Anne Stambach-Terrenoir
LFI-NFP · France
“« Vous êtes les alliés du cancer et nous le ferons savoir ! » Par ces mots, Mme Fleur Breteau, malade, vous criait sa colère depuis les tribunes. C’était il y a un an. Puis, 2,2 millions de personnes ont signé contre la loi Duplomb. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M.”
“Vous avez méprisé les climatologues qui annonçaient les canicules et les sécheresses. Aujourd’hui, vous méprisez l’Inrae qui vous parle d’alternatives et vous méprisez même le Conseil national de l’Ordre des médecins quand il vous dit qu’il s’agit de substances susceptibles d’exposer la population à des risques majeurs.”
“Que dites-vous à ces enfants qui ne pourront pas grandir, à ces jeunes à la vie fauchée par vos cocktails chimiques ? Que vous ne saviez pas ? Hier, vous avez choisi : vous êtes des empoisonneurs. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Vous empoisonnez notre eau, nos sols, notre air.”
“En outre, l’article donne la possibilité au juge des enfants de prendre des mesures d’urgence provisoires pendant l’instance, et au procureur, lorsqu’il est saisi par le parent protecteur, de décréter, dans un délai de vingt-quatre heures, une ordonnance de protection provisoire.”
“Je vous ai écoutée, collègue Capdevielle, mais je ne comprends pas non plus votre amendement de suppression. Je rappelle que le dispositif que vous appelez « usine à gaz » est issu des recommandations de la Ciivise.”
“Il est urgent d’agir car – cela a été répété à la tribune – 160 000 enfants sont agressés sexuellement chaque année, majoritairement dans le cadre de leur famille ; c’est un toutes les trois minutes ! Nous avons toutes et tous salué, à raison, la qualité et l’importance du travail de la Ciivise ; je propose que nous l’écoutions.”
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“En 2019, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) tirait déjà la sonnette d’alarme. La pollution au cadmium provient des engrais miniers phosphatés, qui contaminent les sols, les plantes, puis nos assiettes. Elle recommandait d’abaisser le taux autorisé à 20 milligrammes par kilogramme, au lieu des 90 milligrammes par kilogramme tolérés en France, soit un niveau bien supérieur à la limite européenne de 60 milligrammes par kilogramme et à celui de pays comme la Finlande ou la Hongrie, déjà alignés sur les 20 milligrammes par kilogramme recommandés par l’Anses.”
“Alors, au nom de toutes les mères inquiètes, au nom de toutes celles et ceux que vous faites culpabiliser dans les rayons des supermarchés alors que vous auriez dû les protéger, je tiens à vous faire part, monsieur le ministre chargé de la transition écologique, madame la ministre de l’agriculture, de notre profonde colère : comme vos prédécesseurs, vous saviez, et vous n’avez rien fait. (« Honteux ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Les courses – assumées à 71 % par les femmes – deviennent une course d’obstacles angoissante : et si les céréales du petit dernier lui provoquaient un cancer du pancréas dans quelques années ? Les cancers pédiatriques explosent, plongeant des familles entières dans l’enfer, et le cadmium fait partie des coupables. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“« Cadmium : que peut-on encore manger ? » « Quels aliments sont contaminés ? » « Comment protéger nos enfants ? » « Faut-il renoncer au pain ou aux céréales du petit-déjeuner ? » Depuis des mois, la presse relaie l’angoisse légitime de la population face à l’empoisonnement au cadmium, ce métal lourd qui s’accumule silencieusement dans nos corps et provoque cancers en pagaille, troubles de la fertilité, atteintes rénales et maladies osseuses. Le cadmium, classé cancérogène, mutagène et toxique depuis 2012, a contaminé nos aliments du quotidien : le pain, les pâtes, les pommes de terre, le bol de céréales du matin. Près d’un adulte sur deux dépasse le seuil critique d’exposition et les enfants sont de plus en plus touchés.”
“Il n’est question que du respect du droit – du droit des animaux comme de celui de tout être vivant. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)”
“Le droit des animaux est censé être respecté ; c’est une évolution du droit. Quand les pratiques sont mauvaises, elles doivent être condamnées – ce n’est rien d’autre que cela ! M. le rapporteur me demandait si je voudrais que l’on vienne chez moi voir ce que je fais, etc. Sincèrement, s’il s’avérait que je maltraitais mes proches ou mes animaux, vous auriez raison de vous faire lanceur d’alerte et de dénoncer ce que je fais chez moi.”
