Cyrielle Chatelain
ECOS · France
“Monsieur le premier ministre, vous devez une explication aux 2 131 368 signataires de la pétition « Non à la loi Duplomb – Pour la santé, la sécurité, l’intelligence collective » et à cette assemblée. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.”
“(Mêmes mouvements.) Quand on voit se déployer l’épidémie de cancers pédiatriques, quand on sait que les agriculteurs ainsi que leurs enfants sont surreprésentés parmi les personnes qui souffrent de cancers, le principe de précaution doit prévaloir.”
“Monsieur le premier ministre, les néonicotinoïdes étaient interdits et vous avez laissé faire leur réautorisation par dérogation. Il faut être très clair : les sociétés savantes médicales et scientifiques et le Conseil national de l’Ordre des médecins vous ont directement interpellé pour vous rappeler les dangers que représentent l’acétam…”
“Vous allez me parler d’émotion ; vous aurez raison : rien de ce que vous direz ne pourra éteindre la colère ! Quand des enfants meurent (Vives exclamations sur les bancs des groupes RN, EPR, DR, HOR et UDR) , quand d’autres deviennent orphelins parce qu’on autorise des produits neurotoxiques… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la prési…”
“Nous parlons d’un sujet extrêmement sérieux. Je suis très mal à l’aise avec l’argumentaire qui consiste à opposer les victimes. Tout mort est un mort de trop, qu’il soit civil, policier ou gendarme. Le débat n’est pas nouveau.”
“Pour éviter cela, on lui a appris à ne jamais tirer, sauf si quelqu’un est directement mis en danger. Quand on lui a foncé dessus, elle a fait ce à quoi elle avait été entraînée : sauter dans le fossé. La première règle est de ne pas faire de morts quand il n’y a pas de personne directement en danger.”
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“Sur le fondement du code de déontologie des députés, inscrit dans le règlement, qui rappelle à plusieurs reprises l’importance de l’indépendance des députés : « nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité [sur les députés]. » Je suis très gênée de voir le nombre de députés qui retirent leur amendement sous la pression d’instances étrangères. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, SOC et GDR.) Cela veut dire qu’on ne peut plus légiférer sur la question des Gafam, à cause de la menace de Trump. Ce n’est pas possible ! Nous devons voter ces amendements et conserver notre indépendance !”
“C’est précisément pour cela qu’il est nécessaire d’augmenter les taxes sur les entreprises du numérique américaines. Surtout, il faut penser à notre indépendance. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)”
“Par exemple, nous pouvons prendre pour modèle la gendarmerie. Elle fonctionne grâce à Linux et à Ubuntu, deux systèmes d’exploitation à partir desquels a été développé GendBuntu. Il est donc possible de déployer des outils français pertinents, qui garantissent notre souveraineté.”
“Sous la pression, cette taxe Windows a été reportée. Il n’est pas possible de dépendre comme cela des outils numériques. Nous devons donc effectivement les taxer pour garantir une justice fiscale et surtout développer des outils alternatifs français et européens fonctionnels.”
“Vous l’avez dit, Donald Trump l’utilise pour faire pression, y compris sur le plan politique. Un magistrat français, Nicolas Guillou, qui exerce à la Cour pénale internationale et préside la chambre préliminaire chargée de la situation à Gaza (« Oh ! » sur les bancs du groupe RN) , est actuellement privé d’accès à l’ensemble des outils numériques américains en raison des positions qu’il a prises dans l’exercice de son travail ; c’est inacceptable. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et LFI-NFP. – Mme Dieynaba Diop applaudit également.) De la même façon, 15 000 personnes ont été privées de leur accès aux services numériques. Autre exemple, les Français qui utilisaient Windows 10 ont été contraints de penser qu’ils allaient devoir choisir entre changer leur ordinateur ou payer l’abonnement à Windows.”
“Je vous invite à voter les amendements n os 3237 de M. Arnaud Bonnet et 3486 de Mme Catherine Hervieu. Ils maintiennent le seuil, car vous avez raison monsieur le ministre, nous avons besoin de deux seuils : le seuil de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires mondial, pour lequel le taux applicable pourrait être élevé à 6 % ; le seuil de 2 milliards, pour lequel un taux majoré de 15 % pourrait être appliqué. C’est indispensable. Effectivement, cette taxe peut toucher des entreprises françaises mais, vous l’avez dit, l’État les a accompagnées, aussi est-il normal qu’elles contribuent aux recettes de l’État. Ensuite, il s’agit certes d’un débat financier portant sur les recettes et la justice fiscale, mais également d’une question de souveraineté. En effet, nous avons un vrai problème de dépendance aux outils américains.”
