Pierre Cazeneuve
EPR · France
“Essentialisée, ciblée parce que juive et homosexuelle. Tout est dit. Vous prétendez être La France insoumise, mais samedi soir, à Grenoble, vous étiez la France ignoble (Applaudissements redoublés et prolongés sur les bancs des groupes EPR, DR et Dem) , celle qui reprend des méthodes fascistes pour bâillonner des artistes parce qu’ils son…”
“Or, depuis plusieurs années, les constats se succèdent et convergent : l’État connaît encore trop imparfaitement son patrimoine ; il peine à en programmer l’entretien sur le long terme ; il ne dispose pas toujours des instruments nécessaires pour adapter ses bâtiments aux besoins réels des services publics. Cette situation a un coût.”
“Elle repose sur une idée simple : mieux distinguer la fonction de propriétaire – qui suppose une stratégie, une programmation et une capacité d’investissement – de la fonction d’occupant, exercée par les administrations qui utilisent les bâtiments pour accomplir leurs missions.”
“Il y a deux ans, icône de la culture queer, elle faisait rayonner la France lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux et subissait pour cela une vague inouïe de cyberharcèlement homophobe. Samedi, c’est parce qu’elle était juive qu’elle a été conspuée et agressée. (« LFI !”
“En préambule, je souhaite rendre hommage à notre ancien collègue Thomas Cazenave, ancien ministre et désormais maire de Bordeaux, qui a initié et soutenu la réforme à l’origine de cette proposition de loi, d’abord en tant que ministre puis en tant que député.”
“Je tiens à saluer la qualité des échanges qui ont permis aux députés et aux sénateurs de trouver un compromis et de dépasser les quelques différences qui avaient pu nous opposer afin d’aboutir à ce texte commun.”
The complete record
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“Veuillez m’excuser de prolonger cette litanie de prises de parole, madame la ministre. Monsieur le rapporteur, je vous adresse mes remerciements et mes félicitations pour la manière dont vous avez géré et animé un compromis qui était loin d’être gagné d’avance. Vous avez su trouver les voies pour arriver à ce compromis très large, noué dans le troisième bureau de l’Assemblée nationale avec la quasi-intégralité des groupes. La quasi-intégralité seulement parce que – je le dis sans provocation à nos collègues du Rassemblement national –, quand la présidente de votre groupe entre dans la discussion en présentant sa contre-proposition et en disant : « Soit c’est cela, soit nous voterons contre l’autonomie », cela signifie bien que vous ne vous inscrivez pas dans cette démarche de compromis par la discussion parlementaire.”
“Par ailleurs, dans les amendements n os 35, 6, 82 et 93, il manque quelque chose de fondamental, auquel nous sommes très attachés, à savoir les mots « statut d’autonomie », très importants eu égard aux conséquences qu’ils emportent en matière légistique – le rapporteur l’a indiqué. Chacun des amendements présente des éléments intéressants, qui peuvent tout à fait faire l’objet d’une discussion mais par définition, dans la mesure où ils tendent à réécrire l’alinéa 2, il est difficile de les examiner – il faudrait plusieurs sous-amendements pour ce faire. Dans ce débat, nous devrons avancer point par point.”
“D’abord, un point de forme : nos débats, qui ont commencé hier à témoigner d’une certaine agitation, s’annoncent musclés. Les amendements en discussion – exception faite de celui de M. Cormier-Bouligeon – manifestent une volonté commune d’insérer dans la Constitution un article 72-5 qui ne remette pas en cause la loi organique qui pourrait suivre. Quand on touche à la Constitution, chaque mot doit être minutieusement pesé car il peut avoir un impact immense et tous ces amendements, avec leurs nuances respectives, tendent à poser les bases d’une discussion commune. Ils témoignent que des groupes parfois très différents, qui peuvent s’opposer, convergent sur un point important, dont nous devrons continuer de débattre. À cet égard, monsieur le rapporteur, j’en appelle à votre sagesse et à votre esprit de compromis.”
“Eh oui ! C’est pourtant exactement ce qu’il a dit !”
“Ma question est donc simple : quelles mesures le gouvernement entend-il prendre, notamment dans le prochain budget, pour contenir le déficit de notre système de retraite, limiter les effets de la suspension de la réforme des retraites et engager un véritable pacte intergénérationnel ? (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR et Dem.)”
