Estelle Youssouffa
LIOT · France
“Si un membre de votre gouvernement, quel qu’il soit, était venu dans notre département, il aurait entendu que le projet d’ordonnance relative à l’égalité sociale à Mayotte trahit l’esprit du législateur, mais aussi les engagements de l’État : telle que rédigée, l’ordonnance maintient le travail sous-payé à Mayotte puisque le smic mahorais…”
“Antoine Léaument applaudit.) En effet, rien à Mayotte ne justifie de vous laisser aux affaires. Plus de dix-huit mois après le passage du cyclone Chido, la reconstruction n’a toujours pas commencé. L’État a fait face à l’urgence – c’était bien la moindre des choses – mais n’a rien fait pour reconstruire l’île.”
“Monsieur le premier ministre, je n’ai pas parlé de votre refus d’exploiter les hydrocarbures en outre-mer, ni de la crise de l’eau qui s’aggrave à Mayotte, ni de l’explosion des prix pour les Mahorais, ni des vicissitudes du port de Longoni qui menacent directement, d’ici au 31 août, les approvisionnements et la survie de notre île, dans…”
“On ne peut pas se satisfaire de la manière dont les personnes âgées ont été prises en charge dans les Ehpad, les malades dans les hôpitaux ou les enfants dans les écoles, alors que Santé publique France annonce que la canicule a causé plus de 2 000 décès et que le bilan pourrait s’alourdir.”
“Notez, monsieur le premier ministre, que le ministère de l’intérieur n’a même pas pris la peine de répondre au comité de suivi sur la question de la sécurité et de l’immigration.”
“Entre les autorisations d’engagement (AE), les crédits de paiement (CP) et la suppression des lignes budgétaires annoncées par le gouvernement, l’opacité la plus complète règne sur ce qui a été décaissé pour Mayotte, que ce soit pour la reconstruction ou dans le cadre du programme budgétaire Interventions territoriales de l’État (PITE).”
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“…et que prendre des mesures heurtait vos grands principes. Quand nous, qui sommes face au problème, demandons l’abrogation du droit du sol, cela vous gêne. Quand nous demandons un rideau de fer, cela vous paraît compliqué. Quand nous vous demandons de protéger la frontière, vous trouvez cela difficile. Il est temps de prendre votre part du fardeau migratoire et d’appliquer la continuité territoriale : abrogeons le visa territorialisé !”
“Tant que les mesures resteront de l’ordre du programmatique, la situation de Mayotte perdurera : la rotation des classes – composées de trente-cinq élèves –, l’insuffisance d’eau, les occupations illégales de terrains… Personne ne fait rien ! Tout le monde s’en tient à des déclarations, mais je demande à chacun de prendre ses responsabilités. L’exécutif promet de prendre des dispositions pour protéger la frontière, mais d’ici là, on laisse entrer qui veut. Et quand nous proposons l’abrogation du visa territorialisé en 2030, nous prenons au mot l’exécutif : comme il aura, selon sa promesse, fermé la frontière de Mayotte, il ne devrait pas voir de difficulté à la rouvrir pour que Mayotte envoie ses migrants à La Réunion ou en métropole. Pendant longtemps, vous étiez tous à dire qu’il n’y avait pas vraiment de problème migratoire à Mayotte…”
“C’est là que les Athéniens s’atteignirent : on peut faire de superbes scores électoraux à Mayotte mais ne pas écouter les Mahorais ! Madame Le Pen, l’analyse que j’ai présentée n’est pas seulement la mienne, c’est celle de tous les élus à Mayotte, des collectifs qui vous soutiennent et de vos électeurs.”
“Une grande partie est en situation irrégulière ; ceux qui sont en situation régulière ne peuvent pas sortir de l’île. C’est pourquoi toutes les associations, tous les partis et tous les élus de Mayotte ont demandé la fin du visa territorialisé. Nous souhaitons son abrogation immédiate. Le gouvernement serait favorable à une suppression de ce titre de séjour territorialisé en 2030 : nous estimons que cette échéance est trop tardive et que cette injustice doit prendre fin le plus tôt possible, c’est-à-dire maintenant.”