“Qui va la financer ? Supprimera-t-on les tarifs sociaux dans les cantines ou prélèvera-t-on ces recettes sur la santé ou sur l’éducation ? ( Mme Léa Balage El Mariky et M. Benjamin Lucas-Lundy applaudissent ). Diminuera-t-on le nombre de professeurs ? Au fond, ces débats révèlent que les politiques économiques des macronistes et du RN sont les mêmes. La différence, c’est que le RN a le racisme en plus ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et LFI-NFP. – Protestations sur les bancs du groupe RN.)”
“Les travaux de l’économiste Anne-Laure Delatte démontrent que, lorsqu’on agglomère les aides directes, les baisses de TVA, les baisses d’impôts de production, les entreprises perçoivent deux fois plus d’aides que les particuliers ! Tout l’argent public que vous décidez de flécher sur les entreprises, vous l’avez enlevé aux ménages ! Le Rassemblement national continuera la même politique économique, puisqu’il propose de diminuer de 16 milliards les recettes sur les entreprises. Où va-t-il prendre cette somme ?”
“Je soutiens l’amendement de M. Le Coq. La politique de baisse de la CVAE et de l’IS revient à réduire l’imposition des entreprises et à accentuer celle qui pèse sur le reste de la société. J’aimerais revenir sur mon argumentaire de tout à l’heure pour le clarifier. Selon un rapport de l’OCDE de 2022, l’IS représente moins de 5 % de l’ensemble des recettes fiscales françaises. L’OCDE relève même que la France a connu la plus forte régression de son taux légal d’IS entre 2021 et 2022. Un cadeau énorme a été fait – et continue d’être fait – aux entreprises sans aucune contrepartie en termes de création d’emploi ou d’augmentation des salaires. Aujourd’hui – et c’est incompréhensible –, les entreprises sont plus aidées que les ménages !”
“Je veux aussi dire que les compromis faits entre le gouvernement et ses propres soutiens ne vaudront pas compromis pour cette Assemblée. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Arrêtez de prétendre que le fait d’appliquer la moitié d’une mesure mise en place l’année dernière représente un effort énorme pour les entreprises ! Mes chers collègues, revenez à la réalité : acceptez non pas de supprimer la contribution exceptionnelle mais de revenir au moins à son niveau prévu par le budget de l’année dernière. Mettons à contribution les entreprises qui ne participent plus assez au budget de l’État, alors même qu’elles bénéficient d’aides publiques très importantes ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et SOC.)”
“Aujourd’hui, les entreprises contribuent seulement à hauteur de 5 % aux recettes de l’État ; ce n’est rien du tout ! Nous demandons de mettre à contribution les entreprises qui réalisent plus de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, soit les très gros contribuables. Là encore, l’OCDE nous dit que les stratégies de croissance fondées sur les baisses de taxes ciblant les plus gros contribuables ont montré leurs limites, tant sur le plan économique que sur le plan de la cohésion sociale. Votre politique est un échec ; il faut le reconnaître. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EcoS.)”
“Mes chers collègues, la réalité vous a donné tort. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.) Vous avez baissé le taux de l’impôt sur les sociétés de 33 à 25 %. Quels en ont été les effets ? Une explosion du déficit public, un effet nul sur les salaires et sur l’emploi, et des délocalisations massives. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.) Je vous parle en tant qu’élue d’un territoire qui a subi des suppressions d’emplois dans les entreprises Vencorex, Arkema, et désormais Teisseire. Comprenez que cette politique ne fonctionne pas ! L’OCDE le dit : depuis les années 1990, nous assistons à une dynamique qui consiste à faire peser la charge fiscale sur les ménages, notamment les classes moyennes, et à réduire l’imposition des entreprises.”
“Avec cet amendement de suppression, les groupes qui soutiennent le gouvernement sont parfaitement cohérents avec la politique menée depuis 2017 : ils restent dans une logique de baisse de l’imposition des entreprises.”
“Deuxièmement, le Conseil d’État, en mai 2023, a constaté le niveau d’insuffisance des politiques climatiques mises en place par l’État depuis sa condamnation en juillet 2021. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et EPR.) Il a estimé qu’il « n’était toujours pas garanti de façon suffisamment crédible que la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre puisse être effectivement respectée. » Le Conseil d’État avait raison : en effet, cette trajectoire n’est pas respectée. Nous devrions réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 5 %, nous les diminuons de 0,8 %. Oui, votre bilan est catastrophique et vous nous conduisez vers la déroute climatique ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)”
“Le Conseil d’État se fonde sur ces éléments. J’en vois pour preuve le fait qu’aujourd’hui, la France n’arrive plus à atteindre ses objectifs de baisse des émissions.”
