Jean-François Coulomme
LFI-NFP · France
“Il assume noir sur blanc une vision purement productiviste de la montagne, un soutien à l’agriculture sans la moindre bifurcation agroécologique, une promotion de la filière bois pensée suivant une logique d’exploitation – au moment même où nos forêts absorbent 24 millions de tonnes de CO 2 de moins qu’auparavant – et une gestion de l’eau…”
“Comme si la seule mobilité imaginable en 2026 face au dérèglement climatique restait la voiture individuelle, fût-elle électrique ! Votre niveau de déconnexion et d’incompétence est stupéfiant. Vous voulez protéger les paysages de montagne ?”
“Il y a des textes dont le contenu offense le titre et celui-ci en fait partie. « Pour une montagne vivante et souveraine » ! Permettez-moi de vous dire, avec toute la gravité que le sujet impose, que ce texte organise l’exact contraire : il tend à épuiser les ressources de la montagne, vis-à-vis desquelles vous vous comportez comme des pr…”
“La montagne brûle, au sens propre : chaque année, les incendies se déclarent à des altitudes un peu plus élevées – ce fut le cas la semaine dernière en Savoie, où l’incendie de Pralognan a vu périr, à 21 ans, le sapeur-pompier Baptiste Gerfaud-Valentin, à qui je rends hommage.”
“Du vent ! Vous voulez répondre à la raréfaction de l’eau ? Vous nous proposez de la stocker dans des retenues en mettant sur le même plan, dans le texte, l’eau potable et l’enneigement artificiel pour les pistes de ski.”
“Ce ne sont pas des projections lointaines : c’est ce que nos concitoyens vivent dans leur chair chaque été, quand la canicule s’installe et que la température ne redescend même plus la nuit en altitude, et chaque hiver, quand la période d’enneigement fond année après année comme neige au soleil. Ce n’est pas tout.”
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“Évidemment, puisque c’est le monde idéal dont vous rêvez.”
“Nous avons compris que vous vouliez tout filmer, partout, tout le temps.”
“C’est pourquoi nous nous opposons farouchement à ce que des données de l’espace public – du reste stockées dans des bases dont nous ignorons la destination et l’usage, a fortiori pouvant faire l’objet de traitements algorithmiques ciblés – soient collectées par les commerçants. Une telle pratique pourrait conduire, par le truchement de la reconnaissance faciale, à ce qu’une personne, identifiée comme passant régulièrement à tel endroit, reçoive ensuite des publicités ciblées. Voilà le genre de débordement imaginable.”
“Il vise à supprimer, pour les commerces ou les magasins – qui sont des opérateurs privés –, le droit de filmer l’espace public. De nombreuses dérogations existent déjà dans de nombreuses villes, qui permettent aux municipalités de déployer parfois massivement des technologies de surveillance de l’espace public. Des intérêts privés ne devraient pas participer à un tel débordement ; les magasins n’ont pas vocation à observer les faits et gestes ainsi que les allées et venues. Il s’agit d’une atteinte aux droits fondamentaux, notamment au droit à l’anonymat. La surveillance doit rester une prérogative régalienne – pour autant qu’un domaine régalien existe.”
“Vous n’êtes pas les amis des milliardaires, ce sont les milliardaires qui sont vos amis !”
“C’est lui, le troll qui a déposé partout des amendements au précédent texte !”
“C’est vous, les racailles ! Rendez l’argent !”
“Si ce n’est pas dangereux, pourquoi les interdire ?”
“C’est bien vous qui parlez de mesure, madame Besse ?”
“Ça fait dix ans que vous faites n’importe quoi !”
“On tombe malade rien qu’à entendre ce nom !”
“Ce n’est pas ce qu’on dit ! Ce qu’on dit, c’est que vous êtes aussi une victime !”
“Merci, monsieur le ministre. Ce que vous avez évoqué concerne énormément de lois adoptées par le Parlement : nous avons le regret de constater que l’exécutif, le président de la République, n’agissent que selon leur bon vouloir, par le fait du prince. Tout ce qui est voté ici devrait être promulgué, et les décrets d’application publiés, dans des délais plus restreints qu’ils ne le sont actuellement !”
