Philippe Juvin
DR · France
“Nous pensons que jamais un professionnel de santé ne doit participer à l’administration d’une substance létale, qu’il s’agisse d’un suicide assisté ou d’une euthanasie. Nous avons déjà donné nos arguments en ce sens : la confiance du patient, la cohésion des équipes et la nature de la mission du médecin.”
“Vous ne répondez pas au problème que j’ai soulevé, à savoir la prévention du suicide. D’un côté, des psychiatres expliqueront au patient que le suicide n’est pas une solution ; de l’autre, des médecins lui expliqueront le contraire. J’ai entendu vos arguments, mais vous ne m’avez pas répondu sur le fond.”
“Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3. J’ai été interpellé par M. le rapporteur général, tout à fait aimablement, mais je n’avais pas la parole et je n’ai donc pas pu lui répondre. Je voulais simplement lui dire qu’il a sans doute reçu des courriers de pharmaciens.”
“Je souhaite bien du courage au futur ministre de la santé qui devra établir un plan de prévention du suicide dans ces conditions. (Exclamations sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS.) Voilà pourquoi je souhaite que les professionnels de santé ne puissent participer à une euthanasie ou à un suicide assisté.”
“Mme Gruet a exprimé une réflexion personnelle, que je trouve très intéressante – je n’avais pas du tout pensé à cette idée d’un témoin neutre. Elle pose une question, non pas technique mais profonde, que vous balayez avec un mépris absolument évident. C’est pour le moins décevant.”
“L’alinéa 7 prévoit que la personne doit être atteinte d’une affection grave et incurable pour accéder à l’aide à mourir. Je propose d’y ajouter une condition supplémentaire : que cette affection soit également réfractaire aux traitements.”
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“Effectivement, l’expression « pronostic vital » figure dans le texte ; vous avez raison. La question qui se pose est la suivante : est-ce que l’on parle du pronostic vital engagé à un an ?”
“Monsieur Clouet, vous êtes un député averti.”
“La mention du « court terme » serait intéressante car elle pose une borne. S’agissant du pronostic vital, nos débats donnent l’impression que les médecins ne savent absolument rien et ne peuvent jamais rien dire. Or ce n’est pas tout à fait exact. Le médecin a tout de même une idée globale : ce sera très rapide, moyennement rapide ou un peu plus long. Il sait si le patient peut vivre une dizaine de jours, un mois, un semestre, un an ou plusieurs années. D’ailleurs, au moment du diagnostic, c’est souvent la première question que posent les patients : « Combien de temps me reste-t-il ? » Elle est toujours présente. Ne croyez pas qu’on ne sait rien, si je peux vous rassurer ! Les médecins sont capables de donner des réponses, même si elles sont parfois un peu imprécises.”
“On tourne autour du pot sans apporter aucune précision. La Haute Autorité reformule avec d’autres termes la notion d’incurabilité. Incurable signifie « qui ne peut pas être guéri », et non « qui ne peut pas être traité ». (M. Gérault Verny applaudit.)”
“L’amendement n o 2040 de M. Peu me paraît très intéressant, car il pose la question du sens d’une phase « terminale ». Voulons-nous – que nous souhaitions ou pas que la loi soit votée – en limiter le champ à des gens qui sont à la fin de leur vie, ou l’ouvrir à des gens qui pourraient avoir plusieurs années à vivre ? Voilà la vraie question. Une fois que nous nous serons mis d’accord sur ce point, nous essaierons de trouver les bons termes.”
“J’ai beaucoup hésité à déposer mon amendement. Soit l’aide à mourir est un soin et, dans ce cas-là, il est superfétatoire, car les conditions d’accès aux soins sont remplies quand on réside en France de manière stable et régulière ; soit elle n’est pas un soin – vous avez compris que c’est ce que nous pensons – et, dans ce cas, le critère de la durée stable et régulière est très imprécis. C’est pour cela que nous avons déposé l’amendement Petex, lequel vise à circonscrire la résidence régulière à cinq ans – nous aurions pu discuter de la durée, bien entendu. Toutefois, la question, je le répète, reste la suivante : est-ce un soin, n’est-ce pas un soin ? Si c’est un soin, les critères sont superfétatoires ; si cela ne l’est pas, ils sont trop vagues.”
