Annie Genevard
DR · France
“Prétendre que nous avons réintroduit l’acétamipride et la flupyradifurone est un mensonge, et vous le savez. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.”
“Enfin, madame Stambach-Terrenoir, je veux vous dire quelque chose : vous n’avez pas le droit, moralement, d’instrumentaliser la maladie à des fins politiques et politiciennes.”
“Nous avons débattu pendant de longues heures sur le projet de loi d’urgence agricole et nous avons eu l’occasion à de multiples reprises d’échanger sur ces différents sujets. J’ai toujours apprécié, dans vos interventions, l’excès qui caractérise vos propos ! (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)”
“En s’accordant jeudi dernier sur un texte de compromis, les parlementaires de la commission mixte paritaire ont ouvert la voie à l’adoption d’un texte qui apporte des réponses concrètes et attendues à nos agriculteurs, et qui clôt un chapitre ouvert au début de cette année, lorsque ces mêmes agriculteurs, dans leurs revendications, ont di…”
“…aucune dérogation ne pourra être accordée. Si elle considère qu’elles le sont, une dérogation pourra être délivrée dans le cadre fixé par la loi. Désormais, il n’appartiendra plus au gouvernement d’apprécier l’opportunité de ces décisions.”
“C’est bien simple, madame la présidente Laporte : j’ai interrogé la directrice de l’Anses sur cette disposition qui m’a dit très explicitement qu’il était impossible de rendre un avis robuste en moins de six mois, même en y consacrant le maximum d’effort possible.”
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“Or l’alimentation est tellement vitale qu’on doit y prêter une attention toute particulière. Je ne peux donc que partager votre souci de la souveraineté alimentaire. Cette question est liée à celle de la concurrence déloyale, que nous créons en nous imposant des normes et en surtransposant, mais aussi en important des produits de pays extracommunautaires qui utilisent des substances que nous avons interdites sur notre sol depuis bien longtemps. Je pense par exemple au Brésil, où l’usage d’hormones de croissance et d’antibiotiques est autorisé. Lutter contre la concurrence déloyale, c’est aussi œuvrer pour notre souveraineté. Il nous faut également redonner du sens : la crise agricole est aussi une crise du sens, sur laquelle je veux insister, alors que nous approchons de la fin de ce débat. Cette crise est très profonde.”
“Vous posez la question de la souveraineté. Pas plus que vous, je ne peux me satisfaire qu’en France, la moitié des fruits et légumes, et même 70 % des fruits consommés, n’y soient pas produits. Notre perte de souveraineté alimentaire est dramatique car, l’alimentation étant stratégique, elle peut devenir une arme. On l’a bien vu à propos du blé dans le conflit russo-ukrainien. Nous nous sommes habitués à vivre dans un monde en paix, à accéder à l’alimentation en tout lieu du territoire, sans nous soucier de sa provenance, mais qu’arriverait-il si, demain, nous ne devions compter que sur nous-mêmes ? Rappelez-vous ce qui est arrivé pendant la crise du covid : nous n’avions pas de vaccins ! Tout ce qui nous fait perdre de la souveraineté nous met en danger et nous fragilise.”
“…mais sachez que la résurgence de l’influenza aviaire est la conséquence d’un défaut de biocontrôle. Sachez aussi que notre politique sanitaire et notre filière sont regardées par des pays où flambe l’influenza aviaire. Nous devons donc être très vigilants, car si nous n’y prenons pas garde, toute la filière pourrait en souffrir. Vous viendriez alors me supplier d’indemniser ses acteurs, par crainte qu’il n’y ait plus aucun producteur de volailles à l’avenir !”
“Vous vous faites le défenseur de votre territoire, de la belle volaille de Louhans et de sa foire – vous m’en avez déjà parlé –, mais soyons clairs : la résurgence de l’influenza aviaire porte en elle les germes de désordres et de dangers majeurs ! En 2021, il a fallu abattre tous les canards. Pourquoi ? Car ils véhiculent la maladie. Pourquoi est-il question d’oiseaux migrateurs ? Vous soulignez que les oiseaux repérés en Russie sont peu nombreux, mais le problème qu’ils posent n’est pas négligeable pour autant. Sans confinement, les volailles pourraient être contaminées par les oiseaux migrateurs, ce qui provoquerait une flambée épidémique que nous ne maîtriserions pas. En 2021, il a fallu consacrer plus de 1 milliard d’euros au sauvetage de la filière du canard en France. Vous faites non de la tête,…”
“C’est pourquoi nous devons continuer d’affirmer notre opposition ferme à l’accord.”
