Estelle Youssouffa
LIOT · France
“Si un membre de votre gouvernement, quel qu’il soit, était venu dans notre département, il aurait entendu que le projet d’ordonnance relative à l’égalité sociale à Mayotte trahit l’esprit du législateur, mais aussi les engagements de l’État : telle que rédigée, l’ordonnance maintient le travail sous-payé à Mayotte puisque le smic mahorais…”
“Antoine Léaument applaudit.) En effet, rien à Mayotte ne justifie de vous laisser aux affaires. Plus de dix-huit mois après le passage du cyclone Chido, la reconstruction n’a toujours pas commencé. L’État a fait face à l’urgence – c’était bien la moindre des choses – mais n’a rien fait pour reconstruire l’île.”
“Monsieur le premier ministre, je n’ai pas parlé de votre refus d’exploiter les hydrocarbures en outre-mer, ni de la crise de l’eau qui s’aggrave à Mayotte, ni de l’explosion des prix pour les Mahorais, ni des vicissitudes du port de Longoni qui menacent directement, d’ici au 31 août, les approvisionnements et la survie de notre île, dans…”
“On ne peut pas se satisfaire de la manière dont les personnes âgées ont été prises en charge dans les Ehpad, les malades dans les hôpitaux ou les enfants dans les écoles, alors que Santé publique France annonce que la canicule a causé plus de 2 000 décès et que le bilan pourrait s’alourdir.”
“Notez, monsieur le premier ministre, que le ministère de l’intérieur n’a même pas pris la peine de répondre au comité de suivi sur la question de la sécurité et de l’immigration.”
“Entre les autorisations d’engagement (AE), les crédits de paiement (CP) et la suppression des lignes budgétaires annoncées par le gouvernement, l’opacité la plus complète règne sur ce qui a été décaissé pour Mayotte, que ce soit pour la reconstruction ou dans le cadre du programme budgétaire Interventions territoriales de l’État (PITE).”
The complete record
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“L’amendement revient sur le domaine exclu des futures ordonnances par la commission. Nous avions estimé que la totalité des règles de sécurité et d’accessibilité, y compris pour les établissements recevant du public et les règles en matière de recours aux énergies renouvelables, devaient être maintenues dans la reconstruction. Le respect des règles d’accessibilité est indispensable dans les établissements recevant du public, comme l’exigence de performance environnementale. Imposer que la reconstruction prenne en compte les règles de protection environnementale relève de l’évidence après le passage d’un cyclone dont la force est directement attribuable au changement climatique. En tout état de cause, l’avis de la commission est défavorable.”
“…de prendre les dispositions nécessaires pour appliquer le droit. Les raisons pour lesquelles j’émets un avis favorable sur cet amendement sont assez claires. Ce sont des dispositions que nous avions appelées de nos vœux lors des discussions préliminaires et des échanges avec les élus. J’ai du mal à comprendre que, subitement, on s’y déclare opposé.”
“Madame Voynet, la très grande majorité des habitants des bidonvilles sont des étrangers. Les Français sont une infime minorité dans les bidonvilles ! On continue de répéter que, dans les bidonvilles, il y aurait une population de Français équivalente à la population étrangère, mais c’est faux. L’ordonnance de référé que je viens de citer comme toutes les décisions de justice le prouvent : il y a une écrasante majorité d’étrangers en situation irrégulière dans les bidonvilles. C’est eux que le sujet des bidonvilles concerne. En l’occurrence, le droit est très clair : les personnes qui sont en situation irrégulière sur le territoire national sont exposées à une expulsion. Par l’amendement n o 176 rectifié, nous donnons au gouvernement les moyens…”
“Sur trente et un requérants, cinq sont Français, tandis que tous les autres sont de nationalité comorienne. L’argument, la petite musique que nous entendons sans cesse, consistant à nous faire penser qu’il y a autant de Français, de Mahorais, que d’étrangers dans les bidonvilles est factuellement faux !”