“Qui va supporter ce poids toujours plus important de la solidarité nationale ? (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Les actifs et leurs enfants après eux. Le Conseil d’orientation des retraites vient de publier son rapport annuel qui indique que, pour simplement maintenir le système à flot, il faudrait décaler l’âge de départ à 66,7 ans en 2070. Notre responsabilité est de dire la vérité aux Français.”
“Ces chiffres vont continuer à se dégrader, puisque l’Insee indique dans son dernier rapport que le nombre de personnes de plus de 65 ans en France va augmenter de 6 millions dans les quarante prochaines années.”
“Tout est sous nos yeux : les chiffres sont connus, la trajectoire est documentée, mais, collectivement, nous faisons comme si nous pouvions encore attendre. Nous refusons d’écouter les économistes qui tirent la sonnette d’alarme : 420 milliards d’euros par an, 25 % de la dépense publique, 50 % du déficit si l’on regarde avec honnêteté les cotisations patronales artificiellement gonflées pour mieux masquer ce déficit.”
“…et d’une partie de la classe politico-médiatique face à l’imminence d’un crash d’astéroïde menaçant l’humanité tout entière. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) En France, dans une réalité bien réelle cette fois-ci, un autre déni cosmique est en cours. Remplacez Meryl Streep par Marine Le Pen, Jonah Hill par Jean-Luc Mélenchon et Cate Blanchett par Marine Tondelier et vous aurez le casting du Don’t Look Up français. Pas d’astéroïde ici, bien sûr, mais un déficit du système des retraites qui explose, une pyramide démographique qui déraille et un modèle social qui fonce dans le mur.”
“…une satire apocalyptique, le réalisateur Adam McKay dénonce l’aveuglement des dirigeants américains…”
“Ma question s’adresse à M. le ministre du travail et des solidarités. Dans le film Don’t Look Up : Déni cosmique ,…”
“(Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Sur le fond, votre argumentation a été démontée point à point par le rapporteur Boudié. Sur la forme, vous savez à quel point il est compliqué de faire émerger un projet de loi constitutionnelle, l’ensemble des démarches que cela nécessite, le travail énorme de concertation, notamment avec les forces locales, que cela suppose, et vous venez balayer tout cela d’un revers de main. Oui, madame Le Pen, c’est une forme d’hypocrisie. (Mêmes mouvements.) Derrière cet amendement de réécriture et votre position qui consiste à choisir entre votre amendement ou pas d’autonomie du tout, il faut en fait comprendre : pas d’autonomie du tout. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)”
“…que vous avez dit dans Corse matin vendredi dernier que si cet amendement n’était pas adopté – donc si votre version du texte n’était pas adoptée –, vous voteriez contre l’ensemble du projet de loi constitutionnelle. C’est quand même une drôle de manière de concevoir le compromis et le dialogue parlementaire, chers collègues ! Ce que vous dites, en somme, c’est que soit votre version de l’autonomie l’emporte, soit il n’y aura pas d’autonomie du tout. Je vois assez clair dans votre jeu : il y a une forme d’hypocrisie qu’il faut dénoncer. Vous n’avez pas envie de cette autonomie. Vous mentez au peuple corse en vous planquant derrière cet amendement de réécriture et ce contre-projet, tout en laissant entendre que vous voudriez une autonomie.”
“Je prends ma part dans l’effort de synthèse que vous appelez de vos vœux, madame la présidente. Madame la présidente Le Pen, sur la forme, les arguments qui ont été avancés contre les amendements de suppression peuvent parfaitement s’appliquer à la démarche que le groupe Rassemblement national et vous-même défendez avec cet amendement de réécriture globale. À sa manière, celui-ci vient balayer d’un revers de main les quatre ans d’échange, de dialogue et de construction qui viennent d’avoir lieu entre le gouvernement, l’État, les élus et la société civile de Corse. Bref, cela revient à dire que tout ce qui a été fait avant est inutile. C’est d’autant plus paradoxal sur la forme, voire hypocrite,…”
“Si pertinentes soient-elles, ni vos observations ni celles du Conseil d’État – qui d’ailleurs ne s’imposent pas au législateur, en l’occurrence au constituant, que nous sommes – ne doivent effacer ce pour quoi nous sommes réunis : la création de ce statut.”
“Un avis du Conseil d’État, cher collègue, doit toujours être lu dans son ensemble. Il ressort de celui-ci que le texte, qui vise à aller plus loin en créant un statut d’autonomie de la Corse au sein de la République, est parfaitement compatible avec le droit constitutionnel, qu’il est tout à fait légitime de le soutenir en droit. Le Conseil d’État émet un certain nombre de réserves ; vos remarques à ce propos, celles de M. Maurel, d’autres collègues encore, dignes d’être prises au sérieux, appellent précisément un débat. Cela n’enlève rien à l’initiative, au but du texte, au fait qu’il réponde à un besoin.”
