Ugo Bernalicis
LFI-NFP · France
“Mais les bons communicants ont dit : « Ripost, ça suffira, mettez les lettres dans le bon ordre. Ça permettra au ministre d’aller sur les plateaux télé, en dépit du travail parlementaire. » (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Du reste, en quoi a consisté le travail parlementaire ?”
“…et nous présentent un texte à prendre ou à laisser qui ne reflète en rien l’état de nos débats. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LFI-NFP.) On pourrait même qualifier cela de trafic d’amendements entre dealers d’AFD !”
“Pour certains, d’ailleurs, le problème de la police, c’est la justice. Et voilà que les policiers sont maintenant exaucés par M. Nuñez. (Mme Élisa Martin et M.”
“Bref, il décide de pondre ce texte. Par la suite, il se rend compte que le reportage de CNews était un deepfake généré par IA et qu’il ne décrivait pas exactement l’état du pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Il décide malgré tout d’élaborer un texte de loi.”
“Vous pourriez plutôt, par exemple, faire une grande réforme pour rétablir une police de proximité – tout le monde le réclame désormais – ou encore réformer la police judiciaire, que votre ami Gérald Darmanin a cassée et qui, depuis, dysfonctionne. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent longuement. – M.”
“Tout le monde fait mine de ne pas le voir, mais « projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens », cela fait non pas « Ripost », mais, avec le « t » de « troublant », le « p » de « public » et le « c » de « concitoyens », un acronyme tout à…”
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“Mon collègue Bilongo me signalait que, dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, les bailleurs sociaux bénéficiaient d’exonérations de taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB), en contrepartie desquelles ils devaient normalement réinjecter de l’argent dans des actions d’amélioration du cadre de vie. Globalement, ils ne le font pas. Ils bénéficient de l’exonération mais, ensuite, les actions sociales ne sont pas réalisées. On assiste à un mouvement général de marginalisation de la question sociale et de la prévention. Je le répète car je veux qu’on entende l’argument, donc le désaccord. Vous pouvez dire que c’est efficace du point de vue du dispositif que vous avez instauré : vous avez créé un dispositif pour faire des injonctions d’expulsion aux bailleurs, et des injonctions ont été faites.”
“le ministre s’est enorgueilli en commission du fait que cette procédure avait été enclenchée 336 fois – c’est le chiffre que j’ai retenu et je crois que c’était le bon. Ce nombre a peut-être augmenté depuis la semaine dernière, mais cela donne un ordre de grandeur. Je ne sais pas si ces 336 procédures sont arrivées à leur terme ou s’il s’agit de 336 demandes faites aux bailleurs. Ont-elles conduit à 336 expulsions, je ne le pense pas – il y a encore un juge derrière, heureusement. Toujours est-il que le problème de fond demeure plein et entier. Il faut supprimer cette disposition qui n’a clairement pas fait baisser le trafic dans le pays.”
“Vous le savez, certains bailleurs coopèrent avec l’administration pénitentiaire pour reloger des personnes qui ont commis des infractions – des troubles à l’ordre public, donc –, afin de faciliter leur réinsertion. Le fait d’insérer et de réinsérer des gens qui ont pu, à certains moments, être en rupture ou en conflit avec la loi, fait partie du rôle du bailleur social. Si nous décidons d’expulser tous ces gens, s’ils ne peuvent pas habiter dans le logement social, où vont-ils finir ? Cela ne risque-t-il pas d’aggraver leur situation familiale et personnelle et de conduire à davantage de récidives et de commissions d’infraction ? C’est ça le fond de l’affaire : l’efficacité, toujours. Je ne dis pas que le dispositif n’a pas fonctionné. M.”
