Louis Boyard
LFI-NFP · France
“Si vous consultez les jeunes, ils vous diront qu’ils vont vivre toute leur vie avec les réseaux sociaux et qu’ils ont besoin d’outils, de conseils et de méthodes pour gérer ce téléphone qui occupe nos vies, quel que soit l’âge.”
“…pour capter notre attention et nous rendre accros à leurs contenus avec des algorithmes toujours plus puissants et addictifs. Dans quel but ? Regarder de la publicité ! Car là est le fond du problème : la pub.”
“Toute cette violence sociale – le niveau de précarité dans la jeunesse, les jeunes qui n’arrivent pas à vivre du smic, les étudiants qui galèrent pour trouver un stage ou une alternance sans lesquels ils ne valideront pas leur diplôme, les jeunes qui sont actuellement sur liste d’attente sur Parcoursup et qui sont terrorisés à l’idée d’êt…”
“La santé mentale des jeunes est en danger – pas seulement à cause des réseaux sociaux, mais aussi parce que vos solutions sont à côté de la plaque. Vous choisissez des solutions de façade, vous créez des barrières d’âge qu’on peut contourner en deux clics.”
“Le problème de la santé mentale des jeunes, c’est qu’ils ne sont pas consultés. J’avais proposé qu’il y ait un débat sur ce texte dans les lycées, suivi d’un vote : vous l’avez refusé. Si vous consultez les jeunes, ils vous demanderont l’égalité d’accès à l’université et aux soins, notamment en matière de santé mentale.”
“En revanche, pour financer de nouvelles répressions, il y a du monde ! Elles sont gratuites et n’exigent pas de taxer les géants du numérique. (Mêmes mouvements.) Cette loi n’est pas seulement hypocrite : elle est dangereuse. Vous savez que ces mesures sont inapplicables et qu’elles seront contournées.”
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“Il s’agit d’un amendement de précision. J’ai bien conscience que nos propositions sont parfois un peu trop rouges à vos yeux, mais celle-ci est acceptable ; franchement, vous pouvez la voter. Nous proposons de relever le montant de la fraude au-delà duquel une plainte est obligatoirement déposée. Vous me direz que l’amendement pourrait être satisfait, puisque ce seuil sera fixé par voie réglementaire. Sauf que le gouvernement aura la main sur ce montant. Il pourra très bien le fixer à 1 euro, par exemple. Je sais que le gouvernement est plutôt favorable à un seuil équivalent à huit fois le plafond mensuel de la sécurité sociale, mais imaginons par exemple que des gens comme le collègue Dessigny – qui raconte n’importe quoi la moitié du temps sur ce sujet – arrivent au pouvoir : qu’en sera-t-il alors ?”
“Les Français ne manqueront pas de s’interroger : à quoi servent ces députés ? Leur débat est complètement déconnecté de la réalité ! Peut-être certains de nos concitoyens subiront-ils ensuite les effets de cette loi, des contrôles qui tournent au harcèlement moral, comme dans le Finistère. Votez cet amendement, vous corrigerez un peu les choses.”
“Les députés du bloc central pourraient alors continuer à jouer les Playmobil, à lever la main quand on leur demande, et ceux du Rassemblement national à porter la parole de la Macronie (Protestations sur quelques bancs des groupes RN et EPR)…”
“Ensuite, monsieur le rapporteur, vous ne ciblez pas 5 à 10 % du montant total de la fraude sociale – je suis content de disposer enfin du chiffre, il prouve combien l’objectif du présent texte est dérisoire et ne justifie pas qu’on lui consacre deux semaines de débat au moment où les Français voudraient que nous discutions de leur priorité, à savoir le prix de l’essence. Ces algorithmes démontrent que vous n’avez pas pour objectif de traquer la fraude en bande organisée, mais bien de cibler les plus précaires – je vous ai donné la liste des associations sérieuses qui défendent ce point de vue. Que devrions-nous faire ? Détourner le regard, refuser le débat, prétendre qu’il n’y a pas de problème ?”