“Pour les enjeux de sécurité, de lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée, pour sa défense, pour sa justice ; pour son développement économique. Ce texte n’ouvre aucune brèche dans l’unité nationale. Il est la preuve que l’unité nationale peut se conjuguer avec l’intelligence des territoires. Une Corse plus autonome dans une République plus forte, voilà ce qui devrait nous rassembler aujourd’hui. Non pas l’autonomie contre la République mais dans la République, l’autonomie comme l’expression renouvelée de la confiance que celle-ci place dans ses territoires. Car la République ne s’affaiblit jamais quand elle sait adapter ses institutions. Elle se renforce même quand elle le fait avec lucidité, fidèle à ses principes et avec la conviction que certains défis ne se règlent qu’ensemble.”
“Quand on prétend, comme Mme Le Pen l’a fait tout à l’heure à cette tribune, la main faussement tendue, vouloir trouver un chemin vers l’autonomie mais qu’on sacrifie, à coup d’arguments fallacieux et de procès en séparatisme, l’occasion unique d’un projet de loi constitutionnelle, c’est qu’on veut aboutir à une impasse. Ce texte ne concède rien au séparatisme. C’est une réponse républicaine à des réalités concrètes : la cherté de la vie, la pression foncière, les difficultés de logement, les surcoûts de l’insularité. Il donne à la collectivité de Corse des outils d’adaptation normative encadrés, contrôlés, limités aux matières qui relèvent de ses compétences. Il réaffirme en miroir à quel point la Corse a besoin de l’État.”
“Face à ceux qui, comme au Rassemblement national, se sont réveillés un beau matin en faveur de l’autonomie mais vont tout faire, aujourd’hui, pour que ce projet n’aboutisse pas, au plus grand mépris d’années de travail, de la légitimité démocratique des élus qui ont porté ce processus et, à travers eux, des Corses et de tous les habitants de l’île, nous réaffirmons la nécessité de respecter la parole exprimée par les Corses à travers leurs représentants. Sous couvert d’une contre-proposition, l’amendement de réécriture globale déposé par le groupe RN est une réalité une manœuvre de sabotage, ne vous y trompez pas !”
“C’est, au contraire, la preuve qu’elle est suffisamment forte pour faire coexister ses différences dans un destin commun. Ce texte n’instaure pas une souveraineté concurrente. Il n’ouvre pas la voie à la co-officialité de la langue corse – le Conseil d’État l’a rappelé –, il n’ouvre pas la voie à une citoyenneté corse. L’autonomie proposée est une autonomie d’adaptation, pas de sécession. Une Corse plus libre dans ses choix, plus responsable dans leur mise en œuvre et, pour cela, plus solidement ancrée dans la République.”
“Elle forme et elle se forme des souvenirs communs, avec un « héritage de gloire et de regrets à partager ». Et qui mieux que les quatre illustres personnages que je viens de nommer pour témoigner de cette grande histoire traversée ensemble ? Cela dit, la nation se conjugue surtout au présent, par « le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune ». C’est, je le crois, le souhait fortement exprimé par les Corses et qui émane de cette démarche constitutionnelle. Reconnaître la Corse dans sa singularité, ce n’est pas entamer l’unité de la nation : c’est réaffirmer ce qui la fonde. Non pas le sol, non pas la naissance, mais la volonté partagée de continuer à faire France ensemble. Reconnaître la spécificité de ses territoires n’est pas le signe d’une nation affaiblie.”
“Parce que, quand la Corse est grande, la France est forte. Certains ont récemment exprimé leurs vives inquiétudes de voir l’autonomie de la Corse inscrite dans la Constitution. Ils y voient les prémices d’un effondrement de la République, une forme de reconnaissance communautaire susceptible de briser l’unité nationale et l’unicité du peuple de France. Je respecte leurs craintes légitimes, mais je réponds d’abord que l’inscription de la Corse dans notre corpus fondamental est, au contraire, la preuve la plus tangible de son ancrage dans la République. Ernest Renan, dans sa célèbre conférence prononcée en Sorbonne, en 1882, l’affirmait avec force et lucidité : la nation n’est ni une race, ni une langue, ni une religion, ni une géographie. Elle est, au contraire, « une âme, un principe spirituel ».”