“…il est établi que cette baisse n’est pas liée à des éléments structurels, mais à des éléments conjoncturels, à savoir les hivers doux ou encore la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre en Ukraine.”
“Vous devriez également faire preuve d’humilité s’agissant de votre bilan, qui est catastrophique. Si les écologistes n’ont pas voté la loi, c’est tout d’abord parce que vous aviez enterré les conclusions de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) et ensuite parce qu’elle était largement insuffisante. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – M. Boris Vallaud applaudit également.) Revenons sur trois éléments en lien avec les chiffres qui ont été cités pour démontrer la baisse des émissions de gaz à effets de serre. Premièrement, la réalisation des objectifs climatiques ne se mesure pas seulement en termes quantitatifs. Il s’agit également d’évaluer si l’on pourra atteindre les objectifs de diminution des émissions. Or, s’il y a bien une baisse des émissions (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR) ,…”
“Tout d’abord, cher collègue Cazeneuve, je vous invite à faire preuve d’un peu d’humilité lorsque vous vous adressez à une personne qui a passé sa vie à défendre les questions environnementales – Mme Voynet parlait du climat alors que vous n’en avez rien à faire. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe SOC. – Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)”
“C’est bien de parler de compromis, c’est mieux de le traduire en actes et de permettre l’avancée des débats pour enfin arriver au cœur du sujet. J’espère que nous pourrons avoir, pour le reste de la séance, et jusqu’à minuit, des débats plus sobres, avec moins de prises de parole. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)”
“Soit la question passionne tout le monde, soit le vrai sujet est d’empêcher les votes et les débats sur des éléments du budget qui seront déterminants, comme la question de la taxe Zucman ou du pacte Dutreil. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – Mme Ayda Hadizadeh applaudit également.)”
“Au titre de l’article 100, alinéa 7 du règlement, monsieur le président. Nous débattons du même sujet depuis plusieurs heures. Il me semble que l’Assemblée est désormais parfaitement éclairée. (M. Philippe Brun applaudit.) Nous pourrions donc appliquer cet alinéa 7, qui permet d’avoir deux prises de parole, une pour et une contre (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et SOC) , ce qui éviterait d’ailleurs des joutes verbales d’un niveau médiocre, dont le meilleur exemple est M. Tanguy, qui parle d’hyper-cocus. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.) Sérieusement, c’est un débat budgétaire : peut-on revenir au fond ?”
“Cet amendement très raisonnable vise à inscrire dans le projet de loi de finances ce principe d’égalité et à traduire l’idée que la pension alimentaire n’est pas un dû à la mère mais la juste contribution du père à l’éducation de ses enfants. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe SOC.)”
“L’engagement financier des parents solos est donc important. Deuxième inégalité, le montant des pensions alimentaires entre dans le calcul de leur revenu imposable et de leur quotient familial, lequel détermine le tarif des cantines. Il faut absolument remédier à cette inégalité. L’année dernière, il avait été relevé qu’une telle disposition bénéficierait majoritairement à des familles aisées. Même si nous pensons qu’il serait juste qu’elle s’applique à tous, nous avons tenu compte de cette observation. Nous proposons donc de limiter le montant non soumis à l’impôt à 4 000 euros par enfant et à 12 000 euros par an.”
“Je défends en même temps l’amendement n o 3478. Ces amendements transpartisans ont été adoptés par notre assemblée l’année dernière, mais n’ont pas été retenus dans la copie finale du projet de loi de finances, adopté par 49.3. Ces dispositions ont également été adoptées dans le cadre de propositions de loi. Cette année, il faut que notre vote soit respecté ! Il existe aujourd’hui une double inégalité pour les parents qui élèvent seuls leurs enfants – dans 97 % des cas, les mères. Première inégalité, ces mères portent seules la charge mentale, mais aussi financière, de leurs enfants. En moyenne, un enfant coûte environ 750 euros par mois à ses parents pour l’habiller, le chauffer et lui proposer des activités sportives. Le montant moyen d’une pension alimentaire est de 190 euros.”
“Mais on ne parle pas de politique familiale !”
