Louis Boyard
LFI-NFP · France
“Si vous consultez les jeunes, ils vous diront qu’ils vont vivre toute leur vie avec les réseaux sociaux et qu’ils ont besoin d’outils, de conseils et de méthodes pour gérer ce téléphone qui occupe nos vies, quel que soit l’âge.”
“…pour capter notre attention et nous rendre accros à leurs contenus avec des algorithmes toujours plus puissants et addictifs. Dans quel but ? Regarder de la publicité ! Car là est le fond du problème : la pub.”
“Toute cette violence sociale – le niveau de précarité dans la jeunesse, les jeunes qui n’arrivent pas à vivre du smic, les étudiants qui galèrent pour trouver un stage ou une alternance sans lesquels ils ne valideront pas leur diplôme, les jeunes qui sont actuellement sur liste d’attente sur Parcoursup et qui sont terrorisés à l’idée d’êt…”
“La santé mentale des jeunes est en danger – pas seulement à cause des réseaux sociaux, mais aussi parce que vos solutions sont à côté de la plaque. Vous choisissez des solutions de façade, vous créez des barrières d’âge qu’on peut contourner en deux clics.”
“Le problème de la santé mentale des jeunes, c’est qu’ils ne sont pas consultés. J’avais proposé qu’il y ait un débat sur ce texte dans les lycées, suivi d’un vote : vous l’avez refusé. Si vous consultez les jeunes, ils vous demanderont l’égalité d’accès à l’université et aux soins, notamment en matière de santé mentale.”
“En revanche, pour financer de nouvelles répressions, il y a du monde ! Elles sont gratuites et n’exigent pas de taxer les géants du numérique. (Mêmes mouvements.) Cette loi n’est pas seulement hypocrite : elle est dangereuse. Vous savez que ces mesures sont inapplicables et qu’elles seront contournées.”
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“Le problème, ce n’est pas que l’on dépense trop.”
“Le problème, ce n’est pas que les gens ne veulent pas bosser, comme vous le dites, puisque les chômeurs sont six fois plus nombreux que les emplois disponibles dans notre pays.”
“Depuis qu’elle existe, la sécurité sociale française a payé 80 milliards d’euros d’intérêts à la finance internationale ; vous nous avez fait payer deux fois plus que ce que nous devions rembourser. Bravo, les Mozart de la finance !”
“C’est un immense trou noir, une sorte de néant de l’intelligence politique. Comme votre TVA ne permet pas de compenser l’inflation des dépenses de la sécurité sociale et que vous en avez vidé les caisses en baissant les cotisations, vous avez créé de la dette. Mais même avec la dette, vous avez réussi à gaver le grand patronat ! Il y a trente ans, les aïeux du macronisme ont créé une caisse spéciale pour tenir cette dette : la Cades. À l’origine, il s’agissait d’éteindre 40 milliards de dettes avant 2009. Nous sommes en 2026 et elle gère un encours de 120 milliards de dettes, dont 90 % sont possédés par des fonds de pension ou des banques étrangères.”
“Voilà comment vous avez cramé la caisse ! Nous pourrions nous dire que vous avez touché le fond, mais le macronisme, soutenu par le Rassemblement national, ne connaît pas le fond.”
“Cela signifie que les trois quarts des augmentations de taxes que vous avez imposées aux travailleurs, n’ont pas permis de financer l’hôpital ni d’aider les retraités : ils sont partis dans les poches de grandes entreprises, dont les armées d’avocats fiscalistes maîtrisent parfaitement toutes vos magouilles pour conserver le moindre centime qui risquerait être investi au service de l’intérêt général. J’en termine avec un dernier chiffre : 0,1 % des grandes entreprises – dans lesquelles vous irez vous recaser une fois que nous vous aurons tous battus aux élections présidentielle et législatives – captent à elles seules un tiers des allégements généraux. Je répète : 0,1 % des grandes entreprises captent un tiers de tous vos cadeaux fiscaux !”
“C’est étrange : la TVA apportait 11 milliards d’euros dans les caisses de la sécurité sociale en 2017 ; c’est désormais 57 milliards. Dans le même temps, combien représentaient vos cadeaux aux patrons en allègements de cotisations ? Au total, 42 milliards d’euros.”