“Je ne sais pas si la collègue Faucillon est satisfaite de la réponse du gouvernement à sa question, mais je vais donner une deuxième chance à M. le ministre. Le présent amendement tend à supprimer le dispositif introduit dans la loi « narcotrafic », qui permet cette injonction au bailleur. Je le répète, c’est une double peine – une deuxième sanction. Si l’on commence à expulser des logements sociaux tous ceux qu’on n’a pas envie de voir, on ne va pas s’en sortir. Je ne sais pas s’il y a des députés RN qui habitent dans des logements sociaux, mais vu qu’ils vont bientôt être condamnés… Mais bon, je ne pense pas qu’il y en ait, et ils ne doivent pas se sentir concernés. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)”
“Nous proposons de supprimer l’article relatif aux injonctions faites au bailleur d’expulser une famille d’un logement social au motif qu’une personne participerait à des agissements illicites. La rédaction initiale était déjà problématique, puisqu’elle impliquait l’expulsion en cas de présence d’une personne dont on pense qu’elle participe à des agissements en lien avec des activités de trafic de stupéfiants – donc sur une supposition. Mais l’ajout du terme « notamment » marque une dérive supplémentaire : qu’il s’agisse de trafic de stupéfiants ou d’autre chose, toute personne qui créerait un problème selon l’avis du préfet pourrait faire l’objet d’une procédure d’expulsion ! Le dispositif initial soulevait déjà des questions ; ajouter ce mot, c’est aller beaucoup trop loin.”
“Restons-en au cadre sain prévu côté justice, ne mélangeons pas les choses : voilà ce que nous voulons redire en la circonstance. Chaque fois, vous endormez tout le monde… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’orateur.)”
“Il faut revenir au cloisonnement, à la séparation des pouvoirs, à des périmètres clairs, et faire confiance à ceux qui exercent les responsabilités pour, dans ces périmètres restreints, communiquer des informations s’il y a nécessité d’ordre public – le renseignement est d’ordre public ! Encore une fois, au sein même du ministère de la justice existe un circuit de remontée d’informations, cadré par une circulaire de Mme Taubira – que vous devez connaître, monsieur le ministre, même si vous n’êtes pas ministre de la justice.”
“Le III de l’article 706-105-1 du code de procédure pénale, que l’article 11 de ce texte vise à modifier, dispose d’ailleurs que « [l]es informations communiquées en application du présent article ne peuvent faire l’objet d’un échange avec des services de renseignement étrangers ». On a incité ces services à communiquer davantage entre eux, on a cassé le cloisonnement – ce qui, en la matière, était d’une bêtise fondamentale, puisque cela emporte des conséquences problématiques. Des tas de gens détiennent des informations qu’ils ne devraient pas avoir et l’on ne sait pas où cela se termine.”
“On aurait pu croire que, pour offrir des garanties, cette communication n’aurait lieu qu’à l’initiative du parquet ou du juge d’instruction ; or vous prévoyez qu’elle puisse également avoir lieu à la demande des services de renseignement. Cette apparente subtilité n’en est pas une : si l’on entendait respecter l’indépendance de la justice, on prévoirait que ces informations ne puissent être fournies que dans un seul sens, autrement dit si l’autorité judiciaire les estime nécessaires aux services de renseignement. L’inverse constituerait en définitive une intrusion de l’exécutif dans les affaires judiciaires. Par ailleurs, la lutte contre la criminalité ne concerne pas que le haut du spectre, mais le principe des services de renseignement réside dans le cloisonnement, bon sang ! Là, des informations vont circuler.”
“Plus tard, cette disposition a donc été étendue à la criminalité organisée, et je vous ai dit de faire attention à la séparation des pouvoirs. On risque de nous dire que des tas de choses sont graves et justifient ce partage d’information, qui se fait dans les deux sens, sans aucun contrôle ni aucune limite, chacun jugeant de lui-même ce qui est nécessaire à son travail. C’est très problématique ; cela veut dire que l’on assume que, dans beaucoup de domaines, il y ait une violation du secret de l’enquête au profit des services de renseignement, donc de l’exécutif. On nous dira qu’il s’agit de criminalité, que tout cela est très grave. N’empêche qu’une fois qu’on a mis le pied dans la porte, on en arrive, au détour d’un article, dans une loi qui en comporte beaucoup, à changer l’architecture d’ensemble !”
“À l’époque, déjà, j’avais dit qu’on pouvait comprendre l’idée, mais que rien n’empêchait un procureur de la République, au titre de l’article 11 du code de procédure pénale, de communiquer aux services de renseignement des éléments ne violant pas le secret de l’enquête, et que rien n’empêchait non plus les services de renseignement de transmettre, de leur propre initiative, des informations à l’autorité judiciaire. L’autorité judiciaire, d’ailleurs, est sans doute plus demandeuse de ce partage d’information que les services de renseignement, car elle peut judiciariser les informations qu’elle reçoit, tandis que les services de renseignement veulent souvent garder leurs informations sous le coude, pour des raisons diverses, dont certaines sont tout à fait louables.”