“…mais je suppose que l’accord peut être scindé en un accord commercial et un accord-cadre. Dans cette hypothèse, il s’agirait soit de constater une minorité de blocage, déterminée selon des règles précises – un tiers des pays membres, un tiers de la population communautaire –, soit d’empêcher l’adoption de l’accord à la majorité – l’abstention trouverait alors tout son intérêt. Je me bats non pour des compensations, mais bien pour que cet accord ne soit pas conclu. Certaines dispositions, relatives à des productions industrielles ou même agricoles, sont intéressantes, et vous observerez que les filières concernées restent, par solidarité, très discrètes. En revanche, d’autres dispositions sont mauvaises, notamment celles relatives aux filières sucre, volaille et éthanol.”
“Vous évoquez l’accord entre l’UE et le Mercosur et les modalités de son éventuelle adoption. La signature de cet accord par Ursula von der Leyen à Montevideo ne marque pas la fin du processus d’adoption de ce texte, mais le début d’un parcours qui l’amènera devant le Conseil, puis devant le Parlement européen. En définitive, deux cas de figure pourraient se présenter. Si l’accord n’était pas scindé, il ne pourrait être adopté qu’à l’unanimité. Autant dire d’emblée que cette condition ne sera pas satisfaite, car l’Autriche, la Belgique, l’Italie – du moins je l’espère –, la Pologne et d’autres pays se sont prononcés contre l’accord ou ont indiqué qu’ils s’abstiendraient. Je ne suis pas devin et je ne connais pas la stratégie d’Ursula von der Leyen,…”
“La question des règles de représentation syndicale m’a évidemment été posée. Les cinq principales organisations syndicales – FNSEA, Jeunes Agriculteurs (JA), Coordination rurale, Confédération paysanne et Modef –, que j’ai toutes reçues et écoutées, souhaitent leur évolution, mais chacune selon des modalités différentes. J’ai décidé de ne pas réviser ces règles à quelques semaines des prochaines élections aux chambres d’agriculture : cela ne se fait pas, pas plus dans le cadre d’élections générales que d’élections professionnelles.”
“Certes, mais vous n’avez pas parlé que de cela. Vous avez bien parlé de réorienter la PAC ? Permettez que je vous réponde sur ce point. La nouvelle PAC, qui entrera en vigueur en 2025, doit permettre de protéger le revenu des agriculteurs. Le revenu étant le premier pilier de cette politique, nous devrons continuer de la faire reposer sur deux piliers. Nous devrons aussi la doter d’un budget suffisant et, enfin, la simplifier. Tous les pays européens se sont accordés sur ces orientations. Vous avez évoqué la diversité des productions ; c’est un point très important. Fragiliser une culture – celle de la noisette a été évoquée plus tôt –, c’est réduire cette diversité. Or l’agriculture française est extraordinairement diverse et sa diversité constitue un trésor qu’il nous faut protéger.”
“J’entends que vous voulez transformer le modèle agricole, mais il me semble que nous devrions d’abord chercher à le préserver, à le protéger et à le pérenniser. En effet, notre agriculture connaît aujourd’hui de multiples dangers, que vous avez d’ailleurs rappelés. Vous évoquez la réorientation de la PAC : ce sera le prochain combat à mener.”
“La censure du Gouvernement est intervenue juste après… Nous reprendrons au plus tôt la discussion de ce texte, car il est utile : contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’utilisation des drones permet de mieux cibler la dispersion du produit, dans l’intérêt de la santé de l’agriculteur, des sols et de l’environnement.”
