Marie Pochon
ECOS · France
“Ce que je vois dans la Drôme et ailleurs, ce sont des élus qui déplacent des montagnes pour l’approvisionnement local et bio de leurs cantines scolaires, ce sont des agriculteurs qui se diversifient et veulent vivre en paix avec les habitants de leur commune, ce sont des familles qui souhaitent vivre dignement.”
“Des glaciers qui reculent, des pans de roche qui s’effondrent, une neige qui se raréfie : voilà comment commence l’exposé des motifs de cette proposition de loi « montagne 3 ». Nous aurions peut-être pu avancer en partant de ces constats communs, qui sont de fait alarmants.”
“…ni dans les cours de ferme. J’ai entendu des collègues qui vendent à perte et des cédants qui ne trouvent pas de repreneurs parce que leur ferme ne fait plus vivre. » Tel est le témoignage d’un agriculteur, entendu hier.”
“Nous avons tous un rapport individuel à la montagne. Le mien fut fondé par l’apprentissage du ski dans la petite station de Font d’Urle, par les randonnées d’été organisées par l’association Sports et loisirs de mon village au pré de Cinq Sous, par les week-ends en famille sur le plateau, par les milliers de questions qu’on peut se poser…”
“C’est ce que j’essaie de faire, c’est ce que les agriculteurs de ce pays essaient de faire. Pourtant, alors que vous vous offusquez de la concurrence déloyale et de ses impacts sur l’élevage français, vous signez à tour de bras des accords de libre-échange.”
“Le texte propose quelques solutions à propos de l’accès aux soins, de la valorisation des filières agricoles de montagne et du bois des massifs, de la prise en compte des spécificités de la montagne dans les intercommunalités, de l’accès aux itinéraires de randonnées et aux sports de nature, de l’électrification de la mobilité en montagne…”
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“Combien de zones humides sont rasées et bitumées chaque année ?”
“Les méthodes chimiques de destruction des nids peuvent émettre des résidus dangereux pour la biodiversité dans son ensemble. La perméthrine, un insecticide redoutable pour les frelons, a ainsi des effets néfastes sur la faune aquatique. De plus, les nids de frelons, quand ils sont détruits de manière chimique et laissés au sol, peuvent représenter un danger pour les animaux qui s’en nourrissent. Pour éviter toute rémanence dans l’environnement et afin que la destruction des nids ne cause pas de dégâts collatéraux, nous proposons par cet amendement d’incinérer les nids de frelons détruits par la méthode chimique.”
“Ce ne sont pas les apiculteurs qui font le texte ! Ce sont les collectivités !”
“C’est sans doute l’amendement le plus important que je défends sur ce texte : malgré la confiance que je porte aux acteurs locaux et aux préfets pour examiner l’ensemble des méthodes, nous votons la loi et celle-ci permet de fixer des prérogatives sur le temps long, que les préfets sont tenus de respecter. L’interdiction de certaines substances dans la lutte contre le frelon asiatique n’est pas un détail, a fortiori quand on observe les évolutions législatives en cours au Sénat quant à la réautorisation de pesticides dont nous avions interdit l’usage pour protéger les pollinisateurs. Il est important d’inscrire l’interdiction dans la loi et de la faire appliquer rapidement. Nous serons néanmoins à vos côtés, monsieur le rapporteur, pour que cette loi, même modifiée, entre en vigueur dès que possible.”
“L’amendement vise à interdire le recours aux produits neurotoxiques pour détruire les nids dans le cadre du plan national de lutte contre les frelons à pattes jaunes. Priorité doit être donnée à l’utilisation de pièges non sélectifs, dans les périodes adéquates de surcroît, ainsi qu’aux méthodes d’aspiration ou thermiques.”
“D’ici cent ans, tous les pollinisateurs pourraient avoir disparu, ce qui signifierait la fin de la pollinisation et donc de notre sécurité alimentaire. Le taux de disparition des espèces est 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel d’extinction. Les insectes n’y échappent pas : 70 % à 80 % ont tout simplement disparu en Europe au cours des quarante dernières années. Il est incohérent de vouloir protéger les abeilles ou les pollinisateurs contre les frelons par le recours à des produits qui pourraient les menacer. Certaines méthodes de destruction des frelons demeurent dangereuses pour l’environnement et la santé humaine – je pense notamment à l’utilisation de la perméthrine.”