“L’algorithme de la Cnaf a fait l’objet d’un recours en justice parce qu’il cible les personnes disposant de faibles revenus, celles qui sont au chômage, celles qui habitent dans un quartier défavorisé – bel euphémisme – ou qui perçoivent l’allocation aux adultes handicapés. Vous me répondrez sans doute que ce recours date de 2024 et qu’entre-temps la Cnaf s’est dotée d’une charte d’éthique et d’une nouvelle version de son algorithme. Vous serez donc heureuse d’apprendre qu’en 2026, cette affaire n’est pas close et que l’algorithme de la Cnaf est toujours contesté : dix nouvelles organisations se sont jointes au recours devant le Conseil d’État ! Dans une étude interne, la Cnaf a elle-même reconnu que son algorithme avait des effets discriminatoires. C’est pourquoi nous demandons des contrôles aléatoires.”
“J’ai bien lu le courrier adressé à la Cnil, monsieur le rapporteur, ainsi que sa réponse : elle ne se positionne pas au sujet de la fuite des données. Vous ne pouvez donc pas vous abriter derrière elle et nous garantir que les données sont protégées. Je peux vous transmettre ce courrier, si vous le souhaitez, vous pourrez vérifier mes propos. Madame la ministre, vous avez évoqué la charte d’éthique de la Cnaf. En la recherchant sur internet, je suis tombé sur un article d’Amnesty International daté de 2024 : « France : l’algorithme de la Caisse nationale des allocations familiales cible les plus précaires ».”
“Voilà pourquoi nous nous opposons à ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Ensuite, en les recoupant, je disposerais de toutes les informations me permettant d’usurper votre identité. Vous augmenterez donc l’occurrence de ce contre quoi votre texte vise à lutter. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Il rapporte trois fois rien, il n’agit pas contre la fraude fiscale, il provoque une fuite massive de données et fait perdre deux semaines de débats à l’Assemblée nationale. Pendant ce temps, les Françaises et les Français que l’on rencontre sur les marchés nous demandent : quand aura-t-on un débat sur les prix de l’essence dans cette assemblée ? Le peuple veut que nous débattions de cela, mais vous êtes obnubilés par votre petite panique bourgeoise ! Une personne qui touche le RSA a perçu 50 euros de plus ? Alors, allons la fliquer, la fliquer, la fliquer et lui retirer toutes ses aides s’il le faut !”
“Sur les 650 millions, combien proviennent de fraudes aux cotisations sociales d’employeurs ? Ce n’est pas tout à fait pareil ! L’autre question à laquelle vous n’avez pas répondu concerne la baisse des moyens consacrés à la lutte contre la fraude fiscale. Que fait le projet de loi à cet égard ? Enfin, personne ici n’est capable de dire combien va rapporter ce texte. L’orateur du Rassemblement national demandait si les données seraient sécurisées. Nous souhaitons tous qu’elles le soient. Pourtant, toutes les semaines, des fuites de données ont lieu dans tous les ministères. Grâce à ces fuites et avec l’intelligence artificielle, il me suffirait d’aller sur un site pour récupérer votre nom, votre prénom, votre numéro de sécurité sociale, votre adresse, votre adresse e-mail.”
“Je suis content de voir que nous avançons : M. le rapporteur vient enfin de nous donner un chiffre, 5 à 10 % de 13 milliards, soit au moins 650 millions d’euros. Vous ne parviendrez pas à recouvrer la totalité de cette somme, donc je vais supposer – en étant généreux – que vous récupérerez 400 millions. Cette somme équivaut au cadeau fait à Vincent Bolloré dans le cadre d’un règlement d’ensemble lorsque ce dernier avait tenté de frauder le fisc. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Vous le voyez : si nous agissons contre la fraude fiscale, nous sommes capables d’être plus efficaces. J’ai pris l’exemple d’une seule personne qui rapporte autant que tout ce que vous cherchez à recouvrer avec ce texte en tapant sur les précaires. Ensuite, vous n’avez pas répondu à toutes mes questions.”
“Si vous êtes capable de répondre à ces questions, nous pourrons suivre le débat. Sinon, vous aurez démontré que c’est vous qui êtes inexact et que ce n’est pas un texte budgétaire, mais idéologique, qui vise à remplir l’agenda de l’Assemblée nationale en attendant qu’un président de la République délégitimé, dont personne ne veut – pas plus que son gouvernement – finisse son règne et qu’une élection présidentielle permette enfin de voter des lois utiles aux Français. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Combien ce texte rapportera-t-il sur le plan de la lutte contre la fraude fiscale d’une part, contre la fraude sociale d’autre part ? Enfin, combien coûteront à l’État les fuites de données occasionnées par ce texte ? Nous n’arrêtons pas de poser des questions parce que nous cherchons à bien faire, mais vous n’y répondez jamais. Ce n’est donc pas à nous qu’il faut reprocher des inexactitudes.”