“C’est un peu pénible, monsieur le président. Pendant l’examen du projet de loi sur le narcotrafic, quand on a étendu cette disposition à la criminalité organisée, j’avais fait tout un argumentaire, dès l’examen en commission, pour rappeler qu’au départ, elle ne devait concerner que la lutte contre le terrorisme. On nous avait dit à l’époque que c’était une question de bon sens, qu’il fallait que les services de renseignement aient les informations sur les enquêtes en cours pour pouvoir débusquer d’autres cellules terroristes susceptibles de passer à l’acte ; qu’il était normal, pour préserver l’ordre public, qu’il y ait une communication entre les services de renseignement et les procureurs de la République chargés de ces enquêtes.”
“…et il aurait donc été préférable, au moins pour sauver les apparences, et pour la clarté et la sincérité de nos débats, que le ministre de la justice soit là. C’est la énième loi trustée par le ministère de l’intérieur, qui ne fonctionnera pas et qui n’atteindra pas ses objectifs. Quoi qu’il en soit, je voterai l’amendement, parce que les quartiers de lutte contre la criminalité organisée n’ont pas les résultats escomptés par le ministre de la justice. Il avait dit que, grâce à eux, on aurait beaucoup plus d’aveux de la part de repentis, ce qui n’est malheureusement pas le cas, puisque ce n’est pas ainsi que ça marche.”
“C’est tout le problème de ce genre de textes. Au fond, on a été plutôt sympa avec le ministre de l’intérieur, puisqu’on a fait semblant de croire que c’était à lui de créer ou de supprimer des délits. Vous auriez pu vous occuper uniquement de la partie administrative, monsieur le ministre, et laisser le judiciaire à votre collègue chargé de la justice. Mais en réalité, cela n’aurait même pas résolu le problème : si Gérald Darmanin avait été là, il aurait été d’accord avec vous, puisqu’il est plutôt resté ministre de l’intérieur. Sur le plan des principes, comme notre collègue Amirshahi l’a bien montré, les modifications que vous introduisez avec l’article 10 pourraient avoir des conséquences d’une très grande ampleur…”
“Je comprends que le rapporteur et le ministre soient un peu embêtés pour nous répondre, parce qu’il faudrait en réalité que le ministre de la justice soit là.”
“Contre la vente à la sauvette, on nous propose des amendes et des AFD – un arsenal de mesures qui ne fonctionnent pas. Je ne sais plus si vous étiez présent, monsieur le ministre, lorsque je l’ai dit en commission, mais quand vous régulariserez les vendeurs à la sauvette, vous verrez que leur trafic disparaîtra du jour au lendemain ! Vous tuerez directement la vente à la sauvette, en la privant d’une main-d’œuvre corvéable, réduite en esclavage. (Mme Danièle Obono applaudit.) On nous dit tout le temps que nous n’avançons aucune solution : la preuve que non ! (M. Jérôme Legavre applaudit.)”
“En la matière, les chiffres ne sont vraiment pas bons, surtout après neuf ans de macronisme.”
“Vous dites que l’interdiction de paraître est très prisée des préfets : c’est justement le sujet ! L’interdiction de paraître devrait rester l’apanage de l’autorité judiciaire, qui, en vertu de l’article 66 de la Constitution, est garante des libertés individuelles. Le Conseil constitutionnel vous a donné raison et je ne suis pas d’accord avec lui, dont acte. Toujours est-il que vous ne pouvez pas dire qu’une mesure fonctionne bien parce qu’elle est beaucoup prononcée. Ce n’est pas la quantité des interdictions de paraître qui fait leur qualité et, surtout, leur efficacité. Vous avez affirmé que les habitants des quartiers autour des points de deal étaient contents, mais vous vous êtes bien gardé de préciser que les interdictions de paraître n’avaient aucun effet sur le trafic et la consommation de stupéfiants dans le pays.”