“Mais dans la France de Macron, l’inflation est forte : le stylo est maintenant vendu 2 euros, si bien que vous ne récupérez plus 20 mais 40 centimes. C’est là que se trouve la douille, parce que le revenu des gens n’a pas augmenté autant que l’inflation. Non seulement ils paient plus cher ce qu’ils achètent, mais ils paient plus de taxes par rapport à leurs revenus. Nous avons fait les calculs : pour un travailleur au smic, la TVA a augmenté de plus de 60 %. La contribution sociale généralisée (CSG), sorte de TVA sur les salaires, a également augmenté de 20 %. Vous avez donc imposé au peuple, aux travailleuses et aux travailleurs, une augmentation de 60 % de la TVA et de 20 % de la CSG. C’est énormément d’argent pris sur le dos du peuple. Qu’avez-vous bien pu en faire ? Vous avez cramé la caisse.”
“Je veux répondre à la question que nous posent les Français à chaque fois que nous les croisons : pourquoi y a-t-il de plus en plus d’impôts, alors que, lorsqu’ils regardent autour d’eux, rien ne fonctionne ? Que pouvez-vous donc faire de l’argent des Français ? Je leur réponds que cela ne tombe pas du ciel, que vous avez adopté un mécanisme intelligent qui leur fait payer plus de taxes sans avoir à voter aucune loi, pour reverser le produit de la taxe, à la fin de la chaîne, dans la poche d’une grande fortune française. Le mécanisme est simple. Vous connaissez Le loup de Wall Street : vendez-moi ce stylo à 1 euro. Toutefois, vous ne le vendez pas, vous le taxez. Vous avez instauré une TVA à 20 % ; il est donc vendu 1,20 euro, dont vous récupérez 20 centimes.”
“C’est plus un délégué d’école de commerce qu’un ministre !”
“On aimerait pouvoir s’appuyer sur un ministre solide et robuste !”
“C’est grâce aux communistes que vous siégez ici ! Ils ont libéré le pays ! Respectez-les !”
“– …mais, manifestement, sur la moitié des dossiers, vous ne savez même pas que c’est vous qui tenez le briquet et l’essence ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)”
“…mais lorsqu’on vous parle de la destruction de la voie professionnelle et de la formation continue, et que vous vous étonnez en disant : « C’est dingue, il y a des jeunes qui ne sont pas suffisamment formés, on va devoir leur donner que des contrats où seules les compétences sont prises en compte, le tout pour la moitié d’un smic », vous faites un peu figure de pompier pyromane dans l’affaire…”
“Cela a l’air de vous amuser, monsieur le ministre,…”
“Monsieur le ministre, je suis jaloux : vous avez dit que M. Clouet vous avait donné une information que vous n’aviez pas. Or je vous ai moi-même appris comment faire 150 millions d’euros d’économie ! Vous dites que c’est faux, mais tout le secteur attend de savoir ce que vous ferez le 1 er octobre 2026. Prenez le micro pour le dire, chacun en sera très heureux ! Pour le moment, vous ne l’avez pas fait, ce qui selon moi n’a rien d’involontaire. Il y a en revanche une chose que vous savez, puisque vous l’avez annoncée en mars 2026 : les crédits alloués aux pactes régionaux d’investissement dans les compétences (Pric) vont être réduits de 56 %. On aimerait bien savoir quel sera l’effet concret de cette mesure ! C’est pourquoi nous demandons que nous soit remis un rapport, trois mois après la promulgation du texte, afin de mesurer ces effets.”
“Qu’en est-il de la TVA sur les Opco, monsieur le ministre ?”
“Vous aurez peut-être remarqué qu’il fait particulièrement chaud, ce qui n’est pas normal pour la saison. Toute l’économie devrait tenir compte de cela : il n’est pas possible de produire des richesses illimitées dans un monde aux ressources limitées. Notre civilisation dépendante du pétrole n’est pas adaptée à la nécessité d’affronter le dérèglement climatique. Notre assemblée devrait s’alarmer de voir la trajectoire mondiale de réchauffement s’établir à 3 degrés, si nous continuons à ce rythme. Ce sujet n’étant pas abordé, nous tentons modestement de le faire avec cet amendement : au moment d’affronter le plus grand défi que la civilisation humaine ait eu à connaître, il pourrait être intéressant de planifier la bifurcation, et d’en faire une priorité. Mais, cela ne vous intéresse pas, manifestement !”