“Une pression foncière unique, avec près de 40 % de résidences secondaires à l’échelle d’une région entière, contre moins de 10 % sur le reste du territoire métropolitain ; des prix à la consommation supérieurs de 7 % à ceux des autres provinces du continent ; un réseau électrique qui n’est pas interconnecté avec le reste du réseau français ; des centaines de kilomètres carrés soumis concomitamment à la loi « littoral » et à la loi « montagne ». Inscrire les spécificités de la Corse dans la Constitution, c’est donner enfin un fondement juridique solide aux adaptations que ces réalités commandent depuis toujours. Pourquoi est-ce souhaitable ? Parce que la Corse est unique. Parce que son génie a toujours été au rendez-vous de la grande histoire de France, de Paoli à Scamaroni, de Napoléon à Jean Nicoli.”
“Eux qui ont fait le choix du dialogue plutôt que de la violence, du consensus plutôt que du sectarisme, de la complexité plutôt que de la facilité, de la confiance plutôt que de la suspicion, pour parvenir à un projet adopté à la quasi-unanimité par l’Assemblée de Corse, le 27 mars 2024. Derrière le frontispice hautement symbolique d’un projet de loi constitutionnelle – on sait avec quelle prudence et de quelle main tremblante il faut toucher à notre norme suprême – se cache une volonté pourtant simple : donner à la Corse la capacité d’adapter un certain nombre de lois et de règlements à la réalité si spécifique de sa géographie et aux nombreuses particularités de cette île-montagne. Pourquoi est-ce nécessaire ? Parce que la Corse supporte des contraintes que le droit commun ne peut pas absorber.”
“À une époque où la crédibilité de la parole publique est plus fragile que jamais, le respect de l’engagement du président de la République et, à travers lui, celui de la nation tout entière devrait nous guider. Le groupe Ensemble pour la République, présidé par Gabriel Attal, y sera particulièrement attentif et fera tout pour que cette promesse soit tenue. Ce texte est enfin, et peut-être surtout, la traduction constitutionnelle d’un accord politique librement négocié, dans un climat d’apaisement. C’est rare. C’est précieux. Je veux saluer le courage dont le conseil exécutif de Corse, l’Assemblée de Corse et l’ensemble des élus impliqués dans ces discussions ont fait preuve.”
“Quatre ans au cours desquels les gouvernements successifs, jusqu’à celui dont vous êtes membre, madame la ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, ont assuré la continuité de la parole de l’État et les conditions de ce dialogue. Ce projet de loi constitutionnelle est aussi la consécration de la parole donnée, celle du président de la République, qui a indiqué, dès 2017, vouloir inscrire la Corse dans la Constitution, puis, en septembre 2023, s’est engagé devant les élus de Corse à construire avec eux le chemin vers un statut d’autonomie dans la République.”
“Ce temps-là est, je l’espère, derrière nous. Le moment dans lequel s’inscrit le texte que nous examinons aujourd’hui est différent. S’il puise lui aussi ses racines dans un drame – l’assassinat d’Yvan Colonna –, le processus de Beauvau, engagé par Gérald Darmanin dès mars 2022, a fait le pari d’un dialogue long, sérieux et patient entre l’État, les élus et les représentants de la société corse. Ainsi, le texte que nous abordons aujourd’hui est le fruit de longs mois de travail et de discussions. Quatre ans. Quatre ans d’échanges, d’auditions, d’allers-retours, de négociations pour parvenir à une copie commune.”
“Ce texte constitue une étape cruciale dans le long chemin institutionnel de la Corse. L’histoire institutionnelle de l’île s’est malheureusement trop souvent construite en réaction, au fil des drames terribles et des mouvements de protestation qui ont traversé l’île ces cinquante dernières années, avec pour acmé l’assassinat du préfet Claude Érignac, qui a forcé le gouvernement d’alors à agir dans l’urgence, si ce n’est dans la précipitation. Cinquante ans que la question corse traverse nos institutions. Cinquante ans de statuts successifs ; Defferre en 1982, Joxe en 1991, Jospin en 2002 : chacun apportant une réponse partielle à des aspirations globales. Cinquante ans pendant lesquels une grande partie des revendications corses ont été portées dans la rue, parfois dans la clandestinité, parfois dans la violence.”
“Vous vous nourrissez de fausses promesses ; c’est facile, à 22 heures un jeudi soir, de déclarer que vous allez aider tous les étudiants et instaurer un revenu universel pour l’ensemble des étudiants. Mais vous n’avez pas le début du commencement d’un financement ! C’est donc un mensonge que vous adressez à toutes et tous.”
