Ayda Hadizadeh
SOC · France
“Il est dommage que le premier ministre soit parti – je pense qu’il reviendra… Je voulais lui dire, peut-être pour la dernière fois les yeux dans les yeux, à quel point j’y avais cru et à quel point je suis terriblement déçue.”
“Voter en faveur de ce texte n’aurait aucun sens, car il n’alloue pas un seul euro supplémentaire aux enfants placés. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.) Nous sommes en train de créer deux catégories d’enfants : d’un côté, nos propres enfants, la chair de notre chair, la prunelle de nos yeux ; de l’autre, les enfants qui…”
“Ne devriez-vous pas le dénoncer avec moi, plutôt que de dire que nous exagérons, qu’il y a de belles histoires et des endroits où cela se passe bien ? Vous êtes dans le déni absolu, voilà ce qui me navre ! (Mêmes mouvements.) Ce texte devait concrétiser une grande promesse ; il finit en grande désillusion.”
“J’ai voulu ouvrir, dans ce projet de loi, le chantier des contrôles ; vous vous y êtes refusés. Aussi insensé que cela paraisse, nous ne contrôlons pas suffisamment les lieux de placement, quand le Master Poulet de Saint-Ouen subit, lui, quatorze contrôles en un mois ! (M.”
“Vous pouvez toujours le nier, madame la ministre, c’est la vérité : à l’heure actuelle, dans les lieux de placement, on compte un éducateur, non formé, pour vingt, trente, voire quarante enfants. Osez me dire le contraire, les yeux dans les yeux, vous qui refusez de publier un décret fixant les taux d’encadrement !”
“Ce n’est pas avec des pansements posés sur les plaies purulentes que nous créons nous-mêmes, nous législateurs et responsables politiques, que nous reconstruirons ce champ de ruines qu’est la protection de l’enfance. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC. – Mme Sandrine Rousseau applaudit également.”
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“Il va donc falloir investir massivement. Sortez de vos ornières ! Ce n’est pas un problème de fléchage des moyens : 11 milliards d’euros, cela semble beaucoup, mais ce n’est pas assez. Ce ne sont pas des dépenses, ce sont des investissements. Investir dans l’enfance, c’est réduire la violence, tarir la maltraitance, bâtir cette société plus heureuse et cette France unie dans laquelle nous, socialistes, voulons vivre. J’espère qu’une prise de conscience aura lieu. Nous n’y parviendrons peut-être pas d’ici la fin de cette législature, mais nous travaillerons sans relâche dans ce sens.”
“Quand des enfants se prostituent à la sortie des foyers dès l’âge de 11 ou 12 ans, si ce n’est pas un cyclone qui s’abat sur eux, de quoi parle-t-on ?”
“Il a fallu le cyclone Chido à Mayotte pour qu’on comprenne l’intérêt d’un ministère d’État chargé des outre-mer. Mais pour les enfants placés, le cyclone, c’est tous les jours, plusieurs fois par jour !”
“Un enfant, pour se développer, a besoin d’une certitude : celle d’avoir quelqu’un sur qui compter et de savoir qu’il compte pour quelqu’un. C’est précisément ce qui détruit les enfants qui relèvent de la protection de l’enfance : grandir avec la certitude qu’à 18 ans – ou 21 ans, si leur projet convient à une administration –, tout peut s’arrêter. Cette pensée détruit. Pour l’éradiquer, il faut investir massivement. C’est là où je rejoins mes collègues Insoumis : non, nous ne sommes pas à la hauteur de la promesse que nous devons à tous les enfants. Il nous faut un plan Marshall pour l’aide sociale à l’enfance. Je regrette que le gouvernement, par ses multiples avis défavorables ou de sagesse sur nos amendements, n’ait pas saisi l’urgence. Je regrette l’absence d’un ministère d’État dédié à la protection de l’enfance.”