“La filière de la banane est très affectée par la cercosporiose, dont le traitement serait bien plus efficace s’il était dispensé par drone plutôt que depuis le sol. Cela pour des raisons évidentes : depuis le sol, on atteint moins facilement les sommités de la plante ; en outre, les agriculteurs sont mieux protégés d’éventuelles projections du produit phytosanitaire lorsque celui-ci est répandu en hauteur pour ruisseler jusqu’au pied de la plante. Le député Jean-Luc Fugit a déposé une proposition de loi visant à autoriser l’épandage par drone. Nous avons commencé à l’examiner au mois de novembre, lors d’une séance qui n’a pas été prolongée après minuit, alors qu’il restait seulement six amendements à discuter.”
“Non seulement il y a les pertes liées à la mortalité, en particulier dans la filière ovine, mais il y a les pertes liées à la fertilité et aux avortements dans des proportions hors-norme. Nous suivons tout cela attentivement. Nous essayons d’avancer pas à pas, toujours en lien avec les intéressés, qui sont des sources précieuses d’information et auprès desquels nous vérifions constamment que les mesures prises sont bien celles qu’ils attendent.”
“Encore et toujours les crises sanitaires, mais vous avez raison, c’est un sujet brûlant. Sachez que notre méthode suppose de travailler en permanence avec les éleveurs et que toutes les décisions sont prises en concertation avec eux. Qu’il s’agisse des critères, des cibles ou des modalités de versement, nous travaillons en permanence avec les éleveurs. Aucune décision n’a été prise sans leur aval. La France est le seul pays européen, à ma connaissance, qui assure le financement de la vaccination et l’indemnisation de la mortalité. La Belgique a envisagé cette dernière, mais nous sommes les seuls à l’appliquer. Sans budget, ce dispositif ne tiendra pas indéfiniment.”
“Je les invite à l’expliquer aux filières, aux producteurs, aux agriculteurs et aux éleveurs !”
“Concernant l’agriculture, nous espérons pouvoir délivrer rapidement les aides d’urgence – indemnisation des élevages, prêts de soutien à la trésorerie –, mais, à l’exception du dispositif sur le GNR, valable jusqu’en 2025 et qui ne sera donc pas affecté par une interruption, l’amélioration de la couverture du TODE, grâce à l’adoption d’un amendement, et le demi-milliard d’allègements sociaux et fiscaux devront attendre l’adoption du budget. C’est dramatique ! Et je ne mentionne pas les appels à projets et les crédits d’intervention… Actuellement, le ministère ne peut lancer aucun appel à projets et ne peut engager aucun crédit pour intervenir dans les filières. Nous sommes dans une situation de blocage. Vos collègues du Rassemblement national affirment qu’il s’agit d’un mensonge et que la censure n’a rien changé.”
“Je répondrai d’abord à votre deuxième question. Je salue Mme Nicole Le Peih et M. Pascal Lecamp, qui attendent avec une impatience que je partage l’adoption du projet de loi d’orientation agricole, dont ils ont été les rapporteurs diligents. Vous m’interrogez également au sujet du budget. Il faut qu’il soit adopté le plus vite possible. Avec le ministre de l’économie et la ministre des comptes publics, nous avons pris des dispositions pour que le budget s’applique rétroactivement dès son adoption. Le 31 décembre dernier, nous avons publié un communiqué de presse en ce sens – il était très important de faire une déclaration à ce sujet.”
“Il est essentiel de placer l’agriculture à sa juste place dans la hiérarchie des activités utiles à la nation, notamment pour la reconquête de notre souveraineté alimentaire. Vous avez cité le cas de la filière volaille, qui illustre bien notre perte de souveraineté. Rappelons qu’un poulet sur deux vendus en France est produit dans un autre pays. En outre, 80 % du poulet consommé dans la restauration hors domicile n’est pas produit en France. La perte de souveraineté est majeure, mais tout le monde refuse d’avoir des poulaillers près de chez soi. Il faudra que les Français s’interrogent sur leur schizophrénie en la matière.”
“L’examen du texte au Sénat sera l’occasion d’en sécuriser les acquis : la fin du tout-correctionnel en matière agricole, la suppression du diagnostic des sols pour éviter les contentieux incessants des ONG militantes, la suppression des groupements fonciers agricoles d’investissement (GFAI) afin d’empêcher la financiarisation des terres agricoles, l’adaptation de la réglementation des haies, la reconnaissance des agricultrices, le rétablissement de la parité entre enseignements public et privé, surtout la création de France Services agriculture, FSA, un guichet unique à destination des repreneurs et des cédants. S’y ajoutent un certain nombre de dispositions qui, je l’espère, inscriront l’agriculture au bon niveau stratégique, à hauteur de l’importance que nous lui accordons.”