“…ont révélé de véritables maltraitances sur des animaux – des animaux blessés, des animaux qui souffrent, des animaux malades –, n’avez-vous pas trouvé qu’ils avaient eu raison de le faire ? Aurait-il fallu ne pas révéler que dans tel ou tel endroit particulier, les conditions n’étaient pas acceptables pour les animaux ?”
“Notre intention n’est aucunement de stigmatiser les éleveurs. (Exclamations sur les bancs du groupe DR.) Quand des lanceurs d’alerte – par exemple ceux de l’association L214 –…”
“Il convient d’appliquer également aux animaux une conception générale de la justice. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Cette aggravation des peines pour les intrusions dans les bâtiments vise en effet manifestement les lanceurs d’alerte qui se préoccupent de la condition animale. Les animaux, eux aussi, bénéficient de droits que l’on est censé respecter. Selon l’article L. 214-1 du code rural et de la pêche maritime, ils doivent être placés dans des conditions compatibles avec leurs exigences biologiques, ce qui n’est pas le cas dans les fermes-usines et les élevages ultra-intensifs. Quand des lanceurs d’alerte révèlent au grand jour ces conditions d’existence inacceptables, ils agissent pour l’intérêt général en faisant évoluer le droit et les contrôles – de cette manière, ils agissent aussi dans l’intérêt de toutes et de tous, car respecter les droits des animaux, c’est aussi respecter les droits sociaux et, avec eux, les droits humains.”
“Plus on fera respecter ces droits, plus l’humanité s’élèvera. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Vous visez très directement les lanceurs d’alerte de la condition animale. Je rappelle qu’à l’article 17 du texte, vous venez d’autoriser la construction de nouveaux mégapoulaillers, de bâtiments toujours plus grands où seront entassés toujours plus d’animaux, dans des conditions déplorables. Je comprends que vous ne vouliez pas qu’on voie ce qui se passe derrière leurs murs. En effet, ce qui s’y passe n’est pas acceptable eu égard au bien-être animal, c’est le moins qu’on puisse dire : les animaux y souffrent, ils ne sont pas faits pour vivre dans de telles conditions. Or le bien-être animal représente une attente grandissante de la société. Quand les lanceurs d’alerte dévoilent des endroits où les droits des animaux – car les animaux aussi ont des droits – ne sont pas respectés, ils font un travail d’intérêt général.”
“Je ne fais que rappeler le droit international !”
“Il s’agit donc d’une forme de règlement de comptes, notamment vis-à-vis des opposants aux mégabassines. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.) Avant-hier, j’ai assisté au procès de M. Julien Leguet et d’autres organisateurs de la manifestation de Sainte-Soline. Témoin au procès, Michel Forst, rapporteur spécial de l’ONU sur les défenseurs de l’environnement et du vivant, a rappelé que la violence envers les objets n’existe pas. (M. Thomas Portes applaudit.) La dégradation ou le fait de démonter un dispositif d’irrigation fait partie du répertoire des actions de la désobéissance civile pratiquée par les militants écologistes ; son exercice est protégé par le droit international ! (Protestations sur les bancs des groupes RN et EPR.)”
“Notre collègue François Cormier-Bouligeon évoque les vols de GPS, mais si l’on se réfère à l’exposé sommaire de son amendement, sa proposition est très clairement dirigée contre les dégradations de matériels d’irrigation…”
“Ce n’est pas ce que nous disons ! Nous critiquons le recours à l’ordonnance !”
“Vous vous avancez un peu, madame la ministre !”
“Notre proposition n’est pas du tout excessive ! Il s’agit simplement que chacun ait le choix : à ceux qui ne souhaitent pas, lors d’un repas en particulier ou de manière générale, consommer des protéines d’origine animale, nous voulons donner la possibilité de manger un repas équilibré qui apporte d’autres protéines. Les services de restauration de l’Assemblée nationale proposent chaque jour une option végétarienne. Qui cela dérange-t-il ? Cela n’empêche pas ceux qui ne veulent pas manger végétarien de consommer de la viande ! Nous proposons exactement la même chose à l’échelle de toute la restauration collective publique, car il est nécessaire de faire découvrir la qualité nutritive des repas végétariens équilibrés et d’encourager, pour l’ensemble de la population, le développement d’un mode d’alimentation plus végétalisé.”