“Je suis un peu gêné, monsieur le ministre : j’ai vérifié mes informations, et il apparaît que vous ignorez les communiqués publiés par les Opco, ainsi que les articles de la presse spécialisée qui évoquent une mesure, envisagée l’année dernière, sur la TVA ; la publication d’un décret serait prévue pour le 1 er octobre. Si vous démentez tout cela, vous auriez intérêt à le publiciser plus largement, car l’ensemble du secteur ne semble pas au courant ! Alors, qui est mal informé : le secteur ou vous ? Est-ce le Medef qui pilote tout cela depuis Matignon ? Je l’ignore, mais il y a manifestement un loup ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Pourquoi voulons-nous restreindre le dispositif au champ de la bifurcation écologique ? C’est très simple : il suffit d’aller dehors, monsieur le ministre.”
“Pouvons-nous obtenir une réponse de votre part au sujet des Opco, monsieur le ministre ? Comptez-vous économiser 150 millions d’euros sur leur dos ? Pourquoi ne pas plutôt faire payer les entreprises ?”
“Nous pensons que cette proposition est d’intérêt général : elle est dans l’intérêt de l’État, auquel vous cherchez à faire faire des économies ; dans l’intérêt des entreprises, qui ont besoin d’ouvriers qualifiés ; dans l’intérêt des salariés, qui paient leur part. Le Rassemblement national ne recherchait-il pas la grande harmonie entre patrons et salariés – sans comprendre que leurs intérêts divergent ? Mais nous leur enverrons un livre de Marx – ou nous ferons une fiche à Bardella.”
“Je suis vexé : j’ai fait une intervention centrée sur l’amendement et je n’ai pas obtenu de réponse de la part du ministre ! (Sourires.) Ce n’est pas grave, nous avons l’occasion d’y revenir dès à présent. Puisqu’il apparaît clairement que vous cherchez de l’argent, eu égard aux 150 millions d’euros en moins et aux 1 500 emplois supprimés dans les Opco, nous avons pensé que nous pourrions trouver un compromis – nous pouvons suspendre la séance pour que vous téléphoniez au Medef, si vous souhaitez leur soumettre au préalable cette proposition, cela ne nous pose pas de problème. L’idée serait de faire payer la formation par les entreprises. Je suis certain que nous pourrons trouver un accord sur ce point. Cela ne vous dérange pas de faire payer les salariés, de les faire travailler pour 55 % d’un smic. Eux s’acquittent de leur part.”
“Seuls les salariés formés à l’ensemble de ces compétences, et qui auront obtenu une qualification, seront capables d’exercer ces métiers et seront correctement rémunérés. C’est à cela que sert la formation professionnelle, placée sous votre autorité, et dont vous avez diminué les budgets. Tout est lié : vous avez cassé la voie professionnelle, laissant 1,5 million de jeunes sans emploi ni formation. Pour toute solution, vous leur proposez à présent des contrats payés moins qu’un smic, au terme desquels ils n’obtiendront que des compétences partielles, si bien qu’au bout du compte, les entreprises se retrouveront sans ouvriers qualifiés. Voilà pourquoi le pays est en déclin ! Mais rassurez-vous : dans un an, nous arrivons ; avec Mélenchon, nous réglerons tout cela ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“En réalité, qualification et compétence ne sont pas tout à fait complémentaires, monsieur le ministre ; l’une complète l’autre : c’est une somme de compétences qui fait la qualification. Vous nous reprochez de ne pas nous soucier des entreprises. Sachez que nous discutons avec elles. Que nous disent-elles ? Qu’elles ne sont pas franchement contentes de votre projet pour les Opco – censés être au cœur de ce texte –, avec 150 millions d’euros en moins et 1 500 suppressions d’emplois ; croyez-moi : elles ne sont pas franchement satisfaites de votre action. Elles nous disent également qu’elles manquent de main-d’œuvre qualifiée, notamment dans les métiers que j’évoquais précédemment de la soudure et du froid, qui ne s’apprennent pas sur le tas.”