“Je sais qu’il est urgent d’agir. Monsieur le rapporteur, chers collègues, vous nous aurez toujours à vos côtés pour accélérer le temps politique afin que la loi soit effective au plus vite. Cependant, n’adoptons pas ce texte, qui arrive au bout de quinze ans, sans prévoir les garde-fous essentiels qui portent sur le type de produit utilisé pour détruire les nids de frelons. Sinon, nous serons certes contents d’avoir éradiqué le frelon asiatique mais nous aurons aussi décimé les abeilles – et nous aurons tout perdu. (« Bravo ! » et applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et SOC. – M. Sylvain Carrière applaudit également.)”
“Pierre Pribetich applaudit.) Pour sauver réellement les abeilles, il faudrait préserver les haies et les habitats naturels des pollinisateurs, protéger les espèces sauvages, assurer la rotation et la diversification des cultures et renforcer les moyens de l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Pour sauver réellement les abeilles, il faudrait investir massivement dans l’agriculture biologique et l’élevage extensif et financer la transition plutôt que de mettre des millions d’euros dans de nouvelles molécules. Pour sauver réellement les abeilles, il faudrait cesser de remettre toujours à plus tard l’action climatique.”
“« Est-il réellement possible de tendre pareils barrages de poison sur la terre sans rendre notre planète impropre à toute vie ? » Telle est la question que posait Rachel Carson en 1962. Entre-temps, la destruction des habitats naturels et des haies, l’éradication des fleurs sauvages et l’utilisation massive de pesticides ont entraîné l’effondrement inexorable des colonies d’insectes pollinisateurs – dont les abeilles –, une menace majeure pour notre agriculture dans son ensemble. Pour sauver réellement les abeilles, il faudrait rétablir le plan Écophyto dans sa forme vertueuse et le rendre plus ambitieux encore. (M.”
“Les produits qui contaminent les sols, les rivières, la chaîne alimentaire et qui provoquent la mort des abeilles et des pollinisateurs doivent à tout prix être évités. Le frelon asiatique constitue une menace pour les abeilles – mais le dérèglement climatique et l’épandage de produits toxiques encore plus. Or, au moment même où nous examinons cette proposition de loi, des parlementaires, sur ces bancs, souhaitent réintroduire des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles.”
“La lutte contre le frelon asiatique représente un grand enjeu pour l’apiculture, bien sûr, mais aussi en matière de santé publique et de préservation de la biodiversité. Ce triptyque est important parce qu’il garantit que nous donnons une réponse systémique à un problème systémique. Je présenterai donc des amendements de bon sens, dont un similaire à celui déposé par mon collègue Guillaume Gontard, du groupe écologiste du Sénat, qui avait obtenu un avis favorable de la commission et qui visait à garantir que la destruction des nids ne sera pas réalisée au moyen de pratiques et substances nocives. Il serait paradoxal qu’une proposition de loi dont l’objectif est d’agir en faveur de la biodiversité et des pollinisateurs contribue finalement à leur effondrement.”
“Sans doute n’y avait-il pas urgence. Aussi, quinze ans plus tard, je veux saluer la démarche du groupe Modem. Je le remercie d’avoir inscrit à l’ordre du jour cette proposition de loi importante, rédigée avec le concours des organisations sanitaires, des représentants de la filière apicole et des scientifiques spécialistes du sujet. Le groupe Écologiste et social souhaite lui aussi que ce plan national soit mis en œuvre de façon urgente. Toutefois, ne précipitons pas l’adoption d’un texte sans y placer des garde-fous. Si nous allons trop vite pour gagner du temps, après quinze ans d’attente, nous risquons de porter atteinte aux abeilles et aux pollinisateurs – ce serait une faute majeure.”
“Cette espèce exotique envahissante s’est installée dans notre pays depuis plus de vingt ans – vingt ans d’inaction de l’État et de volontarisme des élus locaux et des apiculteurs. Aujourd’hui, il est trop tard pour éradiquer ce frelon. Les scientifiques s’accordent à dire qu’il faudrait détruire 95 % des nids avant d’espérer voir sa population diminuer de moitié en sept ans. Défi impossible. Pourtant, l’État avait le temps d’agir. Déjà en 2010, un rapport d’inspection nous mettait en garde contre l’absence de plan structuré et cohérent pour lutter contre le frelon à pattes jaunes. En 2016, la Commission européenne le classait comme espèce exotique envahissante préoccupante – mais la France se contentait alors de transposer dans son droit le règlement européen, sans déployer de véritable action publique coordonnée.”