“Je précise que quand nous parlons d’habitat informel, nous employons cette expression au sens du deuxième alinéa de l’article 1-1 de la loi du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, lequel est mentionné dans l’article 5 du présent projet de loi. Il s’agit bien des bidonvilles. Nous partageons tous, je pense, l’objectif de donner au gouvernement les moyens d’agir enfin sur ce sujet, puisque nous sommes nombreux à déplorer son inaction. Je souhaite expliquer pourquoi j’ai formulé un avis favorable sur l’amendement n o 176 rectifié du gouvernement. J’ai entre les mains l’ordonnance de référé concernant l’opération dans le quartier de Talus 2 à Koungou, dans le cadre de la loi Elan. Dans ce document, des associations demandent qu’on autorise des familles étrangères à rester dans les bidonvilles.”
“Vous proposez de limiter à une durée de douze mois, renouvelable une fois, les modifications relatives aux règles de construction prises par l’ordonnance. Cela permettrait de dynamiser les travaux de reconstruction pendant l’année en question, au cours de laquelle ils bénéficieraient de dispositions dérogatoires permettant de rendre les opérations moins coûteuses. Les porteurs de projet que sont les entreprises du BTP – bâtiment et travaux publics – seraient ainsi encouragés à reconstruire rapidement. Quant aux constructions les moins ambitieuses en matière d’accessibilité ou de recours aux énergies renouvelables, elles seraient limitées au temps de la reconstruction. Avis favorable.”
“Je m’en voudrais de vous décevoir, cher collègue : avis défavorable, en effet. Je vous invite à retirer l’amendement.”
“La première partie de votre amendement, madame Voynet, décrit une mission qui est déjà celle du syndicat mixte : c’est le rôle qu’il aura à jouer dans le cadre de la reconstruction des réseaux d’eau. Cependant, si le raccordement de toute la population à l’eau potable et au système d’assainissement est évidemment un objectif souhaitable, la disposition inscrite dans l’amendement n’a aucune portée normative et ne fournit pas les moyens qui permettraient de réaliser ledit objectif. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.”
“Et pour ce qui est du logement des fonctionnaires qui viennent nous aider, nous avons suggéré d’installer à quai des paquebots qui puissent faire office d’habitation temporaire, comme cela se fait ailleurs. Nous avons donc demandé aux services ainsi qu’au secteur privé de travailler sur des solutions de ce type. Peut-être me direz-vous qu’un paquebot, ce n’est pas superconfortable, mais croyez-vous vraiment qu’un conteneur réfrigéré, ce soit le top en la matière ? Demandez à ceux qui sont concernés – on a une certaine expérience du modulaire à Mayotte. Voilà pourquoi je demande la suppression de l’article.”
“On nous en a déjà mis, sans jamais qu’on explique pourquoi il était nécessaire. Dans cet article, on se contente de nous servir sur un plateau une très bonne raison d’en installer, en se passant de surcroît du consentement des communes : cela permettra de le faire partout. Et puisqu’on va dans le détail, je rappelle que l’île ne fait que 375 kilomètres carrés de superficie. Si l’on occupe le foncier par du modulaire, où va-t-on reconstruire ? Nous ne sommes pas insensibles à la problématique du relogement, mais elle ne se pose que pour les fonctionnaires hexagonaux, parce qu’aucune famille mahoraise n’acceptera d’être relogée dans du modulaire. Aucune. Ce que nous attendons, c’est de savoir comment nous allons pouvoir reconstruire avec des prêts à taux zéro.”