“Vous raisonnez comme s’il n’y avait aucun problème de moyens, comme si l’argent était illimité dans ce pays, mais ce n’est pas vrai ! (Protestations sur les bancs du groupe GDR.) Si vous accordez des bourses à tout le monde, même à ceux qui n’en ont pas besoin, vous allez mécaniquement réduire la solidarité envers les plus précaires, et qui sont de plus en plus nombreux. Ce sont eux qu’il faut protéger. En affirmant vouloir assurer un revenu à l’ensemble des étudiants, vous finissez par précariser ceux qui en ont le plus besoin. Encore une fois, vous n’avez pas les moyens de financer vos propositions et vous vivez dans un monde où l’argent serait magique.”
“Nous avons le droit d’avoir deux visions très différentes de la solidarité, et je pense qu’elles s’exposent ici. Nous avons déjà eu le débat sur le repas à 1 euro : une partie de cet hémicycle le défendait pour l’intégralité des étudiants, tandis que nous voulions le réserver aux étudiants boursiers. Car si nous aidons tout le monde, nous n’aidons finalement personne. (Exclamations sur les bancs du groupe SOC.)”
“Cela renvoie aux provocations et aux propos qui viennent d’être tenus. Accuser le collègue Sitzenstuhl de n’avoir que faire des étudiants pauvres, c’est méconnaître ses engagements ; cela montre que vous n’avez tout simplement pas écouté sa prise de parole.”
“Vous êtes médiocre. C’est d’un niveau de tristesse qui n’est pas à la hauteur du débat que nous devons avoir aujourd’hui.”
“Monsieur le président Peu, tenir des propos d’une telle médiocrité vous déshonore. Je suis ici, comme vous, élu par les citoyens de ma circonscription. Je vous prierai de vous excuser, car ce que vous dites est scandaleux.”
“…et M. Tanguy présenter ses excuses pour avoir eu la médiocrité… (Exclamations sur divers bancs. – L’orateur s’interrompt.)”
“…ce serait de surcroît infaisable, puisqu’une telle action devrait être émise par ArcelorMittal, ce à quoi ses dirigeants ne consentiront jamais, car ils n’en ont pas envie. Il faudrait donc que l’État soit propriétaire et actionnaire d’ArcelorMittal ! Inapplicable et infaisable, voilà un très bon résumé de votre politique économique !”
“Ce sera là ma dernière prise de parole. M. Tanguy vient de dire quelque chose de formidable : il a parlé de « la doctrine mariniste », qui consiste à préconiser une action préférentielle. C’est inapplicable en droit, donc illégal ;…”
“Penser le contraire reviendrait à méconnaître complètement la réalité de nos finances publiques, même si le débat à ce sujet relève de l’examen du PLF, lequel n’est souvent pas la première chose qui vous intéresse. Encore une fois, il faudrait 15 milliards en vue de cette nationalisation : vous savez très bien que ce n’est ni sérieux, ni crédible, ni réalisable. Le financement constitue donc la question à laquelle, madame, monsieur les rapporteurs, vous n’avez pas répondu. Comment fait-on pour racheter Arcelor ? Comment fait-on pour investir dans des fours électriques qui nous permettent de décarboner ? Nous n’en avons pas les moyens ! Vous devez la vérité, sinon à la France, sinon à la représentation nationale, du moins aux employés qui pensent que ce serait une bonne solution et que vous prétendez défendre !”
“Nous en arrivons au moment le plus important, à la question du financement. La réalité, que nous devons aux salariés présents dans les tribunes, aux Français qui nous écoutent, c’est que cette proposition de loi, entre la nationalisation et les investissements nécessaires, a un impact de 15 milliards d’euros, qui est gagé par une taxe sur le tabac. Or vous savez très bien que ce gage financier ne sera pas levé par le gouvernement. C’est le jeu parlementaire ; je ne vous ferai pas de faux procès. Toutefois la question reste fondamentale. On peut avoir un avis concernant l’État stratège, la capacité de l’État à porter une filière en difficulté, mais il nous faut le courage de dire que nos poches sont vides (Exclamations sur divers bancs) , que nous n’avons pas 15 milliards à consacrer au soutien d’une activité économique.”