“D’ailleurs, le Conseil constitutionnel, dont la composition évolue, a pu revenir sur certaines de ses décisions et la jurisprudence a varié dans le temps. Il faut toujours se battre, ce que le gouvernement sait bien, lui qui est le premier forceur du Conseil constitutionnel ! Au sujet de l’usage des drones par les forces de l’ordre, par exemple, il est revenu quatre ou cinq fois à la charge, en écrivant les choses dans le désordre, en mettant de pseudo-garanties temporelles et géographiques, pour qu’enfin, il puisse se réjouir d’avoir gratté une mesure conforme à la Constitution ! Voilà pour ce qui est de l’aspect juridique du débat. Quant au fond, monsieur le préfet, c’est extraordinaire ! Pardon, je voulais dire « monsieur le ministre » – j’aurais pu faire exprès, mais le lapsus était involontaire.”
“Un, ce n’est pas parce qu’une loi est constitutionnelle que c’est une bonne loi, du point de vue politique. Deux, ce n’est pas parce que le Conseil constitutionnel valide une disposition qu’on ne peut pas être en désaccord avec lui. (M. Jean-François Coulomme applaudit.) En effet, la jurisprudence évolue, n’est jamais très claire et fait l’objet d’interprétations.”
“Il tend à supprimer l’interdiction de paraître. Nous pensons que l’administratisation de la répression, dont Laurent Nuñez est l’archétype, pose un problème fondamental de séparation des pouvoirs.”
“Ce n’est pas terrible comme argumentation ! En commission, comme vos avis se résumaient à des « favorable » et « défavorable », et que nous avons supprimé plusieurs dispositions, la discussion n’est pas allée très loin. Il faudrait éviter de ne débattre ni en commission, ni en séance, ni en commission mixte paritaire (CMP), et de voter quand même les mesures en question. Il y va de la qualité du débat parlementaire ! Je note que vous êtes convaincus que les sanctions forfaitaires fonctionnent, dont acte. À ce sujet, notre désaccord est total : les enquêtes scientifiques montrent la limite de ce genre de contraventions et d’amendes, qui ne permettent ni de décourager certains comportements ni d’éviter leur réitération.”
“Si on voulait aller jusqu’au bout de votre logique, il faudrait individualiser la peine et rendre le montant des sanctions pécuniaires progressif en fonction des revenus. Ainsi, les riches paieraient plus et les pauvres paieraient moins, mais la douleur serait la même, si les amendes étaient proportionnées aux revenus. Nous défendons la progressivité des amendes : elle devrait notamment s’appliquer aux sanctions décidées dans le cadre de ce projet de loi. En l’occurrence, nous avons rejeté l’augmentation de l’amende infligée pour consommation de stupéfiants et augmenté de 400 euros celle appliquée en cas de consommation de protoxyde d’azote – ce texte, c’est un peu le bazar. Quoi qu’il en soit, l’amende non individualisée n’est pas efficace et je veux que vous l’admettiez.”
“Il tend à introduire un principe de modulation des sanctions pécuniaires – contraventions ou amendes forfaitaires délictuelles – prévues par le texte. Pourquoi ? La sanction devant être proportionnée, l’amende forfaitaire délictuelle, voire la contravention, devient inopérante pour la répression, mais surtout pour la prévention, parce que le montant est le même pour tous. Or qu’a dit Emmanuel Macron au sujet des amendes forfaitaires délictuelles prononcées pour consommation de produits stupéfiants ? Il a dit que 200 euros, ce n’était rien pour les petits-bourgeois, à peine de l’argent de poche. Je crois que c’est Gérald Darmanin qui a dit qu’on n’était pas à 200 euros près pour un repas. Mais ce n’est pas la même chose quand vous avez le salaire de Gérald Darmanin, le smic ou les minima sociaux.”
“C’est pour ça qu’il faut des gens formés et spécialisés !”
“Il a été sanctionné par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), il a subi des mois de mise au placard et tout le toutim. Voilà pourquoi, face à une telle proposition, on ne peut que se dire que les policiers veulent juste se couvrir les uns les autres et qu’il n’y ait plus de preuves, afin de pouvoir tabasser en toute impunité. C’est insupportable !”
