Thibault Bazin
DR · France
“Détecter une maladie à 6 ans évite de la découvrir après un infarctus à 40 ans. Le texte améliore également la prise en compte du risque cardio-neuro-vasculaire propre aux femmes. L’infarctus chez la femme est encore trop souvent diagnostiqué tardivement. Les symptômes peuvent être différents et sous-estimés.”
“La commission mixte paritaire a confirmé ce principe et écarté la condition qui aurait subordonné ces dépistages à une recommandation préalable de la Haute Autorité de santé. Sans contester le rôle de la HAS, nous ne pouvons pas attendre, pour mener une politique de prévention, de lever un verrou procédural avant d’adopter chaque mesure.”
“Nous arrivons au vote final sur la proposition de loi sur la prévention des maladies cardio-neuro-vasculaires défendue par notre collègue Yannick Neuder. Je veux d’abord saluer son action, inspirée par sa connaissance de notre système de santé, et lui rendre hommage pour l’ensemble de son travail.”
“Les organismes de recherche seront associés à cette stratégie, qui devra prendre en considération la réduction des inégalités sociales et territoriales. La commission mixte paritaire a donc permis de préserver l’essentiel et de trouver un équilibre. Les rendez-vous de dépistage sont maintenus.”
“La proposition de loi s’appuie également davantage sur les professionnels qui sont déjà au contact des Français. Les pharmaciens et les masseurs-kinésithérapeutes pourront mesurer la pression artérielle, dans une démarche de prévention. Cette disposition relève du bon sens.”
“Il faudra évidemment poursuivre nos efforts dans quelques mois, au moment de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale. J’y serai bien entendu attentif comme rapporteur général de la commission des affaires sociales.”
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“Nos débats doivent retrouver de la sérénité. Déterminer qui est apte à l’autoadministration nécessite d’interpréter l’état du patient. M. le rapporteur général a dit que ne pas pouvoir ne signifiait pas ne pas vouloir. Je suis sensible à cette formule, mais qui vérifie cette capacité ? Ce point est très important parce que s’il est adopté, le texte devra être appliqué. Il faut protéger le patient qui fait la demande, le professionnel de santé qui va instruire cette demande et le soignant qui va juger qui est éligible à l’aide à mourir et qui est apte à l’autoadministration. Mme Rousseau nous accuse de n’être là que pour protéger les soignants.”
“Il doit avoir un strabisme divergent ! (Sourires.)”
“C’est grave de dire des choses pareilles !”
“Cela ne mettra pas en danger votre proposition de loi et ce serait cohérent avec l’article 14. C’est juste une question de cohérence. Je m’arrête là pour laisser la parole à M. Monnet.”
“Madame la rapporteure, j’ai bien écouté votre argumentaire, comme j’ai écouté celui de la ministre, même s’il était un peu succinct. (Sourires.) Je ne comprends pas votre position étant donné le discours tenu depuis le début de l’examen de ce texte sur la liberté – liberté de la personne qui demande l’administration d’une substance létale et liberté du soignant. En introduisant dans le code de la santé publique une définition, vous insistez sur l’autonomie de la personne, comme vous le faites dans vos réponses aux amendements présentés par différents collègues. Ainsi mentionnez-vous la personne qui demande cet acte, non qui y consent. De la même manière, pourquoi ne pas préciser en écho dans cette définition que le médecin qui va intervenir est volontaire ?”
“L’amendement n o 1600 vise à préciser que le médecin qui administre cette substance doit être « volontaire ». Cette précision fait écho à la clause de conscience prévue par l’article 14. (Brouhaha.) Il est difficile de s’exprimer, parce que personne n’écoute ; mais cela veut sans doute dire que vous êtes tous d’accord. Je vous fais donc confiance et m’en remets à votre sagesse. (Sourires.)”
“Par honnêteté, je dois dire qu’il reprend un amendement de notre collègue Geneviève Darrieussecq, ancienne ministre, qui avait été déposé mais n’a pas été soutenu lors de l’examen du texte en commission des affaires sociales. En lisant les amendements que nous n’avons pas pu examiner, je l’ai trouvé intéressant et me suis permis de le reprendre en la citant dans l’exposé des motifs. L’article 2 pose la définition de la procédure d’administration d’une substance létale que la proposition de loi tend à légaliser impliquant potentiellement des tiers soignants qui accompagneront la personne et, si elle est dans l’incapacité physique de s’administrer le produit, accompliront l’acte lui-même, comme le prévoit l’amendement n o 2650 que nous venons de voter.”