“Mais d’un côté, Jordan Bardella, devenu le candidat des riches, va boire du champagne à Monaco en regardant le grand prix de Formule 1 avec tous les patrons du CAC40, et de l’autre, miss Le Pen est en train de voter des nationalisations avec les communistes. À un moment donné, il faut choisir : est-ce que vous êtes communistes – ce que vous avez toujours été dans votre politique économique de gauche – ou est-ce que vous êtes libéraux ? On n’y comprend plus rien. Le plus beau est que vous avez demandé un scrutin public pour finalement vous abstenir devant l’ensemble des Français… histoire que tout le monde sache bien que vous n’avez ni courage ni colonne vertébrale ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)”
“(Protestations sur les bancs des groupes RN et UDR.) Il vaut donc mieux que vous vous absteniez de temps à autre, mais cela en dit long sur la réalité de votre positionnement économique et il y a de quoi avoir peur : si vous n’êtes pas capables de trancher sur un sujet aussi simple, qu’en sera-t-il sur celui des retraites ? Là aussi, avec docteur Jordan et mister Le Pen, ce n’est pas très clair ! On ne sait plus ce que vous pensez sur aucun sujet, il n’y a plus rien de cohérent au Rassemblement national ! (Mêmes mouvements.) Vous allez voir les entreprises et vous leur dites que vous les soutenez, que vous êtes avec elles.”
“Je soutiens l’amendement de mon collègue Sitzenstuhl et m’étonne, moi aussi, de ce qui vient de se passer. Le Rassemblement national s’est en effet abstenu sur l’article 1 er . Soit dit en passant, c’est plutôt une bonne chose car, quand ils ne s’abstiennent pas, ils votent des impôts supplémentaires et augmentent la fiscalité de nos entreprises. Songez, chers collègues du RN, à l’amendement formidable à 24 milliards d’euros que vous avez voté lors du dernier budget : il visait les multinationales ayant des activités en France et aurait fracassé ArcelorMittal France.”
“Prenons garde, quand nous traitons de ces sujets, à ne pas confondre la montée de l’État français au capital d’entreprises en difficulté, de manière temporaire et sur des actifs stratégiques, comme on l’a fait pour Atos et pour les Chantiers de l’Atlantique, et une nationalisation hostile parce que vous estimez que l’entreprise serait mieux gérée par la France et par M. Sansu devenu ministre que par les dirigeants d’ArcelorMittal.”
“On a l’impression de ne plus être dans la même réalité, d’avoir quitté ce monde…”
“ArcelorMittal n’a aucune envie de se séparer de ses actifs français, d’où votre référence à 1982 et cette espèce de faille spatiotemporelle où vous nous plongez – nous voilà à nous remémorer, avec un député communiste au banc, les grands moments du Programme commun ! (Interpellations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.)”
“On fait valoir que nous avons nous aussi nationalisé. Mais nous, quand nous nationalisons, c’est parce qu’il n’y a pas de repreneur, que l’entreprise est en difficulté et qu’elle est sur le point de s’éteindre, comme c’était le cas des Chantiers de l’Atlantique. Encore une fois, la nationalisation n’est pas un gros mot dès lors qu’elle arrive au bon moment et qu’elle apporte une réponse là où l’on n’en trouve pas d’autre. En l’occurrence, l’État compense l’absence d’investisseurs pour capitaliser l’entreprise en se substituant temporairement à eux. Mais ce qui est proposé ici est une nationalisation hostile, si vous me passez l’expression.”
“Ça, c’est notre bilan, monsieur Loubet. Votre leçon d’indépendance, quand on connaît vos liens avec ces pétromonarchies et avec le pouvoir de Poutine – cela a encore fait la une d’un quotidien mercredi –, je la mettrais donc en sourdine. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR. – Sourires sur les bancs du groupe RN.)”
“La politique énergétique du RN, c’est baisser la TVA à 5,5 % pour subventionner le gaz russe et le pétrole qatari, accroissant ainsi notre dépendance aux pétromonarchies et aux grandes dictatures de ce monde. C’est ça, votre programme économique ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – « Fessenheim ! » sur les bancs du groupe RN.) Quand Marine Le Pen disait sur France Inter que le nucléaire était dangereux et qu’il fallait en sortir, le président de la République est allé devant une turbine Arabelle de 2 000 tonnes à Belfort pour annoncer la construction de quatorze réacteurs nucléaires et la relance de la filière en France.”
“Je ne peux pas laisser dire des sornettes pareilles dans cet hémicycle. Ce n’est pas respectueux des efforts qui ont été fournis !”
“…qui ne réussira pas à effectuer les investissements nécessaires et qui n’aura jamais la capacité industrielle et opérationnelle de sauver l’entreprise ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)”