“Il est important que la population soit éduquée à ce sujet, car il faut végétaliser notre alimentation pour des raisons sanitaires, écologiques et éthiques. (MM. Gabriel Amard et Emmanuel Duplessy applaudissent.)”
“Nous proposons que les restaurants collectifs proposent une option végétarienne à chaque repas. Cela offrirait simplement la liberté de choisir. De plus en plus de personnes ne souhaitent pas manger de produits animaux, ou souhaitent en manger moins, que ce soit pour des raisons écologiques, éthiques, religieuses ou sanitaires. Il a été rappelé qu’il s’agissait d’un véritable enjeu de santé publique. De plus, l’industrialisation de l’élevage est néfaste pour les animaux comme pour les agriculteurs, puisque ce système produit des revenus extrêmement faibles. Bref, il n’y a rien à sauver ! Offrir une option végétarienne tous les jours permet aussi de découvrir et d’apprécier en quoi consiste un repas végétarien équilibré. Un repas végétarien n’est pas juste un repas sans viande, contrairement aux propos de la ministre.”
“Le danger est réel et je rappelle que, lors de l’examen en commission de la proposition de loi Duplomb, l’amendement prévoyant ce moratoire a été approuvé à l’unanimité. Cela doit faire consensus et je ne comprends pas votre avis défavorable, madame la ministre. (Mme Aurélie Trouvé applaudit.)”
“Je me permets d’insister. Nous parlons de projets très spécifiques s’agissant desquels une proposition de moratoire est sur la table, qu’ont signée quantité de nos collègues sur tous les bancs, notamment la présidente de la commission du développement durable. La ministre de la transition écologique, Mme Barbut, a affirmé être elle-même opposée à ces projets, tant ils sont catastrophiques et menaçants – ils produisent de terribles rejets d’eau chaude, mais aussi de polluants divers. Cela présente un risque majeur pour le secteur conchylicole, par exemple – je pense aux huîtres du bassin d’Arcachon, particulièrement fragiles en ce moment et que ces projets risquent de condamner.”
“Il vise à interdire qu’on serve dans le cadre de la restauration collective les saumons dont la totalité du grossissement est prévue dans des installations aquacoles à circuit fermé. Nous visons spécifiquement les projets de fermes-usines à saumons qui menacent actuellement nos côtes, comme les projets Pure Salmon au Verdon-sur-Mer et Local Océan dans le Pas-de-Calais. Nous sommes une centaine dans cet hémicycle, sur tous les bancs, à avoir signé une proposition de moratoire sur ces projets. Ils présentent en effet des densités tout à fait intenables pour des poissons migrateurs. Tenez-vous bien : il prévoit la production de 10 000 tonnes de saumon par an ! On évoque même 40 000 tonnes à terme, alors que la moyenne mondiale, dans ce type d’élevage, s’élève à peine 2 000 tonnes. C’est faramineux, irréalisable et parfaitement toxique.”
“La consommation de protéines, pas de viande ! Il ne faut pas dire n’importe quoi !”
“On peut valoriser la filière du pois chiche !”
“J’ai du mal à comprendre ces avis défavorables car l’amendement n o 1897 favorise les pratiques agroécologiques ainsi qu’un plus grand respect pour le bien-être animal qui, je le rappelle, fait l’objet d’une demande sociétale de plus en plus forte dans notre pays. Le signal que vous avez donné avec l’article 17 est épouvantable. Ici, nous pouvons donner un signal fort à tous les agriculteurs et toutes les agricultrices qui s’engagent dans une démarche différente, une démarche d’agroécologie soucieuse du bien-être animal. En l’adoptant, nous montrerions que nous les soutenons et que c’est ce modèle que nous voulons développer et non un modèle délétère à tous points de vue. (M. Gabriel Amard applaudit.)”