“Par son inaction, l’État rompt avec le principe d’équivalence des soins, porte atteinte au droit à la santé, engage sa responsabilité politique et juridique. Même si vos politiques persistent à nier leur humanité, les personnes incarcérées sont des sujets de droit : la prison n’autorise ni l’aveuglement ni le renoncement de l’État à ses obligations fondamentales. Combien de temps l’État persistera-t-il dans cette hypocrisie consistant à nier la réalité des addictions en prison, au prix de la santé et des droits fondamentaux des personnes détenues ? Quand publierez-vous le décret d’application de la loi de 2016, afin que, comme l’exige la législation, la réduction des risques soit assurée en prison comme elle l’est à l’extérieur ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“D’un côté, le gouvernement affirme mener une politique de santé publique fondée sur la réduction des risques, de l’autre, il refuse d’appliquer ce principe, du moment qu’il s’agit des personnes incarcérées – comme si la prison devait suspendre le droit à la santé, les droits fondamentaux, comme si fermer les yeux faisait disparaître les usages. Encore une fois, les conséquences sont pourtant connues : forte prévalence des addictions, conditions de consommation à haut risque, circulation accrue des hépatites et du VIH, accès aux outils de réduction des risques très inférieur à celui du milieu ouvert, pour ne pas dire quasi inexistant. Cette situation met directement en danger la santé et la vie des personnes détenues, déjà parmi les plus vulnérables, mais aussi la société hors les murs.”
“Depuis des années, le gouvernement refuse de regarder en face la réalité de la prison, pourtant connue et documentée : en détention, les addictions existent, qu’on le veuille ou non. Derrière les murs, l’usage des drogues ne disparaît pas ; il se poursuit simplement dans des conditions plus dangereuses, plus dégradées, plus violentes pour les corps, pour la santé de toute la société. Cette réalité, votre gouvernement choisit de l’ignorer, donc de l’aggraver. En refusant depuis dix ans de publier le décret d’application de la loi de santé de 2016, l’État ne se contente pas de retarder une réforme, il viole délibérément la loi votée par le Parlement. Je le répète, il ne s’agit ni d’un oubli ni d’une difficulté technique, mais d’un choix politique, profondément hypocrite de surcroît.”
“Enregistrez la suite et faites-en un disque ! (Sourires.)”
“Et vous, s’il vous écoutait, vous le feriez vomir !”
“Le Pen disait que le sida était une punition divine !”
“En conclusion, vous sacrifiez nos droits et notre environnement, vous déversez les précieux milliards de notre budget pour une illusion de fête, quand La France insoumise, défenseure de nos finances publiques aussi bien que de notre irremplaçable biotope, gardienne de nos libertés publiques, manifestera samedi prochain à 15 heures à Grenoble avec les organisations NO JO, Attac, Extinction Rebellion, les Soulèvements de la Terre, Mountain Wilderness et avec les écologistes pour dénoncer votre inconséquence et votre irresponsabilité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“À cela s’ajoute un contexte pour le moins chaotique au sommet de l’organisation d’un tel projet. Après Anne Murac et Arthur Richer, c’est Bertrand Méheut qui a démissionné du Cojop en dénonçant les dérives importantes concernant les délais, les coûts, la gouvernance, la transparence et les rémunérations des membres du Cojop. Trois cadres et trois employés ont démissionné en à peine quelques semaines. Les décisions de justice y seraient-elles pour quelque chose ? N’est-ce pas là une alerte supplémentaire démontrant que le vote de ce texte serait une aberration au regard du contexte profondément instable et malsain de l’organisation de ces jeux ?”
“Ces atteintes à nos droits rappellent combien ce pouvoir macroniste, en écho au trumpisme, fait la guerre à son peuple et à son environnement.”
“Préemptions, réquisitions, expropriations sous contrainte, les délais sont raccourcis, les décisions imposées dans l’urgence et les possibilités de recours pour les particuliers quasi inexistantes. Enfin, les atteintes aux libertés fondamentales sont tout aussi préoccupantes. Le gouvernement entend aligner ses prérogatives de sécurité publique sur les exigences du CIO. Les Jeux de Milan-Cortina en offrent déjà une démonstration inquiétante avec la participation annoncée de forces de police étrangères – l’ICE (Service de l’immigration et des douanes des États-Unis), la police criminelle de Trump. Lorsque la présidente du CIO déplore que ces affaires détournent l’attention des Jeux, la messe noire est bien dite.”