“Vous évoquez le projet de loi d’orientation agricole : j’ai participé au débat qui a précédé son adoption et j’ai défendu un certain nombre d’amendements. Je souhaite que son examen par le Sénat se poursuive dans les mêmes conditions. Dès le 4 février, les sénateurs pourront enrichir le texte, mais il sera impératif d’aller vite, afin qu’il soit adopté le plus tôt possible.”
“Pour ce qui est des installations classées, une circulaire aux préfets est en préparation avec le ministère de la transition écologique, visant à raccourcir les délais et à privilégier les contrôles à vocation pédagogique pour les jeunes. S’agissant de la déconcentration des décisions relatives aux travaux agricoles, nous voulons déléguer au niveau local la fixation des dates les concernant. Enfin, j’ai demandé à l’administration de créer un système numérique qui permette aux agriculteurs de ne pas répéter des heures durant, d’un service à l’autre, la saisie des mêmes informations. Une seule fois doit suffire.”
“Merci beaucoup. S’agissant des relations entre l’OFB et le monde agricole, nous avons rédigé, avec le ministère de la transition écologique, une circulaire visant à ce que ses agents fassent tout pour renouer le dialogue avec les agriculteurs. La déclaration tenue ce matin à la radio par un agent de l’OFB n’améliorera sans doute pas leurs relations, mais il faudra, à un moment ou à un autre, retrouver le chemin du dialogue. Nous avons proposé que les agents de l’OFB agissent dans le cadre du contrôle administratif unique. Nous avons également suggéré l’usage d’une caméra piéton afin que la tension baisse – ainsi que nous l’avons fait avec les policiers et les pompiers.”
“En ce qui concerne la gestion de l’eau, un guide pédagogique, préparé en lien avec la profession, sera par ailleurs diffusé à l’attention des agriculteurs pour faciliter leur compréhension de la réglementation qui s’applique à l’entretien des cours d’eau et des fossés, lesquels font l’objet de contrôles et de mises en cause fréquents. Pour ce qui est des cultures, nous préparons avec le ministère de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, un projet de décret visant à demander à l’Anses, dans le respect de ses prérogatives et de son indépendance, de donner la priorité aux mesures les plus susceptibles de toucher les filières. Monsieur le président, je vous demande une faveur, celle de dépasser mon temps de parole, car j’en suis à un point capital.”
“En ce qui concerne le programme d’actions national nitrates, j’ai demandé aux préfets de région de mobiliser tout le champ des dérogations qui leur est offert et d’engager, en outre, mesure très demandée par les agriculteurs, un processus de révision des plans d’action régionaux (PAR), avec pour objectif, dans les quatre mois, de rendre ces plans plus lisibles et plus compréhensibles – les intéressés n’y comprennent rien, or comment appliquer ce qu’on ne comprend pas ? Il s’agit de rendre les PAR plus efficaces au regard de leurs objectifs environnementaux.”
“Vous avez raison, madame Bannier, les agriculteurs veulent des actes et pas des mots. Le principe du contrôle administratif unique est que le préfet du département réunit une mission interservices administratifs (Misa) destinée à coordonner les plans de contrôle, de sorte qu’il n’y ait pas plus d’un contrôle par an et par exploitation. Nous ne nous sommes toutefois pas arrêtés là. Les acomptes des aides PAC seront versés à tous les agriculteurs, même quand ils sont contrôlés – jusqu’à présent, il fallait en effet attendre la fin du contrôle pour que soit délivré l’acompte. Les informations Telepac relatives à l’admissibilité des parcelles seront désormais doublées d’un envoi par courriel – c’est tout bête, mais quand l’agriculteur est sur ses parcelles, il disposera ainsi d’un document papier auquel se référer.”
“La position de la France est constante : l’accord tel qu’il a été négocié est inacceptable, singulièrement en ce qui concerne notre agriculture.”