“Cet insecte perturbe la biosphère dans son ensemble et son impact est considérable sur la santé humaine et l’apiculture. Le piégeage des reines au printemps reste la mesure la plus efficace pour endiguer sa prolifération mais la mise en place de ces pièges doit s’amplifier pour être efficace. Les collectivités locales s’y emploient chaque année en installant des pièges au printemps et en soutenant les particuliers et les apiculteurs qui doivent faire appel à des entreprises spécialisées pour se débarrasser des nids sur leur terrain. Les apiculteurs conçoivent des protections pour leurs ruchers, des pièges non sélectifs, avec le soutien des chercheurs. Cependant, les frelons ne connaissent pas les limites de nos administrations. Sans une coordination à l’échelle nationale et départementale, ces actions sont vaines.”
“En 1962, Rachel Carson nous alertait sur le printemps silencieux auquel nous nous habituons malgré nous. Les preuves sont là : la biodiversité s’effondre, les oiseaux disparaissent, les abeilles meurent empoisonnées, de faim, de soif, ou avalées par des espèces exotiques envahissantes telles que le frelon à pattes jaunes, dit frelon asiatique. C’est cet hyménoptère qui nous réunit aujourd’hui à l’occasion de l’examen d’une proposition de loi, associée – enfin ! – à un plan national ayant pour ambition de lutter contre sa prolifération. Se nourrissant d’insectes pollinisateurs, suscitant un stress important dans les colonies d’abeilles mellifères, le frelon asiatique est également dangereux pour l’homme parce que ses piqûres peuvent s’avérer mortelles.”
“Nous appelons le gouvernement à être à la hauteur, à se poser les bonnes questions sur la santé des pompiers, à garantir la sécurité de leurs missions et à leur octroyer le soutien nécessaire pour qu’ils puissent toujours répondre présent. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)”
“Les réponses sont là ; nous les élaborons ; nous rédigeons des rapports et des amendements ; nous nous appuyons sur des expertises et sur les expériences des sapeurs-pompiers ; pourtant, nous continuons parfois, dans cette assemblée, à faire semblant de ne pas connaître toutes les questions. Je tiens à saluer particulièrement à cette tribune l’engagement des jeunes sapeurs-pompiers. Non seulement les casernes portent secours à nos concitoyens au quotidien, mais ce sont aussi des écoles de l’engagement, de l’attention à l’autre et de la République. Les écologistes voteront donc cette proposition de loi, sans toutefois se faire d’illusion sur sa portée réelle.”
“Il faudrait également cesser de faire payer vos cadeaux fiscaux et votre croyance insoutenable en l’ultralibéralisme aux départements, aux communes et aux Sdis, et aider les services d’incendie et de secours à investir dans l’acquisition de matériel de protection ainsi que dans l’aménagement de locaux pour permettre des processus de décontamination des pompiers et du matériel. Enfin, il faudrait renforcer la prise en charge des risques psycho-sociaux attachés à l’activité de sapeurs-pompiers, qui exposent à des expériences extrêmes et éprouvantes, et qui ne font qu’augmenter au rythme où progressent les agressions contre la profession, lesquelles ont augmenté de 380 % en quinze ans.”
“Ils doivent par conséquent bénéficier de la même protection pour leur engagement au service de nos concitoyens. Les sapeurs-pompiers sont également surexposés aux polluants éternels que sont les substances per- ou polyfluoroalkylées (PFAS), comme l’ont démontré les résultats alarmants de tests réalisés par les écologistes en mai 2024 sur des pompiers de toute la France. Si l’on voulait vraiment répondre à ces questions, il faudrait procéder, comme nous le demandons depuis longtemps, au remplacement complet des mousses anti-incendie ou des tenues de feu par des alternatives sans PFAS.”
“Le gouvernement pourrait par exemple revoir les tableaux des maladies professionnelles afin de reconnaître le lien entre l’activité de sapeur-pompier et le développement de certains cancers résultant de l’exposition aux fumées d’incendie. Je pense au mésothéliome et au cancer de la vessie, dont le lien avec cette activité est suffisamment prouvé d’après le Centre international de recherche sur le cancer, ou encore aux cancers de la prostate, du côlon ou des testicules ; dans ces derniers cas, il existe moins de preuves, mais on recense des indices forts d’un lien de causalité. Actuellement, seules deux maladies sont reconnues comme maladies imputables à cette profession en France. Professionnels ou volontaires, civils ou militaires, l’ensemble des soldats du feu sont exposés aux mêmes fumées, donc aux mêmes risques.”
