérieur même des frontières chinoises : la répression massive, la surveillance généralisée et l’effacement culturel des Ouïghours sont documentés – et pourtant trop souvent passés sous silence. Alors que la loi du plus fort progresse, une question s’impose à nous : celle de la préparation européenne. La défense du droit international suppose en effet une Europe capable d’assurer sa sécurité, de renforcer son autonomie stratégique et de coordonner ses capacités de défense sans dépendre uniquement de la protection d’autrui.”