“L’héritage des Jeux de 1992, de 2024 ou de 2030, c’est une poignée de souvenirs pour quelques-uns, mais des dettes pour tous. Quant aux droits sociaux, ils ne sont pas davantage épargnés. Le projet de loi étend les dérogations au repos dominical, perpétue les logiques d’exclusion et de nettoyage social déjà à l’œuvre lors des Jeux de 2024, facilite les expropriations et les réquisitions de terrains – y compris agricoles – ainsi que des foyers de jeunes travailleurs et de logements sociaux, pour y loger les personnes accréditées, les bénévoles et les forces de sécurité. Le texte prévoit également de nombreuses dérogations aux règles d’urbanisme. Comme le rappelle le chercheur Éric Adamkiewicz, le sport sert ici d’habillage pour justifier la poursuite d’aménagements lourds dans les territoires de montagne.”
“Le Sénat, bon prince avec nos collectivités territoriales, a eu la gentillesse de la plafonner à 75 millions d’euros par région. À ces montants s’ajoute un manque à gagner considérable pour l’État lié à l’article 1655 septies du code général des impôts. Cet article défiscalise le CIO, ses sponsors, partenaires et annonceurs : impôt sur les sociétés, impôt sur le revenu, CSG, taxe foncière, cotisations et contributions sociales, tout y passe ! Pourquoi cela ? Quel mérite et quelle contribution réelle à l’intérêt général justifient une telle exemption alors que les artisans et commerçants locaux sont, eux, pleinement assujettis à l’effort collectif ? Ces jeux olympiques se font véritablement aux frais de nos finances publiques et de l’ensemble des contribuables, que ceux-ci soient assujettis à l’impôt sur le revenu ou seulement à la TVA.”
“…un montant aberrant en pleine période d’austérité, alors que certaines infrastructures sportives ne seront plus utilisées après 2030. S’y ajoutent les garanties financières colossales de l’État et des collectivités hôtes en cas d’annulation totale ou partielle d’un événement qui, je le rappelle, n’a jamais fait l’objet d’un débat public, ou en cas de déficit du Cojop. Ces garanties faisaient partie des exigences du CIO pour retenir la candidature française. Dans une lettre datée de mars 2025, François Bayrou a confirmé les engagements budgétaires de Michel Barnier et annoncé une nouvelle contribution de l’État au budget du Cojop à hauteur de 362 millions d’euros, soit un tiers de milliard. En outre, le projet de loi prévoit que les régions concernées apportent une garantie à hauteur de 25 % du solde déficitaire du Cojop.”
“Quelque 23 % de ces financements seront apportés par l’État,…”
“Les investisseurs bétonneurs ne s’y sont pas trompés : leur vorace farandole est déjà candidate pour faire tourner les toupies qui vomiront leur béton dans nos alpages et permettront à des écoterroristes fortunés de disposer d’un pied-à-terre en montagne, qu’ils n’occuperont, au mieux, qu’une quinzaine de jours dans l’année et qui grossira le cimetière des lits froids en zone de montagne. Les JO écolos, c’est donc bien du pipeau ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Sur le plan financier, le constat n’est guère meilleur. La projection budgétaire des Jeux d’hiver dans les Alpes françaises s’élève déjà, à quatre ans de l’échéance, à plus de 2 milliards d’euros. Or ce montant n’intègre ni les infrastructures non sportives, ni la mobilisation des personnels de l’État, ni les frais de sécurité, ni les équipements annexes.”
“Mais il est vrai que le CIO vient seulement de prendre connaissance des ravages du changement climatique sur nos montagnes, deux fois plus violents et plus rapides qu’en plaine ! Débauche de déchets plastiques, bassines de pompage de nos précieuses nappes phréatiques, coulages forcenés de béton et d’acier, inepte ascenseur valléen qui ne servira qu’à acheminer les travailleurs précaires vers l’usine à médailles… Ces jeux d’hiver sont une atteinte manifeste à la montagne, à ses espaces, à ses sols, à ses forêts et à ses pâturages.”