“La proposition de loi offre aux professionnels de santé des Sdis un statut juridique permettant de sécuriser leur pratique, de diversifier leurs missions et de revaloriser leurs salaires, inspiré du statut des médecins militaires. Ses dispositions les plus problématiques ont par ailleurs été écartées lors des débats en commission : ainsi, l’absence d’obligation d’inscription à un ordre professionnel a été supprimée, ce dont nous nous félicitons. Ce texte constitue donc une réponse aux défis immenses auxquels sont confrontés les sapeurs-pompiers et qui concernent particulièrement la protection de leur santé. Toutefois, si l’on voulait vraiment résoudre l’ensemble de ces problèmes, il faudrait bien d’autres solutions.”
“La proposition de loi répond à cette question : pourquoi les médecins sapeurs-pompiers exercent-ils simultanément la médecine d’aptitude, de prévention et de soins sans cadre juridique clair, alors même que ces pratiques ne leur sont pas officiellement autorisées par les textes en vigueur et que la certification des professionnels de santé ne tient pas compte de leur spécificité ? Le texte répond à cette question, et à cette question seule, en proposant la création d’un cadre d’emploi spécifique dotée d’une formation adaptée et fondée sur le travail en réseau. L’attractivité des postes de médecins sapeurs-pompiers repose en grande partie sur le travail en équipe et sur une rémunération compétitive ; or plus de 60 % des médecins sapeurs-pompiers professionnels considèrent que leur rémunération est un frein au recrutement.”
“Lorsque nos compatriotes mahorais ou réunionnais font face aux plus grandes catastrophes climatiques que la France ait jamais connues, ils répondent présent. Cependant, les Sdis sont confrontés à une double difficulté. D’une part, plus le nombre des sapeurs-pompiers croît – et leur recrutement, à l’heure de l’individualisme roi, reste un effort de tous les jours pour les petites communes, les élus locaux, les volontaires et leurs proches dans les casernes –, plus il semble difficile de recruter des médecins, infirmiers, pharmaciens, psychologues et docteurs vétérinaires pour assurer leur suivi et leur accompagnement. D’autre part, le nombre de médecins présents dans les services d’incendie et de secours n’a cessé de diminuer, alors même que l’âge moyen des sapeurs-pompiers n’a cessé d’augmenter.”
“Dans la Drôme d’où je viens, 2 825 pompiers volontaires et 330 pompiers professionnels œuvrent au quotidien pour protéger les habitants. À l’heure où les déserts médicaux gagnent du terrain dans les territoires ruraux, à l’heure où nous voyons de nos propres yeux l’impact du changement climatique, leur mission est essentielle. Ils sont les premiers travailleurs sociaux, ceux qu’on appelle quand un problème advient, ceux qu’on appelle quand tout s’est effondré. Et toujours, ils répondent présent. Lors d’urgences vitales, lors d’accidents de la route, ils répondent présent. Lorsque les flammes embrasent nos forêts, lorsque nos voisins ardéchois souffrent d’inondations monstres, ils répondent présent.”
“Je tiens donc à remercier le groupe Les Démocrates de s’appuyer sur la démarche entreprise le 27 janvier dernier par ma collègue Delphine Batho pour proposer ce texte permettant d’interdire ces appels non consentis : il apporte un peu de bien au quotidien. Enfin, s’il convient de condamner ces méthodes, ayons conscience que les employés de ces centres d’appels sont victimes d’injonctions à la productivité et coincés dans un système destructeur mû par le dogme de la cadence infernale qu’il nous appartient de faire cesser. J’espère de tout cœur que cette fois-ci, nous réussirons ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – Mme Valérie Rossi applaudit également.)”
“Mais lorsqu’ils s’adressent à des personnes âgées, isolées, vulnérables, ces appels s’apparentent à des tentatives d’abus de faiblesse et constituent des fautes graves de la part de ces entreprises vautours. Si ce n’est pas la première fois que nous tentons de légiférer sur ce sujet, force est de constater que rien n’a fonctionné jusqu’à présent : Bloctel est sous-utilisé – 9 % seulement des Français sont inscrits sur la liste d’opposition – et de nombreux professionnels ne respectent pas l’interdiction de démarcher les inscrits. L’interdiction de démarchage dans le secteur de la rénovation énergétique n’est pas davantage observée. La Cnil rapporte les sollicitations incessantes de plaignants ayant fait connaître leur opposition à la prospection commerciale, mais ne peut appliquer de sanctions.”