“Je suis bien sûr favorable au développement des Maec, qui permettent de compenser les surcoûts liés aux changements de pratiques. Elles font partie du deuxième pilier de la PAC, vous le savez, qui suppose l’écoconditionnalité. Je ne peux donc qu’encourager, j’y insiste, les Maec, essentielles pour l’avenir de notre agriculture. Vous évoquez ensuite les normes. Vous savez mon engagement quotidien pour simplifier la vie des agriculteurs : mise en place du contrôle administratif unique, adaptation de l’administration aux dates des travaux agricoles, etc. Avec les organisations syndicales agricoles, j’ai lancé les rendez-vous mensuels de la simplification : l’objectif est de venir méthodiquement à bout de tous les freins à la production dès lors qu’ils ne sont pas justifiés. Vous êtes revenu à raison sur le Mercosur.”
“Je vais tâcher de respecter le temps qui m’est imparti, monsieur le président. Je suis très attachée à l’agriculture de montagne – activité économique matricielle de la montagne – puisque, dans le cadre de l’acte II de la loi montagne, j’ai travaillé très spécifiquement sur le sujet. On ne vantera jamais assez les externalités positives de cette agriculture – je pense au pastoralisme. Je suis d’accord avec vous : la nature est l’outil de travail des paysans. Ils n’ont donc aucun intérêt à l’abîmer. Ils sont les premiers intéressés à la conservation de l’eau et à la qualité des sols – ressources vitales. Je le répète : les agriculteurs sont les premiers entrepreneurs du vivant, n’en déplaise à ceux qui voudraient laisser entendre le contraire.”
“Je travaille beaucoup avec eux parce que, comme vous, je suis préoccupée au plus haut point par l’important taux de suicides dans le monde agricole.”
“En ce qui concerne le soutien aux plus vulnérables, après une enveloppe de 30 millions d’euros, nous avons abondé le budget de la MSA de 20 millions, soit 50 millions d’euros au total, afin de permettre des exonérations supplémentaires de charges. Nous veillons de près aux plus fragiles : hier, j’ai réuni les représentants de la dizaine d’associations qui s’occupent des agriculteurs en grande difficulté et en grande détresse.”
“Là où je vous rejoins, monsieur Biteau, c’est sur les vertus de l’agronomie : elle apporte en effet de nombreuses solutions. Néanmoins, quand un organisme est malade, on peut admettre le principe de son traitement – à condition que celui-ci n’obère pas la santé humaine.”
“Leur diriez-vous vraiment cela, les yeux dans les yeux ? Moi, non.”
“En ce qui concerne le prétendu recul environnemental de la France, je rappelle que notre pays s’est engagé à une moindre utilisation d’intrants phytopharmaceutiques, phytosanitaires, et je suis convaincue qu’il n’y reviendra pas. C’est une marche en avant. Reste qu’il faut se préparer au retrait des substances et à leur remplacement par des solutions alternatives – c’est le sens du Parsada, évoqué tout à l’heure. Reste qu’il faut mobiliser la recherche fondamentale – je crois beaucoup à tout ce qu’elle peut nous apporter. Mais il faut aussi traiter l’urgence. Ainsi, diriez-vous, les yeux dans les yeux, à un producteur : « Tes productions sont endommagées parce qu’on t’a interdit un traitement, mais ce n’est pas mon problème puisque l’environnement s’en trouvera amélioré » ?”
“Si vous voulez vraiment travailler à améliorer les revenus des producteurs, cessez de promouvoir cette inflation normative qui leur fait perdre le sens même de leur activité. Vous ne m’entendrez jamais dire qu’il faut supprimer toutes les normes, toutes les règles. Mais quand vous refusez l’accès à l’eau à un producteur, vous le condamnez à la mort économique, c’est la simple vérité. Pourquoi ne l’entendez-vous pas ? Donc, s’il vous plaît, madame la députée, ne nous imputez pas les difficultés de l’agriculture dès lors que, précisément, c’est contre elles et contre votre vision que nous luttons. Pour ce qui est des accords de libre-échange, je ne sais sur quel ton vous dire que nous refusons ceux qui portent atteinte à notre souveraineté alimentaire et qui organisent une concurrence parfaitement déloyale.”