“(Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur plusieurs bancs du groupe RN ainsi que sur quelques bancs du groupe EPR.)”
“Il faut prendre en considération l’impact de cet événement sur le tiers soignant et la vulnérabilité qu’il pourrait entraîner. Ne la négligeons pas ; prenons soin des soignants et de leur potentielle vulnérabilité a posteriori . Prudence donc, mes chers collègues, au moment de voter sur ces amendements. En effet, ce qui semble libérer les uns pourrait à terme peser sur les autres. Surtout, nous nous éloignons d’un régime d’exception. Et pour conclure, cette proposition de loi ne répond pas aux mêmes critères que la sédation profonde et continue jusqu’au décès, car le pronostic vital n’est pas engagé à court terme. L’ensemble des personnes concernées n’est pas le même, car la portée de ces dispositions est beaucoup plus large.”
“Je suis très mal à l’aise de vous entendre invoquer l’argument de l’angoisse qui pourrait être manifestée au dernier moment par le patient. Faut-il vraiment, face à la panique du malade, continuer l’acte ? Ne faut-il pas, au contraire, y voir un signe que sa volonté n’est pas ferme ? La prudence n’exigerait-elle pas plutôt de tout interrompre ? (Mme Brigitte Liso, rapporteure, s’exclame.) Je m’interroge profondément sur ce que signifie cette hésitation du patient et sur le rôle qui revient alors au soignant. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe DR et sur quelques bancs des groupes RN, EPR et UDR.) Dans une telle situation, la sérénité que cet ultime recours était censé conférer est complètement absente. L’autonomie de la personne n’est pas ici le seul enjeu.”
“Nous ferons l’inverse de Mme Simonnet : nous soutiendrons tous les amendements sauf ceux de M. Clouet et de Mme Godard. Monsieur le rapporteur général, je reconnais votre perspicacité et votre cohérence, qui sont indubitables. Néanmoins, quand vous affirmez que l’intervention d’un tiers était déjà prévue dans le texte initial, je dois vous faire remarquer qu’elle l’était dans le cadre d’un régime d’exception. Ce caractère exceptionnel, ce n’est d’ailleurs pas nous qui en avons eu l’idée mais le Comité consultatif national d’éthique. Il y a une nuance entre la présence d’un tiers et sa participation. La participation elle-même, d’ailleurs, diffère selon qu’elle est nécessaire ou non.”
“Dans l’alinéa 6, la liberté va très loin : on fait primer très largement l’autonomie du patient, sauf qu’elle implique ici un soignant qui, lui, devra vivre avec cet acte. À mon sens, nous devons faire primer l’éthique de la vulnérabilité de la personne qui restera.”
“En commission spéciale, nous avions élargi les critères. Lors de l’examen du projet de loi en séance publique l’année dernière, nous avions prévu que des souffrances psychologiques réfractaires isolées suffiraient. En 2025, nous avons adopté en commission un amendement précisant que la mort intervenue en application de la présente proposition de loi serait considérée comme une mort naturelle. Vous recherchez un équilibre apparent – aux yeux de la majorité –, toutefois je m’interroge : avec tous ces amendements qui reviennent sur son équilibre, le texte est-il si équilibré que cela ? Et d’ailleurs, quelle est la nature de cet équilibre ? S’agit-il d’un équilibre entre la vulnérabilité et l’autonomie ?”
“Or de la suppression de la disposition qui conditionnait le recours à l’euthanasie aux situations d’incapacité physique du malade naît une ambiguïté qu’il convient de lever : s’agit-il de formaliser un ultime recours dans des situations exceptionnelles, avec des critères prétendument très stricts, ou bien de créer un nouveau droit largement accessible ? La proposition de loi, dans sa rédaction actuelle, reste très floue, ambiguë et peu intelligible. Elle pourrait embrasser de très nombreuses situations, bien au-delà de ce qu’on nous avait fait croire. J’apprécie le fait que le gouvernement ait déposé un amendement pour revenir sur une des dérives opérées en commission. Beaucoup ont évoqué l’équilibre du texte. Cet équilibre paraît très fluctuant : le texte a beaucoup évolué depuis un an.”