“Il vise à supprimer le visa territorialisé. L’enjeu est important et ancien. Cela fait des années que Mayotte demande qu’il soit mis fin au titre de séjour qui, de manière totalement dérogatoire au droit commun, limite le séjour des étrangers en situation régulière au seul département de Mayotte. Ceux-ci ne peuvent pas sortir de l’archipel. Par ce moyen, l’État, qui a refusé pendant très longtemps de protéger notre frontière, a voulu cantonner le problème migratoire à notre île et a tablé sur notre insularité pour y fixer les étrangers, en les régularisant massivement à la préfecture mais en faisant en sorte qu’ils restent à Mayotte. Cette situation a contribué au changement démographique qui s’est opéré sur notre île : deux décennies ont suffi pour que plus de la moitié de la population mahoraise soit étrangère.”
“Puisque le rapporteur dit que l’amendement est satisfait, je le retire.”
“Nous ne sommes pas idiots et nous comprenons parfaitement vos propos. (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’oratrice.)”
“Allons au bout de votre logique : s’il n’y a pas de frontière, nous sommes un seul et même pays.”
“Vous ne le dites jamais directement mais vous le sous-entendez en permanence en affirmant que nous sommes des grands cousins, que la frontière est une erreur et que le visa Balladur qui la fait exister est criminel.”
“Quand ces personnes émigrent, elles ne sont pas, comme vous le dites, simplement en train de fuir la misère. La misère est causée par la corruption de ce régime qui envoie la troupe contre sa population et qui est un régime islamique – ce vers quoi vous nous recommandez d’aller. J’ouvre une parenthèse : quand vous déclarez que Mayotte ferait mieux de rejoindre les Comores, vous voulez envoyer des Français, contre leur gré et contre leur vote, vers un régime dictatorial. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“…et que les populations n’ont jamais cessé de circuler. Un peu d’histoire – c’est important pour bien comprendre la situation : les statistiques nous apprennent qu’on n’a jamais connu une telle proportion de population comorienne sur notre île et que ce mouvement migratoire s’est accéléré à partir du moment où le droit du sol s’y est appliqué. Les autorités comoriennes ont massivement encouragé le débarquement de la population à Mayotte pour prendre le contrôle de notre île parce qu’elles ont échoué à faire aboutir leurs revendications territoriales sur notre sol auprès des Nations unies.”
“…car il est temps que le reste du territoire national prenne sa part du fardeau migratoire.”
“Il faut regarder la réalité en face : Mayotte ne peut plus accueillir. Nous sommes un territoire insulaire de seulement 375 kilomètres carrés. Nous ne pouvons pas construire une classe par jour, comme l’exigerait le volume des flux migratoires. Quand l’eau vient à manquer, parce qu’il est impossible d’en produire suffisamment pour la population qui arrive et qui grandit à une vitesse exponentielle, aucun service public ne peut suivre. Ne venez donc pas expliquer – je vous l’ai dit tout à l’heure – que Mayotte est un laboratoire : c’est faux. La situation qui est la nôtre est incomparable. Mayotte vous a lancé un appel à l’aide, Mayotte vous dit qu’elle ne peut plus faire face. Nous allons en effet nous retrouver, collègue Léaument, sur la question de l’abolition du visa territorialisé,…”
“Cela entretient, tant chez les demandeurs que chez les juridictions chargées d’instruire ces demandes, un sentiment d’incompréhension. Mayotte, vous le savez, est soumise à une pression migratoire sans équivalent, qui sature les capacités d’accueil des infrastructures et des services publics. La suppression à laquelle tend cet amendement vise deux objectifs : d’une part, sécuriser le cadre juridique, en limitant les régularisations aux hypothèses strictement définies, afin de garantir la prévisibilité des décisions ; d’autre part, ajuster le volume des admissions au séjour à la capacité réelle d’accueil de Mayotte. Mayotte, chers collègues, n’a pas de leçon d’accueil à recevoir. Pardonnez-moi d’avoir à vous le rappeler, mais nous sommes le seul territoire français dont la moitié de la population est étrangère.”
“Cet amendement tend à supprimer, pour le seul département de Mayotte, l’application de l’article L. 423-23 du Ceseda, qui permet la délivrance d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement des liens personnels et familiaux, appréciés in concreto . Le nombre très élevé de ces demandes, conjugué à l’appréciation purement discrétionnaire de l’appréciation de l’intensité, de l’ancienneté et de la stabilité de ces liens, conduit à des décisions très hétérogènes, voire divergentes, pour des situations pourtant comparables.”