“Non, ce texte n’est pas le Grand Soir. C’est une brique de plus dans l’édifice de l’aide sociale à l’enfance. Nous le savons tous, cet édifice est délabré, lézardé, en ruine par endroits. Contrairement à ce que prétendent nos collègues des bancs du RN-UDR, puisque vous vous appelez désormais ainsi, le problème n’est pas que les moyens sont mal fléchés. C’est un problème de moyens, tout court. Nous sommes dramatiquement en dessous des investissements nécessaires pour offrir à chaque enfant de ce pays, non pas un avenir radieux, mais simplement un avenir correct. Un avenir correct, ce n’est pas qu’une question matérielle. Ôtons-nous cela de l’esprit. On devrait même changer cette notion d’aide sociale à l’enfance.”
“Il tend à s’assurer que la majorité des contrôles seront effectués inopinément, sans préavis. Il vaut mieux préciser cela dans la loi plutôt que de le laisser à la libre interprétation des départements, qui pourraient en avoir des appréciations divergentes.”
“Il s’agit, là encore, de modifier la culture du contrôle en posant le principe selon lequel le taux de contrôles inopinés ne peut être inférieur à 70 % du nombre total d’opérations de contrôle. Nous aurons ainsi l’assurance que la majorité des contrôles se fera sans préavis.”
“Ce n’est pas pour pinailler que nous voulons fixer un taux, mais pour élever notre niveau d’exigence – tous les rapports qui ont été publiés, à commencer par celui de Mme Santiago, nous invitent à le faire, dans l’intérêt des enfants placés. Après tout, beaucoup de normes, dans notre législation, comportent des taux. Il n’est pas choquant que nous en fixiions un pour la protection de l’enfance. Les situations dont nous parlons ont donné lieu à des scandales qui ont suscité l’effroi de nos concitoyens ; nous devons être à la hauteur et imposer des contrôles plus exigeants. Ce n’est pas du pinaillage, ce n’est pas du surcontrôle. Il s’agit de montrer qu’il existe une attente et que demain, nous pourrons aussi contrôler ceux qui contrôlent. Pour cela, fixer un taux est plus efficace.”
“Nous voudrions fixer le taux de contrôles inopinés à 70 %, afin qu’ils soient la norme et que les contrôles organisés soient plus limités, pour la raison que j’ai déjà développée. Il nous semble important de fixer le taux dans la loi parce que les services risquent, sinon, d’aller vers la facilité – c’est ainsi qu’est fait l’être humain –, si bien que les contrôles organisés prendront le pas sur les contrôles inopinés. Si nous voulons garantir la sécurité des enfants placés, les contrôles doivent survenir de manière largement inopinée, tandis que les services pourraient organiser de temps en temps des contrôles d’une autre nature.”
“Je vous demande de voter pour cet amendement qui vise à renforcer les contrôles inopinés.”
“Les contrôles se font sur la base des alertes émises sur une structure d’accueil, mais ils ne sont pas inopinés, si bien que cela peut conduire à des visites Potemkine, lors desquelles la structure se sera organisée pour cacher ses défaillances. Le contrôle inopiné devrait être la règle pour tous les lieux qui accueillent des personnes vulnérables, notamment des enfants. C’est déjà le cas pour les structures périscolaires et pour le domicile des assistantes maternelles. Ce devrait l’être pour les Ehpad, on a vu comment des situations scandaleuses ont pu perdurer en restant cachées. Nous devons élever notre vigilance et notre exigence au plus haut niveau dans ces lieux qui accueillent des êtres parmi les plus vulnérables de notre République : les enfants placés.”
“Il ne s’agit pas d’un combat privé-public, il s’agit d’encadrer les pratiques du privé. Nous soutenons le texte, mais ne faites pas tomber le débat dans la caricature, s’il vous plaît. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.)”
“Cher collègue, les bras m’en tombent. Oui, il faut financer la recherche, les innovations et l’hôpital, mais est-ce aux familles de patients de le faire ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) C’est ahurissant. C’est la triple peine : on ne choisit pas d’être malade, on tombe malade ; on ne choisit pas qui tombe malade dans sa famille ; et on doit payer pour l’hôpital public ! C’est à nous tous de payer, c’est le principe de la sécurité sociale ! Ce sont les principes de solidarité et de fraternité – écrit au fronton de nos mairies ! Et vous êtes en train de nous dire, attention, l’hôpital est en ruine, c’est aux parkings de venir combler ce trou. Les pratiques des acteurs privés qui font des bénéfices sur le dos des patients doivent être régulées.”