“Et maintenant, il vient nous dire : pour la reconstruction, l’urgence, c’est d’en remettre partout ? Désolée, mais non. On ne peut pas continuer ainsi. À Mayotte, notre ambition est tout autre. Je rappelle aussi que le modulaire, c’est de l’importation. Cela signifie que les structures arriveront par bateau dans un délai de six semaines à deux mois. Le gain de temps est donc nul. Je sais bien que M. le préfet et d’autres acteurs sont des avocats acharnés du modulaire. Tous les élus de Mayotte, tous les élus locaux ont eu beau expliquer ce qu’il en était et refuser l’habitat modulaire – nous l’avons dit au premier ministre et répété au ministre des outre-mer –, on continue à affirmer que le recours à des conteneurs climatisés est une bonne nouvelle ! Le modulaire, à Mayotte, c’est du temporaire qui s’installe.”
“À Mayotte, on sait bien ce que c’est, le « modulaire » : ce sont des conteneurs climatisés. Avant Chido, il y en avait plein : dans les établissements scolaires, à l’hôpital, au rectorat, dans les services de la préfecture… Le modulaire, c’est une habitude qu’a prise l’État à Mayotte. Et pendant le cyclone, ces structures ont été emportées à l’autre bout de l’île – en plus, elles sont dangereuses. Ce qui me gêne, dans ce projet de loi d’urgence, c’est l’énergie que l’État met dans les constructions modulaires. On est en train de nous dire que pour la reconstruction, on va faire avec du bricolage. Nous ne sommes pas d’accord. Dans notre territoire, pour ce qui est de la construction, l’État a été un mauvais acteur, se contentant d’empiler les conteneurs climatisés.”
“Compte tenu de nos débats précédents, il ne me paraît pas acceptable, ni même envisageable, que l’État puisse totalement contourner les communes mahoraises. Elles doivent évidemment être associées aux décisions concernant des écoles qui seront à leur charge dans quelques années. Il est indispensable qu’elles donnent leur avis et il serait insuffisant qu’elles soient seulement consultées. Avis défavorable aux deux amendements.”
“C’est un amendement important puisque le niveau d’équipement des écoles est non seulement insuffisant mais même en deçà de ce qu’on est en droit d’attendre au sein de la République. L’avis est donc évidemment favorable. J’espère que les moyens financiers alloués seront suffisants pour répondre à l’objectif ainsi inscrit dans la loi.”
“Charité bien ordonnée commence par soi-même !”
“Même réponse que sur l’amendement rédigé dans le même esprit : avis défavorable.”
“Quand vous appelez à une augmentation du taux de scolarisation au mépris des conditions d’enseignement actuelles qui nuisent aux enfants déjà présents sur le territoire, vous ne faites qu’alimenter le flux migratoire. Nous ne pourrons pas tomber d’accord : sur le terrain, on constate non seulement l’existence de ferments de violence qui, pour être déplorables, n’en sont pas moins réels, mais encore l’échec d’une politique qui a montré que la construction d’écoles avait pour seul effet un accroissement du flux migratoire, de sorte que le nombre d’élèves étrangers à Mayotte est de plus en plus important. Cela ne peut pas fonctionner : notre territoire ne saurait se borner à être une grande école primaire pour enfants étrangers, alors que notre seul hôpital est déjà une immense maternité pour les parturientes étrangères !”
“Je réponds à Mme Voynet : je ne dis pas de sottises quand j’indique que les mairies de Mayotte – et non le rectorat – reçoivent des Comores, par fax, des demandes d’inscription d’élèves. De nombreux élus en témoignent. C’est si vrai que, dans certaines communes, les écoles primaires accueillent jusqu’à 80 % d’élèves étrangers. Nous devons ainsi faire face au phénomène qu’on qualifie de kwassa scolaires : des parents mettent leurs enfants dans des bateaux, au péril de leur vie, pour les envoyer dans des écoles. Ils arrivent seuls sur notre territoire avec le statut de mineur isolé et sont inscrits à l’école par des associations sans même que l’on connaisse leur identité.”