“01 62, 01 63, 02 70, 02 71, 03 77 : je pourrais citer beaucoup de ces numéros qui pourrissent la vie de tant de nos concitoyens – et de nous-mêmes – et leur font courir le risque d’être victimes d’arnaques ou d’abus de faiblesse. Chez certains, cela provoque un changement d’habitudes : nombreux sont ceux qui, désormais, ne décrochent même plus lorsqu’un numéro inconnu s’affiche sur leur écran.”
“Ces appels à la délinquance, à se soustraire au droit et à l’autorité de nos policiers, sont le signe d’une dangereuse radicalisation d’une partie de cet hémicycle. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) Ma question est donc simple : rappellerez-vous ces députés à l’ordre et apportez-vous votre soutien à tous les agents de police de ce pays ? Ou bien faites-vous de certains un simple détail, quitte à ce que l’autorité de l’État et la grandeur de l’État de droit en pâtissent ?”
“Le dernier détail, vous ne le mentionnez jamais : en un an, l’OFB et ses agents ont subi plus de quatre-vingt-dix actes de vandalisme, dont la destruction d’un bâtiment entier, ravagé par le feu à Brest. La voiture d’un chef de service a été sabotée dans le Tarn-et-Garonne. Les menaces et les insultes sont presque quotidiennes. Il y a dix jours, tous les agriculteurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes ont reçu un courrier, signé par l’exécutif régional et son conseiller spécial, Laurent Wauquiez. Ce courrier appelait ouvertement à la suppression de l’OFB et au refus d’obtempérer face à ses agents. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) Toutes ces infractions relèvent de la police administrative et judiciaire assurée par l’OFB, également chargé de la police sanitaire en lien avec la faune sauvage. Là encore, ce n’est probablement qu’un détail quand on connaît les drames sanitaires qui affectent nos cheptels. Les autres missions de l’OFB sont bien connues : recherche scientifique, suivi des espèces, diagnostics sur l’état des milieux naturels – encore un maudit détail, alors que nous entrons dans la sixième période d’extinction des espèces. Le vrai détail, c’est le contrôle des exploitations agricoles. Ceux-ci représentent moins de 3 000 contrôles, sur les 22 000 que l’OFB assure chaque année.”
“Monsieur le ministre de l’intérieur, votre ligne est claire, vous le dites vous-même : c’est la tolérance zéro. Vous entendez agir avec fermeté afin de renforcer le soutien à nos policiers et à nos gendarmes et d’imposer enfin le respect de l’autorité républicaine. Pourtant, certaines infractions semblent n’avoir aucune importance à vos yeux – le commerce illégal du bois, l’usage illégal de certaines substances chimiques, les pollutions des eaux et du sol, le braconnage, le trafic d’espèces protégées. Ce dernier n’est sans doute qu’un détail : ce n’est après tout que la troisième activité de criminalité organisée transnationale la plus lucrative au monde.”
“Cette injure faite à leur mobilisation revient à accepter, sans rien faire, la fermeture de deux plateformes chimiques, sur les dix-huit que compte notre pays, ce qui impliquerait pour Vencorex, selon une analyse économique indépendante, de ne parvenir à l’équilibre économique qu’en 2032. Face au dumping de produits notamment chinois, nous avons le choix : laisser partir petit à petit nos capacités de production et voir se déliter notre tissu industriel, ou bien se donner les moyens, forts de nos savoir-faire, de nos compétences et de nos outils industriels majeurs, de mettre autour de la table tous les acteurs, afin de tenir financièrement jusqu’en 2032. Dans deux jours, aura lieu le jugement de mise en liquidation de l’entreprise Vencorex au tribunal de commerce de Lyon. Que ferez-vous pour sauver cette entreprise ?”
“Sur tous ces composants, nous deviendrons dépendants d’autres puissances. Il y a quelques années, le président de la République le déclarait : « Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond, à d’autres est une folie. » Elle est plus grande encore, cette folie, au moment où les équilibres internationaux sont bousculés et où nous entrons dans un état de guerre, sans plus savoir qui sont nos alliés et si nous en avons aucun. M. le premier ministre, que nous avions interpellé, a refusé la demande d’une nationalisation temporaire de cette industrie, demande appuyée non seulement par cent parlementaires, mais aussi par toutes les organisations syndicales et les élus locaux.”