“Dans le même esprit que l’amendement précédent, nous voulons interdire, pour les utilisateurs mineurs de services de réseaux sociaux, les interfaces qui poussent au scroll continu. Elles rendent les jeunes captifs de ces services, les incitent à y rester le plus longtemps possible. J’emploie à nouveau l’image des centres commerciaux où l’on vend tout un tas de produits inutiles, où l’on fait tout pour que les personnes restent enfermées le plus longtemps possible dans ces espaces dénués d’âme et de sens mais qui les rendent captives par des effets de lumière ou de couleur.”
“La protection de nos enfants relève de la souveraineté nationale. Il est temps de se réveiller. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) Je suis pro-européenne, je reste viscéralement attachée à l’Europe, mais c’est précisément pour cette raison qu’il faut savoir regarder la réalité en face. Certains sujets doivent revenir au législateur que nous sommes. Nous ne pouvons pas dire à nos concitoyens : « Vos enfants se noient dans une piscine, mais l’Europe ne nous permet pas de leur jeter une bouée de sauvetage ». Ce n’est pas entendable ! Il est temps que cela cesse. C’est pourquoi je maintiendrai mon amendement, même si je comprends tout à fait pourquoi un double avis défavorable a été émis.”
“Je sais que nous devons avancer vite pour achever l’examen de ce texte. Je n’ignore pas non plus que Mme la rapporteure et Mme la ministre sont défavorables à cet amendement parce que la Commission européenne ne nous permet pas de légiférer sur ce point. Pourtant, je veux le maintenir : les batailles politiques perdues sont celles que l’on ne mène pas. L’exemple de l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur nous montre que, même si l’Europe commence par nous expliquer, à nous, États souverains, que nous ne pouvons rien faire et qu’il faut aller dans le sens de l’histoire, il est tout de même possible d’agir. En nous mobilisant pour la protection des mineurs, nous réaffirmons qu’il s’agit d’un sujet essentiel. Cela appelle, par ailleurs, un débat plus large : certains sujets délégués à l’Europe doivent revenir dans le giron national.”
“Les fournisseurs de services de réseaux sociaux doivent garantir que les utilisateurs mineurs seront préservés de toute pression commerciale excessive. Nous constatons tous que les publicités sur les réseaux sociaux n’ont aucune retenue et font la promotion de produits nocifs, pour les enfants comme pour les adultes : jeux d’argent ou produits de vapotage, pour ne citer qu’eux. Il est anormal qu’aucune contrainte ne soit imposée à ces fournisseurs pour instaurer une régulation préservant nos jeunes de ces publicités dangereuses, mensongères, et de ce règne de l’argent roi et du capitalisme le plus débridé. C’est le sens de cet amendement.”
“Il vise à obliger les réseaux sociaux à se doter de dispositifs simples et ergonomiques de contrôle parental. À l’heure actuelle, contrôler le compte de son enfant est, pour un parent, assez compliqué ; il n’existe pas de fonctionnalités minimales grâce auxquelles le faire aisément. Comme l’a dit l’une de mes collègues, nous devons faire peser des responsabilités sur les épaules des géants de la tech, renvoyer la balle dans leur camp : c’est à eux qu’il revient de nous aider à pacifier ces zones, à permettre aux parents de jouer correctement leur rôle.”
“…et nous serons toujours du côté de ceux qui veulent créer des postes –, mais cela ne suffira pas. Le débat sur l’interdiction est donc nécessaire.”
“Il faut certes recréer les postes de médecins et de psychologues –…”
“C’est troublant et cela pose des questions sur le respect de la démocratie et de la vie intime. C’est ce à quoi les jeunes sont exposés. Il existe donc un problème massif et l’interdiction doit être débattue. Il faut fixer des limites claires et envoyer un signal aux jeunes : tant que les réseaux sociaux seront conçus par des prédateurs qui ne sont intéressés que par le business et qui vénèrent l’argent roi, ce ne sont pas des lieux qu’ils peuvent fréquenter. En plus de l’étalage de marchandises inutiles, tel qu’on peut le voir dans les centres commerciaux, ces lieux font aussi étalage d’idées violentes et dangereuses. Tant que nous ne parviendrons pas à réguler les producteurs, il faut interdire ces réseaux, ce qui les poussera peut-être à faire évoluer leurs plateformes. Il y a urgence.”