“J’aimerais poser plusieurs questions à M. le rapporteur. Vous parliez d’inexactitudes, mais je vous en prie, éclairez-moi en répondant précisément à ces questions. La première concerne la fraude sociale en bande organisée, et non les 8 milliards de fraude des employeurs, contre laquelle nous sommes prêts à voter tous les amendements et proposons même d’aller plus loin. Combien cette fraude sociale en bande organisée coûte-t-elle à l’État ? Donnez-nous un chiffre précis. Ensuite, combien va rapporter ce texte ? Ma deuxième question concerne la baisse des moyens qui permettent à la DGFIP de lutter contre la fraude fiscale, alors que ceux consacrés à la lutte contre la fraude sociale – qui rapporte moins – augmentent. Nous vous l’avons dit dix fois, mais vous n’avez rien répondu. Pourriez-vous le faire ?”
“Tout à fait. M. le président de la commission des affaires sociales n’est malheureusement pas là, mais je suis certain qu’il m’aurait soutenu.”
“Je profite de cette intervention pour signaler qu’en commission, chaque groupe peut prendre la parole. Or il y a autant de députés dans l’hémicycle qu’il n’y en aurait en commission pour débattre de ce texte – pourtant extrêmement important aux yeux du gouvernement. Je pense donc que chaque député pourrait prendre la parole, d’autant que la majorité ne défend même pas…”
“En ce qui concerne les traitements algorithmiques, ce texte provoquera une fuite massive de données. Pas une semaine ne passe sans fuite massive de données de l’État ! Vous comptez transférer plein de données de nombreux services, et certaines seront traitées par l’intelligence artificielle. L’amendement et le sous-amendement prévoient une publication annuelle indiquant comment ces données sont utilisées. Personne ne sait comment cela fonctionne ! C’est normal, nous ne sommes pas des professionnels en la matière. Si nous n’allons pas chercher ces informations, nous ne pourrons pas légiférer pour réparer les bêtises qu’occasionneront les fuites de données provoquées par votre texte.”
“Si, si ! Ils comparaîtront devant le tribunal pour harcèlement moral. Cette loi s’y apparente d’ailleurs à tel point, puisque vous continuez de voter tout et n’importe quoi, que cela pourrait aussi vous arriver ! Ce que vous votez a des conséquences concrètes pour les gens ! J’aimerais que l’on me dise ce que cette loi rapportera réellement à l’État. Quelle somme justifie que l’on débatte pendant deux semaines ? Combien cette loi rapportera-t-elle ? Personne n’est capable de le dire ! Je peux cependant vous dire que le montant de fraude que vous visez avec ce texte représente à peine 0,005 % du budget de l’État. Arrêtez de dire que cela changera la vie des gens, puisque ce texte vous rapportera des cacahuètes. Nous avons beaucoup mieux à faire, comme nous intéresser au prix de l’essence.”
“Le député macroniste qui vient de s’exprimer…”
“Tout ce que vous nous concédez dans la petite partie du texte consacrée à la fraude fiscale ne sont que des vœux pieux, puisque les moyens pour lutter contre la fraude fiscale sont en baisse, alors même que vous avez augmenté ceux consacrés à la lutte contre la fraude sociale. Vous pensez sûrement que je me répète, mais c’est parce que nous aimerions avoir une réponse ! Nous vous appelons donc à supprimer ces alinéas, parce qu’ils illustrent la logique au cœur du texte : alourdir le travail d’agents déjà surchargés sans que cela n’entraîne de bénéfices budgétaires. Ce texte est une nouvelle application de votre violente justice de classe : laisser les riches tranquilles, taper sur les pauvres. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Comme nous vous l’expliquons depuis le début des débats, ce texte n’est pas qu’un simple texte budgétaire. J’aimerais donc que le gouvernement nous dise s’il pense que si, parce que dans ce cas, on ne peut pas amputer l’Assemblée de deux semaines de débats pour un texte qui ne vise qu’à recouvrer quelques centaines de millions d’euros de fraude sociale. Les concitoyens qui nous écoutent penseront que cette somme est énorme – dans l’absolu, ils ont raison –, mais elle n’est rien comparée aux dizaines de milliards de fraude fiscale. Nous nous trompons de débat ! C’est ce que nous essayons de vous expliquer !”