“Allez en Ukraine, en Pologne ou aux États-Unis : là-bas, vous verrez une industrie agricole et une agriculture productiviste ! Notre agriculture est à taille humaine, et c’est l’une des plus vertueuses au monde, sinon la plus vertueuse. Vous ne cessez de déplorer la perte de revenus, mais c’est précisément votre vision qui en est la cause !”
“Mais si, c’est absolument vrai ! Vous êtes partisans d’une inflation normative sans fin ni freins, et c’est la raison pour laquelle nos agriculteurs rencontrent de telles difficultés de production. Vous parlez d’agriculture industrielle, d’agriculture productiviste…”
“Comment pouvez-vous déplorer les effets dont vous chérissez les causes ? La famille politique à laquelle vous appartenez ne cesse de défendre une vision décroissante de l’agriculture !”
“Nous travaillerons avec eux sur la question du préjudice économique et sur les solutions alternatives dans l’attente de l’autorisation du produit dont ils espèrent le retour.”
“Le Parlement, qui est souverain, aura à se prononcer sur cette question lors de l’examen d’une proposition de loi déposée par les sénateurs Laurent Duplomb et Franck Menonville. Ils recommandent, dans ce texte, de revenir sur l’interdiction de l’un des cinq néonicotinoïdes qui n’ont pas été interdits en Europe, d’une part en raison de la nature du produit – question qu’il nous faudra explorer –, d’autre part en raison de son caractère presque indispensable pour un certain nombre de productions. Dans l’attente d’une éventuelle nouvelle autorisation de cette substance, nous cherchons d’autres solutions avec la filière. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé la création d’un groupe de travail au sein du ministère, auquel j’associerai les producteurs de votre région, notamment la coopérative Unicoque, qui réunit 300 producteurs.”
“Nous avons en partage le souci de la filière de la noisette. J’ai reçu ses représentants et vous m’avez alertée sur sa situation à de multiples reprises, avec d’autres députés. C’est une très belle filière française, qui produit une petite part des noisettes consommées par les Français, lesquels en sont très friands – nous figurons parmi les plus gros consommateurs de noisettes d’Europe. Nous n’en produisons pas suffisamment pour assurer notre souveraineté alimentaire dans cette filière. Les producteurs connaissent des difficultés immenses en raison du balanin et de la punaise diabolique, qui mettent en péril la pérennité de la filière, voire sa survie. Vous avez évoqué l’acétamipride, le traitement qui conviendrait à cette production.”
“C’est à ce moment-là que nous pourrons tirer des conclusions. Votre région a des particularités qui doivent être prises en compte, et j’y veillerai, croyez-le bien.”
“Ce sont eux qui ont décidé qu’il fallait concéder des avances, que tous les élevages n’ont pas demandées. Comme le dit l’adage, nous compterons les bouses à la fin de la foire : nous constaterons lors du versement du solde le niveau d’indemnisation et le nombre d’éleveurs indemnisés.”
“En ce qui concerne la FCO 3, l’État n’a pas été en reste. Les vaccins ont été commandés pendant l’été par le gouvernement démissionnaire, le plus tôt possible, avant même que l’Anses donne son feu vert. Cette décision n’a certes pas suffi à enrayer la propagation de la maladie, mais nous disposons encore de stocks, alors que les vaccins ont été mis à disposition gratuitement. S’agissant de la FCO 8, comme nous n’avions pas suffisamment de vaccins pour immuniser tous les animaux, nous avons érigé une barrière sanitaire. Dans le cas de la MHE, nous nous retrouvons avec des vaccins inutilisés. La question de la vaccination recouvre des enjeux si nombreux qu’il est crucial de l’aborder dans le cadre des assises du sanitaire. En matière d’indemnisation, nous travaillons avec les professionnels.”
“La région Grand Est est particulièrement touchée par l’épidémie de FCO 3. S’agissant du retard pris par les pouvoirs publics, en particulier par mon ministère, je rappellerai que les vaccins contre la FCO ont été commandés à un moment où nous savions que l’épidémie allait arriver en France, mais avant même l’apparition du premier cas sur le territoire. Toutefois, commander des vaccins à un laboratoire ne suffit pas : il faut que les chaînes de production soient disponibles et prêtes à produire. Les doses de vaccins contre la MHE et la FCO 8 à notre disposition sont peu nombreuses faute de souveraineté vaccinale française. Nous disposons d’un seul laboratoire – peut-être deux –, lequel veut être sûr d’écouler tous ses vaccins. Il faut en outre que les lignes de production soient disponibles.”