“Nous ne voterons pas cet amendement de suppression parce qu’il faut que le débat ait lieu. Chers collègues, vous nous dites que si cette loi était votée, elle serait contournée. Malheureusement, c’est le principe de toutes les lois, même les plus vertueuses. Les tribunaux sont remplis de personnes – y compris des personnages très connus de la République – qui, tous les jours, contournent les lois. Les réseaux sociaux actuels présentent un problème de design. La moyenne d’âge de cet hémicycle est de 50 ans. La plupart d’entre nous ont donc connu le Facebook des origines. On s’abonnait alors aux comptes de proches pour recevoir des nouvelles. Cette époque est révolue. Aujourd’hui, nous sommes bombardés de contenus que nous ne choisissons pas. Il arrive même de se retrouver ensuite inondé de pubs liées à un sujet on a préalablement discuté.”
“Nous avons le devoir d’aider le peuple iranien, l’obligation de leur donner des moyens, même si nous ne sommes pas sûrs d’obtenir des résultats. Larguer des bombes ne sera jamais une solution – peut-être est-ce cela que voulait dire Mme la ministre, et je la rejoins sur ce point. Reste que le grand peuple d’Iran n’y arrivera pas seul. Il a besoin de notre soutien. Entendons l’alerte qui nous est adressée en tant que démocrates : si nous laissons Elon Musk le nazi et Donald Trump le parrain incarner l’espoir, nous sommes morts, voués à n’être plus que des pantins. Pour ne pas mourir, nos démocraties doivent se délier les mains et agir de toutes leurs forces. Ma question est donc simple : que faisons-nous pour aider dès maintenant l’Iran à se débarrasser de ses bourreaux ? (Mme Marie Récalde applaudit.)”
“Nous avons une responsabilité morale envers le peuple iranien. La France, faut-il le rappeler, a accordé l’asile politique à Khomeiny, puis lui a affrété un avion Air France, dont il est descendu pour abattre l’obscurité sur son peuple. Malgré cette responsabilité morale, que faisons-nous ? Nous avons les yeux ouverts, avez-vous dit, monsieur le ministre, mais à quoi cela sert-il si nos mains sont liées ? Que faisons-nous pour le peuple iranien ? Aujourd’hui, l’espoir de ce dernier réside dans Elon Musk, l’homme du salut nazi. C’est lui qui met ses satellites à disposition des Iraniens afin de les désenclaver, afin qu’ils puissent joindre leurs familles. Où sont les satellites européens ? Que fait Eutelsat ? Quand inscrirons-nous le corps des gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes ?”
“Dans votre discours, madame la ministre des armées, vous avez eu cette phrase qui, je dois le dire, a fait saigner mon cœur : « Il appartient au peuple iranien et à lui seul de décider de son destin », avez-vous dit. Un prisonnier décide-t-il de son destin ? Voilà plus de quarante ans que le peuple iranien est en prison, une prison à ciel ouvert où il se débat et lutte de toutes ses forces. Parfois, ce prisonnier tape contre ses barreaux et provoque des émeutes – nous avons assisté à cela il y a quelques jours. Puis ses bourreaux arrivent et lui tirent dessus à l’arme lourde. Non, il n’appartient pas au peuple iranien de décider seul de son destin. S’il le pouvait, il le ferait. Mais il ne peut pas, car il est retenu prisonnier. Quelle peut donc être la responsabilité de la France ?”
“Vous n’assumez pas ce que dit M. Bardella ? Vous le citez toutes les trois minutes !”
“Eh oui ! Ce n’est pas le service public !”
“Nous sommes là au cœur du problème : alors que nous sommes tous d’accord pour dire qu’il y a urgence et qu’un immense problème se pose, vous parlez encore d’expérimentation. Je suis vraiment navrée, ce n’est pas au niveau – pas au niveau de la violence que subissent les enfants. Agissez ! Nous sommes tous d’accord pour le faire, saisissons cette occasion de rassembler tout le monde. La société française l’attend. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – MM. Jean-Claude Raux et Stéphane Peu applaudissent également.)”