“En septembre 2024, l’entreprise Vencorex a été placée en redressement judiciaire, à la demande de son principal actionnaire, le groupe thaïlandais PTT GC. À ce jour, 461 emplois sont directement menacés. En cas de fermeture, ce sont aussi de nombreux emplois indirects qui seront touchés chez Suez, Solvay, Arkema, Framatome, Trédi ou encore ArianeGroup. Car, oui, on parle bien ici de notre souveraineté : sur le carburant utilisé par la fusée Ariane, sur les éponges de zirconium utilisées pour le lainage des réacteurs nucléaires ou sur la fabrication des pastilles nécessaires au traitement de l’eau potable. Tant d’emplois détruits, c’est autant de souveraineté perdue, autant de composants, chlore, soude, Tolonate, que nous devrons, demain, importer d’ailleurs, c’est du sel que nous cesserons de forer dans la mine drômoise d’Hauterive.”
“Et le déclin de la biodiversité, ce n’est pas grave ?”
“Ou de la lutte contre le changement climatique !”
“Les agriculteurs veulent sécuriser leurs revenus !”
“Pour leur rendre l’hommage qu’ils méritent, je vous demande de voter pour cette motion de rejet. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe SOC. – M. Édouard Bénard applaudit également. – Les députés du groupe EcoS, rejoints par quelques députés du groupe SOC, se lèvent et continuent d’applaudir.)”
“Chez moi, près de 30 % de la surface agricole utile – SAU – est en bio. L’élevage ovin et caprin est pâturant. On y défend des IGP et AOP – indications géographiques protégées et appellations d’origine protégée – de grande qualité. On y bâtit la Biovallée, la première commission locale de l’eau en France, des foncières comme Terre de liens, des épiceries coopératives. On crée et on innove, pendant que vous subissez la décroissance que vous prétendez combattre. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.) Là-bas, les jeunes qui cherchent à s’installer se bousculent. C’est de cette manière qu’on permet à tant d’enfants drômois de bénéficier de repas sains, bio et locaux à la cantine, et qu’on vit avec fierté le métier d’agriculteur.”
“Heureusement, à rebours de votre manque de courage, les Françaises et les Français agissent, font par eux-mêmes et se débrouillent sans attendre l’appui des politiques publiques davantage pensées pour servir quelques capitaines d’industrie. Dans la Drôme d’où je viens, on sait ce que l’on doit à l’agriculture. Vignobles, abricotiers, lavande, élevages pastoraux, chênes truffiers, maraîchages, noyers, oliveraies, semences : c’est là que nous puisons notre force, la beauté époustouflante de nos paysages, la résilience de notre territoire.”
“Comme toujours, du fait de votre idéologie ultralibérale, le vôtre est d’enrichir la minorité au détriment de la majorité. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et LFI-NFP. – M. Arthur Delaporte applaudit également.)”
“Les gros, ceux à qui vous parlez, captent la majorité des aides publiques pendant que les autres se partagent les miettes. Les gros contrôlent en parallèle les coopératives et les industries, pendant que les petits sont écrasés sous leur poids, ne décidant de rien et surtout pas des prix. Les uns réclament de raser les haies et d’autoriser de nouveau les pesticides, pendant que les autres revendiquent des prix rémunérateurs et la fin de la concurrence déloyale. (Mêmes mouvements.) Les autres, c’est la grande majorité des agricultrices et des agriculteurs, puisque la taille moyenne des exploitations en France est de 69 hectares. Ce sont ces agricultrices et agriculteurs qui font appel à la solidarité en lançant des cagnottes pour maintenir leur activité, faute de soutien public. Entre les uns et les autres, il faut faire un choix.”
“Et ce n’est pas seulement l’agriculture qui meurt, ce sont des communautés entières qui se trouvent fragilisées, des usines et des commerces qui préfèrent aller voir ailleurs, des classes qui ferment, des villages qui se vident, le lien social qui s’étiole. L’échec, votre échec, c’est aussi l’aggravation des inégalités entre les mondes agricoles. Il n’y a rien de commun entre les grands céréaliers exportateurs habitués des plateaux télé et des réunions ministérielles et les petits éleveurs ovins, pastoraux, qui nourrissent nos territoires et entretiennent nos paysages. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.)”