“Comme vous venez de le rappeler, l’obligation de scolarisation est inscrite dans nos principes fondamentaux. Par conséquent, si l’on mène votre propos jusqu’au bout, votre amendement est redondant car il est satisfait. Cependant, ce n’est pas le sujet. Votre amendement prévoit d’augmenter le taux de scolarisation. Parlons du terrain et revenons aux bases. À Mayotte, cela fait vingt ans que l’État se bat contre les communes pour les obliger à construire des écoles primaires, que les ambitions sont affichées et l’argent débloqué sans que les projets soient réalisés. En effet, les élus et la population rappellent à l’État que la surface de l’île est seulement de 375 kilomètres carrés et que construire des écoles a eu pour seul effet d’accroître les flux migratoires.”
“Bien sûr qu’on vous a répondu cela, puisque ces demandes sont envoyées aux municipalités et pas au rectorat !”
“Face à une telle situation, vous proposez d’augmenter le taux de scolarisation alors que nous n’arrivons même pas à atteindre un niveau normal. L’avis est donc évidemment défavorable mais je vous invite surtout à avoir le courage de vous remettre en question. Car, à Mayotte, la situation est explosive. Ce week-end, des parents se sont affrontés à coups de cailloux pour que des établissements publics remplissent uniquement leur fonction – scolariser. Des familles se sont engagées, ont pris des risques pour leur sécurité physique afin de s’assurer que leurs enfants auront un avenir, car c’est bien ce qui est en jeu. Dès lors, on ne peut pas se comporter ici de façon totalement irresponsable en proposant de fixer des ambitions pour régler des questions électorales qui sont loin, très loin, des préoccupations de Mayotte.”
“Dès lors, la crainte des parents – fondée, comme on l’a vu l’an dernier avec le stade de Cavani – est que les installations publiques servent d’abri pour tous les migrants qui continuent à arriver quotidiennement à Mayotte. Avec votre amendement, vous souhaitez entériner dans la loi l’obligation de scolariser tous ceux qui arrivent à Mayotte. Or, comme vous l’a rappelé notre collègue Anchya Bamana, nos enfants n’y bénéficient pas du même nombre d’heures de cours que tous ceux de France et de Navarre parce qu’il n’y a pas assez de place dans les salles de classe – on a déjà recours à un système de rotation. L’éducation nationale prévoit même à présent de scolariser nos enfants dans des tentes, pendant la saison des pluies, en pleine saison chaude, sans climatisation.”
“Puisque nous discutons une nouvelle fois de la question du taux de scolarisation, j’aimerais vous répondre en évoquant des événements récents survenus à Mayotte. Le lycée Bamana, qui a accueilli des réfugiés, s’est retrouvé au cœur d’une bataille intense. Des parents d’élèves se sont en effet mobilisés pour exiger l’évacuation des réfugiés. Vous n’ignorez pas que de nombreux bâtiments scolaires qui ont servi d’abri ont été détériorés. Il nous faut passer au niveau de granularité de cette affaire pour décrire ce phénomène. Car les établissements n’ont pas seulement été détruits : ils ont été pillés. Les salles de classe ont été utilisées comme des toilettes puisque des personnes y ont déféqué. Elles ont laissé des graffitis partout. Bref, des individus ont détruit systématiquement, méthodiquement des établissements scolaires.”
“En vertu d’une convention entre l’État et la collectivité, la mise à disposition pourra déjà être prolongée. Il convient au passage de réaffirmer la compétence des communes. La mise à disposition ne peut être que transitoire car, à terme, les communes mahoraises doivent pouvoir assumer et assurer leurs missions avec leurs propres moyens.”
“Avis défavorable. Vous nous expliquez que l’établissement public ne doit pas se borner à faire de la reconstruction mais qu’il doit construire. Cela prendra nécessairement plus que deux ans !”