“Si vous le permettez, madame la présidente, je défendrai également l’amendement n o 273 de Mme Christelle Petex puisque je l’ai cosigné. À l’issue de notre première semaine de travail, je voudrais remercier Mme la ministre et M. le rapporteur général qui acceptent d’entendre des avis divergents. Il est vrai que nous ne sommes pas d’accord, mais ce n’est pas un drame, parce que c’est un débat démocratique. Dans cet endroit, il est normal de ne pas être d’accord. Que M. Pilato ne s’émeuve pas : en démocratie, un député peut avoir un avis différent d’un autre député, et il peut même exprimer cet avis dans les médias. (Sourires.) Cela paraît incroyable, mais c’est ainsi : cela s’appelle la démocratie. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR ainsi que sur quelques bancs des groupes RN et UDR.) Les amendements n os 2500 et 273 sont liés.”
“Malheureusement – c’est ainsi –, ces traitements sont très coûteux et il ne faudrait pas que les malades courent le risque de ne pas y accéder pour des raisons de prise en charge. Pour ces sujets, je pense qu’un filet de sécurité supplémentaire serait le bienvenu.”
“Il s’agit d’un amendement de Mme Blin qui, à l’alinéa 4, après le mot « mourir », tend à insérer les mots : « dès lors que l’accès aux traitements adaptés et aux soins palliatifs lui est effectivement garanti. » La raison en est assez simple : pour que le consentement soit libre et éclairé, il faut absolument que ne pèse sur lui aucune contrainte ; or ne pas avoir accès aux bons traitements constitue une contrainte. Cette disposition a des chances de devenir tout à fait essentielle dans les années à venir, puisque nous assistons à une révolution du traitement de certaines maladies à pronostic grave : les cancers multimétastasés. Le pronostic des malades qui en souffrent était, hier encore, extrêmement sombre à très court terme mais, aujourd’hui, ils peuvent espérer vivre plusieurs années grâce aux immunothérapies.”
“Discutez avec les habitants de votre circonscription qui sont dialysés, vous verrez que leur vie est un enfer ! Ne vous en déplaise, ces patients répondent aux critères proposés dans le texte. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Puisque l’insuffisance rénale chronique vous énerve manifestement, voici un autre exemple : le VIH. C’est grave, c’est malheureusement incurable, le pronostic vital est engagé – arrêtez les antirétroviraux et vous verrez ce qu’il advient du pronostic vital – et le processus est irréversible, ce qui signifie que la maladie est en phase avancée. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes DR, RN et UDR.)”
“L’insuffisance rénale chronique est une maladie grave et incurable – incurable ne signifie pas qu’il n’existe pas de traitement mais que l’affection n’est pas guérissable. (M. Jean-François Rousset s’exclame.) Ne me répondez donc pas qu’un patient qui reçoit un traitement ne satisfait pas au critère de l’incurabilité : cela ne veut rien dire. Enfin, l’insuffisance rénale chronique engage le pronostic vital – on en meurt quand on n’est pas dialysé – et est par définition en phase avancée. Mme la ministre elle-même a indiqué que la notion de phase avancée renvoyait à la nécessité d’un parcours de soins singulier, or un parcours qui exige d’aller se faire dialyser trois fois par semaine est sans conteste particulier.”