“Dans ce système, les personnes qui capitalisent paient plus cher ; quant aux autres, elles ont de moins bonnes retraites. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe SOC.) Le sens de cette contribution, c’est donc que chacun doit contribuer à hauteur de ses moyens pour que la France reste le pays de la solidarité, la France qu’on aime ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)”
“…ceux qui en ont les moyens capitalisent et ont une bonne retraite tandis que les autres, à la fin, n’ont rien !”
“Je suis fière d’appartenir à un pays qui a décidé d’un principe simple, selon lequel il faut socialiser les risques, c’est-à-dire que chacun doit contribuer à hauteur de ses moyens pour que personne ne se retrouve seul en cas de maladie, de chômage ou de retraite. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS. – Mme Béatrice Bellay applaudit également.) Que se passe-t-il dans les pays qui ne disposent pas d’un tel système de prélèvements obligatoires, notamment en ce qui concerne les retraites ? Cela s’appelle la capitalisation :…”
“Pourquoi faut-il les mettre à contribution ? S’ils restent en France, c’est qu’ils s’y trouvent bien et qu’ils peuvent continuer à y accumuler leurs richesses. En six années, les cinq familles les plus riches de France – vous connaissez leurs noms, Arnault, Bettencourt ou Saadé – ont vu leur patrimoine boursier augmenter de 400 %, tandis que le salaire des Français, lui, augmentait de 8 % ! S’il faut les mettre à contribution, c’est bien parce que pendant six ans, ils ont continué à accumuler du patrimoine. Ensuite, vous avez évoqué le fait que les prélèvements obligatoires sont élevés en France. Mais moi, j’en suis fière !”
“…qui s’inquiètent du fait que les ultrariches quittent la France. J’ai compris que c’était un motif de grande inquiétude chez vous, mais s’il y a bien des gens pour lesquels la France reste une terre d’accueil, ce sont les milliardaires ! Il y en a 147 en France, contre 128 en Allemagne et 43 en Suède : nous sommes les champions d’Europe de l’accueil des milliardaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)”
“Je voudrais rassurer d’emblée MM. Ciotti et Kasbarian,…”
“Et l’avenir que vous préparez aux enfants, c’est quoi ?”
“Je vous ai connu plus précis, monsieur le premier ministre : vous n’avez rien dit sur le soutien à la hausse des objectifs climatiques à l’échelon européen, qui requiert un combat immédiat, et vous n’avez rien répondu au sujet de l’objectif de production d’énergies renouvelables à hauteur de 44 % de notre consommation énergétique. Surtout, je vous alerte : la France n’a diminué ses émissions de gaz à effet de serre que de 0,8 % alors que ce chiffre aurait dû atteindre 5 %. Cela doit être notre priorité. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS. – Mme Dieynaba Diop applaudit également.)”
“Ensuite, allez-vous publier une programmation pluriannuelle de l’énergie sérieuse pour garantir le développement de l’éolien et du solaire (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe SOC – M. Jimmy Pahun applaudit également) et permettre que, d’ici à 2030, 44 % de l’énergie que nous consommons soit d’origine renouvelable ?”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe SOC.) Il nous fait craindre que vous ayez déjà abdiqué, d’autant plus que la politique conduite depuis 2022 est celle du grand bond en arrière s’agissant de l’écologie, avec pas moins de quarante-trois reculs environnementaux depuis le printemps. Je n’ai pas le temps de vous questionner sur l’ensemble de ces reculs. Je n’aborderai donc qu’un seul sujet, pour lequel le gouvernement est décisionnaire : notre trajectoire climatique. J’ai deux questions. D’abord, dix ans après l’accord de Paris, allez-vous cesser de bloquer la hausse des objectifs climatiques au niveau européen ?”
“Monsieur le premier ministre, sur tous les continents, l’extrême droite mène une guerre contre l’écologie. Pourtant, hier, dans votre discours de politique générale, vous n’en avez pas dit un mot. Donald Trump présente le changement climatique comme une grande arnaque, Milei rase les forêts, Poutine se réjouit de la fonte du permafrost en Sibérie et leur alliée, l’extrême droite européenne, exige l’abandon du pacte vert. Les scientifiques de tous les pays, y compris en France, font face à une croisade obscurantiste. Quelque 90 % des militants écologistes subissent des violences en ligne et sont parfois physiquement menacés. Dans ce contexte, votre silence est alarmant.”