“Je vais me concentrer sur l’amendement, puisqu’on m’a fait le reproche de m’en écarter, quand bien même le fait débattre de l’objet même de l’amendement n’a, à ma connaissance, jamais fait changer d’avis le ministre – et pour cause : les positions du gouvernement sont fixées par le Medef, qui lui envoie des fiches la veille des débats ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Mais vous ne vous êtes jamais remis en question, et c’est pourquoi nous vous ramenons sans cesse à des faits, à des chiffres, à des arguments. Vous affirmez que les contrats de professionnalisation expérimentaux, ça marche. Une personne qui exerce un métier pénible pour moins que le smic et qui n’est pas capable de payer son loyer ou de rembourser son crédit, je considère que sa situation n’est pas satisfaisante. Pour le patronat, elle l’est peut-être, mais elle ne l’est certainement pas pour l’intérêt général ni pour le peuple !”
“On a besoin de qualification dans ces métiers, mais vous enclenchez une boucle infernale : les salariés concernés par vos contrats précaires, parce qu’ils sont sous-payés, consomment moins et, parce qu’ils consomment moins, il y a moins d’activité économique. Voilà le seul futur que vous proposez aux Français. Comme vous ne savez pas trop quoi faire, vous agissez à l’aveugle : vous leur proposez des contrats toujours plus précaires, avec encore moins de qualification, dans une période où, du fait du changement climatique et de la concurrence internationale, on a besoin d’un haut niveau de qualification ! Quelle est la différence entre vous et nous ? Nous, nous avons un projet, donc une cohérence. Votre seule cohérence, c’est d’avoir échoué de manière répétée depuis dix ans. Regardez l’état dans lequel vous laissez le pays !”
“Je ne peux pas dire « censuré », monsieur le président, parce qu’à ce sujet, le PS s’est déjà prononcé ! (Sourires.) Monsieur le ministre, vous vous prétendez pragmatique, mais je crois que vous êtes plutôt fataliste. Alors qu’il y a aujourd’hui un emploi pour six salariés et que la concurrence internationale est forte – vous l’avez dit vous-même –, la seule solution que vous trouvez est de rendre les contrats encore plus précaires ! Revenons à la question de la compétence et de la qualification. Dans de nombreux métiers, on manque de qualification. J’ai donné l’exemple des métiers du froid et des métiers de la soudure, mais je pourrais aussi parler de ceux qui se rapportent aux pompes à chaleur.”
“…quand vous irez bosser dans le privé – comme la plupart des anciens ministres macronistes –, ce seront encore eux qui paieront votre salaire : ce sont les travailleurs qui produisent la richesse ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Voilà pourquoi il n’y a personne du RN ce soir !”
“Majorer de 20 % la rémunération des salariés en contrat de professionnalisation ne vous fera donc pas de mal. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Vous me direz que c’est à la famille d’aider ces jeunes. Ça pouvait fonctionner à l’époque, mais les Françaises et les Français n’ont plus toutes et tous les moyens de subvenir à leurs besoins, à cause de vos politiques qui ne fonctionnent pas, et depuis longtemps. Vous avez créé un système dans lequel, de 18 ans – s’ils commencent à cet âge-là – à 27 ans, ils sont dépendants d’une solidarité familiale cassée par vos politiques d’austérité et par vos politiques propatronales. Et vous ajoutez ici un contrat qui empêchera encore plus l’autonomie des jeunes, pour vous étonner ensuite de les voir dépendre de la banque alimentaire, se retrouver dans des situations impossibles et, de façon plus générale, de voir que les gens ne consomment plus, ce qui explique en partie la pénurie d’emplois.”
“En 1958, les jeunes avaient un premier emploi stable, voire un premier logement stable à 21 ou 22 ans. En 2026, ils ont leur premier emploi stable – je ne parle même pas du logement – à 27 ans. Les jeunes vivent donc une longue période au cours de laquelle ils sont censés être autonomes, tout en ayant besoin de la solidarité familiale, compte tenu des types de contrats auxquels ils ont accès, notamment le contrat d’apprentissage, souvent mal rémunérés. Même un smic ne permet pas de vivre, or ces jeunes sont parfois payés moins que le smic. Vous avez parlé des étudiants qui, en même temps que leurs études, doivent occuper un job étudiant ; mais là, ils seront sous-payés dans le cadre d’un contrat de professionnalisation.”