“Je regrette que l’amendement de M. Ceccoli, qui visait à renforcer la fiabilisation des cartes Vitale, n’ait pas été défendu. Les sous-amendements que j’avais déposés auraient sûrement donné lieu à un débat intéressant. L’article 4 illustre exactement mon propos. Il tend à donner aux caisses de sécurité sociale, en cas de fraude constatée, la possibilité de regrouper leurs plaintes afin de faciliter leur dépôt. Les alinéas 2 et 3 de l’article disposent quant à eux que les organismes de sécurité sociale doivent mettre en place des plans de lutte contre la fraude. Vous me permettrez de noter que nous faisons face à un mur, puisque les députés sont presque tous absents et que personne ne prend la parole pour défendre un texte prétendument très important. Les conditions de ce débat sont donc tout aussi indignes que ce texte.”
“Pour cette raison, nous défendons tous nos amendements et en profitons pour vous dire que vous êtes en train de faire n’importe quoi. Nous aborderons bientôt une série d’amendements relatifs aux fuites de données. Elles coûtent chaque année des milliards à la population, mais vous voulez éviter d’en parler ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Christine Arrighi applaudit également.)”
“Si vous le faites pour une raison budgétaire, pouvez-vous m’expliquer l’intérêt de remplacer un poste qui rapporte des milliards par un poste qui ne rapporte que quelques centaines d’euros ? Vous prétendez que le texte doit permettre de renflouer les caisses de l’État, mais ce n’est pas vrai ! Vous cherchez à récupérer 5 milliards d’euros seulement, ce qui n’est absolument rien à l’échelle du budget de l’État. Avec ce texte, vous cherchez à mener une bataille culturelle et à faire croire que les problèmes budgétaires du pays sont dus à de petites gens, qui ont trois fois rien, qui font parfois des erreurs ou qui, parfois volontairement, réussissent à prendre 50 euros de plus. L’évasion et la fraude fiscales, voilà le véritable problème. Elles coûtent « un pognon de dingue » à l’État, mais ne sont pas abordées dans ce texte.”
“Quand on regarde ce qu’a fait Macron au pouvoir – même quand il était au gouvernement, sous François Hollande ! –, on constate qu’il a diminué les moyens de la DGFIP, c’est-à-dire les moyens de la lutte contre la fraude fiscale. Vous voulez maintenant augmenter les moyens dédiés à la fraude sociale !”
“Comme nous reprenons l’examen de ce texte, il importe de se remettre en tête quelques chiffres. Sur les 14 milliards d’euros de fraude sociale dont vient de parler la ministre de la santé, on compte 8 milliards de fraude aux cotisations sociales. Cette fraude est commise par les employeurs. Ce que l’imaginaire collectif appelle fraude sociale – la fraude aux allocations familiales, par exemple – ne représente, en réalité, que 4 à 5 milliards d’euros. Ne me faites pas croire que ce texte permettra de recouvrer ces sommes : ce n’est pas vrai ! Le coût de la fraude fiscale, quant à lui, se situe entre 80 et 120 milliards d’euros. C’est bien beau de voter un certain nombre de textes dont l’effet sera toujours plus violent pour les précaires, mais à qui reviendra leur application ?”
“Or beaucoup d’allocataires sont des pères et des mères de famille. Je vous appelle sincèrement à voter les amendements à venir.”
“Ce texte n’est pas un texte d’économies ; il ne permettra pas de faire entrer de l’argent dans les caisses de l’État, encore moins de façon significative. Il vise un objectif idéologique, celui de chasser les précaires et de laisser les riches continuer de faire ce qu’ils veulent. Nos amendements à l’article 3 bis et à l’article 4 visent à garder les dispositions utiles qui permettent de protéger les agents, tout en supprimant celles qui visent à poursuivre des gens qui ont 100 euros d’allocations, auxquels on pourra suspendre les aides dès qu’on aura un soupçon de fraude, même à cause d’une simple erreur sur un questionnaire. Vous, si l’on vous retire 300 ou 400 euros, ce n’est pas grave ; mais pour des gens normaux, c’est une somme énorme – ils devront se priver de manger.”