“Pour ce qui concerne le revenu, votre bilan est si mauvais que vous avez affronté l’une des plus importantes mobilisations sociales agricoles des dernières décennies. Pour ce qui concerne l’environnement, votre bilan est catastrophique : l’agriculture est désormais le deuxième secteur émetteur de gaz à effet de serre et les modes de production que vous avez promus ont provoqué un tel recul de la biodiversité qu’ils menacent notre capacité à continuer de produire. (Brouhaha persistant. – « Chut ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Pour ce qui concerne le renouvellement des générations, objet du projet de loi, on peut difficilement faire pire, puisque 100 000 exploitations ont disparu ces dix dernières années ; ce sont des milliers de familles démunies, d’agriculteurs endettés, de jeunes qui renoncent à reprendre la ferme familiale.”
“Que direz-vous aux arboriculteurs de la vallée du Rhône qui enchaînent les saisons désastreuses, à cause du gel, de la grêle, de la sécheresse ? Leur direz-vous que la question de l’adaptation au changement climatique était une option, qu’elle n’était pas essentielle, qu’elle était une lubie de gauchistes qui ne comprennent rien à l’agriculture ? Comment rester compétitif quand on subit les aléas climatiques, non pas une fois de temps en temps, mais coup sur coup pendant trois ou quatre années de suite, quand les assurances ne suivent plus, quand les cours fluctuent tant, quand l’endettement mine les corps de fermes, quand l’échec survient, alors que plus personne ne répond au téléphone, faute des 531 millions d’euros que vous avez supprimés dans les budgets agricoles ? L’échec, parlons-en.”
“J’y suis également attachée comme écologiste et je suis effarée d’entendre dans vos discours revenir la démagogie anti-écologiste dès qu’il s’agit de faire la course au clan Le Pen. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.)”
“Cependant, nous considérons que la perte de temps, immense et implacable, résulte justement de votre texte, tant il nous en fera perdre face aux défis immenses que nous avons devant nous. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP. – M. Dominique Potier applaudit également.) J’aurais tellement aimé qu’on nous propose un texte qui ne nous oblige pas à déposer cette motion. Comme beaucoup ici, sur tous les bancs de cette assemblée, je suis très attachée au monde agricole. J’y ai grandi, on m’a éduquée au rythme des bonnes et des mauvaises saisons, des vendanges et de leurs saisonniers, des regards inquiets sur le bulletin météo lors des gels tardifs, au bruit des canons antigrêle installés partout dans la vallée.”
“Je pourrais citer la remise en cause du zéro artificialisation nette, conçu, je le rappelle, pour préserver les terres agricoles, ou l’assouplissement des règles pour créer des stockages d’eau. Vous voulez faire primer le soutien aux capacités exportatrices, que vous appelez « souveraineté agricole », sur celui à notre capacité à produire, aujourd’hui et demain. Rendez-vous compte des régressions que vous acceptez, uniquement pour que le chef de l’État puisse ne pas rendre une copie blanche au Salon ! Nous ne l’acceptons pas, c’est pourquoi nous déposons cette motion de rejet. Vous pourrez nous dire qu’on ne peut pas perdre davantage de temps sur un sujet si important : nous sommes d’accord.”
“Quand il s’agit de criminaliser des enfants ou des étrangers, c’est à celui qui sera le plus dur, mais quand il faut s’attaquer aux multinationales qui polluent notre environnement ou tuent nos paysans en les empoisonnant, toute autorité disparaît. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) Vous n’êtes forts qu’avec les faibles et terriblement faibles avec les forts.”
“Pourtant, plusieurs scénarios de référence ont modélisé la faisabilité de l’agroécologie à l’échelle française ou européenne. Je pourrais citer également la dépénalisation tout à fait inconstitutionnelle des atteintes « non intentionnelles » à la biodiversité, donnant tout simplement un permis de la détruire, en réduisant à une simple contravention de 450 euros la destruction d’une espèce protégée ou de son habitat. Cette mesure n’est pas destinée aux agriculteurs qui, je ne sais dans quel monde, auraient demandé ce droit, elle s’applique à tous. Ainsi, les industriels pourront émettre des rejets toxiques, les énergéticiens détruire une couleuvre d’Esculape, les chasseurs tirer un gypaète barbu plutôt qu’un sanglier, et tout cela ne sera pas grave. Vous défendez l’autorité quand cela vous arrange.”