“C’est un amendement de repli par lequel nous demandons une majoration de 20 % de la rémunération des salariés en contrat de professionnalisation. Mais même avec cela, les jeunes concernés ne seront pas au-dessus du smic. Voilà qui me permet en tout cas de répondre à M. Fayssat, qui disait ne pas comprendre pourquoi La France insoumise tenait cette position. Pour une raison simple : parce que nous sommes dans la nouvelle France – c’est un mot qui va vous plaire.”
“Nous sommes capables de dire ce que le peuple veut, et nous le montrerons dans un an avec Jean-Luc Mélenchon. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“…parce que vous n’avez aucune légitimité politique. Nous avons gagné des élections, pas vous. (Mêmes mouvements.)”
“Le problème, c’est qu’on envoie des jeunes de troisième en voie professionnelle sans leur accord. La moitié d’entre eux abandonnent leurs études parce qu’on les a envoyés dans une filière qui ne les intéressait pas, parce que vous donnez une mauvaise image de la voie professionnelle, afin que le patronat puisse justifier les bas salaires et les mauvaises conditions de travail. Ensuite, ces jeunes que vous avez mal orientés, c’est-à-dire vers des filières dont vous avez réduit les financements, vous leur dites qu’ils vont bosser pour la moitié d’un smic dans l’industrie ou dans le BTP, et vous déclarez en êtes fier ? Je maintiens tous mes propos. La politique que vous menez à l’égard des jeunes est scandaleuse, elle est au service du patronat qui vous maintient au pouvoir,…”
“Non, à 21 ans, ils sont rémunérés à 70 % du smic, arrêtez de dire que cela concerne les moins de 18 ans, c’est faux ! Vous ne voulez pas admettre qu’il y a une pénurie d’emplois dans ce pays, sinon ce serait faire l’aveu de l’échec de leur bilan. (L’orateur désigne les bancs des groupes EPR et Dem.) Face à cette pénurie d’emplois, la solution que vous proposez pour ces jeunes, c’est de les faire travailler dans des métiers pénibles – vous avez cité l’industrie, le bâtiment ou la sécurité –, pour la moitié d’un smic. Le pire, c’est que vous dites préférer mettre de l’argent dans ce dispositif, alors que vous avez une responsabilité sur la question de la voie professionnelle, puisque la ministre qui en est chargée est rattachée à votre ministère. Pourquoi avez-vous baissé les moyens de la voie professionnelle ?”
“Vous n’avez pas honte, monsieur le ministre, de venir devant l’hémicycle pour nous dire que vous êtes fiers de faire travailler des jeunes pour 55 % ou 70 % du smic ?”
“Oh, c’est généreux ! Merci ! Merci, monsieur le ministre !”
“(Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent pour applaudir.)”
“Puisque les gens auront à nouveau les moyens, ils consommeront. Et leur consommation relancera l’activité économique, donc l’emploi, donc la consommation, qui créera à son tour de l’emploi. (Mêmes mouvements.)”
“Le problème, c’est ceux qui se gavent. Heureusement, une solution existe. Il y a la France à Macron et il y a la France à Mélenchon. Dans un an viendra l’élection présidentielle et nous allons faire partager ceux qui se gavent. (Mêmes mouvements.) Nous augmenterons les salaires et les grandes entreprises aideront les petites entreprises à payer. Les apprentis ne payeront plus de taxe, de contribution sociale généralisée (CSG) ni de contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS), et les étudiants auront enfin un revenu pour vivre.”
“Je le dis au nom de tous : nous en avons ras le bol de vos discours écrits par le grand patronat selon lesquels les gens ne veulent pas bosser. Près de 6 millions de personnes cherchent un emploi, tandis que sur le site de France Travail, on trouve seulement 900 000 emplois disponibles. Ce qui représente un emploi pour six personnes. Voilà le problème dans notre pays. Vous avez accordé des milliards d’euros de cadeaux fiscaux et d’aides publiques directes au grand patronat et cette bande d’héritiers cupides, égoïstes et incompétents a tout investi dans l’immobilier international et dans la finance mondiale, ou les a redistribués aux actionnaires. Ces milliards ne se sont jamais retrouvés dans l’économie réelle et nous voilà en pénurie d’emplois. (Mêmes mouvements.) Le problème n’est pas que les Français soient flemmards.”