“Beaucoup d’arguments ont été énoncés. Je ne suis pas un grand partisan du fait de filmer, en général – d’où notre opposition au fait d’enregistrer les images, y compris dans les locaux de garde à vue. Peut-être d’ailleurs existe-t-il d’autres manières d’administrer la preuve, pour poursuivre le raisonnement du collègue Amirshahi. Prenons le cas d’Amar Benmohamed. Ce nom vous parle, n’est-ce pas monsieur le ministre ? Lanceur d’alerte au sein de la police nationale, il avait relayé les exactions commises au sein du dépôt du tribunal judiciaire de Paris, placé sous la garde de la police nationale, et rédigé des rapports circonstanciés, décrivant ce que ses collègues avaient fait – des violences verbales, mais aussi des coups et des privations supplémentaires à l’encontre des personnes placées sous mandat de dépôt.”
“Parce qu’elles pourraient servir de preuves ?”
“Quelle haine antipolice, monsieur Amirshahi ! (Sourires.)”
“Non ! C’est parce qu’il est de droite lui aussi !”
“Il n’y aurait aucun problème si c’était fait par des policiers !”
“Faute de quoi nous aboutirons à une société totalitaire, puisque surveillant la totalité des comportements ; sans compter, ce qui est pour le moins problématique, la capacité des organisations criminelles à avoir elles-mêmes accès à ces données. Revenons à la raison, je le répète, revenons à l’état antérieur du droit.”
“Nuñez reviendra avec un petit texte là-dessus d’ici la présidentielle. Mais ce n’est pas ce qu’il faut faire : il s’agit de revenir sur les habilitations, de cloisonner de nouveau un certain nombre d’accès, il faut que les gens soient obligés de se parler pour avoir accès à des documents. Car là réside le problème initial : vous créez des dispositifs qui sont potentiellement criminogènes. Et après, vous venez vous plaindre de vos propres turpitudes. Ça suffit. Au lieu de fonctionner de la sorte, il est temps de retrouver un peu de raison en la matière pour que tout le monde n’ait pas accès à tout, tout le temps.”
“Nous souhaitons rétablir l’article pour revenir à l’état antérieur à la loi « sécurité globale », notamment s’agissant des habilitations accordées aux agents de sécurité. En effet, nous vous alertons sur les risques de détournement à chaque fois que l’accès à des dispositifs de surveillance est étendu à telle ou telle personne plus ou moins habilitée, puis vous venez vous plaindre après : M. Lecornu a déploré au Sénat qu’il y ait des usages détournés de moyens numériques en interne à cause de faits de corruption passive et que des données se retrouvent ici ou là, sans aucun rapport avec les intentions initiales. M. Lecornu a dit que la corruption passive, c’était mal – d’accord, nous étions au courant –, et que pour lutter contre, il fallait augmenter l’échelle des peines – je suppose que M.”
“En fait, il n’y a jamais deux braquages au même endroit ! Ça n’existe pas, ça !”
“Oui, c’est la première fois qu’on a fait une étude !”
“Le ministre s’intéresse à ce qui est à côté de la plaque ! (Sourires.)”
“Il y a déjà des caméras sur les autoroutes ! On dirait que rien n’existe !”
“Bien sûr, tout cela est enrobé dans des arguments présentables – vous dites vouloir lutter contre l’usage du téléphone au volant ou contre le jet de mégots par la fenêtre du véhicule –, mais ils ne font que dissimuler le problème fondamental.”
“Votre objectif est donc bien d’obtenir des centaines de milliers de photographies automatisées de tous les occupants des véhicules filmés, pour pouvoir ouvrir une enquête ou arrêter un véhicule sur la base d’un soupçon. Nous sommes en train de basculer dans un régime de suspicion, fondé sur des critères plus proches de la délation que de la dénonciation, puisqu’ils reposent sur des stéréotypes et sur des préjugés plutôt que sur des faits établis. C’est pourquoi nous sommes fondamentalement opposés à ce genre de dispositif. Nous savons pertinemment que l’étape suivante consistera à employer des logiciels de reconnaissance faciale ou des traitements algorithmiques divers et variés.”