“Premièrement, ajouter la notion d’irréversibilité ne résout rien : elle renvoie à la même chose que le mot « incurable ». Penser résoudre le problème ainsi, c’est se payer de mots. Deuxièmement, quand j’ai donné un exemple de l’application possible des critères, Mme la ministre a tenté de discréditer mon propos en laissant croire que je faisais référence à un dossier médical particulier. En réalité, je faisais référence à une pathologie très fréquente : l’insuffisance rénale chronique concerne 100 000 personnes en France. Même si cela risque de vous déplaire, reprenons les critères. Si le patient a plus de 18 ans, est de nationalité française, est apte à manifester sa volonté et présente une souffrance physique ou psychologique liée à cette affection, il sera éligible à l’aide à mourir.”
“Monsieur le président, c’est assommant ! Je me fais le porte-parole de médecins qui me soumettent ces sujets. Dites-moi en quoi l’exemple que j’ai cité ne remplit pas les critères ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes DR et RN.)”
“Calmez-vous, laissez parler les uns et les autres ! Vous avez le droit de ne pas être d’accord, mais écoutez mes arguments. C’est assommant ! (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et SOC.)”
“Écoutez-moi, avant de dire non ! Je prends donc l’exemple d’un patient hémodialysé trois fois par semaine ou dialysé à domicile tous les soirs – ce sont les deux dispositifs possibles. Il souffre d’une affection grave et incurable – même s’il est greffé, il prendra des immunosuppresseurs toute sa vie –, qui engage le pronostic vital – quand vous arrêtez la dialyse, vous mourez en deux ou trois semaines, généralement d’hypercalcémie –, et c’est une maladie terminale – c’est la définition de l’insuffisance rénale chronique dialysée. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)”
“(Exclamations sur quelques bancs du groupe EPR.) Si le refus de traitement est, bien évidemment, un droit, il me semble qu’un pas est franchi avec ce texte, qui fait de la souffrance une condition d’ouverture automatique de l’accès à l’euthanasie si les autres critères sont remplis. Prenons garde au caractère subjectif. Je vais vous donner un exemple très simple d’affection grave et incurable, qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale, et vous me direz, madame la ministre, si vous considérez que les critères sont remplis. Est-ce qu’un patient hémodialysé trois fois par semaine…”
“Contrairement à ce qui est avancé, ce ne sont pas des conditions strictes. L’aide à mourir ne s’adresse pas uniquement à des cas d’agonie souffrante, mais aussi à des personnes qui ont potentiellement encore plusieurs années à vivre. Je citerai encore un ou deux exemples, comme j’ai coutume de le faire. Nous sommes en effet passés du débat théorique et philosophique à une discussion sur les critères pratiques. La souffrance physique et la souffrance psychologique sont subjectives. Vous le savez, il n’existe pas de « doulouromètre », d’outil permettant de mesurer la douleur de façon objective ; qu’elle soit physique ou psychologique, celle-ci est toujours déclarée par le patient. Dès lors, un patient qui décide de ne pas recevoir son traitement deviendrait éligible.”
“» Soit on considère que le suicide assisté et l’euthanasie sont un soin, et dans ce cas il faut l’inscrire après cet article du code de la santé publique – article que nous ne devons pas modifier car il décrit une étape qui intervient plus tôt –, soit on considère, comme moi, que ce n’est pas un soin et dans ce cas une telle mention n’a évidemment pas sa place dans l’article, lequel définit parfaitement, au mot près, sans ajout bavard et inutile, la prise en charge d’un patient, particulièrement en fin de vie.”
“La lecture de l’article L. 1110-5 du code de la santé publique est très instructive car il définit, de façon à la fois concentrée et profonde, le soin et la prise en charge. Il n’y a pas un mot en trop, on va droit à l’essentiel. On peut y lire : « Toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée. » Ou encore : « Ces actes ne doivent pas être poursuivis par une obstination déraisonnable. Lorsqu’ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n’ayant d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris. […] le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa vie […].”