“Cet article qui, si je ne me trompe pas, concerne les poursuites pénales – partons du principe que c’est bien de celui-là qu’il s’agit –, présente une difficulté que toute une série d’amendements proposent de corriger. La volonté d’engager des poursuites pénales peut s’entendre ; mais il n’est pas possible d’en faire l’occasion d’aller à la chasse aux allocataires, dont beaucoup sont précaires. Seul un quart de ce texte consacré à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales parle de la fraude fiscale ; les trois quarts, de la fraude sociale. Nous sommes dans la continuité de la dynamique enclenchée par les gouvernements Macron, où l’on supprime des postes qui permettent de lutter contre la fraude fiscale et où l’on multiplie ceux qui permettent de lutter contre la fraude sociale – un non-sens budgétaire.”
“Nous continuerons, au fil des articles qui suivront, à proposer des amendements, en espérant que nos collègues feront preuve d’un état d’esprit constructif – contrairement à ce qui s’est passé précédemment. Soyez certains que notre groupe prendra tout le temps de parole dont il aura besoin pour faire de la pédagogie sur ce texte. Peut-on savoir quelles raisons expliquent la réinscription de ce texte à l’ordre du jour, alors que plusieurs collègues avaient exprimé le souhait de ne pas le voir revenir dans l’hémicycle ? Peut-être le ministre du travail, qui vient d’arriver, pourra-t-il me répondre ? Quoi qu’il en soit, je reposerai la question.”
“Nous reprenons des débats qui, lors des dernières séances précédant l’interruption de nos travaux, ont été très longs. Je regrette qu’au moment où les Françaises et les Français se plaignent de l’augmentation du prix de l’essence, nous prenions plusieurs jours pour discuter d’un texte qui vise à rapporter quelques millions d’euros – 0,01 % du budget de l’État – tout en faisant la chasse aux précaires et aux pauvres et en faisant peser un risque de fuite massive de données. Il est dommage que le ministre chargé des relations avec le Parlement soit parti car, vu la situation politique, je ne comprends pas la réinscription de ce texte à l’ordre du jour.”
“Pour terminer, je veux évoquer une commémoration dont je me rappellerai toute ma vie – c’était à Villecresnes, et je remercie l’association des anciens combattants qui l’a organisée. En plus de lire sur le monument aux morts les noms de ceux qui étaient tombés pour le pays, ils donnaient les âges : « Guillaume, 18 ans ; Julien, 19 ans ; Louis, 21 ans… » On découvrait ainsi que ceux qui étaient morts dans ces guerres étaient des adolescents envoyés s’entretuer, entre gens qui ne se connaissaient pas, pour le compte de gens qui se connaissaient très bien mais qui n’arrivaient pas à résoudre leurs conflits, pour paraphraser la formule de Paul Valéry. Il faut absolument combattre le roman national, votez contre cet amendement ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Pour honorer le présent et mieux figurer l’avenir, il faut à la fois étudier ce qui a été sombre et valoriser ce qui a été bien. Par exemple, dans votre roman national, vous voulez supprimer la question de l’histoire coloniale de la France, ou pire, la valoriser. L’histoire de l’armée française a ses pages sombres et il faut aussi les enseigner. Avec cet amendement, vous cherchez à faire entrer par la petite porte la question du roman national, et il ne faut rien lâcher sur ce sujet, car nous risquerions d’entrer dans un engrenage visant à embarquer les esprits de bonne volonté qui, parce qu’ils ont été mal éduqués ou mal orientés, se retrouvent à reproduire le pire de l’histoire. Il faut à tout prix combattre le roman national, particulièrement quand il s’agit de la guerre.”
“Monsieur le rapporteur, ce n’était donc pas sans raison que vous m’avez qualifié de rapporteur (Sourires) : j’entends bien garantir une rigueur presque militaire dans notre débat ! (Mêmes mouvements.) Cet amendement dessine un clivage dans cet hémicycle au sujet duquel j’aimerais beaucoup avoir la position du bloc central. L’amendement n o 12 s’inscrit dans la ligne du Rassemblement national en matière d’éducation et ses auteurs ne s’en cachent pas. Il est question du roman national auquel nous nous opposons farouchement parce qu’à l’école, on n’enseigne pas le roman national, on enseigne la vérité historique ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Il ne faut rien céder sur ce point, parce que dans l’histoire de France, il y a des moments glorieux comme des moments sombres.”