“Ces jeux détruiront et artificialiseront encore davantage nos écosystèmes montagneux, déjà lourdement fragilisés par les conséquences du changement climatique et par les huit années d’inaction climatique de Laurent Wauquiez à la tête de la région. Pour cela, ce dernier pourrait – for sure ! (Sourires) – partager avec Emmanuel Macron le titre de champion de la Terre. Pas une ligne dans les documents du CIO sur les près de 2 millions de tonnes de CO 2 émises par les transports, la construction d’hôtels, de routes, de parkings et de villages olympiques. Rions un peu jaune : savez-vous, les enfants, que les trois plus gros sponsors des JOP 2026 de Milan-Cortina sont Eni – l’équivalent de notre Total –, le Français Stellantis et Ita Airways ?”
“Nous saisirons donc en dernier ressort le Conseil constitutionnel pour dénoncer ces contrats, qui relèvent davantage de pactes corruptifs que de contrats synallagmatiques. La question est donc simple : qui représentez-vous ? Celles et ceux qui vous ont donné mandat pour défendre leurs intérêts financiers, écologiques et démocratiques, ou cette déjà richissime entité privée de droit suisse qu’est le Comité international olympique, qui engrange des milliards d’euros au profit d’intérêts privés, le plus souvent extranationaux ? À l’approche des municipales, votre vote sur ce projet de loi le révélera, et vous engagera. Parlons écologie. Le texte multiplie les dérogations environnementales, malmène des zones fragilisées et va à l’encontre de nos propres engagements climatiques.”
“Il doit en particulier avoir lieu le plus en amont possible, à un stade où des alternatives restent possibles, y compris celle de ne pas organiser les Jeux. Une concertation tardive, électronique et fragmentée ne saurait donc satisfaire aux obligations légales de participation du public pour des projets d’une telle envergure et d’un tel impact sur les générations futures. Une saisine du tribunal administratif de Lyon est par ailleurs en cours contre les présidents de régions ayant signé les contrats de ville hôte au profit de leurs amis du CIO. Non seulement ces contrats soumettent les régions Aura et Paca à un empilement honteux de clauses léonines dont seul le CIO retire des droits et des avantages, mais ils contiennent aussi des clauses compromissoires juridiquement interdites pour nos collectivités territoriales.”
“La Solideo a fait appel de cette décision, au motif qu’elle allait justement procéder à cette consultation, mais à sa manière – en provisionnant plus de 5 millions d’euros pour organiser des sondages bien ordonnés, qu’elle espère faire passer pour une consultation du public grâce au cabinet de conseil McKinsey. C’est dans ce contexte que j’aimerais revenir sur vos propos, madame la ministre de l’artificialisation de la neige et de la montagne, vous qui affirmez que ce projet de loi doit notamment être adopté parce qu’il permet une consultation électronique du public. Cette affirmation est contraire au droit en vigueur – vous le savez pertinemment et la justice vous le rappelle. Un tel débat doit en effet être conforme aux exigences de la Charte de l’environnement et de la convention d’Aarhus.”
“Nous avions alors saisi la CNDP afin que les citoyennes et les citoyens français puissent décider du sort de leurs montagnes, de leurs droits futurs et de leurs finances nationales et locales. Cette procédure n’est pas allée à son terme car la Solideo, maître d’ouvrage du projet, a refusé d’effectuer la publication nécessaire à l’organisation d’un véritable débat public, pourtant prévu par le code de l’environnement. Il y a une semaine, le tribunal administratif de Marseille a donc ordonné à la Solideo de se conformer au droit. Un vrai débat public doit avoir lieu et notre justice, ne vous en déplaise, a tranché !”
“En juillet 2024, nous alertions déjà : ces jeux d’hiver constituent un scandale démocratique, écologique, et financier.”
“Monsieur le président de la commission des lois, vous faites preuve d’une extrême prudence en proposant de circonscrire l’expérimentation dans le temps. Nous regrettons que vous ne proposiez pas également de la circonscrire dans l’espace, en choisissant par exemple des villes où la délinquance est la plus fréquente, comme Neuilly-sur-Seine, Levallois-Perret ou Versailles. Cela aurait été intéressant de mener ces expérimentations dans des lieux où l’on sait qu’il y a beaucoup de vols. Pourquoi ne les avoir limitées que dans le temps ?”