“En rétablissant la rédaction originelle de l’alinéa, considérant que l’euthanasie doit rester une exception, cet amendement identique au précédent vise à revenir sur une des dérives survenues en commission des affaires sociales il y a quinze jours. Lors de votre audition devant la commission des affaires sociales précédant la première lecture du présent texte, vous aviez rappelé, madame la ministre, qu’il s’agissait de répondre à « quelques situations, probablement rares mais bien réelles ».”
“Il annonce les propositions de loi suivantes !”
“De son côté, le Conseil national de l’Ordre des médecins met en exergue la relation de confiance qui lie le médecin au patient, et l’engage à être présent auprès de lui jusqu’à ses derniers moments, à assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d’une vie qui prend fin, à sauvegarder la dignité du malade et à réconforter son entourage. On voit bien que la légalisation de la mort provoquée n’est pas qu’une question individuelle. Telle qu’elle est rédigée, la fin de cet alinéa implique fortement le soignant, alors même que ce n’est pas nécessaire. Cela pose problème.”
“Dans un communiqué de presse paru le 6 mai 2025, l’Académie nationale de médecine appelle à établir une distinction ferme entre euthanasie et suicide assisté, notamment au motif que « seul le suicide assisté respecte jusqu’au terme l’hésitation et l’incertitude du choix ultime de nombre de patients ». On le sait bien, plusieurs l’ont dit : la volonté des patients est fluctuante. L’Académie recommande même, dans son avis, « d’écarter l’euthanasie au regard de sa forte portée morale et symbolique » mais aussi du fait que certains professionnels et membres d’associations de l’accompagnement en fin de vie s’y opposent et redoutent cette pratique.”
“À la relecture, la rédaction de l’alinéa 6, en particulier la fin, pose question. Sandrine Rousseau l’a bien décrit ce matin. La mort planifiée, organisée avec des tiers, n’en reste pas moins une mort provoquée. D’aucuns prétendent qu’elle serait gage de sérénité, mais comment s’assurer de cette sérénité ? La sérénité a posteriori du soignant qui y participe est aussi en jeu. La fin de l’alinéa 6 pose problème : par la simple volonté de la personne qui la demande, la mort provoquée implique un tiers soignant, sans que son intervention soit pourtant nécessaire pour l’injection mortelle. Il convient de s’interroger sur les effets psychologiques d’un tel geste pour le tiers impliqué. Ne court-il pas un risque accru de troubles post-traumatiques ou de dépression ?”
“La proposition de loi Falorni 2 est-elle déjà prête ?”
“Ce n’était pas si clair, car nous discutions alors des enfants âgés de 16 à 18 ans !”
“M. Sitzenstuhl ne fait pas partie de cette famille ! On ne peut pas dire qu’EPR est un parti conservateur !”
“…la décision n’est pas prise de façon collégiale et il n’y a pas de recours prévu en cas d’accord – sauf par le patient, mais il sera décédé… Vérifiera-t-on que le discernement du patient n’est pas altéré ? Que le demandeur n’est soumis à aucune pression financière, sociale ou familiale ? Pourquoi avoir refusé de créer un délit d’incitation à la mort provoquée ? Je suis de ceux qui pensent que, en l’état, les mots employés dans cette proposition de loi sont trop flous, que leur sens est trop large. Cela posera un problème d’intelligibilité aux personnes qui se demanderont si elles sont éligibles à ce droit.”
“Il faut faire attention aux mots que l’on emploie et être conscient qu’ils n’ont pas le même sens pour tous nos concitoyens, qu’ils recouvrent des réalités différentes. La langue française est riche, nous devons employer le vocabulaire à bon escient. D’ailleurs, en fonction des situations, nous préférons utiliser tel ou tel mot. Il faudra que les termes de la proposition de loi – si elle est adoptée – soient très clairs, non seulement pour les personnes qui demanderont l’aide à mourir, mais aussi et surtout pour celles qui seront chargées d’y répondre. Vous ne cessez de souligner que le dispositif est très bien encadré. Or ce n’est pas vrai : il peut concerner des personnes dont le pronostic vital n’est pas engagé à court terme ou dont les souffrances sont uniquement psychologiques ;…”
“Alors que nous arrivons à l’alinéa 6 de l’article 2, nous devons éviter les outrances, nous concentrer sur le fond et surtout nous poser les questions éthiques comme l’exige notre fonction de législateur dès lors que nous examinons un texte de ce type. Il nous faudra aussi prêter une attention particulière aux personnes vulnérables et en perte d’autonomie – je rejoins sur ce point certains des orateurs précédents. J’ajoute que l’option que vous proposez doit, au minimum, être présentée – et comprise – comme étant une situation exceptionnelle. Il faut aussi clairement la nommer pour que chacun se rende compte de ce qu’elle représente, car l’acte en soi aura des conséquences sur les personnes qui restent – sur leur comportement, leurs réactions.”