“Une bonne partie des agriculteurs et agricultrices sont déjà engagés ou souhaitent s’engager dans la transition agroécologique. C’est ce mouvement que la restauration collective doit soutenir en refusant de servir des protéines d’origine animale issues d’élevages où les animaux n’ont aucun accès au plein air.”
“Il est similaire à l’amendement précédent. La restauration collective représente près de 7 millions de repas par jour. Il s’agit peut-être de l’outil le plus important pour orienter l’agriculture vers le modèle agricole que nous voulons soutenir. Nous proposons que les protéines d’origine animale servies dans ce cadre ne puissent pas provenir d’élevages sans accès à l’extérieur, y compris pour les produits importés. À l’article 17, vous avez permis le développement de mégapoulaillers et autres fermes-usines où on entasse toujours plus d’animaux les uns sur les autres, au mépris de leur bien-être. Aucun animal n’est fait pour vivre dans des conditions pareilles, dans lesquelles ils développent des maladies et des blessures ; ce n’est pas acceptable. Près de 84 % des Français souhaitent qu’on sorte de ce type d’élevage intensif.”
“Mais comme vous refusez d’allouer des moyens pour aider à se protéger ceux qui n’ont pas encore eu affaire au loup, vous proposez qu’ils puissent passer directement aux tirs létaux ! Or il n’y a pas de preuve que les tirs létaux contribuent à réduire le nombre d’attaques – même la Commission européenne le reconnaît. Permettre les tirs plutôt que de consacrer des moyens à la protection, c’est marcher sur la tête !”
“Nous soutiendrons cet amendement car cet article rompt avec la logique de la loi d’orientation agricole de 2025, qui subordonnait la possibilité de tirer à la mise en œuvre préalable de mesures de protection des troupeaux. Je répète que ces mesures – présence de chiens, parc électrifié, gardiennage, etc. –sont le moyen le plus efficace de lutter contre la prédation.”
“Elle ajoute même que « la déstructuration sociale des meutes provoquée par les tirs […] peut conduire les individus survivants du groupe à multiplier les attaques ». Nous proposons donc plutôt, pour notre part, quelque chose qui fonctionne. (Mme Marie Pochon applaudit.)”
“Il me permet de répondre à M. le ministre Lefèvre, qui avançait tout à l’heure que nous n’avions rien à proposer. Nous vous proposons justement ici de concilier, par des dispositifs adaptés, la préservation d’une espèce protégée, le loup, et la protection des troupeaux. L’étude d’impact réalisée dans le cadre de ce projet de loi ne préconise pas autre chose. Il est vrai que notre proposition demande des moyens et des investissements ; on comprend que vous préfériez promouvoir le tir des loups ! L’étude d’impact indique pourtant que le prélèvement peut s’avérer contre-productif et souligne qu’il « ne constitue pas l’unique réponse face à la prédation dans la mesure où les études montrent un retour, voire dans certains cas une amplification, des dommages à court ou moyen terme après le prélèvement d’un individu ».”
“D’ailleurs, après le classement sans suite de la plainte des blessés graves de Sainte-Soline, comment expliquez-vous que des journalistes aient aujourd’hui réussi là où les enquêteurs avaient bizarrement échoué ? Le tir qui a laissé Serge entre la vie et la mort, le 25 mars 2023, est identifié : il s’agit d’une grenade lancée depuis un blindé en tir tendu, avec un angle de 7 degrés au lieu de 45 degrés. Ce tir était illégal car il pouvait tuer, et il a failli tuer. Nous n’oublions pas les 5 000 grenades, ni les 200 blessés, ni les ordres interdits de gradés à des gendarmes criant, ce jour-là, leur « vrai kiff » à blesser. (Mêmes mouvements.) Ce ne sont pas des dérapages, monsieur le ministre Nuñez, c’est une doctrine : la vôtre.”
“Il y a dix jours, cinq militants contre la déviation de Saint-Péray, en Ardèche, ont atterri en prison, sans procès, pour avoir déployé une banderole et s’être suspendus à un pont. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Demain, Julien Le Guet, porte-parole du mouvement Bassines non merci, sera à nouveau en procès à Poitiers, après une première condamnation hallucinante à six mois de détention sous bracelet électronique. C’est un acharnement judiciaire jamais vu, pour s’être opposé à la mégabassine de Sainte-Soline, déclarée illégale depuis ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benoît Biteau applaudit également.) Vous voulez faire peur et, surtout, faire taire.”