“Et maintenant, en matière de sécurité privée, vous voudriez confier la surveillance algorithmique à des entreprises étrangères dont on ne sait absolument pas ce qu’elles feront de nos données. Pour traquer le haut du spectre et aider les officiers de police judiciaire, la police et la gendarmerie sont équipées de logiciels israéliens – pourquoi israéliens ? Je ne sais pas. Maintenant, vous allez confier des données qui peuvent s’avérer tout à fait sensibles, puisqu’elles portent sur la vie des citoyens de notre pays, à des entreprises dont on ne connaît à ce jour ni l’identité ni la nationalité. Mais cela vous importe peu : vous êtes vraiment dans l’abandon total de la souveraineté, y compris dans le domaine de la sécurité privée ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Je suis évidemment pour les amendements. Collègues de droite et d’ultradroite, vous êtes fascinants ! Alors que vous ne cessez de nous dire qu’il faut absolument veiller à la souveraineté de la France et défendre ses intérêts à l’étranger, vous avez confié de nombreux secteurs de notre vie numérique à des majors américaines de la high-tech , Google et Amazon en tête, qui hébergent nos données de santé, celles des caisses d’allocations familiales, etc. Ainsi, au niveau supranational, vous abandonnez toute souveraineté au profit d’entreprises de la high-tech . Sur le plan national, des données extrêmement sensibles du ministère de l’intérieur sur des personnes détenues ou en récidive ont été piratées sans que cela vous cause aucune inquiétude – c’est fantastique !”
“Cet impensé suffit à lui seul à prouver qu’il ne s’agit là que d’un texte d’apparat ; c’est peut-être un outil de communication pour séduire les petits commerçants, mais surtout, en réalité, une loi qui intéresse au plus haut point les sociétés qui vendent ces logiciels et les entreprises de sécurité privée. De surcroît, qui vérifiera la structure de ces logiciels ? Personne.”
“Vous vous doutez bien qu’un logiciel algorithmique, aussi sophistiqué soit-il, ne permettra pas d’interpeller les délinquants. Surtout, vous avez oublié un détail qui a son importance : comment ce dispositif va-t-il fonctionner ? Imaginons un petit commerçant, équipé d’un système haut de gamme – disons high-tech pour faire chic –, qui se mettra à sonner dans sa poche pour l’avertir qu’un client a un comportement étrange et suspect dans l’allée n o 3 : que voulez-vous qu’il fasse ? Qu’il intervienne lui-même et se substitue à la police, ou pire, à des agents de sécurité privée ? Il est évident qu’il s’en gardera bien car il prendrait alors un risque inconsidéré pour sa propre sécurité !”
“Puisque le collègue du Rassemblement national nous interpelle, je lui réponds : vous ne manquez pas de voter, depuis des années, toutes les lois qui permettent aux grosses plateformes de vente en ligne de s’imposer et de voler, en quelque sorte, nos petits commerçants. Cela vous va bien de vous poser à présent en défenseurs du petit commerce. Vous nous faites bien marrer et les petits commerçants, eux, ne sont pas dupes, croyez-moi ! J’en reviens à l’amendement, qui tend à supprimer l’article car la VSA ne sera d’aucune utilité pour lutter contre le vol à l’étalage. Il est bien évident que les personnes qui s’apprêtent à commettre un larcin ne vont pas s’aviser de regarder si une caméra les surveille – ou bien elles lui tournent le dos de manière à ne pas être filmées !”
“En cela, ce dispositif est grave : personne n’est capable de définir clairement quels comportements seront considérés comme problématiques. Pour toutes ces raisons, et parce que nous refusons de sacrifier nos libertés au nom d’une fausse sécurité et du business de la VSA, je vous appelle, chers collègues, à être responsables et à voter contre cette proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Sandra Regol applaudit également.)”
“Et surtout, elle ne traite pas la réalité sociale du vol à l’étalage, qui relève bien plus souvent de la précarité que de la délinquance organisée. Nous ne lutterons pas contre les vols à l’étalage par la répression. La grande majorité d’entre eux viennent répondre à un besoin vital pour nombre d’individus : la question est donc sociale, pas répressive. Les modifications apportées à la proposition de loi lors de son examen en commission n’ont pas rendu ce texte plus acceptable. La phase d’expérimentation prévue s’inscrit dans une logique des petits pas, selon une méthode qui, à doses homéopathiques, installe progressivement des cadres de surveillance dangereux. Ce ne sont plus des infractions mais de vagues comportements à risque qui sont désormais visés.”