“Et pour l’heure, personne à l’Assemblée ne reprend les travaux de cette convention. Nous vous le disons, on ne dispense pas une formation citoyenne à la volée, et on ne peut pas s’emparer de sujets aussi sérieux de manière aussi folklorique – pour revenir au terme que vous évoquez. Voilà ce que nous défendons, donc évitez s’il vous plaît de nous insulter et de nous prêter des positions qui ne sont pas les nôtres. Essayez d’élever le débat ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)”
“C’est aussi ce que nous essayons de vous expliquer. Si vous voulez aborder des questions de géopolitique (Mme Maud Petit s’exclame) , de défense, et même, plus généralement, de formation citoyenne à l’école, pourquoi ne pas organiser une grande consultation avec les lycéennes et les lycéens ? Rappelez-vous, une convention sur la question des temps scolaires a été convoquée par le président de la République, mais comme les conclusions ne lui ont pas plu, il n’a même pas rencontré les citoyens qui y avaient participé !”
“Je ne dis pas que c’est le cas pour tous les rallyes citoyens mais j’affirme que, lorsqu’on fait venir des intervenants extérieurs à l’intérieur d’une école, il y a des questions à poser à la fois en matière de sécurité et en matière de pédagogie. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) C’est ce que montre l’exemple de Fontenay-sous-Bois.”
“Non, monsieur le rapporteur, pas vous ! Vous nous faites du Wauquiez, là, en prenant un sujet comme celui-ci et en essayant de nous attribuer des positions qui ne sont pas les nôtres ! Ce qui est folklorique, ce ne sont pas les réservistes, mais votre rapport à cette question qui consiste à dire qu’il ne s’agit que d’un tout petit sujet ! Non, ce n’est pas une toute petite question, comme le montre un exemple que M. le ministre de l’éducation nationale connaît bien. À Fontenay-sous-Bois, dans mon département du Val-de-Marne, un rallye citoyen a été organisé et des intervenants sont venus parler des métiers de la sécurité pénitentiaire. Certains élèves se sont retrouvés menottés ; certains se sont battus avec des intervenants.”
“Quoi qu’il en soit, l’éducation nationale est pour nous une sorte de sanctuaire dans lequel les professeurs dispensent leurs cours – selon leur formation et les concours qu’ils ont passés. Si on commence à faire entrer des intervenants dans ce sanctuaire, cela peut conduire à toute une série de dérives. Avec l’amendement n o 6, nous proposons en conséquence que l’éducation, dans l’éducation nationale, soit dispensée par les professeurs.”
“Il vise à préciser et à cadrer le type d’intervenants amenés à participer à ces enseignements. S’il s’agit d’« entrées défense », nous aimerions avoir beaucoup d’autres « entrées », sur beaucoup d’autres questions, comme le fonctionnement du système des impôts ou de celui des retraites par exemple. En somme, toute une série de sujets sur lesquels il serait bon de faire de l’instruction citoyenne. Je regrette en effet que nous nous focalisions sur les questions de défense, ce qui, nous le répétons, contribue à entretenir une atmosphère militariste – à l’instar de la déclaration du chef d’état-major des armées devant les maires, et de l’expression « économie de guerre » employée par le président de la République ou le gouvernement dans leurs déclarations.”
“Vous assurez que les professeurs reviendront sur les essais nucléaires au Sahara et en Polynésie. Je ne crois pas une seconde que vous parlerez du fait que ces essais ont eu lieu dans des territoires colonisés. Si vous nous dites que ce sera le cas, dites-le aussi au Rassemblement national, sur lequel vous comptez pour faire adopter ce texte ! L’éducation nationale devrait aborder moult sujets : le numérique, les écosystèmes, le système des retraites, les impôts. Si vous voulez refonder l’école, ne le faites pas avec un petit texte à la volée. Faites une grande consultation et commencez par interroger les jeunes, qui trouvent ce texte très éloigné de leurs préoccupations !”
“Moi qui suis membre de la commission des affaires sociales, j’aimerais qu’on explique aux élèves comment fonctionnent les retraites ou les impôts, et pourquoi des dizaines de milliers de millionnaires n’en paient quasiment pas. (Mêmes mouvements.)”
“Sur le fond, vous dites qu’il n’y aura pas d’heures de cours supplémentaires. Alors expliquez-nous lesquelles vous allez retirer ! Déjà, les heures d’EMC ne sont pas dispensées parce que les professeurs n’arrivent pas à boucler les programmes d’histoire et de géographie. Quelle partie du programme allez-vous retirer, puisque, d’ores et déjà, élèves et professeurs disent qu’une année scolaire ne permet pas d’en faire le tour ? Les élèves se plaignent d’avoir cours de 8 heures à 18 heures, mais vous ne m’avez pas répondu à propos de la convention sur les temps scolaires. Sur ce sujet, on aimerait bien voir une capsule vidéo de votre part, pour reprendre le ton un peu paternaliste que vous avez utilisé à mon égard. Je suis d’accord pour considérer qu’il faut parler de défense et de géopolitique, mais il y a d’autres sujets importants.”