“Non ! Ça, c’est le petit jeu politique, fait de calculs électoraux, auquel vous…”
“Qui plus est, nous légiférons dans le cadre de l’article 73 de la Constitution, qui reconnaît nos spécificités et prévoit donc la possibilité de modifier la loi pour en tenir compte, dans la mesure où elles justifient un traitement particulier. Voilà pourquoi nous ne sommes pas un laboratoire. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Je vous explique donc pourquoi ce n’est pas possible : Mayotte ne peut pas être un laboratoire, car des conditions de laboratoire doivent être transposables. Or le phénomène à l’œuvre à Mayotte est unique en son genre dans la République. Il s’agit d’un territoire insulaire dont, en quelques décennies, la population est devenue étrangère pour moitié ; d’un territoire français revendiqué par une puissance étrangère, qui instrumentalise les flux migratoires ; d’une population migrante qui ne reconnaît pas les règles de la République lorsqu’elle arrive à Mayotte, pas plus qu’elle ne veut s’intégrer, puisqu’elle considère qu’elle prend le contrôle de ce territoire. Voilà ce que vous ne voulez pas comprendre.”
“Vous êtes en train de créer un fantasme ; vous prétendez que Mayotte est un laboratoire et vous le répétez à l’envi.”
“Les conditions de laboratoire, ce sont des conditions comparables. En cela, Mayotte n’est pas un laboratoire, non seulement parce que nous ne sommes pas des animaux, mais aussi parce que notre situation n’est pas du tout comparable avec celle du continent : nous vivons sur une île, dans le canal du Mozambique, à plus de 10 000 kilomètres d’ici.”
“Je vous ai décrit la réalité de ce qui se passe !”
“…on ne prouve rien quant au fait de pourvoir aux besoins de ses enfants. Vous parliez de réalité ; la voilà ! On a besoin de vrais justificatifs. N’importe quel commerce doit pouvoir délivrer une facture – cela n’a rien de délirant –, un document comptable permettant de justifier réellement de votre rôle de parent qui pourvoit aux besoins de son enfant. Cela me paraît relever du bon sens. Cette demande est basée sur la réalité de ce qui se passe à Mayotte.”
“Nous demandons donc, et nous trouvons pertinent, que l’administration demande enfin de vrais justificatifs. (Mme Dominique Voynet s’exclame.) Lorsqu’on utilise des tickets de caisse récupérés dans les poubelles des supermarchés,…”
“En effet, madame K/Bidi, les tickets de caisse servent de justificatif pour recevoir des papiers en préfecture. Lorsqu’on fait ses courses dans un supermarché à Mayotte, des clandestins viennent vous demander vos tickets pour les verser à leurs dossiers de régularisation.”
“En fait, on en revient toujours à votre argument principal : Mayotte est comorienne. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et DR.)”
“Je ne défends pas le sous-investissement chronique de l’État : au contraire, je le dénonce régulièrement ici. Mais nier la saturation des maigres services publics de Mayotte par la population immigrante, c’est un déni complet de la réalité. (Mêmes mouvements.) Quand toute la population dit qu’on ne peut pas continuer comme cela, entendre une collègue nous expliquer qu’il suffit d’abolir les frontières avec les Comores pour régler le problème, cela revient à s’entendre dire qu’il faut revenir sur le choix de Mayotte de rester française.”
“… ou que les étrangers n’auraient d’autre choix que d’abandonner leurs enfants – alors qu’en réalité, si les autorités procèdent à des expulsions, tout parent a évidemment non seulement la possibilité, mais même l’obligation de partir avec son enfant.”
“C’est un peu comme quand vous nous expliquez que Mayotte est un laboratoire – car c’est bien connu : nous autres, Mahorais, sommes des cochons d’Inde –…”
“Il faut savourer ce moment magique où l’on voit la gauche s’opposer à une mesure qui garantit l’entretien et l’éducation d’un enfant pendant une année de plus, après nous avoir expliqué en long, en large et en travers, à quel point ils étaient préoccupés par le sort de ces gamins.”