“La France étouffe. Plus de 350 records de chaleur ont été battus un 25 mai et l’on compte déjà sept morts sous le dôme de chaleur. Nos ressources vitales s’épuisent, les gens souffrent dans des bouilloires thermiques dont vous bloquez la rénovation et prolongez la location. Devant cette urgence historique, vous avez choisi votre camp : loi Duplomb, projet de loi de simplification de la vie économique, projet de loi d’urgence agricole… Même combat, aux côtés des bétonneurs et de l’agro-industrie ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benoît Biteau applaudit également.) Alors que l’eau va manquer, ce sera mégabassines, fermes-usines, autoroutes et data centers pour tout le monde ! Vous ne combattez pas du tout le dérèglement climatique. Vous combattez celles et ceux qui essaient de nous en sauver.”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)”
“C’est la condition pour minimiser les pertes de biodiversité, qu’on ne pourra complètement empêcher puisqu’à notre grand regret, vous avez décidé de vous écarter des principes inscrits dans le code de l’environnement que résume la séquence « éviter, réduire, compenser ». Si on l’appliquait, on devrait d’abord essayer d’éviter de nuire et non passer directement à la case compensation, comme vous le faites en permanence. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Marie Pochon applaudit également.) J’aurais aimé entendre les arguments conduisant à s’opposer à notre proposition, qui n’est pas idiote car elle répond à des risques réels. Ajouter la disposition que nous suggérons rassurerait tout le monde et clarifierait l’objectif de l’article sur lequel nous allons bientôt voter.”
“Je suis un peu déçue de n’avoir entendu aucune argumentation de la part du rapporteur. Comme cela a été dit, cet amendement est une position d’ultime repli qui ne vise qu’à ajouter une précaution au dispositif proposé pour que toute double comptabilisation soit impossible et que les compensations s’additionnent. A contrario, l’amendement n o 1609, qui n’a pas été défendu, visait à rendre possible leur mutualisation. On voit donc bien que des dérives tendant à minimiser l’effet des mesures compensatoires sont à craindre. Nous redoutons aussi des effets d’aubaine et de financiarisation de mécanismes compensatoires que rendrait possibles l’association d’actions de compensation différentes. Chaque atteinte à l’environnement doit donner lieu à une compensation autonome.”
“Permettez-moi d’insister de nouveau : considérez-vous comme incultes, par exemple, les prairies humides ou les zones humides en général, que vous tenez pour peu productives ?”
“Alors qu’il a été démontré que les mesures de compensation sont déjà très mal appliquées, ces dispositions floues tendront à dégrader plus encore la situation. Nous ne comprenons toujours pas ce que vous qualifiez de « terres incultes » ou « moins productives », mais on peut supposer qu’il s’agit de terres moins altérées du point de vue environnemental. Dès lors, c’est sur ces terres que les gains de la compensation seront les plus faibles : application absurde du principe de compensation. L’amendement de Mme Ozenne prend là tout son sens, puisque le seul véritable principe, pourtant bel et bien galvaudé par cet article, monsieur le ministre, est celui de la proximité dans la compensation des atteintes à la biodiversité.”
“Peut-être que ce n’était pas une si bonne idée, du coup !”
“La seule solution, dont vous ne voulez pas entendre parler, c’est de permettre que les mesures de compensation soient prises à côté des zones où les atteintes sont portées. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)”
“En l’occurrence, les travaux scientifiques démontrent que si l’on veut obtenir des gains environnementaux ou tout du moins éviter au maximum les pertes environnementales, il faut, incroyable mais vrai, préserver une cohérence écologique, la connectivité et la proximité entre les zones où l’environnement est altéré et celles où on essaie de compenser. (Mmes Manon Meunier et Marie Pochon applaudissent.) Hiérarchiser les sols, comme vous le proposez, n’a aucun sens et ne permettra nullement de compenser les atteintes portées à la biodiversité. La seule chose qui fasse sens, on ne cesse de vous le répéter et peut-être finirez-vous par le comprendre, c’est de maintenir la proximité, géographique ou biologique, car tout cela fonctionne ensemble. On ne peut pas déplacer des espèces à l’autre bout du pays sans que cela détruise la biodiversité.”