“Cet amendement fixe un objectif de relogement durable de l’ensemble des personnes présentes sur le territoire mahorais. Or, comme je l’ai exposé précédemment, la moitié de la population de l’île est étrangère et une grande partie de ces étrangers sont en situation irrégulière. Cet amendement conduirait donc à l’obligation de loger des personnes en situation irrégulière, dont certaines occupent illégalement des terrains privés ou publics. Une telle obligation n’existe pas sur le territoire hexagonal où seul l’hébergement, et non le relogement, est inconditionnel. J’émets un avis défavorable comme je l’avais fait en commission où cet amendement a été rejeté.”
“Certes l’idée est bonne : les collectivités locales doivent évidemment jouer un rôle important pour définir la stratégie de l’établissement en matière de reconstruction. Toutefois cette ambition est partiellement satisfaite grâce à l’adoption en commission de l’amendement de notre collègue Philippe Naillet prévoyant une « représentation équilibrée des représentants de l’État et des collectivités territoriales de Mayotte » au sein du nouvel établissement public. À titre personnel, je m’en remets à la sagesse de l’Assemblée et vous invite à retirer votre amendement.”
“Vous avez raison de rappeler qu’il ne faut pas oublier les leçons des catastrophes que vous avez connues à Saint-Barthélemy et Saint-Martin, et qu’il convient de profiter de l’expertise existante de gestion des risques cycloniques. Néanmoins, le rôle des experts n’est pas de participer à la gouvernance de l’établissement public que nous nous apprêtons à créer, c’est-à-dire aux choix budgétaires et stratégiques en matière d’aménagement et de gestion du foncier sur l’île de Mayotte. Tout au plus pourraient-ils être consultés. J’émets donc un avis défavorable à l’amendement.”
“Compte tenu des enjeux, je suis favorable à cet amendement. L’Epfam n’a pas rempli correctement son rôle de société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer). Alors qu’il lui incombait de protéger les terres agricoles, il a utilisé ses pouvoirs pour les vendre en vue de réaliser des projets commerciaux. L’ouragan Chido ayant dévasté le tissu végétal, il existe un risque important que la sécurité alimentaire ne soit plus assurée. Ainsi, sans tomber dans l’inventaire à la Prévert que M. le ministre souhaite éviter, il semble fondamental que la question agricole soit intégrée dans les compétences de l’établissement public à créer.”
“Comme précédemment, je donne un avis défavorable. Les représentants des acteurs économiques et sociaux seront associés à la gouvernance. On peut penser que, bien évidemment, les acteurs du BTP seront régulièrement consultés.”
“Mon avis est défavorable. En commission, nous avons prévu d’une part le maintien d’une représentation équilibrée de l’État et des collectivités territoriales, d’autre part l’association du comité de l’eau et de la biodiversité ainsi que des acteurs économiques et sociaux. Les amendements me semblent satisfaits, les acteurs de l’économie sociale et solidaire étant compris dans les acteurs économiques et sociaux.”
“J’émets un avis défavorable. Nous avons évoqué ce point en commission : un délai de deux mois serait trop court pour mener les consultations nécessaires sur la création du nouvel établissement public. Il faut certes aller vite – la mission de préfiguration est d’ailleurs déjà en cours – mais trois mois ne seront pas de trop pour associer toutes les parties concernées.”
“Il ne les donne toujours pas et choisit au contraire d’exproprier en accéléré, avec un champ d’action qui semble bien trop large et imprécis pour un tel pouvoir. Le cyclone nous a déjà tout pris ; la terre héritée de nos aïeux ne peut être arrachée aux Mahorais. Parce que je m’oppose fermement à ces pouvoirs exorbitants, j’ai déposé un amendement de suppression de l’article 10, qui a été accepté en commission, lors de la réunion qui s’est tenue au titre de l’article 88 du règlement. Je demande solennellement à l’État de revoir son approche pour une reconstruction qui se fasse avec les Mahorais, et pour les Mahorais. La devise de Mayotte est « Ra Hachiri », ce qui signifie : « Nous sommes vigilants ». Mayotte vous regarde et compte sur vous. (Applaudissements sur les bancs des groupes LIOT, RN, EPR, SOC, DR, Dem, HOR et UDR.)”