“La MHE nous vient en effet d’Espagne, le troisième variant de la FCO des pays du Nord. Les maladies vectorielles se rient des frontières, ce qui complique les choses. On nous annonce l’apparition de nouveaux variants de la FCO – 12, 3 –, mais on ne sait pas s’ils seront mortels ou altéreront la santé des animaux. Débloquer des millions de doses de vaccin sans savoir si elles seront utilisées ne relève pas non plus d’une bonne stratégie. Nous devons travailler tous ensemble afin de donner des perspectives aux éleveurs, qui sont très marqués par ces attaques épizootiques.”
“Les conséquences de ces épidémies sont multiples : elles détruisent de la valeur dans la ruralité, elles décapitalisent des cheptels et portent atteinte à la souveraineté alimentaire. Ce sujet retient donc toute mon attention. Au fond, ce que demandent les éleveurs, ce n’est pas d’être indemnisés, mais de ne pas avoir à être indemnisés. Je veille cependant à ce qu’ils reçoivent dans les meilleures conditions les indemnisations qu’ils attendent – nous y reviendrons. Pour enrayer ce mouvement mortifère, il nous faut travailler autrement : c’est le sens des assises du sanitaire, auxquelles j’ai convié un large rassemblement de chercheurs, de vétérinaires, d’éleveurs et d’acteurs des filières concernées. Nous devons mettre en commun nos réflexions et esquisser une stratégie, ce qui ne nous dispensera pas d’une réflexion au niveau européen.”
“Vos questions ont principalement trait aux crises sanitaires, notamment à la FCO – FCO de sérotype 3 au nord et FCO 8 au sud, même si la distinction s’efface peu à peu. Cette crise sanitaire majeure n’est d’ailleurs pas sans lien avec la crise climatique – les insectes piqueurs, vecteurs de ces maladies, prolifèrent en raison du réchauffement climatique. Nous devons faire preuve de détermination car les éleveurs, en particulier dans la filière ovine, sont désespérés par la situation, certains n’osant même pas ouvrir la porte de l’étable le matin, de peur d’avoir à compter les cadavres. C’est une source de détresse qui remet en cause la pérennité des filières, le pastoralisme et donc l’entretien des prairies et de nos paysages.”
“Nous devons impérativement les promouvoir et sortir le producteur de son isolement pour l’inviter à rejoindre les organisations de producteurs. Ainsi, il sera mieux armé pour faire valoir ses intérêts.”
“Évidemment, la recherche de l’équilibre fonde la démarche d’Egalim : la juste rémunération de la matière première agricole est au cœur du dispositif, mais la transformation doit aussi y trouver son compte. Vous avez raison, il faut renforcer le poids et la fiabilité des indicateurs de production. Cela permettra de sanctuariser la matière première agricole, y compris lors des discussions entre industriels et distributeurs. Enfin, n’oublions pas l’échelon européen pour les négociations commerciales et le cadre réglementaire. La révision des textes européens sur l’organisation commune de marché, ainsi que celle de la directive sur les pratiques commerciales déloyales de 2019, ouvrent des opportunités pour transposer les principes d’Egalim – contractualisation écrite, négociation par des organisations professionnelles à l’échelon européen.”
“Je vous remercie pour cette question sur un sujet essentiel. Il a fait l’objet d’un rapport des députés Anne-Laure Babault et Alexis Izard et d’un autre des sénateurs Anne-Catherine Loisier et Daniel Gremillet. Nous attendons les conclusions de la mission d’évaluation de la loi Egalim 2, créée par la commission des affaires économiques, et dont les corapporteurs sont Julien Dive, Harold Huwart, Richard Ramos et Aurélie Trouvé – avant qu’elle ne devienne présidente de la commission. Nous attendons ces dernières conclusions pour affiner notre position sur Egalim. L’expérimentation du relèvement du seuil de revente à perte de 10 % (SRP + 10) s’achève et il vous faudra bientôt, à nouveau, légiférer.”