“Je vous invite à contenir au mieux les effets de ce nouveau droit en le définissant clairement et en limitant la possibilité pour le malade de demander à un médecin ou un infirmier de lui administrer la substance létale au seul cas où il ne serait pas en mesure physiquement de se l’administrer lui-même.”
“L’alinéa 6 prévoit de définir le droit à l’aide à mourir comme l’autorisation donnée à une personne, qui sera accompagnée dans son geste, de recourir à une substance létale – ce qui n’est pas admis aujourd’hui. Or cette définition n’est pas claire, aussi souhaiterais-je lui apporter une clarification sémantique, en cohérence avec l’avis rendu par le Comité consultatif national d’éthique, même si je demeure fermement opposé à la création de ce droit, eu égard aux risques de dérives qu’il comporte. Je voudrais revenir sur la rédaction retenue en commission, qui laisse au malade le choix de s’administrer lui-même la substance létale ou de demander à un médecin ou à un infirmier d’accomplir ce geste à sa place. Ce faisant, nous irions encore plus loin que le texte initial de l’an dernier.”
“Quand le pronostic vital d’une personne n’est pas engagé à court terme, la mort ne pourrait pas intervenir sans cette action. C’est pourquoi je propose d’ajouter le mot « active » après « aide à mourir », conformément aux préconisations du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Cette clarification sémantique est d’autant plus importante que les soignants des unités de soins palliatifs sont déjà, très concrètement, des aidants à mourir : ils accompagnent les derniers jours d’une vie sans forcément provoquer la mort.”
“Aujourd’hui, quand une personne est en fin de vie, elle est accompagnée dans ses derniers jours, ses dernières heures, par les soignants, par des bénévoles et par ses proches. Cette présence et les soins qui sont donnés à ce moment-là sont précieux. Je tiens à saluer l’engagement de toutes les personnes qui « aident à mourir ». Ils aident à mourir sans provoquer la mort – leur intention n’est pas celle-là. Avec l’article 2, vous proposez d’administrer une substance létale avec l’intention de provoquer la mort, ce qui n’est pas du tout du même ordre. L’action intentionnelle implique la personne elle-même, les soignants qui l’accompagnent et même, au fond, la société, dans la réponse qu’elle apporte à une demande d’aide.”
“Or nous définissons un cadre très large qui en fait justement une option parmi d’autres. Et cela peut d’ailleurs changer le rapport du malade au soignant, parce qu’avant même que le plan thérapeutique soit mis en place et qu’il ait eu accès aux soins palliatifs, cette possibilité existera. Le patient atteint d’une affection grave et incurable, dont la mort arrivera un jour, n’a peut-être des souffrances réfractaires qui ne sont à ce stade que psychologiques – le texte prévoit en effet que les souffrances peuvent n’être que psychologiques et pas forcément physiques. Tout cela montre qu’on n’est pas dans l’exception.”
“Je crois que nous n’avons pas lu le même texte, madame Dubré-Chirat. Celui-ci ne concerne pas que des personnes dont la mort est imminente, mais aussi des personnes qui seront atteintes d’une affection grave et incurable et dont le pronostic vital ne sera pas engagé à court terme. Parfois, le décès pourra intervenir plusieurs mois ou années plus tard. Il ne faut pas mentir : telle qu’elle est actuellement rédigée, cette disposition ne correspond pas à ce que vous dites. Ce qui est prévu, c’est de l’inscrire au cœur du chapitre I er du titre I er du livre I er de la première partie du code de la santé publique. L’amendement de notre collègue Sitzenstuhl a le mérite, au contraire, de l’introduire après, afin de faire de l’euthanasie une exception, d’indiquer que ce n’est pas une option parmi d’autres mais un dernier recours.”