“La question essentielle des moyens consacrés à la reconstruction de Mayotte est renvoyée à plus tard. Je veux également évoquer le sujet très sensible des expropriations. À Mayotte, l’État possède très peu de foncier, trop peu à son goût, et son souhait d’obtenir, grâce à la loi d’urgence, des pouvoirs dérogatoires pour les expropriations alarme à juste titre la population. On ne peut pas utiliser le cyclone Chido et le prétexte de la reconstruction pour prendre les terres des Mahorais en s’asseyant sur le droit à la propriété, qui est protégé par la Constitution. Le désordre foncier à Mayotte était antérieur au cyclone et jamais l’État n’a fourni les moyens financiers et humains nécessaires pour régler le problème.”
“La production d’eau potable est insuffisante et les services publics ne fonctionnent pas normalement. Je vous le répète : Mayotte ne peut pas accueillir davantage de monde. Nous, élus locaux et parlementaires mahorais, avons demandé en vain la destruction des bidonvilles, mais aussi la suspension de la délivrance de titres de séjour et de demandes d’asile dans notre département. Le conseil départemental de Mayotte a émis un avis réservé sur ce projet de loi, qui lui a été transmis avant l’ajout des amendements du gouvernement et de votre rapporteure. L’Association des maires de Mayotte et le conseil économique, social et environnemental de Mayotte ont aussi fait part de leur déception. Je note par ailleurs qu’il s’agit d’un projet de loi sans financement.”
“La grande puissance mondiale est émasculée par les Comores ! Rappelons que plus de la moitié de la population est étrangère à Mayotte et que la destruction des radars, mais aussi de la maigre flotte de surveillance maritime dédiée à la lutte contre l’immigration clandestine, laisse les migrants arriver quotidiennement sans entrave sur notre île depuis le passage du cyclone. Nous estimons que notre île n’est pas en mesure d’assurer les besoins vitaux et les droits fondamentaux des ressortissants français et que Mayotte ne peut accueillir davantage de monde. Mayotte n’a qu’un seul hôpital, qui est partiellement détruit, et 80 % de ses écoles sont détruites. Le gouvernement prévoit de scolariser les enfants à tiers-temps dans des tentes, en pleine saison des pluies !”
“Nain diplomatique, paradis de la corruption et dictature violente qui assume son ingérence dans nos affaires internes, les Comores viennent, par la voix du président Azali, d’opposer une cinglante fin de non-recevoir au sujet de leurs ressortissants en situation irrégulière à Mayotte. Quelle a été la réaction de Paris ? Le silence absolu.”
“La décision du gouvernement de déposer des amendements sur son propre texte pour lutter contre la reconstruction des bidonvilles l’a exposé à l’irrecevabilité. Là encore, la méthode gouvernementale, celle d’un échec annoncé, amène à s’interroger sur la sincérité de sa démarche. C’est Mayotte qui a vu passer le cyclone Chido, mais il semble que ce soit le Quai d’Orsay qui souffre de dégâts majeurs, puisqu’il est totalement aphone face aux déclarations du président Azali, qui a encore revendiqué Mayotte la semaine dernière. Notre diplomatie reste à genoux devant les Comores, qui déstabilisent notre île depuis près de cinquante ans avec la complicité de nos diplomates et de certains hauts fonctionnaires, qui estiment que le vote souverain répété des Mahorais ne vaut rien.”
“Les autorités sur place ont laissé les pilleurs voler, dans nos maisons et dans les établissements publics, les matériaux de reconstruction des bidonvilles. Une telle passivité frise la complicité et certains en viennent à se demander si le problème migratoire et les bidonvilles ne sont pas les excellentes mauvaises raisons que l’État se donne pour ne rien faire à Mayotte. Parce que déployer la marine nationale pour protéger la frontière de Mayotte est visiblement mission impossible. Parce que faire appliquer la loi qui interdit les constructions illégales et insalubres à Mayotte est visiblement mission impossible. Parce qu’imposer des sanctions financières contre les dirigeants comoriens impliqués dans le trafic humain et détruire les usines à kwassa semble mission impossible !”