“Quant à ce qui se passe en réalité, vous savez qu’il y a eu dans l’histoire assez récente des médecins ou des infirmiers qui ont été condamnés pour avoir délivré des substances mortelles en dehors de toute procédure. Ça arrive. Je trouve donc tout à fait normal que le code pénal se préoccupe d’un équilibre juste entre la protection des patients et leur droit à une fin de vie digne, dans le cadre de l’ouverture de ce nouveau droit, et je trouve que l’on fait un très mauvais procès à notre collègue.”
“…qui repose sur un argument juridique. Il pose une question qui est à mon sens essentielle et dont j’avoue que nous l’avons peut-être sous-estimée : quels effets aura cette loi sur l’architecture générale du code pénal ? Quand on observe par exemple que l’article L. 223-14 du code pénal réprime « la publicité […] en faveur de produits, d’objets ou de méthodes préconisés comme moyens de se donner la mort », on voit bien qu’il y a de potentielles interactions. Votre amendement, monsieur Sitzenstuhl, met l’accent sur la nécessité d’une mise à niveau plus approfondie du code pénal, par rapport à ce que nous avons fait un peu plus loin dans le texte. Je trouve qu’il a cette vertu de cadrer les choses.”
“En tant que médecin, je ne m’estime ni insulté ni menacé par l’amendement de M. Sitzenstuhl (Exclamations sur quelques bancs du groupe SOC) ,…”
“S’il y a un endroit où les choses doivent être dites clairement, c’est bien le code pénal. D’interprétation stricte, il ne doit souffrir d’aucune imprécision, ce qui garantit les citoyens contre l’arbitraire et assure la prévisibilité des sanctions. Si le code pénal est imprécis, par exemple en refusant de nommer clairement l’euthanasie et le suicide assisté, nous nous exposons à une jurisprudence potentiellement problématique. Il faut donc absolument préciser cet alinéa.”
“Je suis d’accord, mais le problème, c’est la zone grise !”
“J’ai compris que vous interrogiez Mme la ministre sur la conduite à tenir. À mon avis, il n’y a aucune ambiguïté : s’il ne veut pas la prendre parce qu’il panique, il ne la prend pas !”
“– Exclamations sur plusieurs bancs du groupe SOC.) Il ne faut pas qu’il y ait d’ambiguïté, monsieur Delautrette !”
“Mais on ne leur demande pas de décider, parce que c’est une charge psychologique très importante. L’équipe médicale décide en prenant leur avis, pas en demandant leur accord. Repousser à une distance suffisante les proches pour ne pas trop les impliquer psychologiquement est très important. Enfin, en réponse à la question de M. Delautrette qui se demande ce qui se passerait si le patient décidait au dernier moment de ne pas ingérer la substance, j’espère que la question ne se pose pas ! S’il décide de ne pas la prendre, y compris parce qu’il panique, il ne la prend pas ! On ne va tout de même pas lui mettre de force dans la bouche ! (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes DR et RN ainsi que sur quelques bancs du groupe EPR.”
“Parce qu’il peut y avoir des conflits d’intérêts ou bien, et c’est un vrai sujet, un intérêt personnel au décès, ou bien encore des familles indifférentes, une lassitude des aidants – vous savez qu’on en vient souvent à hospitaliser les personnes âgées démentes ou en grande incapacité non parce qu’elles sont malades, mais parce que les aidants sont tellement fatigués et usés qu’ils doivent se reposer, c’est le fameux répit –, sans parler de la charge psychologique déjà évoquée et qui pèse sur le proche concerné. Je note que dans les cas de limitation d’accès aux soins, si l’on décide, par exemple, de ne pas passer quelqu’un en réanimation ou de ne pas l’opérer – selon la fameuse décision collégiale –, la loi prévoit qu’on doit prendre l’avis de la famille ou de la personne de confiance.”
“Vous voyez, monsieur le président, que j’ai levé la main très rapidement. (Sourires.) Un proche ne peut en aucune manière administrer la substance létale.”