“…« la dignité est dans le regard que l’autre adresse à celui qui souffre ou jouit, dans le regard porté sur celui qui est le plus faible, le plus désespéré, le plus condamné. Condamné à mort deux fois : par sa maladie et par l’autre ».”
“Pour qu’il y ait autonomie et liberté, il faut que les différents termes du choix soient possibles. Si un terme est davantage possible que l’autre, voire que l’autre terme n’est pas possible du tout, ce n’est plus un choix. » Enfin, cet article ne va-t-il pas acter une rupture anthropologique majeure, obligeant notre société à différencier la valeur des vies humaines ? Peut-on admettre que la vie de certaines personnes n’est pas ou plus inviolable ? Quelles seraient d’ailleurs les conséquences d’un tel glissement pour les personnes fragiles et vulnérables ? N’est-ce pas le regard que chacun de nous pose sur la personne malade, qui sera bouleversé ? Le professeur Didier Sicard écrivait, dans son éditorial du document de l’Espace éthique de l’AP-HP de l’automne-hiver 1999-2000, que…”
“La première des nombreuses questions que pose cet article est éthique : tant que les soins palliatifs ne seront pas accessibles à tous et partout – et le titre voté pour la précédente proposition de loi montre bien que ce n’est pas encore le cas –, n’avons-nous pas une responsabilité ? L’audition d’Annabel Desgrées du Loû par la mission d’évaluation de la loi Claeys-Leonetti en 2023 m’a marqué. Elle s’est exprimée en ces termes : « Faire avancer vraiment l’accompagnement de la fin de vie pour tout le monde, et donc faire avancer de manière majeure nos soins palliatifs va prendre énormément de temps, d’argent, de volonté […] Si on fait ça en parallèle, il sera plus facile de laisser les personnes choisir de mourir vite. » Elle avait poursuivi en s’interrogeant sur la nature du choix : « Mais quelle est la liberté derrière ce choix ?”
“L’article 2 crée le droit d’administrer une substance létale, avec l’intention de provoquer la mort. Je ne sais pas si on en mesure l’impact. On prétend que son objet est de soulager des souffrances, mais est-ce la bonne réponse pour ceux qui souffrent et qui ne sont pas nécessairement en fin de vie, puisque les critères envisagés n’incluent pas l’engagement du pronostic vital à court terme ? Finalement, comment répondre à la personne qui souffre ? C’est la question posée à notre système de protection sociale et plus largement à notre société, et c’est la seule qui doit nous préoccuper. Il faut y répondre en soulageant la personne, pas en l’éliminant. D’ailleurs, lorsque des soins palliatifs sont administrés, la demande de mort disparaît dans l’immense majorité des cas. En l’occurrence, notre responsabilité est immense.”
“Il y a un sujet de responsabilité pénale !”
“Si on pouvait finir ce soir, d’ailleurs… Adoptez donc nos amendements !”
“C’est autre chose, peut-être un nouveau droit que vous voulez créer, mais pas la fin de vie. Mais c’est surtout à la lecture de l’article 2 que le vertige me gagne. Doit-on, en 2025, légaliser une mort provoquée ? Quelle responsabilité prenons-nous, en tant que législateur, en autorisant l’administration d’une substance létale, avec l’intention de donner la mort – ce qui fait toute la différence avec la sédation profonde et continue jusqu’au décès ? Cela ne va-t-il pas considérablement modifier les rapports de notre société aux soignants et aux malades, aux personnes en perte d’autonomie ? Personne ici n’est capable de le dire. On peut avoir un débat respectueux, mais on doit légiférer d’une main tremblante sur une question vertigineuse.”
“Nous avons un problème avec les termes et les titres. Dans son avis sur le projet de loi, le Conseil d’État a nommé les choses, à plusieurs reprises. Or, dans cette proposition de loi, non seulement on ne les nomme pas mais on introduit même de la confusion, en utilisant des termes inappropriés. Ainsi, avec les soins palliatifs, on aide à mourir, sans forcément donner la mort ; de même, on parle de fin de vie à propos de personnes dont le pronostic vital n’est pas engagé à court terme et qui ont encore plusieurs années à vivre – Philippe Juvin a cité plusieurs exemples de ces personnes qui remplissent les critères requis pour l’aide à mourir. Quand on administre une substance létale à une personne qui n’est pas en fin de vie, je ne suis pas sûr qu’on puisse parler de fin de vie.”