“La démographie de Mayotte en a été totalement transformée, à tel point que 80 % des naissances sont le fait de parturientes étrangères. Les enfants concernés permettent à leurs parents de ne pas être expulsables grâce au titre de séjour délivré aux parents d’enfants potentiellement français. Pour une fois que l’État se met au travail pour lutter contre l’immigration clandestine à Mayotte, il va falloir faire preuve d’un peu de cohérence ! Nous allons donc nous battre pour protéger l’article 2. Le fait de demander à une personne, qui prétend être le parent d’un enfant, de fournir des justificatifs qui prouvent qu’elle a contribué à son éducation, qu’elle l’a nourri, nous semble constituer une mesure de bon sens – c’est même la base. Voilà pourquoi nous avons besoin des dispositions prévues par l’article 2.”
“Voilà quelle est la réalité. Cela signifie que ces enfants servent de protection pour leurs parents : ce sont des bébés papiers. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Pardonnez-moi, chers collègues, mais j’ai subi vos inepties sans protester, vous voudrez bien faire preuve de la même politesse ! Vous validez un système que vous déplorez par ailleurs, car vous n’êtes pas toujours parfaitement cohérents, en estimant qu’il faut laisser entrer un maximum d’étrangers et en affirmant que l’immigration est uniquement motivée par la misère – ce sont vos mots. Au passage, vous faites totalement abstraction de la revendication territoriale des Comores. C’est plus commode pour vous de ne pas mentionner que cette immigration, ce trafic humain, sont encouragés et sponsorisés par les autorités comoriennes.”
“Puisque certains veulent rappeler des vérités, corrigeons immédiatement certains propos. Par exemple, le ministre et certains députés parlent de la régularisation d’enfants français. Or il s’agit d’enfants qui ne sont pas français, mais qui pourraient le devenir. Ils sont protégés. Ils ne sont pas français tant que leur dossier n’a pas été examiné – et le cas échéant, accepté – par l’administration lorsqu’ils atteignent l’âge de 18 ans.”
“C’est marqué noir sur blanc dans le texte, à l’article 19 : « expropriation » ! Il faut lire, hein !”
“Pour Mayotte, le groupe LIOT votera la loi, mais il restera vigilant.”
“Le CICE n’offre que des miettes en comparaison des exonérations prévues par la Lodeom, qui permettraient à nos entreprises d’offrir enfin aux salariés mahorais l’alignement social tant attendu. Il y a dans le texte adopté en commission des avancées importantes que je ne listerai pas. Il y a aussi des lignes rouges, avec des mesures dérogatoires pour les expropriations et les régularisations foncières. Si le gouvernement persiste à vouloir spolier les Mahorais de leurs terres, notre île se révoltera. Le droit à la propriété est un droit constitutionnel ; à cet égard, les articles 19 et 20 sont une infamie. Il n’est pas question de laisser l’État et les clandestins profiter de notre détresse pour voler nos terres. Les procédures de droit commun existent pour réaliser des projets d’envergure !”
“Le gouvernement a trouvé le moyen de faire passer au printemps un budget qui n’inclut pas le coût de la reconstruction de Mayotte. Il refuse de présenter le détail budgétaire de cette loi et ne nous transmet pas le rapport sur l’égalité sociale voté dans le cadre de la loi d’urgence. L’égalité sociale est pourtant une urgence absolue, une question d’égalité et de dignité. Le dossier est certes complexe, mais l’État lambine. Nous ne comprenons pas que l’exécutif refuse aux entreprises de Mayotte l’exonération des cotisations prévues par la Lodeom : alors que les entreprises de Martinique et de La Réunion peuvent être exonérées de cotisations sociales, celles de Mayotte sont discriminées.”
“Des liaisons maritimes épouvantables, avec des heures de queue pour prendre la barge reliant nos deux îles. Des lignes téléphoniques et un réseau internet qui sautent et saturent. Une reconstruction publique qui ne démarre pas, alors que les prix des matériaux de construction ont déjà augmenté de 150 %. Les profiteurs de crise se gavent et l’État regarde ailleurs ! Le prêt à taux zéro est inaccessible pour les familles et les aides promises aux entreprises et aux particuliers sont misérables. Les assureurs traînent des pieds pour indemniser leurs clients. Plus de six mois après le drame, l’établissement public chargé de la reconstruction n’est toujours pas sur pied et n’a pas présenté sa stratégie : c’est à se demander si Chido est passé à Mayotte ou à Paris !”