“Dès lors, le cas est couvert par la loi Claeys-Leonetti, qui permet de procéder à une injection par autrui. La disposition précisant que l’administration de la substance létale intervient par injection me paraît donc absolument inutile, à moins que l’on ne veuille en réalité faire dévier la procédure vers de l’euthanasie. Cet amendement est donc absolument nécessaire.”
“Le texte actuel prévoit deux modalités d’administration de la substance létale : une première par laquelle le patient ingérerait lui-même ladite substance, et une seconde par laquelle une personne tierce viendrait la lui injecter. Nous souhaitons que la seule possibilité d’administration soit la première, à savoir l’ingestion. C’est le mode d’administration pratiqué par exemple dans l’Oregon. C’est ce que prévoyait le texte initial, à l’exception des situations où le patient se verrait dans l’incapacité de procéder lui-même à l’ingestion. Dans ces cas-là, il était prévu de donner la possibilité à autrui d’injecter la substance. Or, sauf erreur de ma part, si le patient ne peut ingérer lui-même, cela signifie qu’il a besoin d’un outil pour se nourrir – grâce à la nutrition parentérale, à une gastrostomie ou à une sonde gastrique.”
“Ils connaissent des phases de violence, d’agressivité, de déambulation. Parfois, pour des soins très banals – laver, donner à manger, faire une injection –, on est obligé de les contentionner : ils ne se laissent pas faire, ne comprennent pas ce qui se passe. Imaginez ce qu’il faudrait pour poser une perfusion, injecter un produit, à un patient qui ne le voudrait pas – parce qu’il est dément, je le répète, et ne comprend pas ce qui arrive ! On en arriverait probablement, comme lors d’un certain nombre de soins, à contentionner les gens. Personne, je pense, ne veut cela, ni même ne l’imagine. (Mme Sylvie Bonnet applaudit.)”
“Écrire sur un papier ce que l’on sentira, ce que l’on voudra, le jour où l’on ne sera plus capable d’exprimer son consentement, reste par définition impossible. Il faut absolument pouvoir, au dernier moment, dire non. Lors des sédations profondes et continues, auxquelles j’ai participé, il existe un protocole. Au moment d’appuyer sur la seringue électrique, on adresse au patient une ultime question, toujours la même : « Me confirmez-vous, monsieur, madame, que vous voulez vraiment dormir définitivement ? Est-ce que je dois appuyer sur le bouton ? » C’est ainsi que l’on procède en pratique ; évidemment, ce n’est pas applicable si les gens ne sont pas en mesure de vous répondre. La question d’applicabilité est la suivante : vous avez probablement tous une expérience personnelle de gens qui sont déments.”
“Faut-il inclure dans mes directives anticipées le souhait de mourir, le jour où ma conscience ne me permettrait plus de les confirmer ? Je partage l’avis de M. le rapporteur général et de Mme la ministre pour une raison de fond, mais aussi pour des raisons d’application pratique. La raison de fond tient au fait que la demande de mort est fluctuante. Nous avons tous une vie plus ou moins autonome : savons-nous ce que nous voudrions vraiment, quel serait notre sentiment, le jour où nous serions sérieusement malades, profondément handicapés ? On apporte des solutions, des réponses, à la famille, à vos souffrances, à des situations diverses ; la demande de mort s’envole, puis réapparaît.”
“Ce n’est même pas le cas du tout, puisqu’il est question, à l’article 6, alinéa 3, d’une « personne dont le discernement est gravement altéré ». Cela prouve bien que vous prévoyez une exception pour les personnes dont le discernement serait non pas altéré, mais gravement altéré ! Nous souhaitons quant à nous qu’il ne le soit pas du tout – ni un peu, ni gravement. Or si nous ne votons pas en faveur de cet amendement maintenant, nous n’aurons pas cette assurance lors de l’examen de l’article 6.”