“Le 11 décembre, nous avons fait voter à l’unanimité des plus de 200 députés présents, issus de tous bords politiques, une proposition de loi qui rendait obligatoire et systématique la présence d’un avocat aux côtés des enfants placés. Ma question est simple et directe : reprendrez-vous ces dispositions dans votre projet de loi, afin que chaque enfant placé soit doté d’un protecteur et d’un gardien de ses droits ? (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, EcoS et Dem ainsi que sur quelques bancs du groupe DR. – M. Stéphane Peu applaudit également.)”
“(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EcoS.) Les 300 pages du rapport de notre collègue Isabelle Santiago, ici présente, le démontrent noir sur blanc. Dès lors, la question qui se pose à ce gouvernement est la suivante : êtes-vous déterminés à mettre un terme à ces manquements, à ces violences ? Peut-on encore supporter que notre République inflige des souffrances à des enfants qu’elle prétend protéger parce qu’elle les a retirés à des parents qui eux-mêmes étaient violents ? Vous allez défendre dans les prochains mois – vous êtes en train d’y travailler – un projet de loi relatif à l’aide sociale à l’enfance.”
“M. le garde des sceaux n’est pas là ; c’est donc vous, madame la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, qui répondrez à ma question, mais, au fond, elle s’adresse à l’ensemble du gouvernement, tant le sujet est grave. Le 10 décembre, une enfant de 10 ans était violée par un autre enfant dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance. Si nos mots ont un sens, j’aimerais qu’ils traversent ces murs et atteignent cette petite fille ainsi que tous les enfants accueillis par l’aide sociale à l’enfance. Nous sommes souvent en désaccord, nous nous affrontons sur de nombreux sujets, mais il y en a un sur lequel nous nous retrouvons, et je voudrais qu’ils l’entendent, parce que de tels sujets sont rares : nous sommes tous bien réveillés et conscients du fait que la protection de l’enfance est en faillite.”
“Vous étiez où ce matin pour les enfants ?”
“Je suis défavorable à cette modification pour la simple et bonne raison que la protection de l’enfance est une expression qui parle à tous : aux adultes, mais surtout aux enfants. Or nous souhaitons que les enfants puissent s’approprier cette loi et qu’ils sachent que la République, personnifiée par un avocat payé par les contribuables pour les assister dans leurs démarches, est à leurs côtés. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS.)”
“Je partage votre souhait que l’aide juridictionnelle soit garantie pour tous les enfants, mais je vous propose de maintenir l’insertion de ce principe dans le code civil. Tout changement compromettrait en effet l’équilibre du texte – je rappelle que nous avons travaillé avec les services du garde des sceaux. Avis défavorable.”
“Je tiens à remercier mon collègue Jean Moulliere pour le travail que nous avons effectué ensemble. Les auditions et les débats ont permis de mettre en lumière les questions que soulève l’assistance d’un avocat, combinée à la présence éventuelle d’un administrateur ad hoc , mais celle de la répartition de leurs compétences ne se pose pas. L’administrateur ad hoc est là pour effectuer des actes que l’enfant ne peut pas faire alors que l’avocat défend les droits de ce dernier. Un décret est donc inutile. Avis défavorable.”
“L’adoption de cet amendement empêcherait d’accorder l’aide juridictionnelle à tous les enfants, sans condition de ressources. Or c’est indispensable. Nous y sommes donc défavorables.”
“Je peux comprendre votre préoccupation, mais cette précision est inutile. Il est évident que le juge sait quand il est dans l’intérêt de l’enfant de désigner un administrateur ad hoc . Ne reproduisons pas les erreurs de la loi de 2022, qui ajoutait de la confusion. Je demande donc le retrait de votre amendement.”
“…vous jetez le doute sur nos services et désignez toujours le même bouc émissaire, responsable de tous les maux de la société française : le pauvre étranger – en l’occurrence, des enfants. Avis très défavorable ; votre amendement n’est absolument pas pertinent.”