“Je souhaite revenir sur cette question de la compensation que l’on dirigerait prioritairement vers des terres dites incultes – des terres incultes, ça n’existe pas vraiment – ou qui seraient peu productives. Comment comptez-vous qualifier ces terres peu productives ? Sur quels critères allez-vous fonder votre décision ? Une terre, un sol, peuvent être peu productifs du point de vue des exigences agricoles, mais dotés d’une biodiversité particulièrement riche avec des habitats semi-naturels, des continuités écologiques vivantes, etc.”
“Même un enfant serait en mesure de comprendre qu’on ne peut pas déplacer sans conséquences un animal ou une espèce végétale à des centaines de kilomètres de son habitat naturel. Et ils se rendront vite compte que vous n’avez aucun argument pour défendre votre politique. C’est le vide intersidéral et vous savez pertinemment que nous avons raison. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)”
“L’une des premières causes de la baisse du rendement agricole, je le répète, c’est l’effondrement de la biodiversité. Je suis d’accord avec vous, on ne parle pas de BTP ou d’industrie. L’agriculture, c’est du vivant, c’est tout un écosystème dont il faut préserver le fragile et précaire équilibre. Si vous portez atteinte à une ou plusieurs espèces, vous risquez de fragiliser et de détruire cet équilibre délicat qui a pu mettre des décennies, voire des siècles à se construire. M. le ministre s’est adressé tout à l’heure d’une manière honteuse à notre collègue Meunier, en grondant que des gens nous regardaient ! Mais j’espère bien que des gens nous regardent et qu’ils entendent ce qu’on dit.”
“Vous prétendez protéger prioritairement la viabilité économique des exploitations agricoles. Vous démontrez ainsi que vous avez une vision totalement productiviste de l’agriculture, en opposant l’activité agricole à la protection de la biodiversité. Mais vous conviendrez avec moi que pour qu’une exploitation soit économiquement viable, il faut qu’elle produise. Et pour y parvenir, il faut bien que le sol soit en bon état, capable d’absorber et de réguler l’eau de pluie, capable de favoriser l’installation de ce qu’on appelle les auxiliaires de culture, les vers de terre qui aèrent le sol, les animaux qui mangent les ravageurs – je pense par exemple à des insectes comme la coccinelle qui s’attaquent aux pucerons. C’est la réunion de tous ces facteurs qui permettra à la terre d’être fertile.”
“Faites preuve de pragmatisme ! Si vous avez une solution pour garder en vie les espèces en les déplaçant 300 kilomètres plus loin, donnez-la moi ! Vraiment, je vous assure que ça m’intéresse – et ça intéressera beaucoup de scientifiques ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Le collègue Biteau l’a très bien expliqué : vous ne pouvez pas déplacer une espèce 300 kilomètres plus loin. Ça n’existe pas ! Elle n’est pas faite pour vivre à cet endroit-là, même s’il vous semble, sur le fondement de je ne sais quelles données, que ça pourrait fonctionner d’un point de vue écologique. Ça ne marche pas ainsi : le vivant, ce n’est pas de la mécanique, mais quelque chose de précieux, de subtil. Il s’agit d’habitats, d’écosystèmes, qui ont mis des années, des siècles, à se constituer, et dont on ne peut ainsi prendre un morceau pour le déplacer à l’autre bout du pays. Franchement, c’est tellement absurde que l’on ne sait plus quoi dire !”
“…mais quoi de plus pragmatique que de garder ces espèces vivantes comme nous vous le proposons ? Je vois mal ce qu’on peut faire de plus pragmatique en matière de préservation de la biodiversité. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Cela a été dit et répété, notamment par les chercheurs du Muséum national d’histoire naturel qui ont conduit des études très précises sur la question : les mesures de compensation sont très mal appliquées, le mauvais état des terrains choisis empêchant souvent le processus de se dérouler comme il faudrait. Mais, surtout, si vous voulez que les espèces puissent vivre à l’endroit où elles sont déplacées, il faut qu’il soit tout proche de leur ancien site. Il s’agit d’un principe de base.”