“Je parle bien sûr de ces entreprises installées à Dubaï qui vendent par milliers des fausses conventions de stage pour 200 à 300 euros. Les employeurs savent très bien que c’est une fausse convention, mais ça permet d’embaucher un jeune travailleur pour pas cher et les jeunes vont même payer pour ça, c’est une bonne affaire ! Ce dont je vous parle n’est pas marginal. Plus de 2 millions de jeunes galèrent chaque année avec les stages et les apprentissages, et 1,5 million de jeunes sont sans emploi ni formation. Donc vous ne pouvez pas dire que vous avez réduit le chômage des jeunes. (Mêmes mouvements.) Vous avez entraîné des millions de jeunes dans des emplois qui ne leur permettent pas de vivre et vous les avez retirés des chiffres du chômage. Vous n’avez pas diminué la pénurie d’emplois, vous avez fait exploser la pauvreté.”
“Mais la majorité des Françaises et des Français n’a pas les moyens d’aider ses enfants. (Mêmes mouvements.) Mais ce n’est même pas l’effet le plus pervers de ce système. Maintenant, le capitalisme arrive même à faire payer les jeunes pour qu’ils puissent faire un stage.”
“À cause de cette pénurie organisée, des millions de jeunes sont obligés de travailler dans le cadre de vos contrats précaires pour 35 % ou 80 % du salaire minimum. Ils ne vivent pas de leur travail ; ils survivent. C’est aussi un système qui reproduit les classes privilégiées et dominantes, car pour les parents qui – comme vous – ont le réseau pour débloquer la situation, ce n’est pas une galère de trouver un stage. Et papa et maman peuvent même compléter les revenus pour que leurs jeunes puissent vivre.”
“…560 euros pour vivre pendant un mois, une somme que vous dépensez en un jour ! Même ceux qui ont validé le stage ou l’apprentissage mettent longtemps à trouver un emploi stable. Contraints de s’aligner sur la concurrence du reste des jeunes, ils doivent faire un autre stage ou un nouvel apprentissage, pour ne trouver leur premier emploi stable qu’à 27 ans en moyenne. Pendant toute la période qui va de leurs 18 ans à leurs 27 ans, tous ces jeunes seront payés moins que le smic et occuperont un emploi instable. Ce système, les jeunes lui ont donné un nom : « La France à Macron ». (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) J’y vois une très belle illustration de ce qu’est le système capitaliste : un système qui crée volontairement une pénurie d’emplois pour faire travailler les jeunes moins cher.”
“N’oubliez pas que s’ils ne trouvent pas de stage, ils ne valident pas leurs diplômes. Et ces jeunes qui n’ont pas validé, parce qu’ils n’ont rien trouvé, n’ont droit à rien, ni au chômage, ni au RSA. Vous ne leur laissez que deux options : signer ce genre de contrat et être payés au smic, salaire largement insuffisant compte tenu de la pénibilité des métiers exercés, ou un contrat d’engagement jeune payé 560 euros par mois – …”
“Cette proposition de loi sur le chômage des jeunes est teintée du mépris pour la jeunesse, qui vous caractérise si bien, parce qu’elle veut faire croire qu’au fond, s’il y a autant de chômage, c’est parce qu’il y a des jeunes flemmards qui ne voudraient pas bosser. À titre personnel, je fais le raisonnement inverse. Je pense que s’il y a autant de chômage des jeunes, c’est parce que vous êtes une bande de flemmards qui ne veulent pas bosser. Vous ne voulez pas voir l’immense galère à trouver des stages ou des alternances dans ce pays. Et vous ne voulez pas le voir, parce que c’est une question de lutte des classes. Pour vos enfants ou pour les enfants des grands patrons, ce n’est pas difficile de trouver un stage ou une alternance, mais pour la majorité des jeunes, c’est une galère.”