“Comme l’a dit ma collègue Gabrielle Cathala, il s’agit d’un amendement rédactionnel, qui vise à ajouter une catégorie de personnes que nous avions oubliée dans la rédaction initiale. Je tiens d’ailleurs à remercier toutes les collègues avec lesquelles nous avons travaillé en étroite collaboration : Caroline Yadan, Perrine Goulet, Isabelle Santiago, Colette Capdevielle, Gabrielle Cathala, Marianne Maximi. Ensemble, nous avons enrichi ce texte grâce à un travail transpartisan, auquel se sont également associés nos collègues du groupe Horizons – avec un homme, Jean Moulliere. Je veux saluer tous ceux qui ont contribué à cette amélioration, afin de vous présenter une version qui, une fois adoptée, sera pleinement efficace pour tous les enfants placés. (Mme Caroline Yadan applaudit.)”
“Toutes nos prises de parole ont montré que l’heure n’était plus à l’expérimentation. Une expérimentation a déjà été menée dans le barreau des Hauts-de-Seine, d’autres sont en cours dans le barreau de Bourges et dans celui d’Avignon. L’heure est à l’urgence : douze enfants sont morts depuis juillet 2024 ; des enfants souffrent, sans personne pour les défendre, et passent seuls en audience face à tant d’adultes. Je comprends que le gouvernement souhaite être prudent, mais je suis toujours perturbée quand la prudence concerne des enfants dont la vie est en danger. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Il est temps d’accélérer et de conduire cette grande réforme, attendue depuis de très longues années – nos collègues l’ont rappelé. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Sébastien Peytavie applaudit également.)”
“Par cette loi, nous disons à chaque enfant de la République : La République est là pour toi, elle te voit, elle t’entend, elle te protège et elle protège tes droits ; elle te donne un garant et un gardien. Elle te donne ton avocat. Et peut-être ces enfants pourront-ils enfin se penser non plus comme des enfants placés, mais comme des enfants protégés et aimés par toute notre nation. (Les députés du groupe SOC et Mme Danielle Simonnet se lèvent pour applaudir. – Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, LFI-NFP, DR, EcoS, Dem, HOR, LIOT et GDR.)”
“Les lâches ne s’attaquent qu’aux faibles, aux êtres seuls et sans défense. S’il avait eu dans sa poche le numéro de son avocat, les éducateurs auraient su qu’il avait toute la société avec lui. C’est ce que nous allons faire aujourd’hui. Nous allons mettre la main de la justice sur l’épaule de chaque enfant placé ; nous allons mettre chacun d’entre eux sous le regard de la République. La loi que nous adopterons ensemble tout à l’heure peut tout changer. Ce n’est pas moi qui le dis : ce sont eux, les anciens enfants placés. C’est pour eux une loi vitale, la plus urgente de toutes. Ce n’est pas une expérimentation, ce n’est pas une mesure technique. C’est une loi qui offre un nouveau droit, plein, entier et inconditionnel.”
“Je les remercie de m’avoir accordé leur confiance en me laissant présenter ce texte au début de la journée qui nous est réservée. L’avocat est la sentinelle de l’enfant. Il questionne, il alerte, il rend audible ce qui, autrement, resterait étouffé. Il sait parler quand l’enfant se tait et le défendre quand tout vacille. Grâce à cette loi, aucun enfant ne traversera plus seul les couloirs de la justice. On ne laisse pas un enfant sans défense face à une décision susceptible de bouleverser toute sa vie. Et si Eliott, ce petit garçon de 8 ans, avait eu un avocat ? Ce petit garçon que nous voyons sur les photos de tous nos journaux tondu par des éducateurs, humilié pendant de longs mois. Si Eliott avait eu un avocat, peut-être que ces lâches n’auraient pas osé le toucher. Ils auraient su qu’il avait dans sa poche le numéro de son avocat.”
“Depuis juillet 2024, douze enfants – ici, pas de minute de silence. Les enfants placés ne sont les enfants de personne. La République n’est grande que lorsqu’elle sait prendre dans ses bras les plus petits d’entre les siens. Pour les enfants placés, notre République échoue. Nous échouons à accomplir notre unique devoir : protéger nos enfants, absolument, inconditionnellement ; mettre la force de la loi de leur côté ; étendre le bras de la justice pour les faire respecter. Un enfant n’est pas un dossier ; un enfant est un sujet de droit et des droits sans gardien ne sont que des mots sur du papier. C’est le sens de cette loi – de notre loi. Je tiens à remercier de nouveau tous mes camarades socialistes pour leur engagement de longue date en faveur de la protection de l’enfance.”