“Monsieur le ministre de l’éducation nationale, je commencerai par rappeler que vous êtes illégitime, puisque le Nouveau Front populaire a gagné les élections et que le gouvernement n’a pas la confiance du Parlement. (Exclamations sur les bancs du groupe Dem.)”
“Par ailleurs, nous dénonçons aussi le manque de moyens dans l’éducation nationale et soulignons que les lycéens se plaignent d’avoir cours de 8 heures à 18 heures, que certains se sont mobilisés contre ces surcharges des emplois du temps et que le président de la République a jeté à la poubelle les conclusions de la convention citoyenne sur les temps scolaires. La réponse à la question de l’enseignement citoyen ne peut passer par une proposition de loi comme celle-là. La réflexion doit être globale. Tout ceci nous encourage à voter la suppression de l’article 1 er .”
“Je ne veux pas qu’il y ait de malentendu : nous ne disons pas que la géopolitique et la défense ne sont pas des sujets assez importants pour que l’éducation s’en mêle et qu’on en parle à l’école. En revanche, nous soulignons plusieurs points. Le premier est l’ambiance militariste que vous créez et mettez dans l’oreille des jeunes. Quand le président de la République parle de réarmement démographique, quand le chef d’état-major explique devant les maires qu’il va falloir que des enfants aillent mourir, vous installez une telle ambiance, et nous le dénonçons.”
“For sure , votre soutien à Israël et au génocide des Palestiniens restera gravé comme votre honte dans l’histoire de la France. For sure , la jeune génération attend de vous un investissement contre le réchauffement climatique plutôt que dans les guerres des capitalistes. Mais, pour sûr, le peuple français vous fera partir, vous et vos amis, lors de la prochaine élection présidentielle. Et alors la jeune génération se souviendra de cette belle pensée d’Albert Camus : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais ma tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. » (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Un autre monde est possible. En 1789, le monde était régi par les tyrans. Un peuple se souleva et accoucha de la République et de sa Constitution ; ce peuple a emmené le monde, et sa Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen en a guidé d’autres vers des révolutions. Ce peuple, c’était le peuple français. Il a prouvé que quand la France se place en avant-garde de l’humanité, son peuple peut changer le cours de l’histoire. Voilà ce que devrait contribuer à faire le président de la République au nom du peuple français. Alors, je vais parler un langage que le président de la République française comprend. For sure , monsieur le président, vous devriez respecter le droit international sans exception. For sure , vous devriez arrêter de vendre des armes qui alimentent les massacres sur le continent africain.”
“Je le dis au nom de la jeune génération : nous ne voulons pas de la guerre. (Exclamations sur les bancs du groupe Dem.) Nous sommes des utopistes, nous direz-vous. Très bien, si vous voulez, je l’accepte. Mais je préfère encore notre utopie à votre dystopie parce que vous qui croyez en ce monde dirigé par quelques milliardaires qui ignorent la catastrophe climatique et qui accélèrent l’escalade guerrière, vous qui croyez en la croissance économique infinie dans un monde aux ressources finies, votre trajectoire pour l’histoire et pour l’humanité est intenable. Non, nous ne nous excuserons pas de défendre la seule alternative responsable. Voilà ce que je critique dans cette loi déconnectée des aspirations de la jeune génération, un texte qui alourdira encore les emplois du temps et qui s’inscrit dans une logique de militarisation.”
“Or celui-ci vise à prendre dans le budget de la mémoire et des anciens combattants pour faire entrer des militaires dans l’enseignement. Paul Valéry y verrait tout un symbole.”
“La guerre en Iran, c’est pour le pétrole ! Le génocide à Gaza, c’est pour les terres et le gaz ! Les massacres au Congo, c’est pour le coltan et les diamants, et au Soudan, pour l’or et le pétrole ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Il n’y a pas de morale dans tout cela. Il n’y a que de l’argent. « La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais qui ne se massacrent pas. » Voilà ce que disait Paul Valéry et ce que l’on devrait enseigner à l’école grâce à ce texte.”