“Ne pas faire droit à ces obligations se traduit à Mayotte par un désert administratif, judiciaire, médical et numérique et nous empêche, nous Mahorais, d’accéder à nos droits. Bien avant le cyclone Chido, l’État a mis un soin particulier à créer toutes sortes de dérogations et exceptions pour fuir ses obligations et laisser Mayotte à la marge de la République. En 2025, vivre à Mayotte relève plus que jamais du parcours du combattant. De l’eau au robinet un jour sur deux. Quelques heures de cours par jour pour nos enfants. Un hôpital à terre pour une population à bout de forces et un directeur de l’ARS en campagne électorale pour les municipales dans l’Hexagone. Une circulation infernale, faute d’un maillage routier suffisant. Des billets d’avion hors de prix.”
“Présentée sans que le gouvernement daigne nous transmettre le détail des financements, cette loi de programmation constitue pourtant un passage obligé pour obtenir la trajectoire financière pluriannuelle que nous devrons sanctuariser lors du comité interministériel des outre-mer et dans les prochaines lois de finances. Le groupe LIOT y veillera. Mayotte ne demande pas la charité ou un traitement de faveur. Nous demandons ce à quoi nous avons droit, ni plus ni moins. Nous voulons avoir les moyens de vivre normalement, les moyens de nous accomplir. Nous sommes Français depuis 1841 et Mayotte est un département depuis 2011. Pourtant, ni le code de la sécurité sociale, ni le code du travail, ni le code de la santé ne s’appliquent à Mayotte. Je vous rappelle que la norme crée des obligations et impose le déploiement des services publics.”
“Mayotte est maîtresse de son destin, un destin français. Oui, la République est imparfaite et perfectible, la République a manqué à ses devoirs à Mayotte, mais elle reste notre choix.”
“Les revendications territoriales des Comores et les errements idéologiques de certains n’y changeront rien.”
“Je veux commencer mon intervention par une pensée pour Coco Djoumoi, pour que résonne ici le nom de cette grande chatouilleuse, l’une de ces Mariannes mahoraises de la République. Coco Djoumoi est morte jeudi à Mayotte. Dans les années 1960 et 1970, elle s’est engagée, avec ses sœurs de combat, pour que Mayotte reste française. Pacifiquement mais avec force, Coco Djoumoi a lutté, avec Zeina Mdéré, Zeina Méresse, Zakia Madi, Georges Nahouda, Younoussa Bamana, Marcel Henry et tant d’autres. Elle a risqué sa vie, elle est allée en prison pour changer le cours de l’histoire, pour que je puisse ici devant vous, avec ma collègue Anchya, représenter vos compatriotes de Mayotte à l’Assemblée nationale. Mayotte est française par la volonté et par le combat de ses habitants.”
“Le projet de loi organique – qui procède à des coordinations avec le projet de loi ordinaire – n’a quant à lui fait l’objet d’aucune modification en commission. Je voudrais, pour conclure, vous appeler à faire preuve de responsabilité et à voter ce projet de loi pour Mayotte. Il est imparfait, mais nous en avons besoin. Donnez-nous le temps d’achever l’examen de ce texte. Alors que plane la menace d’une motion de censure, permettez-moi de vous rappeler que Mayotte ne peut plus attendre ni se payer le luxe d’une nouvelle vacance gouvernementale. Laissez-nous aller au bout, il sera bien temps de censurer après. (M. le rapporteur général et M. Florent Boudié, président de la commission des lois, applaudissent.)”
“J’ai donc proposé qu’à l’avenir, dès lors que cet écart est supérieur à 60 %, la répartition des sièges au sein de cette assemblée ait lieu à la représentation proportionnelle des personnes inscrites sur les listes, et non en fonction de la population totale. S’il s’agit bien d’une dérogation au droit commun, elle peut s’inscrire dans l’article 73 de la Constitution, dont Mayotte dépend. Elle me semble entièrement justifiée par la situation particulière de notre territoire, qui fait l’objet d’ingérences et de revendications territoriales de la part de l’Union des Comores, laquelle instrumentalise à cette fin les flux migratoires massifs. Il me semble capital de préserver les votes des Mahorais de cette influence étrangère.”