“Partout où elles sont déployées, ces technologies ciblent les mêmes populations – les plus précaires, les personnes racisées, les personnes sans domicile fixe –, sur lesquelles les alertes algorithmiques multiplient les contrôles, les interventions et les discriminations. La Quadrature du net le résume ainsi : « Les décisions prises par le logiciel sont politiques et ne sont que le reflet de décisions et de visions humaines antérieures, gravées dans le code de ces algorithmes. » Dès lors, ne nous mentons pas sur l’efficacité de cette loi. Elle ne protégera ni les petits commerçants ni les salariés. Elle exposera même les commerçants à davantage de risques puisqu’ils seront en première ligne de l’interpellation. Elle n’améliorera pas davantage la poursuite des infractions.”
“Comment imaginer qu’une quelconque éthique soucieuse des libertés fondamentales pourrait être prise en considération dans un tel contexte mercantile ? Je rappelle en outre que la VSA relève d’une innovation opaque puisque les logiciels concernés ne sont accessibles qu’aux entreprises qui les vendent. En 2023, l’association La Quadrature du net donnait l’alerte en comparant ces logiciels à de véritables boîtes noires dont les codes, les algorithmes et les paramétrages ne sont jamais publiés, pas davantage, d’ailleurs, que les jeux de données utilisés pour entraîner les algorithmes d’identification. Toute leur chaîne de production est opaque ! Cette opacité n’est pas neutre et produit des biais sociaux massifs.”
“Il doit se conformer à l’interdiction absolue de l’identification unique d’une personne, notamment par la reconnaissance faciale ; intégrer des mécanismes permettant la suppression quasi immédiate des images sources ou des informations produites par ces images, et, enfin, rendre possible un droit d’opposition. Il faut des mécanismes permettant à l’individu de s’opposer au fait d’être filmé ! Or cette proposition de loi contourne ces alertes en renvoyant l’essentiel à un décret, en limitant le droit d’opposition et en s’en remettant à la bonne foi des industriels – alors même que la VSA est un marché en pleine explosion. On estime qu’il s’élevait déjà à 1,7 milliard d’euros en France en 2022.”
“En juillet 2022, un avis de la Cnil expliquait ainsi que les dispositifs de vidéosurveillance algorithmique, en particulier dans les lieux accessibles au public, présentaient le risque d’un traitement massif de données personnelles, alors même que l’individu ignorerait quelles données seraient traitées par les caméras de Big Brother. La Cnil soulignait également le risque majeur de surveillance généralisée et invisible induit par ces dispositifs, dans des lieux où s’exercent pourtant les libertés essentielles d’aller et venir, de se réunir, de travailler ou de consommer. Enfin, la Cnil considère que, pour être autorisé, tout dispositif doit respecter certains critères.”
“Permettez-moi d’adresser tout mon soutien aux commerçants, dans toute la France et plus particulièrement à Chambéry où tant de commerces ont fermé ces dernières années. Cette proposition de loi défendue par M. Midy, qui prétend protéger nos petits commerces, ouvre surtout un marché massif et durable aux entreprises de la technopolice, au détriment direct de nos libertés fondamentales.”
“Certains d’entre vous disent vouloir protéger les petits commerçants alors que, depuis des années et des années, les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron n’ont fait qu’autoriser les grandes surfaces alimentaires et les grands commerçants en ligne comme Amazon à massacrer notre petit commerce ! (Exclamations sur quelques bancs du groupe EPR.) J’en veux pour preuve la ville de Chambéry, où je réside et où de plus en plus de petits commerces ferment leurs portes. Est-ce à cause du vol à l’étalage ? Bien évidemment que non ! C’est à cause de la concurrence déloyale que vous avez permise (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP) par les différentes lois de libéralisation du commerce en ligne. C’est cela la réalité de nos petits commerces !”
“Pour valoriser le travail, commencez donc par augmenter les salaires !”