“Nous sommes face à un texte technique, rédigé par la haute administration au lendemain du cyclone et avant la formation du gouvernement, sans consultation des élus locaux ni des parlementaires. Certes, il apporte des réponses utiles pour accélérer la reconstruction, mais il reste largement muet sur des sujets essentiels, tels que l’immigration. Alors que le premier ministre Bayrou, comme ses prédécesseurs, constate vraiment, condamne fermement et déplore avec encore plus de fermeté l’ampleur des flux migratoires et le scandale des bidonvilles, l’État a regardé, les bras ballants, les mêmes bidonvilles repousser comme des champignons et les bateaux chargés de migrants continuer à débarquer à Mayotte.”
“Le cyclone Chido nous impose de reconstruire Mayotte mieux, durablement et solidement, pour sortir du précipice, résister au changement climatique, offrir un avenir à nos enfants et construire la prospérité de demain. Nous avons la force de tenir et le courage de reconstruire ; nous vous demandons le courage d’agir enfin. Les crises sont un révélateur des caractères, mais aussi des fragilités du système : la grandeur et la mesquinerie des uns et des autres sont visibles de tous, les insuffisances, impossibles à masquer. Le premier ministre a présenté, le 30 décembre dernier, le plan Mayotte debout, avec pour ambition d’accélérer la reconstruction, mais également de conduire les réformes structurelles nécessaires. Nous cherchons en vain, dans ce projet de loi, une réelle ambition, ou même la traduction législative de ce plan.”
“Comme l’a expliqué un conseiller départemental à la présidente de l’Assemblée nationale lors de sa visite, dont je la remercie encore, Mayotte est à poil – vous pardonnerez l’expression. Nous sommes tout nus : pas un arbre pour cacher la forêt. Impossible de se cacher derrière son petit doigt pour justifier l’injustifiable, l’anarchie administrative, le grand n’importe quoi des exceptions, ordonnances et décrets qui, depuis des décennies, laissent Mayotte en dehors de la République, avec des inégalités structurelles et des injustices inacceptables. Le cyclone remet tragiquement les compteurs à zéro et nous offre une occasion historique de reconstruire correctement Mayotte, d’aligner enfin nos droits sur ceux du reste du pays et de mettre fin au désordre migratoire qui déstabilise notre département.”
“Il y a bien eu des efforts et des renforts, mais pas à la hauteur des besoins : la majorité des foyers n’a toujours pas l’électricité à Mayotte. Alors que le cyclone Chido nous a frappés il y a trente-sept jours, la plupart des familles mahoraises n’ont toujours pas vu la couleur de la moindre bâche pour protéger leur tête et 90 % des foyers mahorais n’ont pas d’assurance. Nous n’avons encore aucun détail concret ni aucune modalité pratique concernant la promesse faite par le premier ministre de nous aider pour la reconstruction de nos maisons. J’entends les déclarations que vient de faire le ministre des outre-mer, que je remercie, mais je lui répète qu’il est urgent d’atteindre enfin les foyers, parce que la loi d’urgence ne dit absolument rien de la première des nécessités : nous donner un toit.”
“L’orgueil de notre pays, c’est de proposer une aide internationale au reste du monde, mais de la refuser pour Mayotte en affirmant que l’on gère au mieux la situation, alors que la population a faim et soif. À Mayotte, vos compatriotes subissent des coupures d’électricité et sont rationnés pour les achats de packs d’eau dans les magasins, où les ruptures de stock sont fréquentes. L’aide alimentaire s’est résumée à une boîte de sardine et à une bouteille d’eau par personne pour une semaine : un effort logistique énorme, pour un résultat dérisoire. Il y a aussi un déni de la réalité, quand les communiqués gouvernementaux affirment que l’électricité est rétablie à 80 %, alors que cette donnée ne concerne pas des foyers mais des bâtiments publics prioritaires.”