“Il faut distinguer deux choses : la définition, à l’article 2 ; et les critères, à l’article 4. Convenons que nous pouvons être plus solennels lorsque nous proposons une définition. En l’occurrence, l’amendement vise à ajouter la mention « en pleine possession de son discernement », ce qui nous plaît à tous. Selon vous, madame la rapporteure, ce serait inutile, car la mention serait déjà présente plus loin dans le texte. Ce n’est pas tout à fait le cas, en réalité…”
“Je les invite à aller au bout de leur logique, en votant cet amendement, qui tend à rappeler que l’aide à mourir est dispensée en ultime recours. Il serait paradoxal que la notion d’ultime recours apparaisse dans l’exposé des motifs de la proposition de loi, mais pas dans son texte même. Je suis prêt à reconnaître mon erreur et à admettre que la proposition de loi ne concerne que la fin de vie, mais dans ce cas, acceptez l’amendement tendant à rappeler que c’est une proposition de loi d’ultime recours. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et RN.)”
“L’amendement est très bon, car il mentionne l’ultime recours, qu’on trouve à deux reprises dans l’exposé des motifs de la proposition de loi. En outre, les défenseurs de celle-ci utilisent cette expression dans nombre de leurs prises de parole publiques. Ce qui est très intéressant, c’est qu’alors qu’on trouve l’ultime recours dans l’exposé des motifs, nous ne discutons pas d’une proposition de loi d’ultime recours. Compte tenu des critères choisis, cette proposition de loi pourrait s’appliquer à des gens à qui il reste potentiellement plusieurs années à vivre, car une maladie terminale n’est pas toujours une maladie de fin de vie. D’aucuns disent que je raconte des balivernes quand je soutiens que la proposition de loi n’est pas relative à la fin de vie : admettons.”
“Ce n’est pas un texte très restrictif, tant s’en faut. La lecture précise des différents termes montre que cette proposition de loi est mitée et ouvre largement l’accès à l’aide à mourir.”
“Je ne vais pas vous donner un cours sur le concept marxiste de liberté formelle, mais convenez que ce point pose une difficulté majeure. (M. Alexis Corbière s’exclame.) Enfin, vous avez raison, il faut combattre ce texte pour ce qu’il contient. Ainsi, nous verrons bientôt qu’il est faux de prétendre qu’il ne s’agit d’autoriser l’administration d’une substance létale qu’en cas de douleur insurmontable. Ce n’est pas vrai : les douleurs visées à l’article 4 ne sont pas les seules douleurs réfractaires, puisque l’aide à mourir sera accessible à un patient qui aura décidé de ne pas recevoir un traitement pourtant susceptible d’apaiser sa douleur.”
“Regardez donc ce que votent les gens avant d’affirmer quoi que ce soit ! D’autre part, M. Corbière a évoqué tout à l’heure, très justement, la liberté. Vous dites vous-mêmes que c’est une loi de liberté. Qu’entendez-vous par liberté ? Sommes-nous libres quand nous n’avons pas vraiment le choix ? La moitié des Français qui auraient besoin de soins palliatifs pour soulager leur souffrance n’y ont pas accès. Tout le monde sait que les personnes sans domicile fixe ou les personnes âgées, pour ne citer qu’elles, sont mal prises en charge. Par conséquent, cette liberté que vous évoquez est purement formelle car, dans la réalité, les gens n’ont pas le choix. C’est un élément clé de ce débat : la liberté n’est pas complète. Pour l’être, il faudrait avoir le choix. Or ce n’est pas le cas.”
“Pour des raisons que je comprends, je n’ai pas pu reprendre la parole tout à l’heure et répondre à Mme Autain et à Mme la rapporteure que l’IVG n’a rien à voir avec l’aide à mourir. Et c’est un député qui a voté l’inscription du droit à l’IVG dans la Constitution qui vous le dit ! C’est sans ambiguïté !”
“Et contrairement à ce qui a été dit, on ne meurt pas de la maladie, mais de l’acte réalisé – si l’on mourait de la maladie, cette proposition de loi serait inutile. La confusion sémantique nuit à la compréhension du texte et à son acceptabilité sociale.”