“Puisqu’il en faut bien un, je vous invite à trouver pour ces mesures un autre cadre normatif que le code de la santé publique, par exemple celui de l’action sociale et des familles.”
“Or provoquer intentionnellement la mort par l’administration d’une substance létale ne saurait être un soin. Si les soins ne nient pas la mort, ils ne la donnent pas. Pour reprendre les termes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) , les soins – et plus particulièrement les soins palliatifs – considèrent la mort comme « un processus normal » qu’ils « n’entendent ni accélérer ni repousser ». En accord avec ces définitions, je suis très gêné par la modification du code de la santé publique à laquelle procède l’article 1 er de la proposition de loi. Je vous propose donc de le supprimer, afin que l’administration d’une substance létale en vue de provoquer la mort ne soit pas assimilée à des soins. Nous protégerons, ainsi, les codes déontologiques des professionnels de santé.”
“Selon l’Académie de médecine, le soin est « l’ensemble des mesures et actes visant à faire bénéficier une personne des moyens de diagnostic et de traitement lui permettant d’améliorer et de maintenir sa santé physique et mentale ». En octobre 2007, la Haute Autorité de santé (HAS) définissait un acte de soin comme « un ensemble cohérent d’actions et de pratiques mises en œuvre pour participer au rétablissement ou à l’entretien » – au rétablissement ou à l’entretien, je le souligne – « de la santé d’une personne ». Elle indiquait également qu’un acte de soins peut se décomposer en tâches définies et limitées, qui peuvent être indépendantes dans leur réalisation, et que, dans un même acte de soin, certaines tâches peuvent être réalisées par des professionnels de santé différents.”
“Nous en venons donc à l’article 1 er de cette proposition de loi visant à légaliser l’administration d’une substance létale en vue de provoquer la mort. Cet article tend à modifier l’intitulé du chapitre I er du titre I er du livre I er de la première partie du code de la santé publique – soit l’énoncé de ce qui est au fondement de la santé publique. La mort provoquée a-t-elle cependant à voir avec les soins ?”
“Il y a cinquante nuances d’EPR ! (Sourires.)”
“Qu’est-ce qu’on aime le débat ! Bon courage aux rédacteurs du compte rendu !”
“C’est la raison pour laquelle je vous propose de modifier le titre du présent texte en l’intitulant proposition de loi « visant à faire du développement des soins palliatifs une priorité de la nation et à en garantir l’accès pour tous sur l’ensemble du territoire français ».”
“Dans son avis 139, le Comité consultatif national d’éthique recommande d’ailleurs d’« imposer les soins palliatifs parmi les priorités des politiques de santé publique » ; faute de quoi, lorsque des arbitrages seront nécessaires, ce seront toujours les soins palliatifs qui trinqueront. Nous l’avons constaté dans le cadre de notre mission d’évaluation : certains directeurs d’établissement de santé nous ont confié ne pas avoir toujours consommé les budgets alloués aux soins palliatifs, car ils devaient financer d’autres choses. Les responsables de notre système de santé devraient désormais se faire une obligation d’obtenir un lit en soins palliatifs lorsque l’état du patient le requiert, de la même manière que l’on sauve en urgence un accidenté de la route.”
“J’espère qu’il s’agit du dernier amendement. Si nous l’adoptons, nous pourrons passer à la suite ! (Rires.) L’espoir fait vivre ! Si nous sommes là, c’est parce que nous aimons la vie ! Nous avons tous l’intention d’ouvrir l’accès aux soins palliatifs à tous ceux qui en ont besoin, sur l’ensemble du territoire national. Nous partageons l’objectif, mais les moyens sont contraints, comme vous le savez, madame la ministre. La question de l’allocation des ressources est une question profondément éthique. Lorsqu’une personne en souffrance a besoin de soins palliatifs, notre système de santé doit en faire sa priorité ; pour cela, l’accès à ces soins doit apparaître clairement comme une priorité.”
“Tout dépend de votre groupe, monsieur Salmon, et du groupe Socialistes et apparentés !”
“Vous avez l’air d’hésiter, madame la ministre… Vous avez peut-être raison : j’en parlerai au rapporteur général de la commission des affaires sociales ! (Sourires.)”