“Si vous conduisez une voiture à cinq places, cela fait quatre personnes de plus ! La raison pour laquelle nous pensons que vous essayez de nous arnaquer – nous en sommes sûrs, d’ailleurs –, c’est que le but recherché est d’établir un lien entre la plaque d’immatriculation et le visage des occupants du véhicule. Si la police recherche un véhicule parce qu’elle soupçonne qu’il transporte l’auteur d’un vol, l’information nécessaire n’est pas la description du véhicule ni l’identité de son occupant – la police les connaît déjà –, mais son immatriculation, pour pouvoir suivre son itinéraire en identifiant la plaque de caméra en caméra. Photographier le visage de la personne, on s’en fiche un peu ! Cette information est d’ailleurs vérifiable, si nécessaire, par d’autres caméras de vidéosurveillance.”
“En écoutant mon collègue Léaument, je me suis dit qu’il manquait un peu de justesse. J’essayais de lui souffler que le Lapi ne capte pas seulement l’image du conducteur ou de la conductrice, mais celle des occupants des véhicules.”
“Ensuite, une fois que tout sera en place, il ne vous restera plus qu’à autoriser le traitement logiciel des images que vous aurez à votre disposition.”
“Soit vous disposez déjà des données relatives à la plaque d’immatriculation recherchée et, alors, le Lapi est inutile ; soit vous préparez le terrain pour la reconnaissance faciale et le traitement algorithmique des images. C’est cela, la vérité : vous préparez le terrain pour un traitement algorithmique généralisé. Si j’étais à votre place et que je voulais accomplir le rêve, non d’Orwell, mais de Mme Saint-Paul qui pense que 1984 est un beau rêve, je ferais ce que vous faites. D’abord, j’étendrais le périmètre dans lequel on peut capter des images. Vous avez d’abord installé l’outil dans les gares et dans les aéroports, dans les transports en commun, puis dans l’espace public, puis dans l’espace privé – M. Midy a défendu une proposition de loi sur le sujet.”
“Il est étrange d’autoriser le Lapi à faire autre chose que lire les plaques d’immatriculation. Il faudrait changer l’acronyme ; certains de mes collègues vous feront des propositions rigolotes. Sinon, Lapi sera comme Ripost : un acronyme qui ne contient pas toutes les initiales des mots qui composent le titre du projet de loi. Il est surtout étrange que vous vouliez prendre des photos de véhicules – au moyen d’une caméra qui les filme en continu – pour poursuivre certaines infractions pour lesquelles cette méthode est mal adaptée. Quel est le rapport ? L’amendement indique que vous souhaitez lutter, par exemple, contre l’infraction d’aide au séjour irrégulier. Comment une photo d’un véhicule vous aidera-t-elle à savoir si quelqu’un est en train d’aider au séjour irrégulier ?”
“Laurent Nuñez, fournisseur officiel de black blocs ! C’est lui qui radicalise les gens !”
“Ça le fait marrer, qu’on se prenne des grenades ! C’est minable !”
“Il s’agit d’une manifestation festive – revendicative, ils revendiquaient la victoire. Des jeunes gens ont perdu un œil et vous n’étiez même pas au courant – cette information n’était pas remontée dans les rapports ! Vous ne savez pas gérer un maintien de l’ordre qui vise la désescalade. C’est ça, le problème ! Pour vous, les drones sont un outil d’escalade – un outil de répression supplémentaire. C’est ça, la réalité vécue par les manifestantes et les manifestants, bien loin des plateaux de télé et des images qu’on peut voir sur BFM TV, ou des fantasmes du ministre de l’intérieur, soi-disant homme de terrain. C’est insupportable ! Vous détournez les drones de leur finalité. Nous continuerons de nous y opposer. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”
“Je n’ai même plus assez de doigts – je n’en ai jamais eu assez – pour compter le nombre de manifestations où il y avait des drones et où nous avons ressenti des gaz lacrymogènes, où des gens ont perdu un œil alors qu’ils n’avaient rien à voir avec les exactions qui étaient commises, etc. En réalité, depuis que vous utilisez les drones, les choses ne vont pas mieux, voire elles ont empiré. C’est ça, la réalité objective ! La finale de la Ligue des champions…”
“Si ! Vous avez dit que plus aucune manifestation n’arriverait à son terme si nous n’avions pas ces drones pour nous accompagner, et que c’était grâce à vous, la Macronie, et aux ministres de l’intérieur successifs, que les manifestations pouvaient avoir lieu. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)”