“(Applaudissements prolongés sur les bancs du groupe EcoS, dont plusieurs députés se lèvent, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs des groupes SOC et GDR.) C’est l’imposition de la volonté d’une minorité à la majorité du peuple français. Au moment où nous faisons face à une internationale réactionnaire, nous ne pouvons pas accepter, même sous des formes mondaines, même avec un discours bien posé, un accaparement du pouvoir. La décision du peuple doit toujours primer. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS, dont les députés se lèvent, ainsi que sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe SOC et GDR.)”
“À force, elle est presque en train de disparaître, parce qu’il y a les mots et il y a les actes. Faute de temps, je ne reviens pas sur les précédents – certes, vous n’étiez pas alors premier ministre. Vous êtes gaulliste et vous avez cité le discours de Bayeux. Je suis donc allée lire ce discours, dans lequel figure cette phrase du général de Gaulle : « Le trouble dans l’État a pour conséquence inéluctable la désaffection des citoyens à l’égard des institutions. Il suffit alors d’une occasion pour faire apparaître la menace de la dictature. » Nous n’en sommes pas là, mais aujourd’hui, le trouble de l’État, c’est vous. C’est le refus d’Emmanuel Macron de lâcher les rênes du pouvoir.”
“C’est non pas un gouvernement détaché des partis que vous avez constitué, mais un gouvernement subordonné à Emmanuel Macron. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) Derrière la façade, celui-ci comprend des ex-conseillers présidentiels, des proches de Jean-Michel Blanquer, un ancien secrétaire d’État auprès de Christophe Castaner et de nombreux fidèles du président de la République. (Exclamations sur les bancs du groupe DR.) Nous refusons cette mascarade qui consiste à dire qu’on a tout changé pour ne rien changer, d’autant que le prix en est élevé : c’est l’affaiblissement du fondement le plus précieux de notre République, à savoir la confiance des citoyens envers celles et ceux qu’ils ont élus pour les représenter. Cette confiance, vous le sentez, s’affaiblit.”
“Vous avez réussi une seule chose : nommer à votre gouvernement des visages jusqu’alors inconnus, laissant l’espoir, vous l’avez dit, qu’ils seraient détachés des partis.”
“Pourtant, le groupe Écologiste et social votera la censure, non seulement parce que nous sommes opposés à votre politique, mais aussi parce que nous refusons d’assister sans réagir à l’accaparement du pouvoir par Emmanuel Macron. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.) Monsieur le premier ministre, vous devez le reconnaître. Regardez autour de vous : il est loin le temps où les soutiens du président de la République occupaient 361 sièges ; aujourd’hui, deux groupes parlementaires, affaiblis en nombre, le soutiennent. Le groupe Horizons & indépendants fait certes partie votre majorité, mais demande une présidentielle anticipée – le départ d’un président détesté. Les Républicains vous ont forcé, par un tweet de leur chef, à démissionner. Pouvez-vous vraiment compter sur eux ?”
“(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Voilà la réalité derrière votre novlangue macroniste. Monsieur le premier ministre, il y a les questions de fond et il y a les questions démocratiques. Nous avons eu des débats au sein du groupe Écologiste et social. S’agissant de la censure, notre vote n’était pas évident. Vous l’avez vu, nous sommes profondément opposés aux orientations de votre gouvernement, mais comme vous l’avez dit, dans une assemblée, nous devons savoir travailler ensemble tout en étant opposés.”
“….la sous-indexation des retraites de 0,4 point par rapport à l’inflation jusqu’en 2030 – bien après la suspension de la réforme des retraites –, la limitation de la durée du premier arrêt maladie prescrit, l’augmentation des franchises médicales. Ce que vous ne dites pas, monsieur le premier ministre, c’est que si vous êtes prêt à discuter de tout, vous avez quand même réaffirmé une trajectoire très claire, celle de l’austérité, que vous cachez derrière la maîtrise des dépenses publiques et le refus d’augmenter les impôts pour les plus riches. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) La fameuse réforme de l’État que vous avez évoquée signifie une nouvelle réduction du nombre de professeurs et de médecins.”