“Les modifications apportées sur ce point par le Sénat ne répondant pas aux obligations constitutionnelles, nous avons choisi de revenir presque intégralement à la rédaction initiale du gouvernement. À mon initiative, la commission a adopté une autre modification, qui concerne les modalités de répartition des sièges entre les sections. À Mayotte, seuls 30 % des habitants sont inscrits sur les listes électorales, contre 70 % dans l’Hexagone : c’est un écart très important. S’il reflète naturellement le grand nombre de jeunes dans notre île, il s’explique aussi par la forte proportion de personnes étrangères qui y vivent.”
“Comme vous le savez, les vingt-six conseillers départementaux de Mayotte sont élus, dans les treize cantons, au scrutin binominal majoritaire à deux tours. Depuis au moins dix ans, le conseil départemental souhaite voir changer ce mode de scrutin afin de rapprocher l’assemblée d’une assemblée régionale, avec un scrutin de liste à la représentation proportionnelle, et de doubler le nombre de conseillers. C’est ce à quoi tend l’article 31, par le découpage de la circonscription en cinq sections et par la réduction de la portée de la prime majoritaire, fixée à dix sièges sur cinquante-deux – environ 20 %. L’enjeu est de respecter les équilibres géographiques et démographiques de l’île, tout comme le pluralisme politique, sans pour autant mettre en danger la stabilité de la future nouvelle assemblée.”
“Compétences et moyens financiers – le nerf de la guerre – font cruellement défaut à ce toilettage institutionnel qui se concentre sur la modification du mode de scrutin de la future assemblée prévue à l’article 31. Un tel toilettage n’a de sens que s’il nous permet de sortir des baronnies villageoises, de la corruption du troisième tour – qui voit des élus s’enfermer dans un hôtel pour sortir un président de leur chapeau en échange de valises de billets – et de l’inertie du conseil départemental, incapable de défendre des projets d’envergure devant les électeurs. Alors que Mayotte va enfin pouvoir se construire, nous avons besoin d’une assemblée renouvelée, ambitieuse et agile, autant d’objectifs auxquels doit participer la modification du mode de scrutin.”
“S’agissant du transfert des compétences aujourd’hui non exercées par la collectivité, je regrette que les règles de la recevabilité financière ne m’aient pas permis de déposer un amendement pour l’organiser à l’horizon 2028. Il est décevant que le toilettage institutionnel auquel procède ce texte ne s’accompagne pas d’un calendrier clair et d’une réflexion plus globale sur les dotations versées à la collectivité de Mayotte. Un toilettage sans dotation de rattrapage ni trajectoire financière des transferts de l’État vers la nouvelle assemblée de Mayotte me paraît bien léger et de nature à hypothéquer les ambitions structurantes du département.”
“Pour cette raison, je défendrai un amendement qui exclut de la coopération les pays ayant exprimé des revendications territoriales sur Mayotte. Il me semble invraisemblable d’apporter des financements à un pays qui revendique officiellement Mayotte et nous déstabilise. Le Quai d’Orsay peut faire ce qu’il veut, mais je souhaite que le conseil départemental reste en dehors d’une telle coopération. Je ne doute pas que ceux qui se gargarisent de lutter contre les ingérences étrangères et l’instrumentalisation des flux migratoires soutiendront cet amendement, dans les rangs de cette assemblée comme sur le banc des ministres.”
“L’un d’entre eux institue un conseil cadial, chargé d’assister la future assemblée de Mayotte sur tous les sujets liés à la médiation sociale et aux traditions mahoraises. Après consultation des cadis à Mayotte, je proposerai des amendements visant à parfaire ces articles et à clarifier le rôle du conseil cadial. Il convient de maintenir la rémunération des cadis, actuellement salariés par le conseil départemental jusqu’à leur retraite. Il s’agit de protéger, de pérenniser et de rationaliser une institution coutumière, fidèle à la République et alliée précieuse de l’État dans la lutte contre la radicalisation religieuse. En ce qui concerne la coopération régionale, j’ai entendu les réticences exprimées par le conseil départemental de Mayotte, qui craint que cela n’affecte ses relations avec Madagascar.”