“C’est un pavé jeté contre la forteresse de l’aide sociale à l’enfance : 300 pages qui révèlent l’indigne, 300 pages qui exposent tous les rouages de cette fabrique du malheur ; des faits, des chiffres, des noms, des crimes. Qui sait ici que douze autres enfants placés sont morts depuis 2024 ? Ayden, 7 ans, l’âge de mon fils, affamée et battue à mort par sa famille d’accueil, est retrouvée dans un état cadavérique, l’oreille arrachée. Abdel, 16 ans, meurt dans l’incendie de son hôtel. Les services auront mis deux semaines à se rendre compte de sa disparition. Awa, 15 ans, meurt de solitude dans un appartement vide, la veille de Noël. Nicolas, 14 ans, handicapé, violé dans son foyer, déplacé, abandonné dans sa détresse, finit par s’armer d’un couteau, agresse son enseignante et retourne l’arme contre lui.”
“Avec le Comité de vigilance des enfants placés, nous déployons une gigantesque banderole devant l’Assemblée nationale. On peut y lire : « Justice et réparation pour tous les enfants placés. » À leurs côtés, je suis toutes les auditions. Puis survient la dissolution. La commission cesse ses activités. À la faveur d’une élection inattendue, je passe de l’autre côté – je vous rejoins, chers camarades, sur ces bancs. J’ai alors l’honneur de joindre mes forces à celles de la commission d’enquête que nous créons à nouveau. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.) Cette fois-ci, je suis dans la salle et je pose mes questions au nom de ces enfants. En avril 2025, chère Isabelle, tu rends ton rapport.”
“En 2023, je rejoins l’association les Oubliés de la République. Je rencontre d’autres anciens enfants placés ; beaucoup d’entre eux sont là ce matin en tribunes. Pardon de ne pas citer vos noms, j’ai peur d’en oublier. Ils ont survécu à leur enfance. Ils ont fait de leur douleur une nouvelle famille et de leur histoire un combat. En avril 2024, nous joignons toutes nos forces à celles de ma future collègue Isabelle Santiago afin que le groupe socialiste crée une commission d’enquête sur les raisons de la faillite de l’aide sociale à l’enfance. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EcoS.) Des enfants placés étaient morts brutalement : Lily, Anthony, Nour, Jess et tous les autres. Chers camarades socialistes, vous n’hésitez pas une seconde, car vous savez l’urgence. Cette commission historique se crée enfin.”
“Il me raconte ces enfants qu’on déplace comme des objets pour finir par les jeter dehors, avec parfois un sac-poubelle pour toute valise. Il y a aussi ces chiffres – ces chiffres effarants. Pour les enfants placés, c’est plus de rue, plus d’hôpitaux psychiatriques, plus de prostitution, plus de prison. Pour certains, c’est la mort – celle que l’on se donne quand plus personne ne vous tient. Plus il parle, plus le vertige me gagne. Ce que j’appelais des faits divers est en réalité un système – un système qui broie. J’ai honte pour notre République. Comment peut-elle abandonner ses enfants les plus vulnérables – ceux qui n’ont plus leurs parents, ceux qui ne peuvent compter sur eux, ceux dont elle a l’entière responsabilité ? Ce jour-là, je me fais un serment : tant que j’aurai une voix, je serai là pour les enfants placés.”
“Il y a cinq ans, candidate aux élections départementales, je dois rédiger le programme du Parti socialiste pour le Val-d’Oise. Sur la protection de l’enfance, alors que c’est une compétence du département, je ne trouve rien à dire, pas un traître mot. Une camarade me dit alors : « Je vais te présenter quelqu’un. Il va t’expliquer et tu vas tout comprendre. » Cette personne, c’est Lyes Louffok. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.) Je le rencontre près d’ici, dans un café. Pendant deux heures, il me raconte. L’enfer. Les coups, les cris. Les humiliations. Les viols. Les foyers qui manquent de bras, les familles d’accueil qu’on ne contrôle plus, les travailleurs sociaux qui s’épuisent et finissent par jeter l’éponge.”
“Ça suffit ! Rendez l’argent pour commencer !”