“Prenons deux exemples : Sanofi, qui a touché 1 milliard d’euros de crédit d’impôt recherche (CIR) en dix ans, a supprimé 3 500 emplois dans la recherche. Carrefour a bénéficié d’un allègement de cotisations de 1,5 milliard ; dans le même temps, ses effectifs en France sont passés de 112 000 à 75 000 salariés. Voilà beaucoup d’argent dépensé et bien peu d’emplois créés ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.) Vous continuerez cette politique, qui a creusé les déficits, et ce sont les Français qui vont payer. Dans votre discours de politique générale, vous n’avez pas mentionné plusieurs mesures qui figurent dans les projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale que vous avez présentés : le gel des prestations sociales, notamment des pensions de retraite,…”
“(Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et GDR. – M. Carlos Martens Bilongo applaudit également.) Cette taxe, qui pouvait rapporter 20 milliards d’euros, rétablir un peu de justice et d’équilibre, faire à nouveau contribuer les ultrariches au pot commun, ne figure pas dans le projet de loi de finances. À la place, celui-ci prévoit une taxe sur les holdings financières pleine de trous, qui épargne 95 % du patrimoine des ultrariches. Vous continuerez sans aucun doute la politique de l’offre. Cette politique coûteuse – 10 milliards ont été distribués aux entreprises sans aucune contrepartie – accroît les profits et non les emplois. Cette politique, menée en particulier depuis 2017 et défendue coûte que coûte par le président de la République, a dilapidé de l’argent sans rien apporter.”
“(Exclamations sur les bancs des groupes EPR et Dem.) Ensuite, le projet de budget est bien faible sur la question des ultrariches. Nous avons entendu vos partenaires parler de justice. Mais où est la justice quand des dynasties, à l’instar de la famille Arnault, des Hermès, Wertheimer, Bettencourt ou encore Saadé, font des profits outrageux qu’ils soustraient à l’impôt ? (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) Leur patrimoine boursier a progressé de 400 % en six ans ; les voilà qui s’engraissent tandis que les gens n’arrivent plus à vivre de leur salaire. (Exclamations sur divers bancs.) Oui, cela me prend aux tripes ! Monsieur le premier ministre, vous avez dit respecter cette assemblée. Or la taxe Zucman y a été votée, grâce à mes collègues Clémentine Autain et Eva Sas.”
“Si nous ne voulons pas que cette réforme entre de nouveau en vigueur à compter du 1 er janvier 2028 et si nous souhaitons son abrogation définitive, il nous faudra alors élire un président de la République de gauche et écologiste. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, SOC et GDR.) La réforme des retraites a déjà commencé à produire une partie de ses méfaits. Depuis quinze jours, l’âge de départ a été porté à 62 ans et 9 mois, et la durée de cotisation à 170 trimestres. Le vote à venir ne suspendra cette réforme que pour un an et demi ; en l’absence d’un nouveau vote après l’élection présidentielle, cette réforme reprendra son cours extrêmement néfaste. Vous proposez certes une suspension, mais il ne s’agit justement que d’une suspension, alors même que cette réforme n’a aucun socle politique : ce n’est pas suffisant.”
“Cette réforme – et le conclave sur les retraites – a aussi servi d’alibi pour maintenir le gouvernement de François Bayrou. Aujourd’hui, elle devient un élément de marchandage pour maintenir votre gouvernement. La réforme des retraites est une faute originelle ; elle est désormais, je l’avoue avec étonnement, l’assurance-vie des macronistes. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) Si notre assemblée peut voter, nous voterons la suspension de la réforme des retraites, car il est préférable de l’empêcher de produire ses effets pendant un an et demi que de la voir perdurer. Ce vote est donc une première étape. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) La suite se jouera au moment de l’élection présidentielle.”
“(Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et GDR.) Monsieur le premier ministre, allez-vous vous laisser entraîner par vos partenaires sur ces questions relatives à l’État de droit ? Vous l’avez dit, l’Assemblée nationale demandait plusieurs choses. Nous, les Écologistes, demandions des garanties sur les sujets environnementaux ; nous n’en avons pas obtenu. Nous avions également des exigences en matière de justice sociale. Sur ce point, je commencerai par la question, tant attendue, des retraites. Rappelons ce dont il s’agit : nous parlons d’une réforme imposée par 49.3, que Michel Barnier, alors premier ministre, a maintenue coûte que coûte et que vos soutiens, par leur obstruction parlementaire, ont refusé d’abroger.”
“Marcellin Nadeau applaudit également.) Mon inquiétude tient aussi à tout ce que vous n’avez pas dit pour ne pas froisser certains de vos partenaires peu fiables. Lorsque j’entends Laurent Wauquiez à cette tribune prononcer des mots durs, inacceptables, sur l’immigration, je me demande où ils vont vous mener. Sur cette question, céderez-vous, comme l’ont fait vos prédécesseurs, à vos partenaires des Républicains ? Alors que l’extrême droite monte, je suis profondément inquiète à l’idée de voir le gouvernement s’allier avec un parti dont le chef dit que la différence entre la droite et l’extrême droite est la même qu’entre une pensée et une arrière-pensée.”