“À tel point que certains se demandaient si l’aide à mourir prévue dans les unités de soins palliatifs ou les maisons d’accompagnement incluait l’acte d’euthanasie. De toute évidence, nous étions dans le flou le plus total il y a encore quelques jours. Tout le monde s’en plaignait d’ailleurs, que ce soit par volonté d’inclure ou d’exclure l’euthanasie. Les choses n’étaient pas clairement dites. Si vous avez un doute sur cette dissimulation sémantique, je vous renvoie à un point que nous discuterons un peu plus loin : avec ce texte, il va être demandé aux médecins qui signent le certificat de décès de cocher la case « mort naturelle ». Il n’y a pourtant pas de mort moins naturelle qu’une mort après administration d’une substance létale.”
“Le risque d’une mauvaise compréhension de la loi nous inquiète et nous aurons alerté l’Assemblée à plusieurs reprises sur le sujet. Le refus d’utiliser certains mots pourrait être vu comme une sorte de dissimulation sémantique. Dans une démocratie mature, on nomme les actes avec justesse, même s’ils sont douloureux et difficiles. Il est d’autant plus regrettable que nous ne le fassions pas que nous entamons ce débat. Souvenez-vous de nos échanges sur la proposition de loi relative à l’accompagnement et aux soins palliatifs : nous avons plusieurs fois eu des discussions parce que les mots « aide à mourir » surgissaient dans le texte et que nous ne savions pas de quoi nous parlions exactement.”
“Et ici aider à mourir, cette notion très classique dans la médecine, se transforme malheureusement, sans le dire, par un jeu d’euphémisation, en euthanasie et en suicide assisté. Les soignants aident à mourir depuis toujours, ne leur retirez pas cela.”
“L’idée, vous l’avez bien compris, est de remplacer les termes de « droit à l’aide à mourir » par ceux qui désignent réellement ce qu’il en est : « euthanasie » et « suicide assisté ». Il est en effet nécessaire, d’une part, que la loi soit compréhensible et, d’autre part, qu’elle ne soit pas source de confusion lexicale, puisque l’aide à mourir, cela existe déjà. Tous les médecins, toutes les infirmières aident à mourir : mes collègues et moi aidons à mourir en accompagnant les familles, et bien sûr les patients dans leurs derniers instants, en soulageant les douleurs, en soutenant psychologiquement et en nous assurant que les besoins les plus élémentaires – l’alimentation, l’hydratation ou encore la propreté – sont satisfaits, et ce sans provoquer la mort. Nous aidons à mourir en permanence dans nos métiers.”
“Pas du tout. M. le rapporteur général le sait très bien, il a d’ailleurs reconnu, au terme de l’examen en commission, que les débats avaient été de bonne tenue et a salué les interventions de M. Bentz et de votre serviteur, en ce qu’elles témoignaient d’un respect mutuel – loin donc, des sous-entendus auxquels certains se sont livrés ici. Monsieur Falorni, la vie politique est très brutale. Vous souffrez d’attaques injustes, nous avons aussi notre compte – j’ai moi-même été attaqué par des gens que j’ai dû faire condamner par le juge pénal. Personne n’est plus vertueux qu’un autre dans cette assemblée. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe RN. – M. Charles Sitzenstuhl et Mme Annie Vidal applaudissent également.)”
“Nous sommes nombreux à parler d’euthanasie – en réalité, nous ne parlons que de cela. Mais il est interdit d’utiliser ce terme parce que cela gêne. Laissez-nous donc utiliser les mots que d’autres prononcent et, s’il vous plaît, ne nous prêtez pas de mauvaises intentions – nous ne le faisons pas à votre égard.”
“» Ouvrez donc les yeux ! Ce que vous soutenez n’est pas vrai. Les psychiatres, comme d’autres, sont inquiets. Enfin, sur le choix des termes, la Conférence des évêques de France et le grand rabbin lui-même parlent d’euthanasie.”