“Comme je le répète depuis le lendemain du cyclone, toute la population est vulnérable à Mayotte : tout le monde a subi les dégâts importants de son habitation ou a perdu son toit, son outil de travail ou son emploi ; tout le monde est confronté aux coupures d’eau ; tout le monde subit les violences de pillages et des caillassages qui ont repris, ainsi que la hausse des prix et les ruptures de stocks dans les magasins. Tout le monde subit la hausse des prix imposée par Air Austral. Tous les habitants de Mayotte souffrent, riches et pauvres, Mahorais, Indiens, Hexagonaux et étrangers. Toute la population est vulnérable et il faut enfin massifier l’aide apportée à notre territoire parce que tout le monde à Mayotte est à bout de forces.”
“Selon le premier ministre, Mayotte a subi la plus grave catastrophe naturelle de l’histoire de France depuis plusieurs siècles. Le cyclone Chido a ravagé notre île le 14 décembre ; le 13 janvier, c’est Dikeledi qui a continué le travail de dévastation et je vous rappelle que la saison cyclonique n’est pas finie. Depuis hier, c’est le choléra qui frappe, avec un premier cas déclaré. À Mayotte, nous avons l’impression d’un calvaire sans fin, d’un martyre qui vient s’ajouter aux années de crises successives. Française depuis 1841, Mayotte était sans eau courante avant le cyclone ; elle est maintenant sans électricité, dans une bonne partie de l’île. Des efforts et des renforts ont été apportés, oui, mais pas à la hauteur des besoins.”
“Nous suivons avec gravité et inquiétude la situation en Nouvelle-Calédonie, et je vous le demande : faut-il que le sang coule pour que Paris réagisse ? Faut-il que nos frères et nos sœurs meurent pour que vous finissiez par vous dire qu’il faut agir ? Que faut-il de plus pour que l’on reprenne enfin un dialogue politique dans les outre-mer et que l’on travaille pour l’intérêt général ? (Applaudissements sur quelques bancs.)”
“…quant à l’avenir de nos territoires, avec nous et pour nous. Sans nous, ce n’est pas possible. Je tiens à l’affirmer ici, l’Hexagone n’est rien sans les territoires ultramarins, sans nos populations. (MM. Thibault Bazin et Philippe Gosselin applaudissent.) À un moment, il faudra agir. Dans tous nos territoires – la Nouvelle-Calédonie, la Martinique, la Guyane, Mayotte, La Réunion, Saint-Pierre-et-Miquelon, les territoires du Pacifique, notamment Tahiti… –, il y a des crises graves. Je pense notamment au manque d’accès à l’eau, à des droits que vous avez ici dans l’Hexagone mais que nous n’avons pas dans les outre-mer alors que nous sommes des citoyens français et des contribuables. À un moment, il faudra se poser cette question.”
“Les positions partisanes et les déclarations à l’emporte-pièce ont des conséquences catastrophiques dans nos territoires. À un moment, nous devrons nous interroger ici collectivement, et il faudra que l’exécutif ait enfin une politique et une ligne claires…”
“Je tiens à exprimer ma solidarité à l’égard du Caillou, et je profite de cette discussion sur la Nouvelle-Calédonie pour interpeller l’ensemble des collègues présents. Dans les outre-mer, nous vivons une période historique qui ne dit pas son nom. Soixante ans après les décolonisations, nous constatons que les crises se multiplient, et nous sommes tous assez affligés de l’indifférence de l’Hexagone et de nos compatriotes. Soixante ans après les décolonisations, nous constatons des inégalités systémiques, impossibles à justifier dans la République. Ce sont des inégalités de traitement, des inégalités de développement, qui ne sont plus tenables. Nous devons avoir une discussion sur un passif colonial douloureux et complexe.”